AU SUJET DES GALA
«r Rien de moÎDS prouvé. Messieurs, je vous l'assure, que l'innocence de Galas. Il y a mille raisons d'en douWr, et même de croire le contraire. »
Puis il s'indigne de ce que Voltaire a plaisanté dans une de ses lettres au sujet des Calas, et il rapporte luimême inexactement une lettre du poète à Tronchin, où il est question d'un Mémoire qu'on a trouvé trop chaud, et d'un autre qui sera au boin-marie (1). Ce reproche de légèreté adressé à Voltaire est juste; c'est l'incurable maladie de ce grand esprit ; c'est un des côtés par où il est petit, faible comme historien et nul comme critique, dans tout ce qui n'est pas de son propre temps. Mais Joseph de Maistre est tout aussi faible, tout aussi mauvais critique, lorsqu'il conclut de ce que Voltaire badine sans cesse et sur toutes choses, qu'il n'a pas des idées très-sérieuses et des volontés très-arrêtées. Il est vrai que quand il rencontre dans l'histoire des Calas leur faux serment à l'Hôtel-de-Ville (2), il s'impatiente et les appelle crûment des imbéciles^ ce qui ne l'empêchera pas de leur consacrer pendant quatre ans son temps qu'il prisait fort, sa plume toujours occupée et son argent qu'il n'aimait nullement dissiper au hasard. Il faut le dire d'ailleurs, malgré le bain-marie^ cette plaisanterie d'assez niauvais goûta l'adresse des lecteurs catholiques, qui révolte l'auteur du livre du Pape^ Voltaire a été profondément sérieux, au moins une fois en sa vie ; il a été saisi d'une émotion sincère, d'une indignation honnête et ardente il n'est pas permis de le nier.Onpeuten citerd'autres exemples , mais aucun qui lui fasse autant d'honneur.
(i) Nous aifODS cité ce passage plus haut, p. 2 S 4. (2; Voir plus iiaul,p, 261.
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Pardonnons-lui donc ces quelques ralleries, fussenlelles peu à leur place ; et plût au ciel qu'il n'en eût pas à se reprocher mille autres infiniment plus condananables aux yeux du goût, de la morale et de la religion!
Le mot ducomte de Maistre resta longtemps sanséchOt et Tarrêt de l'opinion publique en faveur des Galas demeurait sans appel. Cependant, on avait peine, dans la ville même où Galas avait été condamné, à accepter sa réhabilitation. G'est encore de là que viennent sans cesse aujourd'hui les réclamations contre ce grand acte de justice.
Nous nous arrêterons peu à réfuter M. Mary-Lafon, qui, en 1845, dans son Histoire du midi de la France^ se déclara contre les Galas, tout en disant qu'il ne voulait pas casser la réhabilitation de cette malheureuse famille parce. qu'il tremblerait d'outrager la mémoire d'un in^ nocent» Toute sa discussion est très-superficielle ; il paraît n'avoir vu qu'en partie, et beaucoup trop vite, les deux procédures toulousaines et il ignore celles de Versailles et de Paris. 11 accepte, sans aucune critique, tout ce qu'il trouve dans telle ou telle déposition et se fait même uii argument du fameux passage de Calvin qu'il comprend mal, comme tous ceux qui ne se sont pas donné la peine de le chercher dans l'original pour voir de quoi il est question. 11 a raison de trouver ridicule la déposition du peintre Mathey; mais la faute n'en est nullement à Voltaire qu'il ne faudrait pas accuser d'indécente bouffonnerie pour avoir cité un témoignage authentique. C'est encore une étrange inexactitude que d'accuser Voltaire d'avoir inventé les humeurs noires de Marc-Antoine lorsqu'un an avant Voltaire, le Monitoire même
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en faisait mention et quand plusieurs témoignages trèsprécis en font foi. Il ne suffit pas non plus de citer les règlements des Pénitents blancs, d'après lesquels on plaçait au milieu de l'église, dans les services funèbres, « la représentation ou simulacre du mort » C'était confirmer ce qui a été dit et ce que le trésorier des Pénitents a avoué lui-même à ce sujet; mais rien ne prouve que cette représentation de Marc-Antoine ne fût pas un squelette et que ce squelette n'eût pas à la main une palmé et un écriteau. Nous ne relèverons point un grand ttonibre d'autres erreurs que notre récit, appuyé sur les documents, a réfutées d'avance (1).
Nous devons rendre compte avec plus de détails du système récent et entièrement nouveau, par lequel H. du Mège, appuyé sur un assez grand appareil de discussion et d'arguments, explique l'affaire des Galas.
M. 4e chevalier du Mège en 1846 donnait à entendre dans S(m Histoire des institutions politiques^ judiciaires et littéraires de la ville de Toulouse (t. III, p. 250), que Galas avait été justement mis à mort, et avait annoncé l'intention de revenir sur ce point. En effet, dans l'his-
(i) Mais nous insisteroDs sur une conlradiction qu*on reproche à Vigniére et qui inspire les plus graves soupçons à M, Mary-Lafon , et M. Hue a reproduit les arguments plus tard. Le juge instructeur cruil qae la cravate noire trouvée au cou de Marc-Antoine y avait été mise après sa mort et pour cacher le sillon sanglant (sic) laissé par la corde.
Quand même celaseraU vrai, on n'y trouverait que la preuve d'un fait avoué; c'est que les Galas voulurent cacher le suicide, et feigoirent qu'ils avaient trouvé le corps mort à terre, comme si la cause do décès avait été par exemple une attaque d'apoplexie. Ce sertit un moyen de dissimulation de plus, et non une preuve du meurire. Mais cela même est-il prouvé ? D'après Jean Calas, sa femme etsoiD fils Pierre, Marc-Antoine portait des cravates noires hahituelle-
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foire générale du Languedoc, qu'avaient laissée inachevée dom Vayssette et dora Glande de Vie et qu'il a terminée, il a pris à tâche de prouver, avec de grands détails et par des ùâts nouveaux:, le crime des Galas. Gomme cet écrivaôn se donne pour impartial, il est bon de s'assurer de son impartialité avant de juger le système tout nouveau qu'il a inauguré.
Après avoir remarqué que « partout où les doctrines de Luther et dé Galvin étaient entrées, dles avaient fait couler le sang, » M. du Mège énumère plus loin les p^tes immenses quela France fit sous Louis XV, dans ses colonies et accuse les protestants de s'en être réjouis.
Il résulte des correspondances saisies alors en Langue oc qu'ils espéraient, qu'ils désiraieut qu'humiliée et Taincue, la France ne pût refuser à l'étranger qui l'imposerait comme une condition de paix, le rétablissement des protestants dans toutes les immunités, dans toutes les libertés que Tédit de 'Nantes leur avaient concédées.
C'est réternelle accusation des Églises de majorité contre celles de minorité; on les représente toujours
menl, surloul dans les va«\Uinns, tHl le père, el n'en mellail de blanches que pour s'habiller. (Inlerr. du 9 nov. > D'après Jeanne au contraire, il portait des tours de col blancs en été et noirs en hiver. Elle ne sait pas quelle cravate avait .M. -A. Calas au souper, ne lui en ayant pas encore vu porler de noire. (Inlerr. du 20 ocl.) Qu*y aurail-il d'étonnant à ce que le 1 5 octobre (c'est-à-dire pendant les vacations et en automne) Mnc-AiU(»ine eût quitté ses tours de col blancs de l'été et mis une cravate noire sa^^^ (juc Viguière ail songé à le remarquer? Fn tout cas, les juges auraient dû faire examiner, dans celte armoire de Marc-Antoine dont il est question au procès, s'il s'y trouvait des cravates noires ou blanches. Quoi qu'il eu soit, la contradiction est sans aucune importance el il faut qu'on «c sente bien faible pour faire grand étal d'indice» si peu précis el «i peu gignificalifg.