NANETTE CALAS
Elle a gagné l'amitié et l'estime de notre comiunnaaté par ses excellentes qualités. Noas n'avons eu qu'il regretter que tant de venus dont elle est remplie ne puissent lui servir que pour cette vie.
S' Ânne-JuHe Fraissb, de la Visitation^ (L. 1.)
A la nouvelle de la mort subite et mystérieuse de leur frère aîné, les D^" Calas se firent ramener de la propriété de M. Teissier à Toulouse. Rose avait alors vingt-deux ans, et Nanette vingt et un.
Toute leur famille, jusqu'à leur unique servante, était en prison. Nous ne savons où elles trouvèrent un asile. Ce ne put être dans la maison paternelle qui était gardée, et fort mal, par des soldats. Nous avons vu que tout le monde y entrait, et que dans les premiers jours où les scellés auraient dû être mis partout, les jeunes gens de la ville et les soldats eux-mêmes s'amusaient à essayer si l'on pouvait se pendre aux battants de la porte avec le billot dont s'était servi Marc-Antoine. Elles durent se pourvoir d'un gîte, et l'on a vu qu'après l'examen des effets de Marc-Antoine, on les leur rendit, pour être portés dans leur nouveau logement. La posi-
tio deux jeunes filles était affreuse. Elles se trou- ^ ins aulre appui que leur déplorable frère Louis
q n'avaient pas vu depuis plusieurs années, et dont
le I 1ère ne pouvait leui- inspirer que peu de confian^u.. Jfielques rares amis de leur familleleur restèrent fidèles; elles durent vivre de leurs secours, attendant avec angoisse le résultat de ce terrible procès.
iDs la mesure de leur savoir et de leurs ressources ent pour défendre leur père, leur mère et leur nette, quoique la plus jeune, paraît s'être char-
écrire et de parler. Il existe au procès (devant les maîtres des Requêtes) une réponse du négociant Griolet que nous avons déjà citée et ou il explique à la jeune fille qu'il ne peut comparaître, puisque rien dans le Moniloire ne l'y autorise et qu'il n'a pas été cité. Elle l'avait sollicité de se montrer et de rendre témoign^ie en faveur de ses pareuls. Cette lettre, qui renferme des attestations trës-honorables pour les Galas, ne put être produite que devant les derniers juges et fut pour eux un exemple des vices de la première procédure. L'initiative prise par Pjanette finit donc par être utile.
Toutes deux étaient encore à Toulouse au milieu de février. Il paraît que ce fut seulement la sentence de mort de Jean Galas qui les détermina à fuir. Elles quittèrent en secret cette ville, dont la mort sanglante de leur père faisait pour elles un lieu d'épouvante et d'horreur, et trouvèrent un abri à Hontauban oà les prolestants étaient nombreux et où leur mère avait des amis. Elle vint les y rejoindre après la Iri^die du 10 mars et son propre acquittement, prononcé le 18, Mais ses filles ne purent l'entourer longtemps des consolations de leur tendresse. La malheureuse veuve avait encore
HANETTE GALAS 309
ce calice d'amertume à boire. Le 27 mars 1762, M. le président du Pnget daigna s'occuper d'elles et en occuper Monseigneur le comte de Saint-Florentin, demandant deux lettres de cachet pour enfermer dans des couvents séparés les filles de ce malheureux père. Il espère la conversion de Rose, surtout si elle est séparée de Nanette qui est la plus obstinée dans sa religion (1).
Demander des lettres de cachet contre les enfants d'un protestant, c'était les obtenir ; à plus forte raison qoand le père avait été roué et quand c'étaient ses pro- |H^ juges qui s'acharnaient à persécuter les débris de sa famille.
Les deux jeunes filles furent enlevées à leur mère le 28 mai C'est ici que Louis commit la plus honteuse de ses lâchetés, s'il est vrai, comme Court de Gébelin l'affirme (2), qu'il consentit à servir de guide aux cavaliers de la maréchaussée, et à faire le guet pendant la nuit, devant la porte de ses sœurs. L'acte était digne du mauvais fils qui avait débuté par un placet où il demandait qoe tous ses frères et sœurs mineurs fussent enlevés à leurs parents et enfermés dans des couvents. L'auteur des Toulousaines ajoute même qu'il avait promis à ses sœurs de les avertir de tout danger. Il avait pu le leur promettre sincèrement et les trahir ensuite par peur, Im qui n'eut jamais d'énergie que pour une chose : demander de l'argent.
Rien n'était plus redouté des familles protestantes, et redouté à plus juste titre, que la séquestration de leurs
(i) M. du Pnget confond les deux noms. Voir Corr, St-Fl. 3i. (3) Toulausainesy p. 487.
NAKETTE CALAS
mlmlGS mains des luoine^oudes i'eUgteuses(l).
l'intérieur de ces maisoBS cloilrées, le prieur
lérieurc élaicnt tout-puissauts et pouvaient user
es moyeua poui' obtenir une coflversion; les ri-
u les cajoleries, la lerreur, la .calomnie contre
nls absents, Uiul pouvait être mis en œuvre sans
■c et sans réclamation possible. Toute comutimica-
j d.'ec la [amille était rigoureusement interdite (2).
iBiul " 'e deiuér* (" uis 1685 jusqu'en 1789, ont
juuue morts 1 'anla encore vivants, mais
u lâuravait alu^uc lo i.œui', et ont fini par dire
UA, ai enfin on les leui" reudail, ce que M""^ Calas dut
0) Il y >'iil uni> I6i^ miiga [111)11'' clin les Jésuilea le jenr où lin i]ûiiii.'.| 1 : .. ■;..■■: i ■ . l- nom ilc Liiuis-lo-Gnuia, eii nii'i'': ■ ■■m 1* ml, n.T d'inBÉniom
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Mii^M loo luuri, ciilrn aalres intcripkioBi, celle-ci;
J la glvire de Li,uût le Grand, pour avoir tiré Us fKfanlt iTm- (re Ui hnu de Vhércsie tt leur avoir pmevr/ «ne édueaiioH plut lieareuie dain le lein de ta vériltdile religwti. Aii-ilasjom te Iroolïlealiluui dcvisci : la prcmièri: nviSl pour carps de Jeuaca lauvagtons cillés sur îles arbres cultivés, cl pour ûaie ces mola âc Virgilp : Illic renient feliciitÊ, Irndoilspar cevprs prosiîijue!
Ili leTonl en ce H«u beaucnup mieux éleTèi. 1a seconde reprèadolail une branctiR de corail svcc ces i)iiro1p>:
Hadîcato nulta, Sradîcalo lutto vale, avfc eel équivalent eti fran-
De la msln qui l'arrsche il reçoit loul aonprii. Voir lo Trionipliede la religion êout Lotiia le Grand repriienU par des iHscTipliom et des devises (par le ptre Le Jaj), lasT, 192
(i)NougaTonslu dans les OépècheR duSecréurial, nne lettre irèaradeda miniilrc(i°' juin i TSï) oïl il réprimande vertement Usupérjetire des Ursulines de Toulouse pour avoir permis i une des proieslanles dont elle élail la gefiliére, M"' rtr Hassip, de sorlir du eouvenl peudanl la tournée. Nous citons le bit, 1 la honle du ministre ei 1 rbonpeur de la rellgicnie.
IIAITETTE GALAS 3tl
dire de Louis : Une me reconnaît plus pour sa mère.
Nous avons heureusement k raconter, en finissant cette douloureuse histoire, des faits tout opposés. On ne sait rien du couvent de Toulouse où Rose Galas fut enfermée; mais il paraît qu'elle n*eut point à s'en louer (1). Elle y éprouva beaucoup dé duretés, dit (;rimm (2). Pour Nanette, il en fut tout autrement.
Elles durent frémir Tune et l'autre de rentrer, sous l'escorte de la maréchaussée, dans cette ville funeste où leur père était mort sur la roue, où leur frère Pierre était détenu malgré la loi dans un monastère, et d'où le reste de leur famille avait dû fuir. Bientôt, cependant, Nanette commença à se réconcilier avec sa prison. Elle était aux Visitandines (3), et on avait confié sa conversion à une religieuse âgée, très-fervente catholique, mais douée d'un grand sens et d'un cœur tout maternel. La sœur Anne-Julie Fraisse ne réussit nullement, malgré ses consciencieux efforts et ses ardentes prières, à faire une catholique de la fille du martyr protestant. Elle ne parvint pas même à ébranler ses conviclions. Mais elle sut la comprendre, estimer son caractère élevé et charmant, l'aimer, et la rendre aussi heureuse que pouvait l'être Anne Calas au couvent.
De son côté, la jeune huguenote fut profondément émue et reconnaissante des bontés de mère que lui témoigna la vénérable religieuse. Il n'eût pas été fort étonnant que
(OLelire de la sœar Fraisse 30é
(2) Corr, litt. , 2 5 mars,
(3) Le couvent où elle Tut placée avait donné son nom à la place delà Visitation; il devint une prison en 17 89 et n'a pas été rendu &tix religieuses qui en occupent aujourd'hui un autre dans un quar~ lier différent.
ITlNETTe CkLkS
.a uile d'un protestant mis à mort pour parricide se trou- ' sée des propos, des regards, de l'accueil qu'elle
Terait parmi ces religieuses. Elle-même s'y ali mais elle n'eut rien de pareil h souiïrir. La mère
A Hunaud,supérieuredumoDastère,élait une per-
sonne charitable et bonne, et Nanetle par sa piété, sa douceur de caraclère, sa réserve, sa grâce, eut bientût gagné tous les cœurs chez les dames de la Visitation.
Anne-Julie devint pour elle une seconde mère, une amie active et zèiée, dont l'affection ne se démenlit jamais, et ne lui interrompue que par la mort.
Ënlre la vieille Visilandine et Nanette Calas eut lieu dans le couvent de Toulouse le même entretien que Voltaire avait eu avec Donat. Elle écouta les douloureux récits des mallieurs de la famille, mêla ses larmes à celles de la pauvre orpheline, l'interrogea sur ses parents, sur leur conduite envers sou frère catholique; et elle aussi, la droite et noble femme, jugea Calas et ses juges, reconnut l'innocence dn roué et la folie de ses persécuteurs. Admirable exemple de ce que valent la supériorité et l'entière sincérité de l'esprit . Hais il ne suffit pas à la soeur Fraisse de croire les Calas iunocents:
La loi qui n'*cUpoïDl csl-ce une (oi liacèref
Elle agit, elle écrivit du fond de sa cellule. Elle était proche parente de M. Castanier d'Auriac, président au grand Conseil, et gendre du chancelier de Lamoignon. Ce fut auprès de lui qu'elle sollicita de son cdté (1),
(i) Voir Leura de U wear A. J. PralM, d* i, a4 iéc it*i, CUn Ihi ferivU encore i diTcrBai reprliet, saTtani qaiDd le comeil d'Eui fal «lil de l'>ir>lre. (Lellrea 1 1 , l a, Mc)
HARETTS GALiS 318
pendant que Voltaire agissait du sien, Voltaire qu'elle avait en horreur pour son incrédulité et au sujet duquel Anne Galas fut bien grondée un jour par la bonne sœur. Elle l'avait appelé illustre; illustre, un ennemi de l'Eglise et de Dieu (1) !
On se trompera du tout au tout si Ton prend la sœur Anne-Julie pour un esprit fort, si on lui suppose la moindre sympathie pour les lumières du siècle ; elle les a en abomination profonde. Elle est très-sérieusement et très-véritablement dévote catholique. Elle n'a pas le plus léger doute sur la damnation éternelle de sa jeune amie, non pour ses péchés ; elle la trouve pleine de vertus et lui reconnaît même de la piété, mais à cause de sa religion. Ge qui est caractéristique, c'est qu'elle ne peut s'empêcher de le dire dans sa lettre même, à son cousin le conseiller d'État. Cette lettre n'en est pas moins, de la part d'une religieuse de Toulouse et dans un pareil moment, un acte admirable de raison, de dévouement et décourage.
En décembre, c'est-à-dire au bout de sept mois, les D"«" Galas furent mises en liberté, à condition de vivre à Paris chez une dame Dumas et non avec leur mère. Nanette ne quitta pas sans émotion les Visitandines et surtout celle qui était devenue pour elle une précieuse amie et une zélée protectrice. Voltaire salua avec joie cet acte de justice comme un bon augure pour une réparation plus complète (2). Ge fut sans doute à l'infiuence très-favorable de ses lettres sur quelques-uns des ministres qu'est due la libération des jeunes fil-
(i)LeUre 8 S.
(3)LèUresda26 déc. à DamilavUle ei du 29 à M"* de Florian^
.HÛ NAUETTE CALAS
|ps(1).Las[riirFraisse remit hsachèreNaneUeuneletlre pour son cousin, et lajeime fille, arrivée ii Paris, la porta aupr^sidenl d'Auriacqui la reçut avec quelque froideur de manières, suivant sa coutume (2), maisnon sans intérêt. Une copie de cetlc lettre excita un grand enthousiasme parmi les amis des Calas. Elle y fut vivement admirée. Voltaire en était ravi.
invoie i mes irj;res la. aapie de la lettre d'une boone rC'
I cette le a bien essentielle ï notre aiïaire. Il
rtoeuse iodulgeoce de eeilt-
irriblement le ranatisme des
Il uJt k Elle de Beaumont le SI janviei' :
Voii* Kiex *u sans doute la lettre de 1» roligieuso de TonlunK«. ËUe me {M»ii imporlantsi el je tais avec pbîsir que. \vs Meurs de la Visitatienn'oat plsleuœursidlirque ureaieim. J'espËre ijua le ''«Dscil pooscra comme les dûmes de lu Visila-
La lettre de la sfeur Anne-Julie fut considérée comme si importante pour les Calas qu'on la fit imprimer sur nn feuillet volant, et qu'on l'HJouta au recueil de pièces et de Mén>oires publiés sur cette affaire.
Dès qu'elles furent sorties du couvent, las deux jeunes filles écrivirent au grand protecteur de leur mère
{DNous, lerreniion i
SaiDI-FIoreo
'un nu,
Gvone pis oublier cependant dn adverMirf de Voluire. On Irou'
n:a,hPbKa •{ueLaBcMmeUB
BU nom d*B D"" Caias.
signaler nui» Tinrcfa dans les notes à adi^tllBalicomledc
(ï)LeUr.
(3) A Dan
liluv
Ille (C»rrolî7î>,
, Voir au-isi sa
léUre 1 d'Argenu
NAIf£TTE GALAS 315
une lettre de reconnaissance. 11 y répondit par la lettre suivante (1), écrite sur un papier dont chaque page est encadrée dans une guirlande de fleurs avec des oeillets aux quatre coins, fantaisie qui serait d'assezniauvaisgoût, s'il n'avait su d'un mot la relever et la rendre gracieuse :
Je vous réponds, Mesdemoiselles , sur du papier orné do fleurs parce que le temps des épines cstjpassé, et qu'on rendra justice à votre respectable mère et a vous. Je vous félicilt; d'être auprès d'elle. Je me llatte que votre présence a touché tous les juges, et qu'on réparera l'abomination de Toulouzt». Je vois avec un extrême plaisir que le public s'intéresse a vous aussi vivement que moi. Je fais mes plus sincères complimenls à madame votre mère, et suis avec beaucoup de zèle, MosdciDoiselles, votre très humble et très obéissant serviteur, Voltaire, gentilhomme ordinaire du Roi.
L'adresse est à Mesdemoiselles Mesdemoiselles Calas à Paris; cette lettre n'a pas été transmise par la poste.
Bientôt M. de Saint-Florentin fut vivement sollicité par la duchesse d'Ënville et par le duc d'Ëstissac pour qu'il achevât de rendre les deux jeunes filles à leur mère. Le 30 juin 1763, il écrivit à la duchesse, se référant à la réponse qu'il adressait le même jour au duc, et
(i) CeUe leUre, et une autre à M"* DuY«»isin que nous donnons p.. 3JS, avaient été données par elle à M. Marron, successeur de XU mari comme chapelain de l'ambassade de Hollande ; elles sont à Leyde dans la riche collection de M. L. G. Luzac qui a acheté les nombreux aatographes réunis par Marron. Ces deux lettres sont inédiles, ainsi ija'une troisième à M. de Saint-Florentin, que nous publions p. 37 4. Une autre lettre de Voltaire à M""* Duvoisin se trouve dans les recueils de sa correspundance, sous la date du 15 juin I7 7'i. 11 lui aononce l'heureuse issue du procès des Sirven, semblable en tout à celui des Calai, moins le supplice du principal accusé.
çni est bùtonnéedans le volume des Dépêches du secrélariat, avec ces mots ça marge : n'a servi. Nous sommes fort tentés de croire que c'est IJi une ruse d'admioistrateur uniquement destinée îi éviter im précédent et & sauver les apparences; quoi qu'il en soit, nous sommes persuadé que les ordres donnés ont été conformes è cette lettre si laborieusement dissimulée.
La dame Calas, M. donl les (îllea ont été mises par ordre dn Roi cliej; la D* Dumas k Paria, me fait soUiciterpour qu'elles lui soient rendues. Had' la ducbpssc d'Auville a pris la peine de m'écrire. le vous prie de lui témoigner qu'il ne me parait pas possible de révoquer l'ordre qui relient ces tilles chez la D* Dumas et que j'y trouve des inconvénients, qu'il est k propos d'éïiler. Mais comme je vois qu'elle s'intéresse ir&s-vivemenl ï cette afb ire et que je désire trËs-slncËrement l'obliger, la D* Calas peut retirer ses GUes auprès d'elle, tt je consens i feindre de l'ignorer (1) pourvu que d'ailleurs la D* Calas se comporte arec circonspection et ne les produise pas dans le monde avec trop d'éclat.
Ces derniers mots prouvent k la fois l'accneil que recevaient partout M™ Galas et ses filles , et les craintes qu'inspirait au ministre la sympathie qu'on leitr témoignait.
Nous ne répéterons pas ici ce qu'on a vu plus haut de la présence des D"" Galas dans la galerie de Versailles pendant qu'on y décidait la révision du procès. Ce fut Bosequi se trouva mal. Nanetle paraît avoir sui>porté avec plus d'énergie toutes les angoisses qui remplirentces cruels moments. On les a vues enfin accom-
(i) Aa-deuoni de cet moll on en lil nu autre r>jé, c'est le mat: