‹ Jean Calas et sa familleChapitre 57 sur 100 · AU $UJKT DES GALAS · texte numérisé non relu

AU $UJKT DES GALAS

les pas de ces personoes qui s'approchaieut. M. de G... dut se blottir sous le lit (1), tandis que les D"^' Calas et leurs amies tremblantes furent dans Tappartemeul de M*"* Calas. C'est dans cette position que M. de C... aurait vaguement (2) entendu Calas parler de la prochaîne conversion de son fils, et les résolutions fatales des personnes réunies dans cette chambre. Il aurait sans doute dû aussitôt prévenir M. -A. Calas. Mais comment croire k la persistauce d'une aussi atroce résolution (3)? Lorsque le Monitoire fut publié, il ne révéla point d'une manière légale ce qu'il savait sur cette affaire (4). Il en dit quelque chose à des amis intimes. Plus tard, ayant obtenu d'être relevé de l'excommunication qu'il avait encourue par son silence, il raconta ce qu'il avait entendu (5) et dans Toulouse, une partie de la haute société a toujours cru h la culpabilité de Calas. M"* de Ifontbel, qui ferme la liste des supérieures de Saint-Pantaléon, a'ïacoùlé le fait relatifs H. de Cazals a plusieurs persoDites et entré autres à M. l'abbé Barré, encore vivant. Cet ecdëâastîqué éclairé qui a exercé les fonctions sacrées k l'Ile de Bourbon, nous a môme remis à ce sujet un écrit signé de lui, et qui a servi à la rédaction de ces lignes. »

Fut-il jamais un conte plus mal inventé? Oui, sans doute une partie de la haute société de Toulouse, y compris M"* de Montbel, supérieure de Saint-Pantaléon, n'a

(i) Pourquoi se cachait-il? Pourquoi Iremblaieni ces jeunes filles f Parée que sans ces invraisenblances suspectes il n'y aurait pas d'histoire*

(9) V«gu«meiil? Qu'est-ce à dire? L' entendit-il, oui oU non?

(S) Gomnienl n'y pas croire, puisqu'il avait tout entendu? Yuili M. de Gazais complice d'un projet de meurtre qu'il n'a révélé ni à la justice ni 4 la victime.

(4) Pourquoi se laisser excommunier lui-même après avoir laissé AnuDglèrMâro- Antoine? Parce quC toutes ces absurditét stOnt nécessaires au roman.

(5) À qui? Personne n'en a jamais rien écrit avant M, duMt'ge,

336 HISTOIRB DE L*(M^tlflOl!l Blf FâANGE

jamais admis l'innocence de Galas et a regretté sans cessequ'il eût été impossible de trouver aucnn vestige de rassemblée secrète de protestants, dont il était question dans le Honitoire. Ne voulant pas croire que Lagane et David de Beaudrigue se fussent permis d'insérer de pures suppositions parmi les chefs d'un Honitoire, on ne s'est pas fait faute de se communiquer des conjectures également sans fondement, soit dans les conversations de la haute société, soit dans éelles de la conununanté de Saint-Pantaléon, tant et si bien que sous la dernière supérieuredecette maison, l'histoire s'est trouvée à point, avec tous ses détails incroyables, pour être confiée à M. l'abbé Barré dès son retour de l'île Bourbon. Ainsi appuyé, d'un côté sur un chevalier qui laissait étrangler les gens sans les prévenir, et de l'autre sur un abbé qui médisait de toute religion et lisait des livres que personne n'a écrits, M. du Mège conclut, d'après « plusieurs Mémoires inédits (1) et une tradition constante; » et sa conclusion, c'est que les motifs réels (de l'arrêt du parlement) furent la conviction d'une notable portion des juges qu'un complot avait été tramé contre les jours de M. -A. Calas, que des assassins apostés l'avaient saisi au momment où il allait sortir, et cela par suite de la dénonciation du père, qu'on fit périr comme « ayant ordonné le crime et l'ayant laissé exécuter. »

Il ne faut pas soutenir de pareils rêves à ceux qui ont lu les procédures et qui savent que dans toute la double information, soit devant les Capitouls, soit au Parlement, dans le Monitoire, dans les brïefsintendits^ dans les interrogatoires, dans les confrontations, l'hypothèse

(i) Apparemment cetii des abbés Magi et Barré,

AO mtft us GALAS. SS7

d'assassins venus da dehors est aussi absolument écartée ffue odle da snicidey tandis qae tout, jusqu'à la fin, tend à établir que Marc-Antoine fut étranglé par lea cinq

n n*est pas étonnant, au point de vue où se place le cantinuateor de dom Vayssette, qu'il veuille bien reoomudtredans laprocédnredes erreurs ou des illégalités, ai qu'il admette l'innocence de quatre accusés sur cinq. D arrive ainsi à ce double résultat, de prouver la jnslioe irr^rochable du Parlement (ce qui était à démontrer) (1), et de faire peser le crime, non plus sur les Gdas.morts depuis longtemps (ce qui ne servirait pas à grtnd chose), mais sur le protestantisme encore vivant (oe qui est beaucoup plus utile).

hà nom de Voltaire, il faut l'avouer, a fini par nuire à k cause qu'il avait sauvée, et depuisla Révolution bien des eqnits étroits auraient craint de passer pour compBcesde ses impiétés et de ses indécences, s'ils n'avaient ipm parti pour le clergé et le Parlement contre les Calas. Aussi les journaux k Correspondant eiFUnivers se sont empressés de donner l'hospitalité de leurs colonnes à un discours de rentrée de la conférence des avocats stagiaires, prononcé par un jeune avocat et docteur en drmt, M. Hue, nommé depuis professeur suppléant à la Faculté de Toulouse.

le teax, dit-il, essayer de réhabiliter le Parlement de Touei de k IsTer d'une injure qu'il ne mérita jamais... U faut

(i) 11 pCDM cependant qne le Pariemeni a eu tort de Juger sur dea tadîeeiy car U 7 en a^iit pour et contre. On aurait dû renTojer iet aeeoaéa non abcont, jntqa'à plut ample informé» U approuve du reiie la réalalance de celte Cour souTcraine à l'arrêt dea Maltret dea Re-

838 ^ ' BI8T0III. iMVL^anMii m imki

•c<fMfli0M:iw: mimant kla nwi^

une ftmittnafttièie. .:-.

C'est, dès l'entrée, poser la question inexacteiHUl jf'fant h*aTÔiFp&8 Mce ijfa'éèri^t f olMhl^dy^'l^^ ment poiur igntf rer qa^il rèoàhMt'bfioÀne fd^dëft^jtt^ ' et neMaecaMiM)iiif d'^âvéir^ofltt^ '

injnsâoe (p^B leiff i^ïpi^hàiif^ leum cô' n^t'pa&éii'i^lntae ¥ti«dé^r%'ti^;ibâ^Aiim ' non,dtaP#i6Éiéiil«)611 <Smtv^ ainsi (^ dMt «tretrmtéè «ée iq(MAioâ}k^^ coui«dê'M:'Hvdtt^es«ï «^«b^ '

Lafoii Mflolt^'en fMalM^^r; Mr BW n'a pas eu le temps deiird'Bèii'9cÉâëiV^I(tai|iiè^^ U ne^ààtirtëû destàiâf'^^t%é'^^^ quètê pêAêkmBf et'^inâner' |liËr'êkéin^'Ûoltt^ '

de folié fàuji'témoiti CMAUeriée Dël^ est prodigidax, il ignore ladéfensé^'^^ {raôrair i^ avoir lu un soûl des six Mémoii^ de ravôtatSàdlt!, dti (îonsciller Lasane,de l'accusé LavEyssèWdesônpèf^. Kl (le {>lus, il counati très^imparfaSf^ment la procédure ulle-niôme (1) ; sauf quelques points en généfai secondaires, il n'a bien étudié que les brieft'intëndfts (lu 7 novembre contre Galas père et fils. U répète '^ue Vollairc a inventé la mélancolie de Mart-Aritoiiie.^Il

(1) « Il nu rcsle rien, dii-il, de celle du ptrlbinetitt qui deYâlièirê plus concluanlc que l'aulre, puisqu'elle fut la principale cause de lu condamnation. » Ceci est complétemcol inexact* Cette procédure existe à P&rit et à Toulouse même. M. Huo oabti« que le Psrleai<*]it maintint et lit continuer VinquisUion commencée* M* Hue lof-même l'a parcourue, discatée, citée sans se. rendre bien eomple de ce quHl tTait. tous les yeox* .Et.la eottdamaaUoQ n^a été moHTée-pBf rien de plus concluant.

AU SUJET DBS GALASi» . 339

-affirme da.ton le plus tranchant que « Marc-Antoine n'avidl auoon motif même frivole pour se. détruire. » Quand eebt serait vrai, les suicides inexplicables et qui ontjK>mr cnrigine une mélancolie moins morale que physi^ quejEiesoiitpaa rares. M^sn'est-cepas un motif, n'estce pas même un motif frivole, que d'avoir dû renoncer pour toute sa vie à la profession pour laquelle on Sfait étudié et où l'on croyait réussir, et de se voir dans rîmpoasil»]ité d'en embrasser aucune autre?

V « latai^se ne dit pas être remonté auprès de M">* Galis. p U le dit positivement.

« Jamais Lavaysse.ne s'expliqua sur cette sortie mystérieuse, suivie d'une rentrée presque immédiate, »

: Oeci est 4)elimnent inexact que M. Hue reprodmt luimbaoB plu& loin cette explication, qui est Irës-simple :

« On comprend pourquoi La vaysse venu k Toulouse, le lundi sans qu'il puisse donner un motif à son voyage, était tellement pn^^,de rejiiarlir,. »

Si jamais il y eut un voyage clairement et amplement motivé, ce fut ç^lt^i de Lavaysse; et il est très-naturel qu'il fut prçssé, non.de re/)ar^/r, mais de continuer ce yoyagç, jusque chez ses piarenfs qu'il allait voir ayant de de quitter rEùrope.

Nous avons entendu les accusés répondre qu'il y avait nombre^d'escabeaux etde chaises, et dans la boutique et dans le magasin '(ce qu'il était facile de vérifier) : M. Hue ji'a.pa3 lu leur déclaration ou l'a oubliée.

impossible, selon lui, que Marc- Antenne se soit I^dî).sA]^ lumière. Pourquoi? Et qui lui prouve que dans ce magasin si mal examiné il n'y avait pas une

nhaudelle Éteinte ou renversée? Est-il certain que la fenélre ou la porte ouverte de l'arrière-boulique ne donnât pas assez de jour à huit heures, Iel3 octobre?

Nous avons raconté l'épisode des lettres de Carrière sur lesquelles le jeune écrivain bâtit tout un échafaudage de suppositions, parce qu'il ignore que ces lettres sont de l'avocat.

Du reste, il n'adopte point et ne parait pas connaître lesystëniedeM.duMège. Avec lui comme avec M. Mary- LafoQ, l'on en revient simplement auï dires de l'accusa- i tion. Mais nous sommes heureux de constater qu'un jurisconsulte a étudii* re Uned^f avec le parti pris de laver le parlement e et n'y a pas trouvé un

argument solide. -"lOu^ isplus, pour faire justice

de son travail, qu'à montrer oîi il aboutit , prouvant mie fois de plus, que de fausses prémisses et une logique impitoyable peuvent mener bien loin:

<i Onest aedemenlsorpris d'une cbosej c'est de l'hésîtatkm des juges qui, sjuit condamoé Citas père ï b nrae, rdaxeM les antres Bccasés, ■

Noos croirioDs fort inutile de citer ici le Quide dan* Toulowet publié cette année même par H. Le Blanc da Vemet (l)^ si nousn'y trouviom indiquée une série nou-

(I) CMi(TtT«ln ■'«>> hit coDDsnrr pw 1m pabllctUoni tuinnts*. n É hll piinllre, lom le nom da Frédéric î/t Blute <l de coiMMt avec H. Henri Imberl, ans brochure, dédiée ui Pape régnant, en bvtmr de la friiM it VHtrt iim* Ut toeiéUi medenta ; Parla, l T-S p. I*. — Souann iroWème nom, celnl deFiéd. Le Blanc d'SMklQTa, la même anunr a Uuéré noD^e d'arliclea dans le Cariai** et ■ écrii, aniuiTotiime ifit, VltitUin it VhJmtimmt «timittUt^

AD SVJBT BBS GALUi 3^1

yelle de docomentSy dont nous avons fait usage et que rion annonce comme dangereux pour les Galas.

Sdon ce Gtàde^ la correspondance de M. de Saint- Prieat a^ec le subdélégué Amblard met en lumière^ entte autres choses, deux faits qui sembleraient bien pnMoer la culpabilité des Calas : 1* les rigueurs du père envars Louis; 2^ V arrivée à Toulimsey le jour mime ai le lendemain de la mort de Marc^ Antoine y fun grandnombre de protestants* Encore cette accusatk», si complètement ridicule, qu'un écrivain qui ne serait pas aveuglé par de petites passions de localité et de secte se garderait de la signer de son nom I II est évidentqne M.Le Blanc n'a pas lu les lettres, et il en parle, on le vmt, d'après ce qu'on en dit à Toulouse.

Nous avons d^à examiné ce qu'il y a de vrai dans la première de ces deux accusations (1). Il suffit d'ajouter qfte dans les lettres en question il n'y a rien^ absolument rien^ qui incrimine la conduite de Galas à l'égard de Louis. Nous puMions cinq de ces lettres en entier, et les copies des antres sont dans nos mains (2) ; nous d6claronsqu'elles ne contiennent ni un renseignement quel-conque^ ni même une allusion au sujet de Louis Galas et de la cmiduite de ses parents envers lui. Quant à la seconde M. de Saint-Priest lui-même en doutait (3) : On prétend y dit-il, mais on n'assure pas,..

(0 P. s« et tuiT.

(9) Corr. St-Flor. i , ft, e, 1 4, 48.

(S)VolrC<>rr. deSt-FL, Lettre 4. Il en doutait, malgré rasseiiion

d'imblard A laquelle M. Le Blanc peut joindre la déposition de la

D^ Rej, épouse de Dubfiry,

Ce iéinoiB a ênimtéu dirt au Sr Delpeeh flb eadet que le Jour de la mort deMafO'AatolDi Galas m» avait vu entrer cbas le Sr Gslas l)eaftooap de bn- Ipoeiiots» ce qui svait Ikit préemmer f|(h*U f arsit ev esy^oe d*assem1>kfè.

HiBTOine Ml, L'opimos »» frihci

XOD&- ccp^aut le fait : iioils demanderoAs à ianc si le itiadeniaiii d'sii meuilre on voit les rs ou les auteurs du critne, au lieu de fuir, se t i/rajid nomlirf et sans auciuiiatérèl, au Heu oKàl comiueHre.ll n'est nulleroejji ii^KiBsible Ui«lestants des environs de Toulouse y soient .^ 13 OU Je Ifi en grajtd notulire potiroéiéhrer iàaui àf^m queldue eadroit caiivenu, es de-

y-wA», cop irt:«

avait lieu alors, les jours

8i,bi.

^mtuicbe, tontes les fus

esent prévu le moins du

m». .C3 ^iw. VI

K soupçflUB dont ils al-

.^^ifel^s vicui

raieulgaidés de ae fflon-

..^.. Quei.sens, qit!

t avoir «ette arrivée des

iiroleslaiite, uDn Ift v

dûMarG-tni«ne?,Bsi-»,

s rie dire que dépareilles

diose» semble tt èien ]atmy:r la culpabililé.iUw Calas? S^jinus laissions croira au lecteur que tous le!> lia- IVlWlE de Toulouse, même caUioliques. admellmit île si abpimiwifliéfltgéft. H(WaJ**w fewmftpusdtorti^flcwiiie j]eùeji!av0flfcpaeie«(Hadr4;dâW'.d« jeter «wuoa AtUv^uj-^dm» Fo^iiùop. ms me ville qiû « brillé, d'i» si gr«ndié»Ut âi|D«irtotoif«t,«pa3fl0itf«ni^frfii6oii«d'M-

jugemenls tout. apposés, (ka jugâmenls sont d'autant plus honorables que l'on y possède uniquement les pièces de la double instruction, entachée de tant de partialité, que les Capitouls avaient comtnectcée et que le Parisment acbAva,'SMU une seule des pièces Qaivelles.«t toutes (avortblesqid furent produites devant les Maîtres des Requêtes. Quçlque;^£^prUséqiùtïJiIiëseD.«nJi.wt.as^3,4>OHr «HKterfrfc#et«]èrftinn«Mice desfMas. CefirflB casde

:.J.V AtJ SUJfiTDBS CALAS, r 5/j|3

M. d'Aldégiûer, archiviste et' historien de la ville de Toulouse, mais qui malheureusement ne s'est pas acquis le renom d'une science assez précise et d'un jugement assez calme. Ce fut aussi le résultat des recherches d'un émin^nt magistrat, M. Plougoulm, qui fut procureur général dans la même ville et qui a fait l'examen le plus cott|ic^ci(9ttx de la procédure qu'il y trouva. lia rendu ifjimoc^AÇid des Galas un magnifique témoignage (1) :

«t lld teau du» mes mains, j'ai lu de mes yeux, depuis la pMDÎèi» jusqu'à^ la deruière ligne, cette trîsie et douloureuse pnoédij^ro» isi, ^«^ppiinaot rémotion qui me gagnait à chaque |il9mea|y •quapd j'eoiteadais ce père., cette mèice s'écrier pour Iput^ d^ÇpOsedeysy^t leur impitoyable juge : « Croyez-vous donc ga'on poisse .tuer son enfant! » j'ai tout examiné, tout pesé coinme si j'eusse eu à parler moi-même. Que je serais heureux, â ce que je vais dire pouvait ajouter encore un rayon d'évidence à une vérité, k'une innocence depuis si longtemps reconnuesf Ouï, Messieurs, j'aime à le proclamer, dans toutes ces pièces, dans tous ces témoignages, ces monitoires, je it'ai rien découvert, pas un faitj pas uft-fnot, pas l'ombre d'une-preuvc, d'un indice, qui explique cette épouvantable erreur; reste le fwiatiffBie qui explique tout, il est vrai ; mais admirez ici comme la vérité se (ait jour, et saisissons le moment où l'humanité 96 réveille. Tandis que la justice humaine, égarée comme la (oole.qui se presse autour d'elle, conduit sa victime au supplice, le malheureux vieillard passant devant la maison où il avait vécu tant d'heureuses années au sein de sa famille, demande k s'agenouiller et à bénir sa demeure ! Simple et déchirante action, qui renfermait à elle seule une si grande lumière d'innocence qu'elle émut profondément la multitude. Dès ce moment, fB^«-V-on affirmé dans le pays qui a produit cet horrible drame,

(1) Di^çopr» de rentrée à Iji Cour jippérialc de Rcnoe^, 3 novembre 18 43 (Sur je* prngr^g de la législation pensif en France).

Uc jeui se dessillËrenl ; hélas ! Messieurs, il Élaïl trop lard ) k tieillaid continua sa roule, cl ^ quelques pas de lii, il eipinii sur la roue, répélant à celui qui le pressait d'avouer son oirae: El vous apsai, vous croyez qu'on peut luer son enfanl I ••

C'est un fait considérable que cette déclaration éloqnenle d'un successeur de Riqnet de Bonrepos, reprenant de sang-froid l'examen juridique dont son prédesseur s'était si mal acquitté, sous le violent empire àe la passion. Seulement, en notre qualité de narrateur ■irupuleux, nous sommes forcé de révoquer en doute t%nec([otc touchante de Jean Calas bénissant sa maison, à genoux dans la charrette du bourreau. Nous n'en srons trouvé aucune trace coatemporaiue. Il nous sera* Ne difficile que ce vieillard, brisé par la question ordîlUtire et extraordinaire, ail eu encore la force de s'age- Dàmller seul, ou se soit fait agenouiller par l'exécuteur comme il dut le faire pour l'amende honorable. Nous ne croyons pas non plus que David, qui dirigeait tout, Ini eût monlré cette complaisance. Enfin, soit que le condamné partit des prisons du P^ais, ou, ce qui est plus probable, qu'il sortit de celle de l'Hôtel-de-Mlle, où les condamnés à mort devaient attendre leur suiqiUce, la rue des Filatiers ne se trouve ni dans la direction de la cathédrale de Saint-Etienne oii se fit l'amende honorable, ni dans celle de la place Saint-Georges, lieu de l'exécution. D'autres mes, bien plus directes et plus larges, ont dû élre suivies par le cortège funèbre (1). C'est ici la légende, non plus hostile et dictée par la haine, mais inspirée au contraire par la vénération et la pitié.

AO fOlST Ott CALAf. 845

devenue one tradition locale, et mise en œuvre par un orateur ému et puissant, qui I*a crue vraie.

n doit m'étre permis de citer an nombre des écrits oà rdTaire des Galas a été traitée d'une façon nouvelle, t Histoire des Eglises du Désert y sur laquelle un jugemoit remarquable a été porté par un des savants de FAI* lemagne qui connaissent le mieux l'histoire des protestants de France. M. de Polenz déclare le récit que Charles Goquerel a donné de l'afTaire Galas supérieur à tous les lédtB antériairs (1). Il est de fait que l'auteur ayant fous les yeux la correspondance de Paul Rabaut et d'autres pasteurs du Désert, ayant de plus des documents qui provenaient de M"** Du voisin, a pu jeter un jour nouveau sur plusieurs points du procès. Ges mêmes docunenlsont d<^ servir de point de départ à nos recherches, meon antre écrivain n'ayant fait l'examen approfondi du procès devenu évidemment nécessaire depuis les ittaques de MM. Mary-Lafon, du Hège et Hue, qui étaient demeurées jusqu'ici sans réponse.

(I) Ualflr den Searbeilongea siehi Coquereb Hiitùirt éUê BgU-' «t*f IMwrf (L t,|i. se4-t4i)anbediiigl oberan. (ArUele Calas 4m It Mma Mueffkiopmdiede Henog, ) M, de Poleni Tient de publier tau itaonieiit le i*' voiiuBed'ane Hittcire du Caivimitme frmtçaii ^mfeàrJtaewMéemûUtmaUàe I7t9. Ce toU de xti et 716 pag^s M ewdait le leeleiir que Jaiqa'à la eenapiratioD d'Amboise en i S6t»

IX»IBRG» SEGRÉTiUllB DO SUBDÉLtoUÉ àHBLAlU), A M. DE SAMT-PRUST, INTBNDAfTT DIT LANGOIDOC

Monsdgneur,

Gomme M'. Amblard est à sa jardin (tic) et que je n^auralspas le temps de lui faire signer cette lettre parceque le courrier presse, j*ai Thonneur de tous rendre conte moi-môme d*un événement extraordinairearrivédanacette TiUe.

(i) LtB ïeVtteB 1, §, 6, is, 15, sont tirées des Arofaivet de liontpellier, tomes les autres des Archives impériales de Paris, où lei minutes de celles de M. de Saint-Florentin se tronvent dans l» Dépêches du Secrétariat ^ et les lettres qui lui sont adressées dus la section historiée.

Dans le cours de Touvrage, noua désignons celte correspondMiee ptr raMYiaUon : Carr^ St-Flor,

Le flla ayné du S'. Galas nég'. fut trouvé hier au soir \ers les oeuf heures et dcmy étranglé dans la maison de son père, les portes de la rue fermées. Le père qui était dans sa chambre étant descendu en bas trouva son Bis ôtendu sur la porte du magasin qui est dans l'iatérieur de la maison, il appela du secotirs en criant qu'on avait assassiné son fils. PlueieurK personnes qui se trouvèrent dans la rue accoururent au bruit, firent ouvrir les portes

virent le cadavre qui était déjà froid sao3 qu'il parut lui aucune marque d'assassinat sinon qu'il était sans Il y eût un chirurgien du nombre, qui vérifia ce „ , . e et après lui avoir ûté une cravate noire qu'il avait au col, il reconnut qu'il avait été étranglé avec une corde par l'empreinte qu'elle avait fait. Loa fut avertir M" les Cap", de cet événement M", David s'y transporta vers les dis heures et demy avec l'escouade du guet, il fit conduire en prison le père, la mère, leur fila cadet, la fille de service «t deux éWangers t|uii avaient soupe chez eux : on a procédé pendant la nuit à leur audition. Ce iiieurbr»sftft'une-grBtctei9enBUioa4Btti-d«!ttCr-T91e. Tout le monde est dans une consternation étonnante dans le quartier du S'. Calas père que l'on soupçonne de, concert avec la famille être lautheur parceque lé jeune homme donnoIt'aBpnis'qudquea eetai-dea marques de xAtbolicIté contre le gré désespérais et qu'il était mCmé lia veille d'abjurer teurretigion.

MfyjïKrtitard'wocrainfofïiiera exactement des sottesde cette affaire. J'ay l'honneur d'être avec le plus profond respect, monseigneur, votre très-obéissant serviteur. DOHBBCt Mcr" dt Mt Ambtard:{i).

(i) Ceue l«nre, écrite avec une haie eilrtme dès la mstlote lu M,, esi douUemeni remarquable parce qrf'dle pciot viieœeni l'émotion violenle que produisil la déeouvfrlc du eadavre, el parce (u'elle coutirme pleiDemeiit ce que noua avons dil des cris qUf

LE GAPITOUL DAVID DE BEAUDRIGUE A M. D£ SAINT^FLORENTIlf.

Tonloiue IS oetobra 1781.

Monseigneur,

J'ay rhonneur de vous envoyer cy joint une coppie du verbal que j*ay dressé dans la faire du sieur Galas, ensem * Ue une coppie de la relation de Tetat du cadavre de Marc Antoine Galas son fils. Quoyque vous puissiés être instruit par la lecteure du procès verbal, néanmoins je vay avoir Thonneur de vous faire un petit détail de cette affaire.

Je feus averty Mardy soir vers les onze heures et demy du soir qu'on avoit assassiné le fils ayné du sieur Galas ; je m'y tranqwrte de suite avec ma main forte, et entré daQa leAiag^in de la. boutique du sieur Galas, jetrouvay sur la ;porte d'entrée le cadavre de Marc Antoine Galas fils ayné étenduà terre ; je fis de suite garder les portes et je m'assuray de toutes les personnes quy composoient lad'* maison. Je fis procéder de suite a l'état du cadavre, et cela fait, je fis arretter le père, la mère, le fils, la servante du sieur Galas et le sieur Lavaysse fils quy avait soupe avec eux et les fis conduire avec le cadavre a l'hôtel de ville, ou je reçus de suite ieurrauKiition d'office. Apres quoy je les .fis mettre, en prison et les fis séparer pour qu'ils n'eussent aucune communiquation. Je suis cette procédure avec

poussa Calas père, en troUTant son fila iDori et qm donaëremi réveil * tout le quartier. On n'avail pas encore imaginé que ce fussent les ciis d'un homme que l'on étrangle.

vigueur et Je ne perds pas un moment, pour y donner toutes les iiutes qu'exige use aOaire de pareille nature. Tay crû. Monseigneur, qu'uae affaire de cette importance devoit vous être communiquée; elle intéresse, ce me semble, l'état et la itcllgion. Jeserois bien flatté. Monseigneur, sy dansces circonstances, vous approuviés ce que jay fait jusqu'à présent et me mander vos ordres la dessus pour que je les exécute de point en point; quoyqoe le chef du consistoire soit absent et que je le représente par ma place, néanmoins mon expérience ne ra'apas laissé douter de procéder alnsy que ja l'ay fait.

J"ay l'honneur de vous envoyer encore une exemplaire du Monitoire. Il ne se passera rien dans cette affaire que je n'aye l'honneur de vous en informer. Soyés persuadé. Monseigneur, de mon zélle et de toute mon afl'ectioii dans cette affaire, et que je ne négligerai rien pour parvenir à découvrir la vérité.

fay l'honneur d'être avec un très profond respect. Monseigneur,

Votre très liuntble et obéiaaant s^^iteur

David db Beaudbigdb,

Ca]M»a, chef du CmuiHoir* M l'abtenee dt M, Fagtit

LE PRÉSIDENT DE 8BHA0X AU HtlIE-(l)

TasIiHH , It Htahca lltl.

Hondenr, n est arrivé mardi dernier on Meurtre dans cette rtile qui par sa nature semble Intéresser l'Etat

(I) Nom m donnoDi q« pu frt«meUi cMU l>Ur«, m «4Im qol

DiPÉGHES 353

... Ce même jour 13* du courant, le peuple accourut en foule vers les onze heures du soir pour avertir et requérir les Gapitouls de se transporter chez le nommé Galas m' en draperie qui,disoit-on, venoit d'étrangler son fils âgé de 28 ans, avec le secours de sa Mère, d'un antre fils et du nommé Lavaysse. Et cela par la raison que cet infortuné garçon travailloit à abjurer la religion protestante ou il étoit né et dont son père et sa famille font profession.

(Averti par les Gapitouls, M. de Senaux est allé luimême aux prisons s'assurer de leur sûreté, a donné une sentinelle du guet à chacun d'eux et a défendu toute communication tant entr'eux qu'avec gui que ce fût sans exception,)

... La procédure est commencée à la requette du ministère public, et jusqu'à présent les dépositions des témoins ne fournissent que de violents soupçons contre ces accnsés, et j'espère que lee preuves deviendront complettes par les révélations que produiront un chef de Monitoire qui fut publié hyer matin à cet effet D'ailleurs les viiriations et les contradictions ou sont tombés ces accusés entr'eux fortifieront les preuves.

M. Voilà, Monsieur, à peu près le détail de cette affaire

qui comme vous voyez est de nature a intéresser l'Etat,

surtout arrivant après l'émeute des Huguenots de Gaus-

sade dont j'ay eu l'honneur de vous rendre compte (1).

J*ai celuy, etc. De Senaux.

portent les n*** 16 et 27, parce qu'elles contiennent, ou des répétitions uns intérêt, ou des faits entièrement étrangers au procès des Calas, illettrés 20 et 3 1 sont tout à Tait insigai&anles ; nous les avons réiomées en quelques mots.

(i) il s'agit du projet qu'avaient formé, disait-on, quelques protes- Iwits de sauver le pasteur Bochette qui avait été arrêté. Une panique ttng motifs réels eut lieu à cette occasion (Voir à ce sujet Vltistoire ^ Égliies du Désert, t. U, p. 269 etsuiv.).

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