TORTURE ET SUPPLICE DE JEAN CALAS
cherche en vain à se légitimer et à laquelle aucune tentative ne réussit ; de l'autre, la vérité sans cesse reproduite, et jusqu'au sein des plus effroyables douleurs, par une conscience droite et sans reproche.
Au pied de l'échafaud, le Père Bourges le pressant d'avouer, il s'écria d'un ton de reproche : « Quoi donc, mon père, vous aussi, vous croyez qu'on peut tuer son fils?»
En traversant les rues sur la fatale charrette, la vue de ce vieillard brisé par la torture, sa simplicité, son courage, sa tranquillité d'âme, émurent la foule. Il disait au peuple : Je suis innocent.
Un seul cri lui échappa au premier des onze coups de barre de fer dont chacun brisa un de ses os. Il supporta les autres sans aucune plainte. Enfin commença le dernier acte de son supplice; on a vu qu'après la double torture et après qu'il eut été rompu vif, son corps brisé futattaché sur la roue, où il vécut encore deux heures, la face tournée vers le ciel. Pendant cette longue agonie il ne proféra pas un murmure, pas une parole de colère ou de vengeance. Il pria Dieu de ne point imputer sa mort
k >ignauire de Jean Calas ; nous l'emprunlons à une simple lettre d'aflaire et de commerce.
Celui qui jreçut cette lettre et celui même qui l'écrivait étaient loin d'imaginer quel intérêt tragique et de l'ordre le plus éleyé s'y attadieraii nn Jour.
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à ses juges, a Sans doate, disait-il, ils ont été trompés par de faux témoins. » Exhorté encore à nommer ses complices, il dit avec la doolemr d'mi être droit et vrai à qui sans cesse on oppose la même calomnie : « Hélasl oùil n'y a pas de crime, peut-il y avoir des complices? » Peu d'instants avant sa fin , le Père Bourges lui dit : « Mon cher frère, vous n'avez plus qu'un instant à vivre: par ce Dieu que vous invoquez, en qui vous espérez et qui est mort pour vous, je vous conjure de rendre gloire à la vérité. » Il répondit : « Je l'ai dite. Je meurs inn»* « œài; mais pourquoi me plaindrais-je 7 Jésus-Christ, a qui était l'innocence même, a bien voulu mourir pour a moi par un supplice plus cruel encore. Je n'ai point a de regret à une vie dont la fin va, j'espère, me cou- « duire à un bonheur étemel Je plains mon épouse et <c mon fils ; mais cet étranger, ce fils de M. Lavaysse, à <( qui je croyais faire politesse en l'invitant à souper, (( ah ! c'est lui qui augmente encore mes regrets ! »
Que ce sentiment est naturel et noble ! Le malheur dans sa famille ne semble plus Tétonner ; il n'y a plus de bonheur possible pour eux, depuis le suicide de son fils aîné et tout ce qui en est résulté. Mais qu'un étranger ,un ami, un jeune homme de vingt ans à peine, ne soit venu sous son toit que pour être enveloppé dans leur malheur, c'est une pensée qui le désole à son dernier moment.
Tant de foi , ce calme, cet oubli de soi-même, offrent un contraste terrible avec l'état d'esprit du Capitoul David. On l'a souvent et violemment blâmé d'avoir assisté à la torture et au supplice de sa victime; il est certain que rien ne l'y obligeait; ses fonctions ne l'y appelaient nullement; on a prétendu qu'il avait voulu repaître ses yeux des tourments et de la mort de Jean
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Galas. Noos ne croyons pas ce reproche fondé. 11 faut être juste, même à Tégard de David, et même sur Téchafaud de Galas. Le sentiment qui poussa le fougueux magistrat & manquer ainsi à toutes les convenances nous parâtt tout antre; nous n'y voyons que l'ardent dédr de ne s'être pas trompé, de ne s'en rapporter à personne pour surprendre un aveu, ne fût-ce que dans un mot ou dans un regard. David n'était pas un monstre ; c'était un fmaliqae plein de précipitation et d'emportement. Il mit besoin de croire que les Galas étaient coupables, et à mesure que le dernier moment approchait, il renfermait ayec effort an dedans de lui les premières angoisses du doute épouvantable qui finit par le rendre fou. De ces deux hommes, l'un n'est en ce moment qu'un débris informe de la torture et de la mort, et il sait que sa femme, son fils, sont menacés de l'horrible supplice qu'il endure ; l'autre est dans toute la force de la vie et du pouvoir qu'il a passionnément ambitionné. Mais le supplicié touche à la fin de ses maux; il va mourir dans la paix et l'espérance , pour s'éveiller loin des atteintes cruelles de l'homme, dans le sein de Dieu. Ge Gapitoul va vivre au contraire, le remords dans l'&me, bientôt exécré du genre humain, mis au pilori de l'opinion par les plumes vengeresses des premiers écrivains de l'époque, joué sur tous les théâtres et en toutes langues comme le type d'un juge inique et sanguinaire ; il finira par se tuer dans un accès de folie (1).
Le dernier instant de cette scène hideuse étant arrivé, les deux heures étant expirées, David s'élança vers Calas, furieuxd'être déçu dans son attente; il raon-
(1) Voir plas boa, ch. XII, p. 806.
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tradèla main aa mourant le bûcher dressé à côté de la rone, en lui criant: « Malheorenxl voici le bûcher « qnivaréduire ton corps en cendre ; dis la vérité ! » Galas épuisé nerépondit qu'en détournant latôte, comme signe de dénégation, et le bourreau lui fit enfin la grftce de l'étrangler.
Les deux moines dominicains qui assistèrent à la question et ensuite à l'exécution dirent hautement que le siq^plicié avait persévéré à se déclarer inneooat^I lui et tous les siens. Us firent plus, ils rendirent pleine justice & l'héroïsme de sa mort. On prétend même qu'ils dirait tous deux : « C'est ainsi que mouraient nos martyrs.» Maisnous doutons que ce rapprochement, qui dut, en effet, se présenter h leur esprit, ait pu sortir de leur bouche.
. Le Père Bourges crut devoir aller lui-même chez tous les juges leur rendre le compte le plus précis de ce qu'il avait vu et entendu. De si loin que le procureur général Riquet de Bonrepos vit arriver le dominicain, il lui cria : « Eh bien ! Père, eh bien ! notre homme a-t-il avoué? » Le Père lui dit la vérité (1).
Cette loyale conduite fait honneur aux deux dominicains et prouve l'impression puissante produite sur les assistants par la constance et la piété du mourant (2).
( i)Il existe aux Archives impériales une déclaralion écrite del'abbé Rachon, qui tient du Père Bourges lui-même que « Calas^ Jusqu'à son dernier moment, n'a cessé de se déclarer innocent et en a pris Dieu pour témoin. »
(2) Il est impossible de ne pas être révolté de l'absurdité de ce système judiciaire» Supposons que ce vieillard eût perdu ses forces morales conune celles du corps et qu'à un moment quelconque de son long martyre, pendant l'une ou l'autre des deux tortures, ordinaire et extraordinaire, ou sous la massue de Ter du bourreau ou sur les
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il est triste d'ajouter que nous reverrons bientôt ce même Père Bourges jouant un tout autre rôle.
Nous ne savons comment M'"* Galas reçut Thorrible nouvelle du supplice de son mari. Mais nous savons qu'on fit tout, auprès des accusés, pour exploiter la terreur où dut les jeter cette extrême rigueur de leurs juges.
On leur fit croire que le même sort les attendait. Des prisons du palais on les ramena dans celles de l'Hôtelde-Tille où les condamnés attendaient leur exécution. On doubla leurs gardes. Enfin on leur ôta leurs couteaux, Imrs fourchettes, tout ce qui pouvait servir à donner la mort, comme on a coutume de faire à l'égard de ceux dont la mort est une satisfaction que la loi se réserve (1).
Un des soldats de garde raconta à Lavaysse qu'ils étaient tous condamnés. Pierre Calas a écrit plus tard :
« Un Jacobin (S) vînt dans mon cachot et me menaça du même genre de mort si je n'abjurab pas ; c'est ce que j'atteste devant IKeu. >
Ce genre de torture morale porta ses fruits. Les deux jeunes gens terrifiés abjurèrent dans la prison. On en profita pour continuer à l'égard de M"''' Galas un système odieux de persécution. On obligea le confesseur de Pierre & le mener auprès d'elle, pour lui annoncer sa
rayons ensanglantés de la roue, U eûl manqué soit de présence d'esprit, soit de force de volonté un seul instant, un aveu de lui eût suffi pour donner A i'aceusation l'occasion d'un épouvantable triomphe, et pour envoyer au même supplice sa Temme et son fils, Lavaysse et Vifuière.
(0 Lav.y s; E. de B, 8.
(3) On sait que c'était un des noms populaires des Frères-Prédwars on Dominicains.
226 ÏOUTURI XX SOPPLIGI PE IXAH CALAS,
conversion. La malheureuse mère ne revit un de ses enfants que pour recevoir de lui-même et devant un prêtre cette nouvelle blessure. On espérait que, surprise par cet aveu, elle éclaterait contre son fils en reproches fanatiques, qui serviraient de preuves contre elle; «ar si elle s'emportait contre lui, elle avait pu s'irriter aussi contre Marc-Àntoine. Elle sentit le piège et l'affront et les d^oua sans effort La veuve du martyr écouta, immobile, labonteusedéclaraticm de son fils renégat^puis détoumalatâto sans M répondre un mot. Ce noble et touchant ailenQB fut tout ce qu'on obtint d'elle par cette lâche épreuve.^ . . L'héroïque fermeté de Galas avait sauvé son fils, aa veuve et leurs deux compagnons de captivité. Le but de ce supplice était manqué. Bien n'était avoué. Ce qui devait eonfondre les accusés était devenu une praive énorme en leur faveur. L'opinion populaire, d'abord unanime contreeux, commençaità se partager. Jean Gain n'était mort m comme les parricides, ni comme les fanatiques. S'il était mnocent, tous l'étaient comme lui; et si même ils étaient coupables, on n'avait plus aucun espoir de le démontrer.
Le procureur général Riquet de Bonrepos eut cependant l'implacable courage de requérir, le lendemain du martyre de Jean Galas, que sa veuve, son fils etLavaysse fussent pendus, après avoir fait amende honorable, et Jeanne Viguier condamnée à assister à leur exécution, et à être enfermée ensuite « pour sa vie, au quartier de force de l'hôpital. »
Le conseiller-rapporteur fut moins sévère. Il ne parla plus de peine capitale, mais il proposa celle des galères contre Kerre Calas. Voici sur quel fondement.
On n'avait jamais cru sérieusement qu'un vieillard
TORTimi ET SUPPLICE DE JEÀR GALAS. 227
{dus qae sexagénaire, atteint, depuis deux ans, de douleurs qui rendaient ses jambes chancelantes, avait pu seul assassiner un grand et vigoureux jeune homme de vingt-huit ans. On avait toujours supposé que Pierre Galas avait été le principal bourreau de son frère et Ton avait compté sur les aveux de son père pour le convaincre. A défaut de cette preuve décisive, il ne put être condamné à mort. Mais on invoquait contre lui un témoignage contradictoire et absurde comme nous en avons tant vu dans la procédure.
Au rez-de-chaussée de la maison des Galas se trou- Taient deux boutiques, la leur et celle d'un tailleur nommé Bon. Pendant l'instruction du procès, on fit venir de Montpellier un nommé Gazères, ancien garçon de magasin chez ce tailleur. Il prétendait qu'un jour du mois d'août précédent, la D""» Bon, la femme du tailleur, entendant sonner la bénédiction, avait donné ordre aux trois garçons de boutique d'aller y assister. Sur quoi, Pierre Galas qui venait d'entrer, lui aurait dit :
« Vous ne pensez qu'à vos bénédictions : on peut se sauver dans les deux religions ; deux de mes frères pensent comme moi; si je savois qu'ils voulussent changer, je serais en état de les poignarder, et si j'avois été k la place de mon père, quand Louis se fit catholique, je ne l'aurais pas épargné. »
On vit dans ce témoignage une très-forte présomption contre Pierre Galas, quoiqu'il niât ce propos, et que la femme Bou, ainsi que les deux autres garçons de boutique, Gapdeville et Guillaume!, déclarassent tout le récit absolument coùtrouvé. Tous les trois offrirent d'en témoigner; l'avocat Sudre, dans son premier Mémoire, pabUa leurs offres de venir déposer ; elles ne furent point
êOKf^ées. Les pirolei prètéei à Kerre Cktai eoÉh màsaX d'ailleurs une foide de contnidktiws; iHf*-. sait que l'on peut se sauver dans les deux roligi>M,i n'était pas de ces fanatiques qni. iwiiwnt «m # juration à coups de cooteaa. Poufui itac 9MM toité de poignarder son frèret ^|M|W|uoi cvriHIlili: même épargné Lewis, qa'ii Mtiail.ioo pègé..de:as|y avoir frappét Et pourquoi tvinr ÊÊuimiiÊé WinràMl^'i en épargnant Looist ' '^
Cet amas de contradictions, alBmiéeB pur mm màw'^ moin et démenties par trois antroB, B*en.pan||rf moins un grave indice. H est vrai qse IL de QMPr Glairac, qui demandapour Pierre les galtees.à piapIrtU fut seul de son avis. Plusieurs opinèrent à rapviilir ment ; d'autres votèrent le bannissemoit à vie, et Is iifï porteur s'étant rendu à cette prcqpoeitioo, ce fiât odsjfi prévalut II fut condamné an banpisBement papétii bors du Royaume à peine de la vie, oondamné fonfiff tel ou tel crime déterminé, mmpcur les casrénUimiià procès^ formule trop commode qui motivait une sentesoe sans dire comment.
Le même rapporteur conclut au bannissement de k veuve Galas et de Lavaysse; les autres juges tesa»* rent hors de cour et de procès. Viguière seule wA trouvé grâce devant le rapporteur, parce qu'elle étal bonne catholique; son acquittement fut unanime. Toa trois furent déclarés hors de cour, dépens compensés.
Bien de plus informe et de plus déraisonnable que œ jugement, prononcé le 18 mars. On ne se serait pascoD* tenté de bannir Pierre Galas, si l'on avait pu le considérer comme un des assassins desonfrère. L'innocence detoos les autres était reconnue, U restait donc désonnais ic-
TCmTimi KT S17PPLICS DE JEAN GALAS. 229
qois que le père, ftgé de soixante-quatre ans, avait seul étranglé son fils, sans que personne de sa famille, ni Lavaysse, ni la servante, qui se[trouvaient dans la maison, eu eussent connaissance. Evidemment la plupart des juges avaient reconnu leur erreur (1). On le comprit et Ton dit très généralement que si la Cour avait jugé Galas le dernier au lien' de le juger avant tous les autres, il n'aurait pas été condamné.
Les magistrats sentirent eux-mêmes que cet arrêt du 18 mars était la censure de celui du 9. Aussi les plus obstinés s'y opposèrent de toutes leurs forces. Nous lisons dans une lettre de Toulouse fort hostile aux Galas (2) que l'arrêt avait été rendu par une majorité de 10 contre 3; que ces 3 étaient le Président, le Rapporteur et M. de Lasbordes. « Le Rapporteur et le Président ont été plusieurs jours sans vouloir signer cet arrêt, et ils ont même montré assez publiquement leur indignation. »
La sentence prononcée contre Pierre ne fut exécutée qœ pour la forme, et d'une manière dérisoire ; il en subit une autre plus dure à laquelle aucun tribunal ne l'avait condamné. Son arrêt d'exil reçut un simulacre d'exécution. Le bourreau conduisit le banni hors de la porte Saint-Michel; mais im prêtre l'accompagnait et le ramena immédiatement en ville par une antre porte, jusqu'au couvent des Jacobins. Le Père
(i) kavA fklHm circuler l'épigramme suivante :
Km seigiiears de la cour, par leur second arrêt, Ceci wAt dit sans Ironie, Ont ttmfvnéu la ealomni»
Bien mieux que Panl Bal>antn'a fait.
(t) Lettre de Couder, BibUogr,, n* 3J«
280 TÔRît^l ET SUPPliciE DB JEAN GiLAS.
Bourges, celui même qui avait reçu les dernières paroles dainartyr, àtt^dait son fils Sur le sèfi!dl du'convent et l'y fit entrer en hd disant que s*il pratiquait le culte catholique, sa sentence d'exil resterait comme non avenue^ Le faSble jeune hoiïmie donna dans le'piëge,'8e tnm?a pHsonnier^ gardé à vue, et ne réaàtJEtb s'^écfaapper que le 4 jûSllët/ après quatre mois de c^tlî&ié. n laissa pour le Père Bourges cêftëfëttreremiir^piable:
« Jeitm lemerde de toiites y<» boites.'' Je» vous' û sonvenl dit m^ doutes et mes peines. Mais je. ne tous ea û'oommoni» qaé qu'une partie. Vous en jugerex "par mon éTasîon. J'u vécu diez ygqs dans de û grandes perplexités, que si la grioe de Dieu ne m'eût soutenu, je me serais pendu tout comme mon malheureux Mre. »
n uUà rejoindre fion frère Donat & Oënëve.' On assure qu'ilayaîtprësquie perdu la vue en neuf mois de prison. Quant à sa conversion au catholicisme, elle ne dura pas plus qiîe son séjour forcé au couvent.
Nous regrettons de n'avoir aucun détail sur le moment où la malheureuse veuve de Galas sortit seule avec la vieille domestique de cette prison où elle était entrée avec son mari et son fils. 'Mais nous trouvons dans des papiers de famille le récit de l'élargissement de Lavaysse, écrit par sa nièce :
a Le 20 mars 1762, le dixième jour après Texécution de rinfortuné Calas, et le surlendemain de celui où contre toute logique, le Parlement avsdt ordonné la mise en liberté de ceux qu'il avâii déclarés être les complices nécessadres de sa victime, un ami de la famille Lavaysse vint l'engager à couvrir du plus grand mystère Félargissement du jeune Alexandre Gaubert, de crainte que la populace déjà prévenue ne se por-
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tàt contre loi aux plus violents excès. M* Jouve, avocat plein d'énergie et de dévoûment répondit, dans le patois alors fort usité : '( Non^ il iaut qu'il sorte au grand jour, sans crainte comme SMS jactance^ et ce sera moi qui l'accompagnerai avec Sénovert (beau-frère de Lavaysse). « Lorsque tous deux entrèrent dans la fiitale geôle où le prisonnier était retenu dans le plus rigide secret, il s'évanouit eo embrassant son beau-frère. Ce ne fut ^'avec les plus grands ménagem^ts que celui-ci, après lui «voir fait enlever ses fers, le prépara au bonheur de revoir sa {unille. L'opération avait été crueUe : mon oncle avait les jambes entièrement gorgées. Il entra dans une chaise-à-porteurs, y resta, les mains sur ses genoux, une glace étant ouverte ; c'était cdle qae gardait M Jouve, H« de Sénovert était à l'autre portière. De l'Hôtel-de-Ville jusqu'à la rue St-Remesy, une foule immense encombrait le passage ; mais les dispositions étaient changées, soit que l'eflusion du sang eut assouvi la soif du fanatisme, soit que, repentant, le fanatisme lui-même se fut converti en pitié ; chacun félicitait M. de Sénovert, et disait en répandant des larmes : Oh l non, ce jeune homme si beau , si doux, /Uf d'un homme de bien, n*a pu assassiner son ami» n
Le supplice de Jean Galas, trois semaines après celui deBochetteet des frères De Grenier, le jugement inique des quatre autres accusés, et bientôt après, Tenlëvement des D"^ Calas, enfermées dans des couvents par lettres de cachet , jetèrent Teffroi parmi les coreligionnaires de cette famille si cruellement persécutée.
H La terreur des protestants de Toulouse, écrit un de leurs descendants, était telle que le jour de l'exécution de Galas, pas une famille protestante n'osa sortir de sa demeure, ni ouvrir les volets de son appartement. On cita à la fois comme un exemple unique de fermeté et d'influence, la conduite que tint