AU SUJET DES GAU
Les Galas demeurent donc absous, sauf le père, coupablede dénonciation ; ce sont les protestants en général , qu'on accuse, au milieu du dix-neuvième siècle, non dans un pamphlet jeté auhasard,mais dans un ouvrage en dix énormes volumes à deux colonnes, d'avoirpour principe et pour habitude d'étrangler leurs fils en cas d'abjuration.
Cette opinion paraîtrait un peu hardie, sur le seul témoignage de M. du Mège, si l'auteur n'avait deux garants à citer, tous deux contemporains de Jean Galas et tous deux curieux à connaître. Le premier est M. l'abbé Nagi(l), de l'Académie des sciences de Toulouse et de celle des Jeux Floraux, «l'un des hommes les plus attachés à la philosophie du dix-huitième siècle, » qui aurait laissé, delon M. du Mège, une Réponse inédite à ime lettre écrite de Paris sur l'affaire des Calas. Voici un passage de cette réponse, cité par M. du Mège avec pleine confiance :
Je lus à cette occasion, dans un livre fait par un auteur de celte secte, que leur église a droit de vie et de mort sur les enfants qui veulent changer de religion malgré leurs pères.
D'où vient que M. l'abbé Magi est le seul homme au sionde qui ait jamais vu ce livre, et d'où vient qu'il ne le nomme pas, qu'il n'indique en aucune manière sous qnel titre, par qui, en quel lieu, en quel temps, en quelle langue ce livre a été écrit? Nous ne pouvons qu'opposer à son assertion un démenti.
Ce même abbé suppose que Marc- Antoine sortit après le souper, ce que rien n'indique; on sait seulement qu'il descendit au rez-de-chaussée.
(1) Aatoar de V Histoire et Mémoires de l'Académie des sciences ie Toulouse,
33/l HISTOIRE DE l'OPIWION EN FRANGE
Comment rentra-t~il? qui le sait ?... On le trouva pendus entre les deux vantaux de la porte, etc. Qui vous a dit cpi'il ne fût pas surpris au passage par deux ou trois estafiers aux ordres du ministre du Saint-Evangile, et qu'après avwr fait le coup, ils ne disparurent pas dans les ténèbres?... Je le répète ( ajoute l'abbé incrédule), toutes les sectes ont leur fiel et leur crimes : • . .
Relligio peperit scelerosa atque impia facta,
(La religion a enfanté des actes criminels et impies.)
Tout ceci prouve que Tabbé Magi était un très- mauvais prêtre et un très-mauvais catholique, qui se plaisait à attaquer toute religion, même celles dont il n'était pas ministre.
On voit que le premier garant de M. dû Mège est peu digne de foi. Le second, s'il a jamais existé, s'appelait le chevalier de G azals. Nous copions le récit sans y rien changer :
Ce gentilhomme habitait une maison dans la rue dos Filatiers (cette maison porte aujourd'hui le n" iri), vis-h-vis celle de Calas (c'est la maison marquée du n'' TiO) ; celte dernière, transformée presque en entier depuis peu d'années, conserve cependant sa porte en ogive mauresque qui annonce que sa construction remonte au quinzième siècle. Les demoiselles Calas occupaient une chambre dont les fenêtres s'ouvraient presque en face des fenêtres de M. de Gazais. J. Calas restait constamment, sauf U l'heure des repas, dans sa boutique ou dans le magasin situé en arrière. Qu^^Mu^'s jeunes personnes du quartier se rassemblaient chez ses filles. M. de C avait demandé et obtenu la faveur d'être admis dans cette société et peut-être même à l'insu de Calas. Un soir du mois d'octobre, la servante catholique vint avertir ses maîtresses que leur père voulant recevoir quelques amis dans leur chambre, il les engageait à passer dans l'appartement de leur mère. On entendait