ET RÉHABILITATION DES CONDAMNÉS
ÏMnga est injuria, longm
Ambaga,..,
(YiBG. , ^n. 1, Sil.)
Trois jours avant Tanniversaire du supplice de Calas, le lundi 7 mars 1763, le Conseil d'Etat prononça sur la Requête de Mariette. La cause des Calas avait pris dans Topinion publique une haute importance. On s'intéressait partout à leurs malheurs ; ou sentait qu'une grande réparation leur était due. En outre, c'était un acte extrême et très rare du pouvoir royal que de casser l'arrêt d'une Cour souveraine, et cet acte, par hommage pour ceux même dont il condamnait la sentence, ne pouvait s'accomplir avec trop d'éclat et de retentissement. Le Conseil siégeait d'ordinaire par semestres ; cette fois, les deux semestres furent réunis. Tous les Mioistres et Ministres d'État firent partie de l'Assemblée, et le Chancelier de France la présida. Les Couseillers d'État, de robe, d'épée et d'église, étaient
26A RÉVISION ET RéHABILITATIOH
présents, et parmi ces derniers, plnsieurs abbés et trois évèques (1). Cependant la sentence fut rendue à Tunanimité des quatre-vingt-quatre membres présents, conformément aux conclusions de M. Thiroux de Crosne, Maître des Requêtes, rapporteur (2). Pendant la séance, la galerie des Glaces à Versaill^ps était pleine d'une foule impatiente de recevoir la grande nouvelle.
Au lieu de raconter nous-méme cette scène imposante et pleine d'émotion, nous citerons ici le récit d'un témoin oculaire (3) :
Le 8 mars iTttt.
I/aflfaire de madame Galas fut jugée hier au conseil; je fus avec elle k Versailles, avec plusieurs autres messieurs, chez les ministres ; Taccueil qu'ils lui firent fut des plus favorables ; on ne la lit attendre aucune part ; aussitôt qu'eUe se présentait, on ouvrait les deux battans, tout le monde la consolait de son mieux. M. le chancelier lui dit : « Votre affaire est des plus intéressantes, madame ; on prend beaucoup de part k votre situation; nous souhaitons bien que vous trouviez parmi nous des consolations à vos maux. » L'accueil de M. le duc de Praslin fut des
(0 Lettres VI et VII de Voltaire à Ribotle. (Balletin de la Soc. d'Hisl. du Prol., t. 4, p. 24 3.)
(2) Selon Grimm, 20 Conseillers d'État avaient proposé d'abord w d'ordonner seulement la révision du procès, par une sorte de ménî.gemenl pour une cour souveraine, telle que le Parlement de Toulouse. Tous les autres ont opiné pour la cassation pure et simple, qui est la forme la plus désobligeante. Aucun n'a douté un instant que l'arrêt ne fut de toute nullité, »
(3) Une copie de cette lettre s'est trouvée parmi quelques papiers relatifs aux Calas, qui furent confiés au pasteur Marron par Anne Calas, alors M"* Dnvoisin. Cette pièce, et quelques autres que nous indiquerons, furent publiées en 1 8 1 9 par mon oncle Charles Coquerel dans les Annales Protestantes^ dont il était rédacteur, recueil devenu assez rare aujourd'hui. Celte lettre, écrite par une main naïve ei peu exercée, est d'autant plus digne d'intérêt. Serait-elle de Lavaysse ?
Révision ET RÉHABILITATION 265
plus gracieux. Elle se rendit à la galerie avec ses demoiselles, pour voir passer le roi ; elle fut accostée par plusieurs seigneurs; le duc d*A...., le comte de Noailles, qui furent du nombre, lui promirent de la faire remarquer au roi ; ils lui fixèrent sa place, mais leur bonne volonté n*eut point d'effet ; comme le roi était k portée de la voir, une personne de sa suite se laissa tomber, et attira par sa chute les regards de la cour et du roi (I) : tout cela se passa le dimanche. Le lundi matin, madame Galas fut vers les neuf heures se constituer prisonnière. On avait tout préparé : Técrou fut daté, signé et porté au rapporteur; les jeunes demoiselles^allèrent lu rentrée du conseil se présenter à leurs juges ; le nombre en fut prodigieux, et l'assistance des ministres rendit ce conseil encore plus brillant ; la requête fut admise tout d'une voix. On a ordonné Tapport de la procédure, des informations et des motifs. L'avocat n'avait pas osé demander les originaux delà procédure, il eût été h craindre qu'on ne les refusât, je ne pense pas que c'eût tiré a conséquence. L'aînée des demoiselles Galas se trouva mal pendant le temps du conseil ; elle eut une vapeur très-considérable et très-longue : elle durait encore, lorsque ces messieurs, étant sortis, vinrent lui annoncer la réussite de ses entreprises ; une partie s'empressa de lui donner des secours ; des eaux spiritueuses, des sels, des flacons de toute espèce furent prodigués : je reçus les plus grandes politesses de plusieurs de ces messieurs. L'intendant de Soissons, entre autres, et M. Astruc m'en firent beaucoup. La charité de ces messieurs ne se borna pas à mademoiselle Galas ; ils s'empressèrent beaucoup d'obtenir l'acte d'élargissement de madame Galas. On remarqua dans
(l) Il est permis de douter (pie celle chute fût involonlairc. Rien ne prouve, du reste, que Louis XV ail pris pcrsonnoIlcineDl nucun intérêt aux Galas* Il est ceriain que ce n*esl pas lui qui répondit à l'excuse banale que quelqu'un invoquait au profit du Parlement de Toulouse: « 11 n*est si bon cheval qui ne bronche. » Un cheval, soit, mais toute une écurie ! Grimm (Corr. lilt., 15 juin 1704) cite le mot, mais en l'attribuant à une dame«
966 RiyiSION Et RÉHABItlTâTIOir
leur façon d'agir combien ils étaient pénétrés du malheor de cette Emilie et indignés de l'injustice qu'on lui avait faite.
L'arrêt d'élargissement prononcé, nous fîmes sortir Mme Galas de la prison, où elle était dans une ample bergère, auprès d'un grand feu ; le geôlier lui avait fait servir le matin du café au lait, du chocolat et un bouillon, c'étaient ses. ordres; mais nous fûmes bien surpris de sa belle réponse lorsqu'on loi d^ manda combien il lui fallait: «Madame Galas, dit-il, est trop malheureuse, je serais bien fSiché de prendre le moindre salaire ; je souhaiterais avoir un ministère plus agréaMe pour lui offiir mes services ; personne ne la rd^iecte plus que moi. • Quel contraste avec le peuple de Toulouse 1 Les domestiques de tous ses juges, de tous ses protecteurs la regardent avec admiration et respect : il n'en est aucun qui n'ait hi tous ses mémoires.
Ajoutons à ces détails que la reine se fit présenter M"^ Galas et ses filles, et les reçut avec de gracieux témoignages d'estime et de sympathie (1).
Le récit qu'on vient de lire est inexact en un point Le Roi en son Conseil ordonnait au Parlement de Toulouse de lui envoyer les charges et informations par le Greffier en chef et les motifs de la sentence par le Procureur Général. C'est bien la procédure entière qui était demandée, et, de plus, les motifs du jugement, toujours secrets alors.
On dit que le Parlement fit cette réponse insolente et brève :
La procédure est très-volumineuse; on (M"* Galas) n'a qu'à envoyer du papier et de l'argent pour les copistes et on
(i) LeUres de la sœur Praisse du a2 juin, et de Voltaire à D&iim-
iaviUc, lu 27 mars.
llinSlON ET RÉHABILITATION 267
(le Parlement) la donnera ; quant aux motifs, le Conseil les trouvera dans les charges.
La colère fut très-violente à Toulouse. On y soutenait qu'une Cour souveraine était irresponsable, représentait le roi et ne pouvait voir ses arrêts cassés, fût-ce par lui-même. Il est certain que, dans un régime libre, la justice doit être et demeurer absolument indépendante du souverain, et ses arrêts être respectés et subis par lui comme par tout autre. Mais sous le despotisme, cette nécessaire indépendance est impossible et n'exista jamais, fût-elle écrite dans la lettre des lois. Elle ne l'était point à cette époque ou ne l'était qu'avec des exceptions, restrictions, et coutumes contraires, qui justifiaient le Conseil.
Messieurs du Parlement trouvèrent une consolation étrange auprès de l'Archevêque de Toulouse (1) qui, apparemment pour rémunérer leur zèle et les consoler de leurs humiliations, accorda à chacun d'eux l'étrange privilège « de faire célébrer la messe dans leurs maisons les jours de Dimanche. » Après leur avoir octroyé cette faveur insolite, le prélat craignit que son zèle ne parut intempestif au gouvernemeut. Il rendît compte de ce qu'il avait fait à M. de Saint-Florentin et en reçut une lettre assez sèche qui évidemment blâmait, quoique avec une grande réserve, un acte fort impolitique, dans on pays où la population protestante était nombreuse et ne se plaignait que trop de l'entente cordiale de ses juges avec le clergé catholique.
« s. M. m'a témoigné que sur une pareille matière elle ne (i) Arihur-Bicliard DilloD.
pouvait s'en rapporter qu*h votre prudence et à la connaissance que vous avez tant des règles et des usages de l'Eglise que des différentes impressions que les esprits des peuples confiés à vos soins sont capables de recevoir. »
Tandis que le Parlement avait grand besoin, pour se consoler, des faveurs de l'Archevêché, Voltaire fut comblé de joie par ce premier triomphe qui semblait assurer tous les autres. 11 faut l'entendre s'écrier avec une noble satisfaction dans une lettre à Damilaville :
Mon cher frère, il y a donc de la justice sur la terre ; il y a donc de Thumanité. Les hommes ne sont pas tous de méchants coquins comme on le dit.
L'émotion le rend modeste et il ajoute: « C'est le joui* de votre triomphe, mon cher frère ; vous avez servi les Calas mieux que personne. » Ses remercîments à Thiroux de Crosne sont enthousiastes et flatteurs :
Monsieur, vous vous êtes couvert de gloire, et vous avez donné de vous la plus liante idée. . . Je vous respecte et je prends la liberté de vous aimer.
11 se croyait au bout de ses peines et M'"" Calas au terme de ses agitations :
Il me semble, écrit-il a Elie de Beaumont le 14 mars, que le reste de ce procès ne consistera qu*en formalités. La falsihcation des pièces n*est point à craindre, parce qu'elles sont signées de Pierre Calas, qui ira à Paris quand il le faudra, et qui reconnaîtrait bien vite la fraude.
(l) Celle leltrc que nous avons lue dans les Dépêches du Secrétariat (Arch, Imp.) elle fait très-curieux qui en fui l'occasion, n*onl jamais été publiés, à notre connaissance.
Mais les formalités pouvaient traîner en longueur. Le Parlement pouvait se montrer récalcitrant, et l'envoi très-coûteux des pièces pouvait être entravé. C'est ce qui arriva.
Aussi Voltaire dut s'imposer encore de longues précautions, une réserve toujours calculée. Son Traité sur la Tolérance à V occasion de la mort de Jean Calas était écrit, imprimé, et allait paraître; mais il craignait que le scandale de ce livre ne nuisît à leur cause et il ne voulait pas exposer la veuve du roué à expier ses hardiesses. Il se contentait d'en envoyer de rares exemplaires à des amis prudents, qui promettaient de ne pas les laisser tomber entre les mains avides des libraires, ou sous les regards dangereux de la censure. Il imposait la même abnégation à tous ses alliés dans cette guerre aussi savante qu'humaine. Court de Gebelin avait écrit ses Lettres Toulousaines où il protestait contre les supplices de Rochette, des frères de Grenier, de Jean Calas, et racontait l'histoire de l'inquisition et des confréries de Pénitents à Toulouse ; ouvrage curieux par les faits qu'il réunit, mais entaché de déclamation d'un bout à l'autre. Ce livre ne pouvait qu'iiriter les Toulousains, leurs Capitouls, les membres deleur Parlement, et Voltaire obtint de l'auteur qu'il en retardât la publication (1). Ces habiles ménagements eurent un plein succès. N'ayant aucun prétexte pour désobéir, le Parlement obéit. Enfin, écrit Voltaire au pasteur Vernes, le 24 mai 1763,
Enfin, l'infiimc procédure des infâmes juges de Toulouse est partie ou part cette semaine. NousTspérons que Tafifaire sera
(1) A DamilaTille, 2 8 mars 17 68.
270 UftnSION ET RÉHABIUTinOir
jug^ nu grand conseil oU nous aurons bonne justice, après quoi je mourrai content.
N. B. Le Parlement de Toulouse ayant roué le père a écorché la mère. Il a fallu payer cher l'extradition des pièces; mais tout cela est fait par la justice. Ah ! Manigoldi (1) !
C'était encore annoncer deux mois trop tôt l'envoi de la procédure, qui ne partit de Toulouse que vers la fi^ de juillet. Louis se rendit à Paris en même temps; peut-être fut-il chargé de remettre à sa mère les acte» qui avaient été transcrits sur la requête de H'''* Calaa et à ses frais (2).
Qui ne croirait, au moins, à cette date, que M"* Galas Qt son ardent protecteur touchent au but? Il fallut encore un an avant que les cruelles sentences de Toulouse fussent cassées et mises à néant Pénibles pour ses amis» tous . ces délais étaient cruels pour elle.
Ces longueurs inévitables, écrit-elle (3), me désséspere et sy je naveZ' la douce satisfaction d'avoir mes filles auprès de moy je croy que je succomberai sou le poix de mes peines.
Ce fut le h juin 1764 que l'arrêt de cassation fut prononcé par le Conseil privé du Roi.
Le Roy en son conseil, après avoir cassé pour vices de forme, lasentence des Capitouls du 27 octobre 1 761 (i) ,
(i) Bourreaux!
(1) Lettre de la sœur Fraisse, du 3 août. Elle accuse Louis de ce retard ; au moins en était-îi complice. Il lui avait affirmé que depuis deux mois les pièces étaient à Paris. Les ennemis acharnés de sa famille avaient pu abuser encore de sa faiblesse, pour entraver l'action de la justice. Il était , seul à Toulouse pour représenter les siens et agir dans leur intérêt.
(3) Lettre inédite à Cazeingfils atné. (Comm. par M. L. Destrerox.)
(4) C'était ccUr qni envoyait à la torluro Calas, sa fommc el son
R^VISIOR ET RÉHABILITATION 27i
rarrét du Parlement du 9 mars 1762 (1) et celui du 18 mars, même année (2), « a évoqué à soi et son conseil le procès criminel jugé par lesdits arrêts, et icoliii, circonstances et dépendances, a renvoyé et renvoie aux sieurs Maîtres des Requêtes de l'Hôtel au Souverain. »
Tel était le nom technique et barbare d'un tribunal composé des l^Iaîtres des Requêtes et qui avait été établi pour rendre compte au Souverain des Requêtes de son Hôtel, c'est-à-dire celles qui provenaient des gens de sa maison et (par extension) celles dont il lui plaisait de se réserver la connaissance. Tout était à recommencer devant ces juges, derniers et définitifs; mais devant eux la nouvelle procédure ne devait pas languir; elle ne dura que neuf mois sous la direction laborieuse et intelligente deDupleixde Bacquencout, Maître des Requêtes.
Nous serons très-brefs sur ce dernier proc^s qui aboutit à un cinquième jugement. Les mêmes faits se reproduisirent, mais cette fois les Galas et leurs défenseurs pouvaient agir au grand jour; ce furent leurs ennemis qui se cachèrent. Les premiers tinrent chez le comte d'Argental une assemblée c'i laquelle M"'" Calas fut admise, où l'on délibéra sur les mesures h prendre, et qui se renouvela chaque fois que les nécessités de la défense l'exigèrent (3).
Pendant ce temps Voltaire recevait de Toulouse les lettres anonymes les plus violentes. On y reprochait au
fils, et ordonnait que les deux aulres accusés s(iraient seulement présentés à la question.
(t) Arrêt de mort de Jean Calas.
(a) Bannissement de Pierre et aequilloment des aulrcs prévenus,
(i) Â ArgenUl 24 juin 17 64.
272 RÉVISIOK El RÉHABILITATION
ParlemeDt de D'avoir pas fail rouer les cinrj accusés au lieu d'un seul (1).
Je crois que s'ils me ipnaient ils pourraient bien me faire payer pour les Calas. J'ai eii bon net de Inules façons de choisir ninn camp sur la fronlitrp.
Disons-ie cependant, siiioo à la décharj^e de ces magistrats, au moins pour rendre intelligible leur monstnieux aveuglement, dans cette demifere information se produisirent pour ia première fois bien des téuioignages favorabies, que la rédaction inique de leur Moniloire el de leurs Briefs Intendils avaient rendus impossibles, que leurs nombreux acies d'intimidation avaient empêchés. Ce fut seulement alors qu'on ])ut produire tes déposilions écrites de huit négociants de Genève, qui avaient connu depuis longtemps la famille Calas, celles plus împortanles encore d'Alquier et du chanoine Azimond (3) ; ce fut alors que les faits justificatifs qu'on n'avait point permis à Calas de prouver purent être démontrés, ou du moins ceux d'entre eux dont le temps n'avait pas empoilé loul vestige. On put faire connaître la lettre de Marc-Antoine se plaignant à Cazeing de sou frère Louis et l'appelant notre déserteur. On put prouver par un certificat du curé de Brassao que Marc Antoine était h Brassac dès la veille de Noël et y resta jusqu'au lendemain de la fête, tandis que ce jour même on disait l'avoir vu <i Toulouse dans le confessionnal de l'abbé Laplaigne ; et par un certificat du curé de Béziers que Catherine Daumier était catholique de naissance et
(I) A Dlunlliville et ArgenUl, le l« juin, A d'Alembertle Kjaillcl, (a) Voir celle d'Alquier, p, IS, eclled'AEimond,p,t«, »s, «i m.
RjfivISIOlf ET RÉBABILITATIOll 273
non notwelle convertie^ ce qui réduisait toute sa déposition à un impudent mensonge. Dire que si le Parlement de Toulouse avait eu ces preuves sous les yeux il aurait jugé autrement, ce ne serait point le disculper, car il n'avait tenu qu*à lui de les avoir ; on l'en avait supplié en vain et de mille manières, ne fût-ce que dans les quatre Mémoires de Sudre et de La Salle.
Il fallut publier des Mémoires nouveaux. Elie de Beaumont en donna un troisième, Mariette un quatrième, le jeune Lavaysse un second. Voltaire loua justement ce dernier dans une lettre à d'Argental :
Oai sans doule, mon ange adorable, j'ai été infiniment touché du Mémoire du jeune Lavaysse, de sa simplicité attendrissante, de cotte vérité sans ostentation qui n'appartient qu'à la vertn.
Il écrit avec grâce à Elie de Beaumont (le 27 février 1766) :
Mes yeux ne peuvent guère lire, Monsieur, mais ils peuvent encore pleurer et vous m'en avez fait bien apercevoir.
Dans ces Mémoires il fallut combattre de nouvelles calomnies qui ne cessaient de surgir de tous côtés et qui, à l'approche du moment décisif, prirent, même à Paris, un nouveau degré d'acharnement.
On disait qu'une fosse était préparée dans la cave de la maison des Galas (1) ; qu'un piton à la voûte de cette
(i) Ce mensonge n'était pa& nouveau; voici comment Galas en fit justice dans un de ses inlerrogaloires (Arch, Imp.) :
a iNTEKitoo s'il n'cst vTSl qu'ayant prémédité la mort de son fils, il avait fait faire dans la cave une fosse pour Venterrer,
RipOND et dénie Vinterrogatoiro ot dit qu'on n'a qu'à visiter la cave. »
27Ù nËviEiom et réhabilitatioh
cave avait servi h penilre Marc-Antoine; qu'on avait va
monter le cadavre Ac la cave au magasin.
Il y avait ii Paris, disait-on, quelqu'un qui avait contwmance personnelle de tel ou tel de ces faits. Elie de Benutnont demanda en vain que ce t^moia insaisissable vûuliU bien se faire connaître ; rien ne parut.
Avant môme de réhabiliter le martyr, le Ministre qui avait approuvé sa mort fut obligé de châtier le premier et le plus acharné de ses persécuteurs. David fnt destitué en février 1765 (1).
C'est k Paris que la cause fut jugée en dernier ressort. Les accusés (car ils l'étaient de nouveau) allèrent dés le 28 février (2) s'enfermer ii la Conciergerie, Ils y reçurent, dit Grimm, nombre de personnes delà première distinction. Damilaville les y visita et en rendit compte à Voltaire dans une lettre qui n'a pas été publiée (3).
■ J'ai passé,dit-il, deux heures aujourd'huien prison avec H»dame CiIsb et ses inlortanésconipagnoDS. la les ai été consder plusieurs lois depuis qn'ils y sont. Je ne suis pas le seul ; bien d'autres gens de bien en oDt Fait autant, et j'ai tu avec une grande satisfaction qu'il ; avait encore de IB venu et de fhonnélMi dam le inonde. Ils sortiront après demain; du laoins je l'espère. ■ (4)
l^ea Maîtres des Requêtes qui jugèrent cette grande
(l) Voir plus hant, p, Ss.
(1) Celte date se trouve dan* ane leure inédile de Caun de GibeUn i M. Palier de Bolleoi. m mars (communiquie pu 11. le Pilleur Ch. Froi»rd, de Ulle],
(s) ft qui, iku[ ce geai païaage, ue mirlte pis da l'èlre (Collection Ujujetle i ManlAt). Ella eit datée da t mari iiit,
(4) Nous MOU emre les maim U copie d'une leure de tèUdU-
ftÉTUIOH ET RIÊHABILITATIOIV 275
cause, étaieot au nombre de quarante. On comptait parmi eux quatorze intendants de provinces. Ils examinèrent l'affaire dans le plus grand détail, en six séances de quatre heures chacune, sauf la dernière qui dura plusda double. L'arrêt fut rendu à l'unanimité le 9 mars 1765, trois ans, jour pour jour, après l'arrêt de mort de Jean Galas (1).
Le jugement fiit immédiatement imprimé à l'Imprimerie Royale et publié en tous formats.
« Les Maîtres des Requêtes ordinaires de l'HAtel an Roi, jofies souverains en cette partie, tous les cpiartiersassemblés.., • OBI déchargé et déchargent Anne Rose Gabibel, Jean Pierre Galas, Alexandre-François Goalbert Lavaysse et Jeanne Vigûère de raocusatiim intentée contr'eux, ordonnent que leurs écrons seront rayés et biffés de tous registres oh ils se trouveront inscrits, etc. Déchargent pareillement la mémoire de Jean Galas de l'accusation contre lui intentée, ordonnent que son écrou sera rayé et biffé, etc. , k quoi faire tous grefliers, cottderges et* geôliers seront contraints, mène pat' corps ;
lions emphatiques adressée à M"* Salas par le Lieutenant général du ^ef au moment où elle sortit de prison. Nous en citerons nue leule' pbvase qai est un hommage A la piôlé'et à' la forcené earactëre de la pauvre veuve : « Le Dieu que nous adorons et qui pénètre les cœur», vous a Tourni des moyens de consolation, dans la- fermeté de votre Ime et la résignation à sa sainte volonté: » Cet officier offre ensuite à M** Calas de lui envoyer = un eitrait= qu'il a fiait de la procédure.
(i) Orimm (Corr. litt., 25 mars) juge sévèrement cette côïneidence toute factice.. • « L'arrêt des requêtes de l*Hôtél au -Souverain, a été rendu le même jour et à la même heure où Galas est mort dans les tourments du supplice, il y a trois ans. Rien ne m'a Tait anlant de peine que cette puérilité solennelle dans une cause de celte espèce; elle m'a Tait éprouver une horreur dont il serait dif» ficile de rendre compte : il me semble voir des enfants qui jouent avec des poignards et les instruments du bourreau. »
comme uuïsi ^ inscrire h- prient jugement ëd uar^e des dllâ
Les accusés et tous les enfaots de Jeau Calas avaient demandé l'autorisation rfep-en(/re à partie et dommagesintérêts les magialrals qui avaient rondamné W moj-t un innocent maintenant réhabilité. Sur ce point grave et Irès-délicat , les nouveaux juges n les ont renvoyés et renvoient à se pourvoir ainsi qu'ils aviseront. ■>
Un des Maîtres des Requêtes, M. Fargès, était d'a\1s de pousser beaucoup plus tolu ia rigueur contre les premiers juges. Quand vint son tour d'opiner, ii dit qu'il l'allait (( faire rendre compte au Parlement de Toulouse (le sa conduite inique et barbare. » Jt persista, quoique d'Aguesseau l' engageât à retirer ce qu'il y avait de trop fort dans ses paroles.
Enfin les Calas avaient obtenu justice, une justice bien tardive, mais aussi f-nlière et aussi éclatante que les lioumies peuvent la rendre, quand ils ont Û16 ce que Dieu seul donne, la vie (1).
On devine avec quels transports Voltaire reçut la grande nouvelle. Nous retrouvons, dans ce moment si émouvant, le vieux philosophe attendant et bienlât dévorant les lettres avec Donat, celui des enfants Calas qu'il aimait le plus. Il répond à son Mêle ami et collaborateur d' Arpentai :
tJa petit Calas était avec moi quand je reçus votre lettre et celle de U"* Calas, et ceUed'Ëlie, et tant d'autres : nous ver-
(t)n Tonte l'Europe en csl instruile par ce coarrler, m éeril Court de Gebelin i M. folier de BolteoB, pioteiseur à Laauime, Il eu hil part en mCfflp lempa à U. de Végobre i OenèTe, 1 M. Bertrand * Berne, a M. OBtervBlddNeuchllel, elr. (LeUrei inéd. conun. par M, le pasteur Ch. Froiiard, de LlUe,)
ninSIOR ET RéHABIUTATIOR 277
sions des lannes d'attendrissement, le petit Galas et moi. Mes ▼ieux yeux en fournissaient autant que les siens ; nous étouffions, mes chers anges.
Bientôt l'impatience le reprit ; il restait à accomplir un genre de réparation beaucoup moins glorieux, mais aussi nécessaire. Nous prouverons que M"** Galas était ruinée. Les sommes considérables souscrites pour elle en France, en Suisse, en Angleterre, et auxquelles des souverains avaient contribué, avaient à peine suffi aux frais éncHmes des cinq procès, aux voyages indispensables de tous les membres de la famille, et à faire vivre la pauvre veuve avec ses filles. Il ne fallait pas qu'U restât, des injustices qu'elles avaient subies, outre un deuil qui ne pouvait se réparer, une misère honteuse pour la nation, et qu'il était facile de prévenir. Voltaire s'alarma de ne pas voir aussitôt un don royal assurer l'existence de cette malheureuse victime des erreurs judiciaires. Il s'en plaint à Damilaville avec sa verve ordinaire (27 mars 1765) :
« La reine a bu, dit-on^ k sa santé, mais ne lui a point donné de quoi boire. »
Le mot est trivial; mais la plainte aurait été juste, si l'on eût tardé à y pourvoir.
Les nouveaux juges ne crurent pas avoir achevé leur tâche. Ils écrivirent en corps au vice-chancelier Maupeou (1) la lettre suivante (2) :
(1) René-Charles de Maupeoii devint garde des sceaux et vicedkancelier on i7dt, chancelier en 47 68 et fut le père du Tameux chancelier de Maupeou^ qui lutta contre les parlements.
(2) GommuDiquée par M"* Du voisin née Anne Calas à M. Charles Goquerel* (AnnaUt protestantes, p. 155 suiv.)
tfons avoiis rempli notre defoîr comme joges en d£clMi^èuit b tenre de Jean (^las, son fils, LarayssC, Jeanne Vigaitfie, À Iftménoire de Jean Calas, lie l'accusation intentée contre cm;
mais nous pensous que cette qualité nous impose encore l'obligation de TOUS prier de faire passer les vœux de la Compagnie josqu'au pied du trâne de Sa Majesté. Nons n'avons pu réparer qn'imparraitemeotle malheur des accusés, et en rendant ^ Jean Calas son innocence, nous ne pouvons lui rendre la vie, ni unjiëre ïi une famille nombreuse, ni un mari h une veuve désoUe. Les suites de cet arrêt terrible, cassé par le Conseil sur la forme, et détruit aujourd'hui sur le Tond, ont causé des perles irréparables ii sa femme et a ses enfanls ; leur fortune m. ttÊtkmatat-Mmitt. 'CoMMiM «ïttaiadfuiw m^^^iMi- 'liaeBi^De-harTeftMeTaitqwileBflQlijRarilesiïdéai, OiMr 9«M«pwi4'««tnMedew«ii*lAi.iaBitùidcs Mm» HSmif^
Bon cœur}»temei sera toncbé sans doute de leor ûtôâtion. Sa Majesté n'a pas de si)(etB pWdigneB d'eiinter sa'^tlé, pbîé^ qu'elle n'en a pas de plus malbenreui:
Nana osons espérer, iMooaeigneur, que cette dévaicke sera favorablement accueillie, et nous en regarderons le sncoës oowine Je témoignée le plusQatteurdela satisfaction de Sa Haiesté.
Lorê de l'exàAen'dé la ^VocMurÉ'; tant "dés ca'^HoiiHs ' que da parlement de Toubuse, nous avons' TeiiiMqué coÎ!^AA«a"l*iiyà^ 4^!|«rfl»(IM«,dociion fait'la'Ii^étBre9Dx'të««fBS,'tMt£^ que itorionWlDce ne^le tolère <^ p«uv iAt»1«^ Jé« adètaMa, poumit être dangereux et abu^f. Neus avota iîhapneBir de vous adresser un mémoire particulier sur cet objet. Nous estimons qu'il peut mériter l'atten^on du Conseil et la vôtre ; nous ne pourrons qoe nous en rapporter avec «onfiance aux nu$eas que votre sagesse mus sugg^^ra pour faire «xaminer mue question délicate, et qui peut intéresser l'ordre juAeùîre, en matière criminelle.
RÉPONSE DU VIGE"*GHàNCEUER.
Messieurs,
J'ai mis sous les yeux du roi la lettre que vous m'avez écrite en faveur de la dame et des enfants Galas ; il était digne de votre sagesse et de votre humanité, de faire porter au pied du trône des vœux empressés pour cette malheureuse famille. Vous êtes les plus sûres garanties de son innocence, et vous connaissez leur désastre. A ce double titre, votre voix ne pouvait que produire la plus vive impression sur le cœur de Sa- Majesté, qui a vu avec plaisir l'expression de votre zMe et de vos généreux efforts pour ces infortunés. Jouissez 4e la satis^ faction que doit vous donner le succès de votre demande. Le roi» dont l'âme estsensih^ à la justice et au malheur, a bien voulu jeter sur eux un regard favorable ; il a accordé à la veuve Galas une gratification de 12,000 fr., 6,000 fr. à chacune de ses filles, 3,000 fr. à ses fils, 3,000 fr. k la servante, et 6,000 h* pour les frais de voyage et de procédure.
Si la Justice que vous avez rendue aux Galas n'excitait pas leur reconnaissance, du moins les bienfaits que vous avez su leur procurer doivent opérer ce sentiment dans leur cœur d'une manière ineffaçable.
D'après les Mémoires du temps {Grimm, 25 mars; Baehaumontyt. 2, p. 190), les Maîtres des Requêtes demandèrent également au roi d'interdire à Toulouse la procession du 17 mai* Nous n'avons pas trouvé la trace officielle de cet acte, dont la hardiesse sembla intempestive et exagérée aux protestants du Languedoc. On écrivait à Paul Babaut. u Vouloir d'un seul coup faire réformer ce dernier arrêt et abolir une pratique qui, quoique abusive et condamnable, est le fantôme chéri d'un peuple superstitieux, c'est, ce me semble, trop en-
9M I lHlitMl 1
trepraidre et riflqoer de ne rien obtenir. H me semble ^ entendre les antenrs de l'apothéose de Marc-Antome Galas s'écrier dans les cabinets des juges et aux oreilles de leurs pénitents : Totil est perdu pour la religion ; on veot noD-senlement nous Aler notre martyr pour le traîner siu- nne honteuse claie, mais on veut encore anéantir nos plus 3airit>'s m^n^iuonies et rnodre inutiles ks.ipdnlgences (pie le Saint-Père accorde h cette occafflOB. Je ne doute pas qu'on tienne ce langage !t Tou-
Iaa»s(l).»
Le Tïce-chaacelier IIaiq>eou manda H"^ Calas et ses compagnims d'infortune; il leur annonça hii-mâme les dons du roi. Dansunelettre encore inédite (2), ^e de ' Beaumont rendît compte h Voltaire de leur raib^ne sreê H. de Hadpeou k cette occasion ; iïs le consulterait sur «ne question difficile Bur laquelle personne n'osait se prononcer : leur serait-il permis de poursuivre à leur tour les juges deToulouseTOn leur avait dit que si le roi leur accordait une gratification, c'était pour éviter qu'ils prissent à partie le Parlement qui les avait jetés dans l'indigence en même temps que dans le deuil :
Aprësles premiers remerciemenEiiUluidemandëreiit si S. H. leur dèfenttait par h. la prise il partie. M. le Vice-ChaDceber leur répondit ; vous avés de boas Couseils ; consultez les et bites ce qu'ils tous diront. Cette réponse a cela de bon qu'elle n'aDDoncenulleineaiquelapriseà partie déplaise au roi comme les Toulousains d'ici l'avaient répandu d'abord. Ou doute néanmoins qu'elle puisse aToir lieu si les esprits des magistrats du Conseil ne sont un peu ranimés, laaUi molu M de punirpanni
{t)Sgl. duDiiert, t. X, p. 311- {n) CoUeciioD Lajuiatte, de Nantes,
RÉVISION ET RIÊBABILITATION 281
nons desprévaiicateuTS dont les charges excèdent 40000 livres. Le dernier résultat de l'assemblée tenue chés M. d'Argental le mercredi 3 avril a été que pour être conséquent et raisonnable il fallait aussi prendre à partie les 13 juges de la Tournelle, plus coupables encore que les capitouls puisqu'ils étaient préposés par la loi pour les rectifier. Pour cela il faut la permission du Conseil et Ton craint fort que ces petits rois plébéiens ne paraissent assez puissans pour que, par une faiblesse honorée du nom de politique, on refuse de la permettre; on dit même qu'ils font k Toulouse la bonne contenance de vouloir faire imprimer la procédure, et qu'ils ont rendu arrêt portant défense d'afficher notre jugement d'absolution. Mais ce dernier fait n'est pas confirmé. On pense qu'il n'y a que des défenses verbales, qui après tout produiront le même effet.
Cette remarque est exacte, car les dispositions de l'arrêt d'après lesquelles l'écrou des Calas et leurs sentences doivent être biffés, et le jugement définitif transcrit en marge, n'ont jamais été exécutées. La Sœur A.-J. Fraisse raconte aussi à M"' Calas que le Parlement s'assemble en secret et que ces Messieurs ont cherché quelque moyen de protester contre le jugement des Requêtes, mais n'en ont pas trouvé. Elle rapporte également qu'ils annoncent qu'ils publieront la procédure; mais elle ajoute : Je réponds qu'ils s'en garderont bien. (1)
Voltaire, toujours habile, ne cessa de recommander aux Galas une grande prudence quant à la question de la prise à partie (2^). Une démarche inconsidérée pouvait, non pas compromettre lavictoireobtenue, mais don- Ci) Lettre XVIII.
(2) Lettres à DamilaviUe, i*' et 5 avril; à d'Argcntal, i" avril. Voir aussi une lettre de Voltaire à Debrus, lue à la Convention par le député Bézard. (Moniteur du 23 pluviôse an II). Cette lettre a été insérée dans le Recueil Cayrol, ti° 43 5.
2V2 nËVISIOn BT RÊRtULITATION
Ber dans l'opiniou quelque avauUge au Purlemeal. 11 ne fallait, en tout cas, tenter ce dernier coup que si Tou élait sur d'y réussir (1).
Nous pensons qu'il avait raison, que c'était juger la situation avec une sage modération et un tact trfes-sùr. Il fallait que Jean Calas fût réhabilité, inâs non vengé, que tout le monde eût horreur de la funeste prévention de ses juges et que nul ne fût tenté de les plaindre. Ils s'étaient trompés par excès de prévention, mais en se croyant justes : leur seul châtiment devait être de se voir couvûncus d'injustice et de cruauté au tribunal de l'opinion universelle (2).
Grinuu s'indignait de ce que la poursuite contre les Gapitouls et le Parlement n'était pas faite aux frais de l'Etat et au nom du Roi. Il prouvait clairement que N"*' Calas ae poovsit H;'«a ck)ffger :
On permet J^ien àcette malbenreuse famille de preulre ses jugesï partie; mais je ne vois pour elle dans cette pennission
(0 U'aulres les y pouDèrenl et La Bemimelle rédiges eu ce lena au loug Hfmoire, dcetiné 1 la pubUelli', mail qal'aa parut polnL Ce travail eiiske nntrs les maina ie M. Ausliib*! al wiaai, meia moins complaL, dans la CollecLloa de U** de La Beaumelle. Ce U4moire reaFerme dua Talis et de> argumeala qili ne sonl pu mus valeOr. Il en a laisaA une antre ridacAon inachevAr, iona ta titre de ■ LeUiea i M... , MaKre des Bequtlea, nn dea jugea de Caktt u
(3) Ce Benlimenl a été eiprlmA avec inergie dana une épigramme popalalre où Tiui irourera une alluiion à un incident dit procèa que nom aToaa rapparié, p, m, '
CONTaE HONIISUB Dt BONRaPEÀD
Frflrarwir ginéTat dit toi à IbuIouM
Faut-Il dDDC qae l'urBE nmiTtni
Ta fua« -torabar an stui»^ F
GoiuDlMol. tber Bi>iinH*ii ■ Lu Calaaont poui aaz U Lvula et TEuropt, Uib n'ag-lB pai pour hd parU et b iraiiRna 1
B^yi&lOll ET BÉHABlUTATlQlf 2^
(pie des défenses effirayantes, et peut être sa ruine entière. C'était au mûûstère pQbik à poursuivre les assassins de Jean Gabs : U cause de cet infortuné est celle de tous les citoyens. Si la Yengeanœ publique se tait en faveur de ces hommes abominables, s'ils sont devenus inattaquables pour avoir acheté un ofl&cede oonseiUer au parlement, comment une famille informulée, épyisée de moyens et de courage, réussirait-elle à se procHieTy à toKB de poursuite et de dépense, une satisfaction ^*il serait de la plus étroite obligation du gouvernement de lui faire doimer de la manière la plus éclatante ? Après l'assassinat juridique de ce père de famille, le domaine s'est emparé de smrttea, eonmcoMifisqué au profit du roi et a dissipé le pairiaomede k yeuveet de l'orpbelin. ^ Les frais du procès seul, JMftfttP j0«r du jugement souverain, ont monté à plus de cia- (fÊÊikVê BÎUe Ift^ses, feornies par la bienfaisance publique. Il en. Qoateca un ar^nt immense à cette famille déplorable pour faire signiÇp ce jugement à tous les greffes ; il lui en coûtera surtout pour le faire signifier au parlement de Toulouse ; l'huissier qui se chargera de cette commission épineuse se fera payer ï proportion des risques qu'il court (!}•
Le silence de ce corps, son opposition muette ct'obs^ tinée, délibérée en assemblée secrète le 20* mars (2), inspiraient à Voltaire de Tindignation et du mépris. Il exprime ce sentiment dans mie lettre au marquis d*Argence de Dirac où il se réjouit, à juste titre, des adoucissements que la sympathie publique pour les Galas apporta peu h peu au sort des protestants français encore pen^ctités.
(1) Gorr. UlU, 2i Mai.
(2)Lettref i Devras du 7, avril (Cayrol); à Argenlal, du S , à Damilaville, du i.
D'après le Mémoire inédit de La Beaumelle, on chargea le Pré&ident de Niquet d'écrire au Ministre pour sauver, s'il étail possible, les hrieb inlendils ei la procession du 17 mai.
R^VISIOTT ET RÉIIABILITlTIOIf
S'il croit (le Parli^ment) nvoir bien jiigô les Calas, il doit publier la procédure pour Lïcher de se jnstirier i s'il sent qa'Û s'est trompé, il doit réparer son injustice ou du moins erreur ; il n'a fait ni l'un ni l'autre et iroilS le cas où c'est II! plus ini^œe des partis de n'en prendre aucun.
On me mande de l^nguedoc que cette (blalc- aventure a fait beaucoup de bien & ees pauvres huguenots et que depai& ce temps lï on n'a envoyé personne aux galères pour avoir piiè Dieu en pleine rjimpagne en vers français aussi mauvais q nos psaumes tatinïi. (12oct, 176o.)
Plus d'une fois Voltaire reçuU' expression de larecon-' naissance de ces litiguenols, qui depuis trois cenls ans étaient en butte à tanl de rigueurs et à tant de calomnies. Aussi, en voyant le roi lui-même reconnaître par ses dons l'injustice de la sentence prononcée contre Galas et la fausselé de l'abominable accusation portée contre tous leurs coreligionnaires, la joie fut très-vive parmi eus. Il y avait un siècle et plus qu'ils n'avaient reçu du pouvoir royal que des lois de sang et de persécution. Aussi Voltaire exagère h peine quand il dit de Louis XV en ce moment :
Tous les protestants sont prêts ï mourir pour son servicp. Il faut bien peu de chose aux grands de ce monde pour ins-
jûrer l'amour ou la Laine (1),
Mais nous avons de cette joie des Eglises réformées un témoin d'aulaot plus sûr qu'il est plus malveillant ; le comte de Saint- Florenliu. Persécutpur secret des Calas, il fut blessé du irioniphe qu'ils remportèrent devant la justice du pays et plus encore peut-être du se-
RiTISIOlf ET RÉHABILITATION 285
coars qu'ils reçurent du roi. Il écrivit à ce sujet une lettre caractéristique h son collèprue dans le miolstère, le Gontrôleur-général de Laverdy (1). Nous y voyons que le malheureux Louis Galas, toujours cupide, n'avait pu se résigner à être seul excepté des munificences royales, auxquelles il n'avait aucun droit. 11 n'avait souffert ni prison ni bannissement, et tout nous prouve qu'il avait contribué à attirer ce long déluge de maux sur sa famille, par son abjuration, intéressée ou non, par ses paroles inconsidérées au sujet de ses frères, par la faiblesse honteuse de ses premières réponses aux Pénitents blancs, quand ils lui offrirent un service pour le repos de l'âme de Marc- Antoine, et par une foule d'inconséquences ou de lâchetés.
En voyant sa famille recevoir un don royal» il crut le moment favorable pour obtenir l'augmentation d'une pension de 100 livres que lui payait l'État (2). Le comte de Saint-Florentin demande plus pour lui ; ce puissant solliciteur veut qu'il entre en partage des 36,000 fr., à moins qu'on ne lui accorde un don particulier, plus considérable que ne le serait sa part. 11 ne faut pas que le seul catholique de la famille soit excepté de la munificence du roi (3), les protestants en triompheraient. Déjà ils répandent que le roi est décidé pour la tolérance.
(i) Voir Corr. de SainUFlor. XXVIII.
(2) Probablement poar remplacer celle que son père lai avait payée tant qu'il avait vécu.
(s) Il paraît que M. de Salnl-Floreulin réussit dans sa demande; il ne pouvait guère en être autrement. Grimm raconte dans sa Correspondance du 1 5 novembre 17 6 5, que Louis vient d'obtenir une gratification de i,000 écus « pour l'empêcher de se repentir de sa conversion. » II attribue cette faveur à l'influence du clergé. La tœor FraisBO eu parle aussi i M"* Calas dans sa lettre XX.
r REUABILITATIOH
CI L'inaction où nous sommes, faute de troupes, eu Lan'^ guedoc et dans la plupart des provinces infectées del'hérésie, ne le leur persuade déjîi que trop. »
Ainsi donc, à Versailles en 1765,1e principal miaislrede Louis XV regrettait les dragonnades et l'écrivait de sa main, dans l'intimité d'une lettre de collègue à collègue.
Honneur et reconnaissance àVoUairepour avoir luttéseul contre une si affreuse intolérance, si puissante en^ core, et pour l'avoir vaincue. Honneur et reconnaissance 'à Jean Calas, dont le saag, liéroïquement versé dans delentes tortures, a lavé delà plus abominable calomnie, ses frères en ia foi, et leur a assuré de nouveaik le respect et les sympathies du monde.