‹ Jean Calas et sa familleChapitre 36 sur 100 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

TOBTURB ET 8VPPUCE DE JEAN CALAS

I On loi jette (au bmirreau) un empoisonnear, un parricide, un sacriltfge , il le saisit, il rétend, Il le lie sur nne croix horisontale, 11 lëye le bras : alors il se fait un silence horrible, et Ton n*entend plus que le cri des oe qui éclatent sons la barre, et les hurlements de la victime, n la détache ; il la porte sur une roue, les membres fracassés s*enlaccnt dans les rayons ; la tète pend; les cheveux se hérissent, et la bonehe, entrouverte comme une fournaise, n'envoie plus par intervalle, qu'un petit nombre de paroles sanglantes qui appellent la mort.

Le comte Joseph de Maistrs, Soirée» de St. Pitertbmirg^ l*' £.

Elîe de Beanmont (1) raconte qu'au moment où les jages allaient prononcer leur sentence, on fit courir le bruit d'un projet d'évasion des accusés ; aussitôt leurs gardes furent doublées ; pendant la nuit, des lanternes allamées furent placées sur le toit des prisons ; une cloche qui répondait au logis du geôlier fut suspendue au corps de garde. D'autres rumeurs plus étranges encore se répandirent; on prétendit que les accusés avaient voulu se tuer; la servante Viguière s' étant trouvée mal un jour

(l)E. de B., 3.

208 TORTURE ET SUPPLICE DE JBAlf GALAS.

jusqu'à demeurer sans connaissance, on la crut morte et empoisonnée; la nouvelle en fut portée à la Chambre de la Tournellequi siégeait en ce moment et qui envoya immédiatement un des conseillers s'assurer du fait.

Je rapporte ces derniers bruits sous toutes réserves, n'ayant aucun moyen d'en vérifier l'exactitude. Ils ne prouveraient que l'angoisse croissante des prévenus et le zèle ardent des juges.

La Chambre de la Toumelle qui jugea Galas se composait de treize magistrats, les présidents du Paget et de Senaux, qui ne nous sont que trop connus par leurs lettres à M. de Saint-Florentin, les conseillers de Bojal (doyen), "Cassan-Glatens (1), d'Arbou, Coudougnan, Cambon, de Lasbordes (2), Gauran, Desinnocents, Miramont, de Boissy (qui avait été chargé de continuer l'information), de Cassan-Clairac, rapporteur (3).

Il fut décidé que Calas père serait jugé seul avant tous les autres ; on espérait obtenir de lui, soit par la torture, soit sur l'échafaud, des aveux qui permettraient de condamner ses complices.

L'arrêt ne fut prononcé qu'au bout de dix grandes

(0 Appelé aussi Cassan-Gotte ou de Jotte.

(2) M. de Lasbordes s*élail d'abord relire à la campagne, et avait dit qu'il se récusait. 11 revint et prit part au jugement. (yaeXques-uns croient qu'il vola l'acquittement; il ne paraît pas qne ce soit exact.

(S) Il y a lieu de croire que plusieurs de ces magistrats auraient dû se récuser. On lit dans le premier Mémoire de Mariette qu'un des juges avait dit aux D"** Calas qui sollicitaient pour leur père : Fout n*avez plvs d*autre père que Dieu. Elles voulurent le récuser, ainsi que deux autres, contre lesquels il y avait des molirs de suspicion légale. Il fallait pour cela être autorisé par les accusés eux-mêmes. Mais on ne put les prévenir, ni parvenir jusqu'à eux. Aucun soldat ne voulut ou n^osa leur Taire passer le moindre avis. g)

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