‹ Jean Calas et sa familleChapitre 42 sur 100 · TORTORE ET SUPPLICE DE JEAN GALAS · texte numérisé non relu

TORTORE ET SUPPLICE DE JEAN GALAS

étendu mort a terre au même endroit ou nous le trouyàmes lors de notre transport.

Répond et dit que lors de son audition d'office, il est vray qu'il dit qu'on avoit trouvé ledit Marc-Antoine Calas, son ûls, étendu mort entre la boutique et le magasin; et dans son second interrogatoire, voulant dire la vérité, il dit qu'ils le trouvèrent suspendu sur les deux battants de la porte du magasin et qu'à l'égard de l'habit et du chapeau, il ne s'aperçut pas ou il etoit, dans le grand trouble ou il etoit.

Interrogé s'il n'est vray que c'est dans la chambre ou ib souperent qu'ils étranglèrent ledit Marc Antoine, ou si c'est dans la boutique avec le billot dont s'agit, qui fut trouvé derrière la porte et la corde qui fut trouvée derrière le comptoir et le tout reconnu par luy qui repond

Répond et dit que ni les uns ni les autres ne l'ont point étranglé en aucun endroit, ayant reconnu dans ses précédents Interrogatoires ledit billot et ladite corde.

Interrogé s'il n'est vray que luy qui repond a avoué dans ses précédents Interrogatoires que Marc Antoine Calas fils avoit resté encore demy heure après le souper dans le salon de compagnie

Répond qu'il avait dit par erreur que Marc Antoine avoit resté demy heure dans la chambre, ayant pris Jean Pierre ]j^ur Marc Antoine.

Luy avons représenté qu'il pareil impossible que ledit Marc Antoine eût resté demy heure dans ladite chambre, comme il l'avoit avoué cy devant, puisque son cadavre fut trouvé à onze heures et demy entre la boutique et le magazin et a terre, froid.

Répond et dit avoir sufQsammeut repondu dans son précédent Interrogatoire

Interrogé s'il a d'autres complices que ceux qui sont dénommés dans la procédure

Répond qu'étant innocent il n'a point des complices.

Mieux exhorté a dire la vérité, a dit l'avoir ditte.

TORTUai ET SUPPLICE DE JEAN CALAS. 217

Lecture à lay faite de son présent Interrogatoire, il y a persisté ; reqais de ôgner, a dit ne pouvoir.

Après quot nons susdits capitouls, ayant fait rentrer dans laditte chambre de la question ledit exécuteur de la haute justice, ses gardes et valets, et après leur avoir fait prêter le serment, leurs mains levées a la passion figurée de Notre Seigneur Jésus-Christ, ont promis et juré de bien et fidèlement remplir les fonctions de leur employ, conformément audit arrêt et de ne pas révéler le secret, et ledit Galas père ayant été remis entre les mains dudit exécuteur de la haute justice, nous Favons fait aj^liquer, en conformité dudit arrêt, et en la forme ordinaire, au premier bouton de la question, les gardes menant le tour, les valets tenant les cordes et l'exécuteur ayant ses pieds sur le bouton attaché au fer des pieds dudit Galas (1).

Et ayant été élevé

Interrogé s'il a commis ce crime seul et si son fils, Lavaisse et sa femme y ont contribué,

Répond que ni luy qui repond ni personne n'a commis ce crime.

Et ayant fait descendre ledit Galas, et luy ayant réytéré les mêmes interrogatoires cy dessus ' RÉPOND et dit avoir dit la vérité.

Et ayant remonté au second bouton ,

Interrogé de nouveau s'il a commis ce crime seul, (ou si) son fils, LAvaisse, sa femme y ont contribué.

Répond que personne ne l'a commis.

Et de 8UITTE avons de nouveau représenté audit Galas que les tourments qu'il doit souffrir encore sont bien plus grands que ceux qu'U a déjà soufferts, qu'il ne vient d'être dettadié que pour tout de suitte être attaché sur le banc de la question extraordinaire, qu'il peut cependant en diminuer la rigueur en disant la vérité en ses réponses aux interrogats que nous allons continuer de luy faire.

(i)V<^r, sur la toriure, la note s à la lin du voIum«.

218 T<mTUUS KT S0PPUGS DK IIAN CkïJJ^

Intebrogé s'il n'est ^ray que lay qai répond a commig l6 crime seul ; si son fils, Lavaisse, sa femme, y ont contribué, el â les susnommés et la servante le sa^ient

Répond et persiste que personne n'a commis ce crime et qu'ils sont innocens.

ÂPBiES QUOT avons remis ledit Galas entre les mains des révérends pères Bourges^ docteur royal de l'Université, ^Gaï« daignés, professeur en théol<^ie, des- firèrespréchears,po«r l'exhorter.

Et ensuite, et deiny heure après, nous avons fait attaiiier ledit Galas sur le hanc, pour être appliqué à la question exUrtordinaire. -

Et ledit Galas ayant été de nouveau par nous interrogé s'il n'a commis ce crime pour fait de Religion, s'il n'étmt instruit ou soubçonnoitle changement de son fik, s'U l'a fait «tint ou flqprès souper, et s'il a billotté ou pendu Marc-Antoine Galas.

RiPOND et dénie l'Interrogatoire, et qu'il n'a point des comi^ices.

Et de suite cinq cruchets d'eau ayant été versés en la forme ordinaire, et après avoir fait découvrir le visage dudit Galas,

Interrogé s'il persiste dans ses réponses

Répond qu'il y persiste.

Et ayant fait verser cinq autres cruchets d'eau et ayant fait découvrir le visage dudit Galas,

Interrogé s'il persiste dans ses réponses au dernier Interrogatoire à luy fait,

Répond qu'il y persiste, et qu'il est innocent, de même que les autres accusés.

Interrogé encore en quel endroit il a commis le crime, et s'il ne descendit après Marc- Antoine Galas dans la boutique, et si cette mort n'avoit pas été décidée, et où on l'a délibérée.

Répond qu'il persiste a soutenir qu'il est innocent.

Après quot, ledit Galas ayant été détaché du banc e

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remis entre les mains des Révérends Pères pour l'entendre en confession et l'exhorter k bien monrir ;

Et Monsieur Gonazé, ^apitonl second de justice, étant sar?enu dans le tems qu'on finissoit la torture de la question ^ Monsieur Daignan du Sendal, capitoul, s'étant retiré; le présent verbal a été signé par Mons' du Sendal avant que Mons' de Gonazé ne continuât les opérations qui restent à faire. David de beandrigue, capitoul ; Daignan du Sendal, capitoul ; Labat, assesseur, de Pîjon^ avocat du Roy, signés.

Et quelque temps après, nous ayant été dit que ledit Cadas père étoit disposé à mourir, il auroit été monté sur le diariol k ce destiné, et ensuite conduit par le cours accoutumé av devant la porte principalle de l'église Saint-Etienne, où l'ayant fait descendre dudit chariot, il y a fait l'amende hononUe portée par ledit arrêt.

£t , ce fiait , a été conduit k la place Saint-Georges , lieu destiné pour ladite exécution, l'avons fait descendre dudit diariot et asseoir au bas de l'échelle dressée à Téchafaud, où nous luy avons fait lecture desdits interrogatoires et réponses çy-dessns, et l'avons ensuitte interpellé de nous déclarer s'il y a ^t la vérité, et s'il y persiste ou s'il a quelque chose à déclarer à la justice pour la décharge de sa conscience,

Lequel dit Galas a répondu qu'il persiste dans ses précédentes réponses, et qu'il mourait innocent.

Lut avons de suitte représenté que, quoyque innocent, il pouvoit du moins savoir quels écoient les autheurs du meurtre commis sur la personne de Marc- Antoine Galas;

Répond qu'il n'en connolt point.

Et de suite l'exécuteur l'ayant monté sur ledit échafaud, et après qu'il l'a eu couché et attaché sur la forme de croix, ledit Galas a été rompu vif, en conformité du susdit arrêt, et ce &it, ledit exécuteur de la haute justice l'a exposé sur la roue qui était dressée a côté dudit échafaud, la face tournée vers le ciel, où ledit Galas a resté en vie pendant deux heures précises; et ensuitte, de notre ordre et en conformité du reten-

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tum (1), ledit Galas a été étrange jusqu'à ce que mort naturelle s'en est ensuivie, et son corps mort a été jette dans le bâcher ardent, ea conformité du susdit arrêt, et icelluy été ezécuté suivant sa forme et teneur.

« Et en autres actes n'a été par nous procédé, et nous sommes retirés, et en conséquence avons de tout ce dessus dressé le présent verbal, que nous avons signé avec ledit M* Labat, commissaire, ledit M* de Pijon, avocat du Roy, requérant, et notre greffier : Gouazé, capitoul ; David de Beaudrigue, ca pitoul ; Labat, assesseur ; de Pijon, avocat du Roy; Michel

IKeuLafoy, greffier, ûgnés.

Gollationné

Signé Barrau, §ref.

Nous n'insisterons pas sur tout ce qu'il y a de tour chant et d'admirable dans les derniers moments de ce martyr. On a pu remarquer à quel degré d'épuisement l'ftge, les souffrances morales et l'approche de la torture avaient réduit les forces physiques de ce vieillard si ferme encore d'intelligence et de cœur. Il répondit avec une présence d'esprit, une force d'âme que rien ne put abattre; mais, au moment d'être appliqué à la torture il déclara ne pouvoir signer (2). A l'amende honorable il dit qu'il faisait de grand cœur le sacrifice de sa vie, mais qu'il mourait innocent du crime qu'on lui imputait.

Dans l'affreux dialogue entre le patient et ses juges, il est facile de reconnaître, d'un côté, une erreur qui

(0 On appelait ainsi un article secret de la sentence. Le texte de l*arrèt porte qaHl u vivra en peine et repentance tout autant qu'il plaira à Dieu de lui donner la vie; » le retentwn, « qu'après avoir resté deux heures sur la roue; il sera étranglé jusqu'à ce que mort naturelle s'en suive. »

(3) Nous avons pensé que nos lecteurs verraient ici avec intérêt

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