‹ Jean Calas et sa familleChapitre 35 sur 100 · ET LBS PROTESTANTS DE FRANGE · texte numérisé non relu

ET LBS PROTESTANTS DE FRANGE

membre de ce Synode qu'on accusait d'une si grande énormité, P. Katnut prit la liberté d'écrire à M. le Procureur général la lettre suivante dont il a gardé soigneusement copie :

« Monsieur,

«L'accusation qu'on a osé nous intenter est trop grave, elle tire k de trop dangereuses conséquences pour ne pas en montrer la fausseté et môme le ridicule. Nous l'avons fait dans le Mémoire que je prens la liberté de vous adresser. Nous espérons, Honsieur, de vos lumières et de votre équité que vous TOudrex hï&k en faire usage pour démasquer l'imposture et faire leadre justice k des hommes , k de bons dtoyens, k de tidèles sojets. Je suis avec un profond respect, Monsieur, etc. »

^ cette lettre a dans sa forme ou dans ses termes quelque diose de peu respectueux pour le magistrat auquel elle était «dressée, P. Uabaut supplie de n'en chercher la cause que dans son ignorance des usages et du style qui doit être employé lorsqu'on s'adresse aux grands. Vivant dans les déserts, il a pu ignorer les formules usitées dans le monde ; mais, pénétré du plus profond respect pour toutes les personnes constituées en dignité et particulièrement pour les Ministres des lois, il proteste que son cœur n'a point eu de part k l'offense. S'il ajoute k sa signature la qualité de Ministre, c'est d'un côté qu'il ne savait point être connu de M. le Procureur général et que de l'autre, ayant trouvé dans un calendrier de Toulouse le nom d'un avocat parfaitement conforme au sien , il crut nécessaire de ne pas compromettre cet avocat qu'il ne connaît point , et de prendre sur lui tous les risques, s'il y en avait k courir. On le réitère, si cette courte apologie ne suffit pas pour disculper P. Rabaut, il gémira sur une faute involontaire et sur son état de proscription qui s'oppose au désir qu'il a de l'expier, ea donnant les preuves lés plus authentiques de sa douleur sine^ ; il sup^era le gouvernement de lui laire grâce et de ne pas douter de la pureté de ses intentions et du désir qu'il a d'être Qtile k sa patrie.

Malgré cette humble et ferme défense, la Cour condamna « ledit écrit à être lacéré et brûlé au bas du perron du palais, par l'exécuteur delà Haute Justice. » Elle ordonna de plus, mais sans désigner Rabaut, qu'il serait informé « contre tous ceux qui ont composé, écrit, imprimé, distribué ou débité ledit Libelle. »

Le 8 mars en effet, à l'issue de l'audience, en présence de Joseph-Guillaume Gravier, greffier garde-sacs de la Cour, le bourreau brûla l'écrit de Rabaut dans la cour du palais de justice (1).

Cette condamnation et l'ordre donné d'informer contre les auteurs, distributeurs, etc., firent naître, parmi les protestants de France, les plus vives craintes pour un homme qui était leur véritable chef, aimé et vénéré de tous (2). On s'en émut aussi k l'étranger, et de divers côtés on s'empressa d'offrir au pasteur du Désert unasUe et des moyens d'existence. Il reçut à cette occasion des propositions honorables de Genève, de Lausanne, de Copenhague, d'Altona ; il refusa tout et continua, en redoublant de précautions, son existence de proscrit.

(i)On a écrit que Jean Calas, en Iraversanl la Cour du Palais pour 8ubir un interrogatoire, aperçut le bourreau et le bûcher, crut voir les apprêts de son supplice et se troubla. On affirmait que ses réponses se ressentirent de ce trouble et contribuèrent i le faire condamner. Tonte cette anecdote, répétée par Voltaire et d'autres, est fausse ; ni i Paris, ni à Toulouse, il n'existe aucune trace d'interrogatoire, confrontation ni recolement à la date du 8 mars.

(2) f Chacun craignait pour Paul. » (Rapport d'Alison au duc de Fitz-Jaroes, déjà cité, en date du 3 avril.)

Page 1