‹ Jean Calas et sa familleChapitre 47 sur 100 · DERNIERS EVENEMENTS · texte numérisé non relu

DERNIERS EVENEMENTS

Paii?r<9té de libne, CalàB. — L'Estampe. — Nonvelle calomiûe et nàùVéllé réponse de Vigoiôre. — H^e Calas à Fentey. — Obsèques de Voltaire au Panthéon. — Louis .^ sesscinrs devant la Convention. — Fin de M"» Galas, de ses fll9, de LâTaysse et de David.

La ytfrlt^ lort da nnage de la yraisemblance, mais eUa en jort trop tard; le sang de rinnocent demande rengeance contre la prévention de son juge, et le ma^trat eat réduit à pleurer toute sa vie un malheur que son repentir ne peut réparer.

D*A0USS8SAI7.

(16* norenrlale.)

On lit dans nn des joamaux du temps que M. de B&cqaencourt, le rapporteur du procès, se rendit, peu de jours après la sentence, chez M*"' Galas, et lui remit une somme considérable en or. Gomme elle demandait à (pn elle «1 avait l'obligation :

« Je sais chargé, madame, lui a-t-il répondu, de vous de- Dunder comme une grâce de ne point prendre la peine de vous cftiB^Mnaer. »

Ce don, offert avec tant de respect et de tact, n'était

DERNIERS ÉVÉNEUENTB

nullement superQu ; il faudrait n'avoir auciioe idée de lu justice d'alors pour croire que les 36,000 francs du roi n'étaient paa épuisés, malgrfi tout ce que Voltaire avait payé aux avocats, par cinq procès successifs et trois années de voyages ou de sollicitations de toute ure famille.

La position de la famille Galas était en effet déplorable. Voici ce qu'il était advenu de leur très-modeste fortune, déjà fort diminuée , si ce n'est compromise par l'é-

t de gêne où se trouvait, à celte époque, le commerce

ns le midi delà France (1).

rianiiiu le ^ 3 oct"!"* 1 761 jusqu'au supplice de Calas,

le mobilier, les marclian-

loui c. la maison, fut laissé sans

Qvbuiaire ni sceii< ila garde de vinglsoldats, c'est-

a-dim k peu près au piUage (2).

Mais h peine le martyr avait expiré, on se précipita de tous cfttés sur ce qu'il laissait, connue sur ime proie qu'on pouvait librement se disputer. Il y eut conflit entre les autorités et les créanciers. Le jour même de l'exécution, pour assurer la confiscation des deus tiers prononcée àans l'arrêt de mort, outre l'amende et les dépenses, le receveur général des domaines et bois à Toulouse, M. G. de Melle, requit la pose des scellés sur les effets et marchandises du supplicié. En même temps les

(1) Lei déUiU qui auiïenl aonl tirés des pièces qui te trouveal aui Archiies durarlcmenl dToulauee, de la correipabduice de t'inlendBDl du Limeuedoc avec le mmisLre , avec son Bubdélégué à ToDlause el arec le direcleur de la régie (Archivia de UuDtpellier), ■lui que du rapport lu par Is dépoté Btisrd 1 la ConteulloD.

(2) D'après Court de Gebelin, d^B le lendemain del'airenailga, LouioCalasDl des démarches pou roblenir quels coniinusiion du cornfnem de lou père lui lui l^galimeuL cuiiUée. Il ii') tiutaii pu.

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fermiers de la Régie demandèrent, par une réquête en forme, d'être autorisés à saisir ses biens. Une déclaration de 1729 les y autorisait, mais à Fégard des religionnaires fugitifs. Ce n'était pas le cas, et ils n'obtinrent point la saisie qu'ils demandaient. D'un autre côté, le 19 mars, les créanciers de Calas, c'est-à-dire les négodants avec lesquels il était en affaires, réclamèrent leurs droits. Aussitôt les Gapitouls intervinrent pour exiger le paiement des frais de garde, à vingt hommes par jour, pendant cinq mois.

Qu'était cependant cette fortune sur laquelle tant de prétentions se faisaient jour? Voici ce qu'en écrit le subdélégué Amblard (28 avril 1762):

Les biens du S' Calas ne consistent qu*en marchandises et en meubles... Le négociant même qui a procédé à l'inventaire m'a assuré que leur valeur n'était que de 80,000 livres qui se trouTaient absorbées par les frais de justice, les dettes et par la dot de la femme. Ce nég' m'a même ajouté que les créanciers avaient formé opposition au scellé mis k la requête du fermier du domaine, afin d'éviter s'ils le peuvent que les biens soient vendus d'autorité de justice, ce qui augmenterait d'autant plus les firais et rendrait leur perte plus considérable ; mais leurs vues sont, si l'opposiUon est reçue, de les faire vendre amiablement et d'en prendre chacun au prorata de leurs créances (i).

(0 Le I teptembre it6S, les créancierâ de Galas obtinrent un arrêt qui constata leurs droits et les intérêts des sommes qai lear étaient daes. Cette pièce se trouve aux Archives du Parlement i Toulonae. M** Galas figure sur la liste des créanciers (immédiatement après le boulanger qui est inscrit le premier); il lui était dû 16,000 livres poursadot, 944 livres d'intérêts échus et 7 00 livres de doaaire annuel. On lui reconnut en outre une créancede 9, 4 4 olivres, et 76 livres d'intérêts, à réclamer après paiement de tous les autres réchmants. SO livres étaient dues à Jeanne Vignicr pour ses gages

SM DKRKItnS i?ilIBKE1fTE

Il esl ccrlaiii que M"" Calas se trouva dans U posîtiou la |ilua dîQicile, malgré ce qu'elle recouvra îles débris de son aisauce passée. Dès qu'elle eut quelques res- 80urc«3, elle s'occupa avec activité, comme le mODlreut »âs lettres fa Caidag, de payer tous ses créauciers et entre autres, de rembowser k ce dernier, il son neveu et aux weurs Mai'tiguac et Borel, les avances qu'ils lui avaient ftûles et les secours d'amis, dont ses filles avaient subsûté, pendant les ciuq mois d'emprisounement de leurs parents (I).

Depuis longtemps les amis de M*"' Calas à Parti ftvaieiil été forcés de songer k lui créer des ressources et s'étaient air^ti^s ii un plan qui, sans porter aucune atr leiute à la dignité de la veuve et de sa famille, fournissait un prétexte très-convenable h, des souscriptions ' devenues nécessaiies. Crimui en rendit compte avec trop d'emphase, mais avec un lèle dévoué, dans sa Corrajwnrimce UtténindniB avril 1769, tmmédiatmeat Kprèa la réhabilitation de Galas.

IL de Cinnantelle (S) lecteur de H. le duc de ChaHres, tau Mn «n Mtdénùtden proEbnd, desûne net betuomp d'agio

d'UD iD. Le piuird* U nuisoa >e monuil en loul i 1»,%t» litres Qituii 1 l'sRiir, <1 piraU itae dui l')[tter*«}iï da 1 5 octobre in ■• in»n, bien dei laLeun araicDl disparu, ci beaucoup d'objeu ivaicDI tli tRaréi, détruiM ou dérobéi. Il par&lt aassi qu'une iodiidp de 3,l)>e rniui ippirtemnl >ui deui jeuses fiUet isur fui reiliioAt, û'MfTémamotitiLittmdt ItS' Fraûu, a' \Ul.ia oci. iitl.

(1) Noni regreUoi» tiibiikiiI de Irouver parmi Ici créinden le* plua eitgoDU l'aiactt Sudre. ■ Il veut me run^oaner, écrit-^Ile le 11 DoTembre liel ; el quaf qu'il a été bien pajé, il ms denuade encore. plat de huit cenu liTret. Si ie l'en crojaii, il eontondreit IDui ce qui pent ne reienir. »

^a}On verre qu'il ■'■(il de ta irevureque nouiitoiM bit réduire

DniinRs ÉTÈfftMtnrB 291

ment et de fadlhè ; H sait surtont saisir, avec la ressemblance, l'esprit et le caraolëre d'une 6gure, et c'est ce qni soflt li notre pn^. H a fidtle tableau de tonte la famiUe Galas (1).

n les r^résenta réunis à la Conciergerie où ils durai 86 (XMistitaar {Mîsonniers pour attendre Tarrét des Maîtres dea Requôtes. M"^ Calas est assise avec sa fille aînée k soa côté; Nanette est debout derrière elle, mais ne ressemble guère à une Vierge du Guide, quoi qu'en dise le baron de Grimm, enthousiaste de sa grâce et de sa beauté. Jeanne, debout, auprès de sa maîtresse, écoute la lecture que leur fait Gaubert Lavaysse du der^ nier Mémoire écrit pour lair défense par Ëlie de Beau-* mont Pierre, vêtu de deuil comme ses sœurs et sa mère, lit par-dessus l'épaule de son ami. On fit graver par la Fosse le dessin de Carmontelle, et la planche fut offerte à W^ Calas. On obtint pour celte gravure le privilège du roi et l'on publia un prospectus sous le titre de : Prafet de souscription pour une Estampe tragique et

poar la placer en lète de ce volame. La réduction obtenue par la méthode kélieflpraphiqae ou photographie sur acier, et terminée par PhabUe burin de M. Rifaut, a rendu très-eiactement la reatemblance' 4m iix portraits. Ce sont bien des portraits en effet , et Testampe l|iire à ce titre dans le catalogue des PortraiUdes Pranfoiê ittu8tr§s» [BSUhthèqiiê hiêtarique de$ Français, par le P. Le Long et Fontette.)

(i) La Beanmelle fit les vers suivants pour être mis an bas de l'estampe. Ils ont été imprimés sur une bande qui se trouve sur quelqQes exemplaires :

Tranquille, en nn cachot attendre sa sentence. Par des arrêts de sang n'être pas abattu, Ceft plaider pour Calas arec pins d'ëloqnence Qne Torateur sublime armé pour sa défense, n n'appartient qult la vertn De demander des fers pour venger rinnocenee.

Vorateur suMime est Elle de Beanmont.

SftS DERNIEAS ÉVÉNEUENTS

mo)-ak (1). Un notaire fut chargé de recevoir les foQiis, L'exemplaire coiitait un écu de 6 livres.

Vollaire applaudit à ce projet, et souscrivit aussitôt pour douze exemplaires (2). 11 en parle souvent dans ses lettres, ([uelquefois pour critîquerle dessin; mais quand il reçut l'estampe, il baisa au travers du verre les figures de H'"" Calas et de ses fllles, puis il la suspendit au chevet de son lit, h la place où les catholiques mettent un bénitier ou un crucifix. Elle y demeura toute sa vie ; el on peut l'y voii- représenlée dans les gravures indignées à la Bibliogi'apliie, sous le n- 108. Cette estampe, dont Vollaire parle avec tant de joie, excita le même enthousiasme au couvent de la Visitation. La sœur Fraisse, comme lui, l'altendit avec une vive impatience, la recul avec les mêmes li'ansports, la regardait souvent avec une profonde et douce émolion el la monlrnit avec empressement à ses compagnes (3).

Les marée haies duchesses de Luxembourg et de Mirepoix, la duchesse d'Enville, la princesse de Turenne, la duchesse douairière d'Aiguillon, se firent inscrire en

(1) Voir Bibliographie ii° 4ï Kl pour l'cilampe p° lOS.

(1) L«Urc i Damllsvlllf, 1» avril ii«s.

11 eal l'idée asaez élringe d'njoulcr A Ja composilion d« CarmoDlelll 11 ftgate charmoale de Donal, loliicitaDt 1 la parle de la prison Bnprèe d'un conicillcr du Parlemenl, U prélendail que la douce el purs phjriionomie ii m enfant aiderai! i persuader lei juge* de l'innocence de >a famille et intéresi^rail le public. Dans celte peDlte il Bt Caire dcui [oia le porlrail de Uonnl el se plaignait beaucoup du peintre Uuber , qui, en vouknl donner d eon jcutic modèle une eipreaaiou de douleur et d'altcndrlssemcnl, avnit laisBé échapper la reiaetnblance. 11 cuvoia cependant celte peinture iaea amii de Pirii, qui eurent le bon esprit de ne pas earcharger ainsi le projet priisitil. (Lettres du l t mars 1 Argental; du 30 et il mai t DamilaiiÙe, etc. )

(3) Voir lettre 33 et aulvantea.

DERNIERS éviMEafENtS 293

tête de la liste. M~» d'Enville envoya cinquante iouis pour un exemplaire. Le duc de Ghoiseul en donna cent pour deux exemplaires. Quelques princesses protestantes d'Allemagne avaient déjà souscrit et Ton attendait un grand succès de cette œuvre de charité également honorable pour tous, lorsque tout à coup la vente de l'estampe fut arrêtée par ordre supérieur.

Nous laisserons à la plume de Grimm le récit de cet incroyable réveil de l'intolérance :

La souscription pour l'estampe de la famille Galas au profit des infortunés qui ont sunrécu k ces désastres, a été accueillie du public avec la chaleur et l'intérêt dont l'humanité et la compassion la plus juste lui faisait une loi ; mais le sort qu'elle vient d'éprouver k Paris paraîtra incroyable, même k ceux qui connaissent le mieux les fureurs du fanatisme. A peine le projet de souscription, muni du sceau et de l'approbation de la police, favorisé par les noms les plus illustres de la France, était-il devenu public, que quelques conseillers de Pariement en ont été choqués, et qu'on a exigé du lieutenant de police de faire suspendre la souscription. Un des premiers magistrats du royaume a motivé la nécessité de cette suspension parles trois raisons suivantes : \° parce que M. de Voltaire paraissait-être le premier instigateur de cette souscription ; ^ parce que l'estampe était un monument injurieux au Parlement de Toulouse ; 3** parce que ce serait faire du bien à des protestants. Il ne faut se permettre aucun commentaire 'SUT ces trois raisons ; car il est évident que ces messieurs veu- . lent se conserver le droit de rouer les innocents ; mais il n'est pas moins incompréhensible qu'on ose empêcher la nation de suivre l'exemple de bonté que son roi lui a donné> et que, pour . éviter un dégoût ^ sept ou huit officiers coupables d'un Parlement, on ose priver d'un secours nécessaire des innocents qui ont été si cruellement outragés, auxquels le roi a fait rendre justice par un jugement souverain rendu par près décent juges,

39A DERHIERB ÉVéltEHBSTB

■I>rèsr>*xaiDenlr plus rlgoureuï.et que Sa Majesté a enfinjugés digues de ses bienfaits. On n'a pu metWe aueuoe forme ni judiciaire, ni esira-judiciaire i Mite défensit; car sous quel prétexte emjieclier la publiealion d'uae eaïampe pour laquellfl le roi a donné un privilège ù H" Calas, qui défend i tous ses snjetade la troubler dans le débit qu'elle jugera h propos d'en faire 7 C'est donc une violence arlûtraîre, et qui ne peut être jasiilîée par aucune loi ; ei c'est la magîatratnre qui se l'est perniiK «n celte occasion ! Si c'est là l'esprit public des pères de la patrie, qu'il doit paraître fatal et dèplomble ! On dît pourtunl qu'on Irouïewdes moyens pour faire lever cette suspension i mais ceuï qui n'ont pas eu assez de pudeur pour ne point ordonner une injustice aussi atroce, sauront bien la faira

...Il faut faire diTctsion aux réfleiions afDigeantes qui r^ul> lentde tous ces faits par un fait dont j'ai eu le bonheur i'ètre lénioin. La veille du jour que la suspension de la souscriplîoD a été ordonnée, André Souhert, maître maçon, arrive chei le notaire, " Est-ce ici, dit-il, qu'on souscrit pour madame Cabs? Je voudrais avoir quarante mille livres de rente pour les partager avec celte femme malheureuse ; mais je n'ai que mon travail et sept enrants â nourrir; donnez-moi une souscription: voilà mon écu. «

Cette défense, que nous soupçonooas fort le comte de Saint-Florentin d'avoir aciwrdée avec empressementauz sollicitations de la magistrature, fut levée, mais au bout de sept ou huit mois (1), et l'ignoble but de cette vengeance mesquine fut atteint; il n'en Tant pas tant pour que le zèle le plus général se refroidisse; la gravure fut moins répandue et la sonscription moins considérable qu'elle ne l'aurait été. (( L'injustice qu'on fai-

(OEnman t1tt{IHm9irn$tertUdt

DERNIERS iyiREMBHTS 295

sait à la famille des Galas de s'opposer an débit de son estampe était eoeore un toI maiàfeste, dit Voltaire (1).

n la recommanda avec instances à ses correspondants couronnés et antres (2). Nous ne savons s'O est vrai que rimp^ratrice de Russie envoya 5000 livres (S).

Deux ans phis tard, m 1767, l'alMre Galas fut mise de nouveau en question.

Od débite eu Langiiedoc (écrit encore Voltaire ^ Etie de Beaumont, le 26 mars 1767) que Jeanne Viguière est morte à Paris, od^e est en pleine santé (4), qu'ayant de moqrir elle a dédarè par devant notaire qu'elle avait été une sacrilège toute a vie, qa*elle av»t fieint pendant quarante ans d'être catbo» fique pour être l'espion des huguenots, qu'éRe avait aidé son naître et sa maîtresse ^ pendre leur Ils aîné, que les- protes-r tants de ce pa]^ avaient en effiet un bourreau secret, Mu k la plonfité des voix, lequel venait aider Isa pères et mères k tuer lenre enfants quand ils voulaient alli» ^ la Dresse, et (pie ostte diarge était la première dignité de la commuçioii prQte^ tante.

Hais cette calomnie absurde tourna contre ceux qui se l'étaient permise et qui Pavaient répandue jusque dans Paris, où Fréron est accusé de Favoir soutenue, leanne fit une Déclaration jvridique devant des témoins honorables et devant son confesseur, qui consentit à sanctionner cet acte par sa présence. Par ce nouveau témoignage, elle persévéra dans toutes ses

(0 A d*Alembert, 28 Âug.

(2) 4 ocu iColini, 3 janvier 1 7 87, etc., etc.

(S) Bachaumont.

(4) Ceci est inexact ; elle avait fWit un9 chute et s'était cassé la iimbe, ee qui donna lieu an bruit de sa mort, effrontémcni eiploité niiitftt contre set maîtres.

2dB DEnitlKflS ÉVÉNEUEMTS

assertions, et nia ce qu'elle avait loujours nié (1). Cette inébraniable persistance n'étonnera pas nos lecleurs, mais elle devrait surprendre prorondément ceux qui ;;' obstinent encore h mettre les Galas au rang des fanatiques et des assassins. Le fanatisme est un tait moral . connu; il s'est révélé au monde sous toutes les I ...ues; l'hisloireen arenducompte, et plus d'une fois i osophes, les moralistes l'ont discuté, étudié, anaïvit-on jamais quatre oucinqénergumènes, après

:^i„„i..„„prj.g,ij, -"es meurtres par fanatisme,

k,^ à la fois, si complètement .c .i.«„>ti.i .... u'en trouve plus trace dans la .'un seul d'entre eux î Le fanatisme ne se corrige .^i-e, ou, s'il se repent, c'est à sa manière, très-ca^ ristique et irÈs-distincte de tout autre repentir. Il Taire li la nature humaine qu'une bande d'assas- ■ zèle religieux redeviennent tout à coup des ussi calmes, aussi débonnaires que tous les autres, sans que leur vie ou leur mort les trahisse. Peulélre cela est-il possible pour des criminels poliliques, aprèsque les hommes, les institutions, les influeDces qui les avaient exaltés ont complètement disparu. Mais .comme la mort, le jugement. Dieu, sont toujours de- .vant nous, le crime commandé par un barbare fanatisme laisse toujours après lui ou le remords, ou l'in- , quiétude, ou unesauv^e et sombre satisfaction, et quelquefois ces divers sentiments tour à tour. Cela est surtout vrai quand il s'agit d'un acte qui devait révolter un

(l)C«lUi JX-diirultofl, ïDnolée par Voltaire, ae iroarc dan* pretqui touica lïa èdiUoiw do te» œuvre* i la auile dca pîècca qal canoir-

nent leaCalai. Voir Bibliographln, n" «t.

DERNIERS éYÉEEMENTS 297

des instincts les plus naturels et les plus vivaces de Tâme, tels que l'amour maternel. En Pierre Calas, en Lavaysse, c'est à peine si Ton trouve les indices de la piété même la plus vulgaire; et chez les plus croyants d'entre les accusés, la foi est ferme et paisible, sans aucune ap« parence d'exaltation.

Leurs divers caractères ne cessent de se montrer dans la suite de leur vie, avec le degré d'énergie qui appartient à chacun. Il suffira ici de quelques traits rapides. Mais leur défense et leur histoire seraient égalemait incomplètes si nous ne les montrions les mêmes jusqu'à la mort.

M"* Calas continua à vivre avec ses filles dans la ville o&elle avait trouvé accueil et respect, loin des lieux, affreux pour elle, qu'avait ensanglantés le martyre de celui dont elle porta le deuil tant qu'elle vécut. Lavaysse, qui avait trouvé de l'emploi dans une maison de commerce ou de banque, remplaça auprès d'elle, pendant les premières années, ses fils absents.

Le 22 novembre 1763, elle écrivait à Cazeing aîné ces lignes où se retrouve toute sa tendresse pour celui de ses enfants dont on l'accusait d'avoir souhaité la mort :

J'ay des bonnes nouvelles de mes iils de Genève; ils se porte bien et travaille beaucoup, il nan ait pas de même de LQim8;sa santé est misérable et il na point trouvé encore a ce placer. Les fond lui manque et son état est triste, je ne puis yous cacher que jen suis touchée.

Ses fils de Genève étaient Donat qui n'avait pas quitté cette ville, et Pierre qui y était retourné pour continuer les affaires de commerce qu'il y avait commencées. Voltaire s'inquiéta d'abord de le voir sortir de France. Il

SM URlnillS ÉVfiNBHEIfTB

rntlftnil qut- le Kouvernenieot français ne s'offensât de tt<l etil vnloiitairoqiii (^laîl encore inlerdit aux pro- Iviftuils: muN iHir^nnc n'en prit occasion ou prétexte )Hmr «Itwiwr les Gnlas. et dès le 1" juin Voltaire luim^uo écrivait h M. Hibotte :

l,fHtWv ft*n's Gains commeDcent il faire une petite fot^ lunp lUni op (isiTS.

A £iùviuii« il recommanda îi Colini, Pierre Ca-

.. en Allemagne. Le 28sep-

* ..v.os furent reçus bourgeois de

\r ri> Koi^. >»ir la recommandation du duc de

«ul.trwisiHisenu /*e/iYConseï/parM. Necker. Deux

Herre se maria (1).

) Muid Calas vit Voltaire pour la première il avec litiubcrt l^vaysse te voyage de Ferney, 3 Mitis doute par le désir de revoir ses deux fils viBv»^ f» Cit'nèvi', Douai surtout dont elle avait été séptiiiV iivaiii liHis sm iiiiillieur>. M y avait plus de neuf luis. L'ciitrevue de Voltaire et de Mme Calas fut pleine de joie et d'émotion des deux parts, 11 en rendit compte à d'Aleuibert, en quelques mots :

■ Cette boDDC et vertueuse mère me vint voir ces jours passas ; je pU'urai comuie un eufaot (2).

Il n'est pas douteux qu'elle le revtt à Paris, lorsqu'U vint y mourù- au milieu d'un dernier triomphe, pins bruyant, mais moins réel que ceux dont les Calas lui

(i) IL épouia CDJUiUet 1111 Mart/m Sartin.

(1) On trouvera 1 la Bd du volume (noie» VU cl Vil) deux lellrei que ValUire regul de U™ Calse cl de LATsyuc, après leur retour t Put*. Oi lellrei pr»tieiin«iit de l> C<iU*cttaa L«Jtnalt« de NmiUi.

nminiBs ÉTiiiiiaifTS 299

avaient donné l'occasion. ËUe eut encore à lui rendre après sa mort un dernier hommage de reconnaissance.

On sait que la nuit même où il mourut, l'abbé JUignot, sonnevea, emporta le corps à son abbaye de Sellières où il le fit inhumer et où ses restes demeurèrent jusqu'à la Hévolntioa. .En 1791 l'abbaye et Téglise furent détruites; Paris se montra jaloux de la gloire que s'acquit la petite Tille de Romilly en donnant un asile à ses cendres. L'entbouuasme était au comble pour celui qu'on proclamait le premier auteur de la Révolution. Des funérailles éclatantes lui furent votées par l'Assemblée et le corps fut porté de Romilly aux ruines de la Bastille où Vcdtaire avait étédétenu dans sa jeunesse, puis le len- ' demain (12 juillet) , de la Bastille au Panthéon. Nous n'ivcms pas à décrire ici cette pompe à la fois oflicielle et populaire. Disons seulement que le magnifique sarcophage portaitcetteinscription : // vengea Calas, la Barre, Sirven et Montbailly; et qu'après s'être rendu par les boulevards, delaBastille à la place Louis XV, l'immense cortège vint stationner sur le quai Voltaire, devant la maison où il mourut, celle du ci-devant marquis de Villette, son neveu. Là, de jeunes citoyennes en robes blanches attendaient sur un amphithéâtre pour chanter une ode deChénier mise en musique par Gossec. M'"*' de Tillette» que Voltaire aimait à appeler belle et bonne, couronna sa statue, et prit rang dans le cortège avec Vlr* Galas et ses enfants, qui figuraient ainsi parmi les membres de la famille de leur bienfaiteur ; cette idée iiit peut-être ce qu'il y eut de plus simple et de plus toudiant dans tout l'étalage de l'enthousiasme et de la sensibilité publics. La part de M*"* Galas dans cette

300 bERiriERS ÉTÉSeHENTS

fâte, où elle ne devait pas refuser de paraître, fui donc à la fois modeste et digne (1).

Le soir de ce jour de deuil, le ThéStre-Français de la me de Richelieu donna C'a/fls ou l'Ecole des Juges, par Marie-Joseph Chénier. Au Théâtre de la Nation (Odéon), on joua Mahomet et la Bienfaisance de Voltaire, autre pièce dont les Calas étaient après lui les héros (2).

Madame Calas survécirt quelques mois h cette céréniourut à Paris , rue Poissonnière, ii" 3. ivnii792, ftgée de 82 ans environ (3).

ses deux fils établis à Genève l'avaient précédée. Donat mourut sans postérité le 10 septembre 1776 Pierre décéda le 20 septembre 1790. Les inventaires de leurs biens, qui existent encore à Genève {h}, indiquent peu d'aisance h l'époqueoù mourut Donat; mais quatorze ans après, h la mort de Pierre, sa position de fortune était meilleure (5).

(I) W-Miliur du 11 iuillel el du )o juin précédeal.

(3) Voir sur lei nombieuBes plicea de Ibéltre dont lu n dMCïluontraDrai le lujel, noire chapitre XV : Hitloirtde Vofiiiiaii el la Bibliographit , i' partie.

(!) En Janvier itS3 elle habltall le quai des Orîivres; elle a'élsil GDtnile ilablie suati prêt que possible de sa fille U" DuTaisia el dans U tntiae rue.

Voir l'acle de ses faDirulW 1 U noie XU. Cel acte (ironvé par H. Read i l'Hâtel -de- Ville) esl un ciemple assez curieai de U manière doot avaieoL lieu i celte époque leaiahiimations de protei' Unu i Paris.

(4) D'après le registre de l'élai civil de Genève, Danil aurait ta 17 ans et Pierre it qnaad Ils monruienl. Ce sont U des cfaltrrei approilmaliri el laus deux oiagèrés. La nalitaace do Pierre ■« troQ- Tenit aniérienre 1 celle de son [rère atné, dont nous avant U dale anihenliqne.

{i)Rtgiiilrerlti inveitlaini après dédi (HOlel-de-ViUe de Gentre),

MBHIIAS éYÉllKMSKTS 801

A àeax reprises les Assemblées nationales s'occupèrent des derniers membres de la famille Galas.

Ce fut d'abord le 18 juin 1792, l'Assemblée législative, à laquelle Louis Galas, incorrigible dans sa cupidité, vint demander de l'argent. Il fut admis à la barre. Un défenseur o^otet/âTyquel'on ne nomme pas, pritlaparole,à saplace, et le désigna comme le di^rnier rejeton de la famille.

RédBÎt parle désespoir à quitter sa patrie, T Angleterre lui a donné un asile depuis 25 ans (i): mais ce qui lui reste de la succession de sa malheureuse mère, loin de suffire au paiement des engagements de son père, considérablement accrus par les in> tirets, ne suffit même pas à sa subsistance et à celle de sa famille.

Le président (M. Français, de Nantes) témoigna au pétitionittire la sensibilité de l'assemblée envers une des victimes des intrigues sacerdotales et du despotisme parlementaire.

La demande fut renvoyée au Gomité des secours pu* Uics et n'eut pas de suite.

A la Convention ce ne fut aucun des Galas qui vint appder sur lui l'attention publique. Le 25 brumaire an II, on venait de réhabiliter la mémoire du chevalier de La Barre, autre victime dont Voltaire avait généreuselœnt entrepris la défense. On décida en même temps qa'une colonne serait érigée en l'honneur de Galas sur le liea de son supplice. Il n'y aurait à ce sujet aucun blâme à adresser à personne si Barrère n'avait dit à la tribune :

Vous devez réhabiliter aussi la mémoire de Galas, dont un

(i) U y avait eiploilé les maUieurs de sa famille et le nom de VoUaire, comme le prouve une brochure qu'il fit imprimer en 11\9 k Londres, Voir Bibliogr, n* 84, lecopde édition.

tK DERNIERS KVDIIEMEIVTS

rejeton se fait veœarqupr aux Jacobins par la pureté de son paLriolisue.

On sait déjà que ce rejeton est encore Louis.

11 vint k la barre avec ses deux sœurs (l'une n'était poiut mariée et l'autre déjti veuve) exprimer ix la Couvenlion leur reconnaissance. La lettre qu'ils tirent déposer sur le bureau, écrite dans le style du temps, exprime les sentiments (jue devait leur inspirer l'bonimage rendu k leur père.

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