‹ Jean Calas et sa familleChapitre 50 sur 100 · NANETTE GALAS · texte numérisé non relu

NANETTE GALAS

pagner leur mère dans cette prison de la Conciergerie, où Garmontelle les a représentées à ses côtés.

Depuis la réhabilitation de leur famille, il n'est fait aacune mention d'elles (1) jusqu'au mariage de Nanette qui eut lieu le 25 février 1767.

Elle épousa Jean-Jacques Duvoisin, né à Yverdun (Suisse), chapelain de l'ambassade de Hollande (2), c'est-à-Klire en réalité pasteur de l'Eglise réformée de Paris. C'est, en eflfet, aux ambassades des États du Nord que les protestants de Paris ont dû de ne pas rester complètement dépourvus des secours du saint ministère, et d'avoir toujours eu aumilieu d'eux des pasteurs en exercice. La Hollande surtout leur rendit cet éminent service. Elle avait été, comme Genève, l'asile des proscrits de la France, même avant Bayle et Descartes ; elle possédait,

(i) Sanf un Brevet de pemussion que nous avons troQYé dans les Dépêches du Secrétariat^ sous la date du 21 novembre f f[6 4, par lequel le comte de Saint-Florentin autorise Anne Calas >à à vendre une métairie appelée le Colombier, située à Espérausses en Languedoc, qu'elle a héritée de Anne Pomicr , à charge do placer le produit en rentes sur THÔtel-de-Ville de Paris. »

On se souvient que les protestants ne pouvaient aliéner leurs biens-fonds qu'avec une permission spéciale du ministre*

(3) Duvoisin avait été pasteur de l'Eglise Wallonne de Bois-le-Duc da 4 avril 17 49 au 5 avril 17 59, jour où il fût nommé par les états généraux deuxième pasteur ou chapelain de la Chapelle de Leurs Hautes Puissances à Paris. Le ii février 17 68 il reçut le litre de Chapelain perpétuel de l'ambassade. 11 avait épousé en premières noces Varie-Françoise Le Fauconnier de Caen, dont il eut une fille, Âmé- He-lfarthe, née le 21 juin 17 64, J^ai sous les yeux Vuete de bap- Iftme de cette enfant ; elle eut pour parrain S. Exe. M« tiestevenon, unbassadeur des états généraux, et M. Samuel Le Chambrier, colonel d'un régiment suisse, réformé, de son nom, au service de LL. HH, PP., et pour marraine la comtesse de Limburgh-ftronckhorst- Slyrum et M"* Marthe Gambier, sa grand'lante malerxH'llc. (Dépôi de l'état civil à Paris.) Voir sur le premier mariage Là tniie X.

^ M umni ouu

ituiiM plusieurs vilieâ imporLaaies, des Églises Wallonms ou de langue française dès le temps des persécutions qui déciiHèrent les Pays-Bas esp^nols. Ausa les )iyini)ftthics de la Hollande pour la France protestante ne se di'mentirent jamais. Les États généraux ealrelinrent deux chapelains d'ambassade à Paris pour maiotenir rftglise persécutée; et le dernier d'entre eus, Paul- Henri Marron, fut le premier pasteur de celle Église quand elle tut reconstituée en 1802.

M"" Duvoisin ne se montra point ingrate, continua de correspondre avec la sœar Fraisse, et aussi, quoique k de longs intervalles, avec le bienMteur de tous les siens. Voici une lettre inédite de Voltaire qui n'a d'autre importance qu'une allusion aux malheurs d'une autre famille |)rotestante, victime d'un procès inique,

" Le vieux malade de Feroe; l'ail mille compliinunts à MadiOM DiiT<n^D, i, Hiàame m mère et li tonte t» famille. D est l^hède laisser en mouranl tant d'infortunés dans le monde, et surtout une dame aussi intéressante et aussi vertueuse qn^ Madame Bombelles.

Son très humble et Irts obéissant serviteur. V. (1). >

Au boni de treize ans M"' Duvoisin devint veuve. Ia pasteur Duvoisin, dont lasanté avait été longtemps chan-

(I) J'ai publtè dans le LUa Ct8S9, p. til) une courte notice ani les Toalbeuri ds-HirlheCamp, vi{:oiiiles!e de BombelleB. Elle spparl«niil I une lionorable fsmille de Monlautiaii, et avail él* marié* dans une attemblèo de proleîlanU ou Ociert, Plu» lard elle tD abandonnée avec son enfanl et de faU répudiée par «on mari, parce qu'il Tonlul eonlraeler une autre alliance à la faveur des tola de l'époque qui déclaraisnt nuls les mariigua proleslanK. Cn vieiliard, l'iche el irés-fiiinililér*, qui jouisBoil, quoiqui^ prolcslanl, des privilèges que sa ramillc tenall de Colberl, le mttnaraclurier Von Kabaii. veniea li déUinée cb lui donnaai ion nom cl en adopunl m Bll».

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celante, mourut le là mai 1780, dans son logement de la rue Poissonnière. H avait eu de son second mariage trois fiis : le premier mourut au bout de quelques jours; le second vécut moins de trois ans ; le dernier seul arriva à Tàge d'homme (1).

On trouvera avec intérêt dans les lettres de la religieuse la cordiale part qu'elle prit à tous les événements de la vie d'Anne Galas, k ses joies et à ses deuils de mère et même à ce manage avec un pasteur, qui cependant renversait l'espoir qu'elle avait conçu de la marier avec un catholique. On verra avec quelque surprise peutêtre, lorsque la mauvaise santé et les couches de ]\I"'* Duvoisin inquiètent sa vénérable amie, des lettres adressées à un pasteurdans l'exercice de ses fonctions, partir du fond d'un monastère de Toulouse.

La sœur Anne- Julie mourut probablement en 1775 ou peu après, à moins que ses infirmités croissantes ne l'aient empêchée dès ce moment d'écrire à sa chère Nanette.

Restée veuve en 1780, avec un fils de sept ans, M°** Duvoism vécut assez péniblement auprès de sa mère, à Paris, du peu qu'elle possédait et d'une pension de 200 florins (400 fr.) que lui accordèrent les États généraux en 1784.

Bientôt arrivèrent la révolution française et tous les changements qu'elle amena en Euroj)e. Le Corps léqisi-

(l) Voir sur Alexandre Duvoisin la noie XV à id (in du volume, J'ai donné, au bas des lellres de la S' Fraisse qui se rapporlcnl à leur naissance, les actes de baptême des enfants de M"* Duvoisin ; !\I. Ch. Read a bien voulu en prendre copie sur le registre de baptême de l'ambassade de Hollande , au dépôt de Tétai civil. (Hôlel-de-Villo de Paris).

fdela république batave décida, ie 8 octobre 1790, ! ta pension de M°" Duvoisiti iui sérail coutinuée. Malgré celte assurance, ia veuve du chapelain eut souvent des arrérages à réclamer, et l'on trouve aux Archives de la Haye plusieurs |)étilions appuyées par l'ambassadeur, où elle demande le paiement des sommes qui lent dues (1798, 1801). M"" Duvoisin vivait encore ns en 1819(1) dans une position très-gênée. Une itatiou dudramede Ducange fut donnée à son béa fin de œlte année. Elle mourut en 1820, io. sœur Rose qui n'avait point été mariée.

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