ET LES PROTESTANTS DE FRANCE
et Vautorité ecclésiastique^ c'est préparer ceux dont il a surpris la confiance par ses déclamations y à redouter et cependant à mépriser toute autorité. On passe aisément du mépris à la révolte y et c'est le peint de vue de cette fimlede ministres obscurs qui n'attendent leur considération et leur fortune que du trouble et du désordre.
Tout ceci aboutit à une théorie complète du despotisme le plus illimité, au point de reléguer dans l'autre monde l'autorité de Dieu même pour tout laisser icibas à celle du roi, et cela sous prétexte d'une parole de Jésus-Christ :
Le royaume de Dieu n'est pas de ce monde; il ne veut régner que sbr les cœurs et les consciences ; il laisse aux rois de la terre un empire absolu sur les actes extérieurs de leurs sujets.
En conséquence, si F. Rochette vient d'être condamné k mort, ce n'est point comme mauvais raiwnneur, mais comme sédi* tkux et réfractaiTe aux ordres du rot.
Paul Rabaut écrivit immédiatement un nouveau Mé^ moire fort court, qu'il envoya au Procureur général et au Ministre, et qui n'a jamais été publié. Nous l'insérons tout entier, d'après l'exemplaire adressé à M. de Saint- Florentin et qui est de l'écriture de Rabaut St-Etienne (Arch. Lnp.). Cette humble réclamation nous parait un modèle de dignité, de simplicité ei de modération. Jamais un innocent calomnié ne s'est plus noblement souvenu « qu'il était personne proscrite et qu'il fallait respecter les lois. »
MÉMOIRE POUR PAUL RABAUT («cffM indication de lieu ou de date, ni signature,)
Cestavecla plus vive douleur que le S' Paul Rabaut apprend de toutes parts qu'il a eu le malheur d'indisposer con-
se trouvait point (1), et d'éviter soigneusement (jpie cenom fût prononcé. A vrai dire, ce que M. de Saint-Florentin aurait préféré, c'était que Rabaut quittât le pays ; c'est dans l'espoir de l'y résoudre parla terreur qu'il consent aux poursuites projetées contre son Mémoire, autorisant même le Procureur général à le faire arrêter, s'il a en-" core l'audace de se montrer après ce décret, mais en prenant de bonnes mesurés pour prévenir toute secousse.
Soit excès de zèle, soit qu'un des membres de la Cour eût prononcé le nom interdit, soit plutôt que la lettre du Ministre qui est du 2 mars ne lui fût point parvenue le 6, M. de Bonrepos nomma (jusqu'à six fois) Paul Rabaut dans ses réquisitoires, mais non dans le texte même de l'arrêt qui fut rendu à sa requête.
Il se plaint de ce que Paul Rabaut prend le titre de Ministre du Saint-Evangile, de ce qu'il a osé dater son ouvrage du Désert^ de ce qu'il prétend tous les protestants enveloppés dans l'accusation de quelques particuliers. — Le lecteur a pu juger si Rabaut avait tort de le prétendre.
Le Procureur général se plaint enfin de ce que l'auteur du Mémoire insulte à la religion en rapprochant la conduite des premiers chrétiens de celle des nou^ veaux prosélytes de la R, P. R. (2) Ce que veut cet auteur séditieux, en bravant à la fois l'autorité séculière
(i) Nous ne pensons pas qu'il en exisle où sou nom se trouve ; au moins en avons-nous eu plusieurs euire les mains, tous anonymes, et Rabaut le dit lui-même dans le Mémoire qu'on lira plus loin.
(2) Rabaut avait dit avec raison que pour trouver un exemple d'une calomnie aussi inique, il Tallait remonter jusqu'aux crimes fabuleux dont les cbrétiens des premiers siècles étaient accusés par leurs persécuteurs.