LETTRES
mt Là 80BUR
ANNE-JULIE FRAISSE
A Monsieur Monsieur Castanier (VAuriac Conseiller d'Etat, rue neuve des Capucines
à Paris»
VIVE JÉSUS, t
De notre Monastère de Toulouse, le t4 décembre 4 762.
Je ne prétends pas, Monsieur, vous instruire et vous raconter la tragique histoire de l'infortunée famille de Calas, mais vous témoigner le plaisir sensible que j'auray si vous leur êtes favorable et que vous contribuiez par votre suffrage à les réhabiliter. Nous avons eu sept mois <i&Qs notre maison une de ces demoiselles par lettre de
386 LETTRES DE LA SffitR A.-I. FXAISSE
cachet La Religion en étoit Tobjet, que nous n'avons peu remplir : c'est à Dieu senl qu'il appartient. A cela près, elle a gagné l'amitié et l'estime de notre Commonaulé par s«s excellentes qualités. ?jous n'avons eft qu'A regretter que tant de vertus dont elle est remplie oepuîslienC lui servir que pour cette vie. On m'avKit chargée d'elle ; j'y âtois lousjes jours, et je n'ai jamais eu le ploa léger meconientement ; elle ne mérite que des élevés. Nous avons eu occasion de connoitre ce qui reste de cette famille; leur bon caractère nous assure de leur innocence. Il est bien dezirable qu'elle soit reconnue et justifiée. Permetez-mol.de vous assurer de touts les soubaîts heureux que Jâr forme pour, tous dans la nouvelle année que nous allons commencer. Je prie le Seigneur qu'il remplisse tous les désirs de votre cteur. Je suis avec l'attacbement le plus Bincëre, Monsieur, votre tres-humble obéissante servante
S' Anne Jolie Fsausb De la V. S" M. D. S. B. (1)
A UOHSflt)H<eiZEINfl.
Da aalnlIuiuUri da TsilsaH e* llliH. ITU.
, Vous j9'aY,9i.,îtlçii.deyfnée,.Monsie!U',' lorsçjue vous n'a- .MïJ»M>Ui«HtéiBliteiBir^9u^j;âï^ujle,ia^d^
nttiléttkdMtb !^^ je n^i^ùin céf» ii v^stMni» ééM etf dèhiitf'lif ndtfriBde; ynm iUfs^ cbUAièn die m fat trilMtMMS^ Jiè/ ne* déâtàVbtib' paa mf e^htraM en mollihlM: eë'tfiiiécxàatàit ne sëroit ptaii dé' TOtire gfoût; là^ djHMtf^Mfarifié Mirtoità ëtid&â^i^bàM: Ëlte' i^^est oondolte' Aw ifbd^'iilAdwid' t^i' ail' il[lièic^ pbUô, sHgef mMostë, difei^eriM^Mbnte. Jëi'd ebhime il9fl4»ie de i^ dok'qtalffiiftrie^lAti^doEdlhittleit Jeifai rfeif négtfgé pour htrdttiïëir^ ht oàptf?lté ; pbhrt d»* tÉ<lte»89eHe ni' dei gf^. ifdôMrpki^ ihtf^tûfas lèi" dËwiô^m éépaisaat sMtie; qr^Uè'dn; itôssi dbntmtë de ornj^ que nMè Pélv^ns'été d'èlkC Sâs aïïâ^ vont itn m]jg!<x; le lui ai' dmaê une léttte piQittt* M!. iMtiwc, mtfti cÂtisff^ gerttfâhii pi^dent adi j^d'ébbseiL Elle iKf apit^éhdra' sand dbute l'osase qd(*ët£erëniffÈdt ^^^àS^ddë^doifRMssIôns qdenetlrefl^m»'
rir
POUR MADEMOISELLE NANETË CALAS t VIVE JESUS
^ n^aTOis pas aiendù, ma c&ëre Nanété, au mdinent ^l'eoeYolF Totre letre, à mWormer de vos nouvelIé& Jesaycis votre voyage Heureux, mais fëlôis impaûmite
br.TTJlES DE LA SCGDR A.-!. FRAIS5E
uui le reste. lo suis en colère contre votre ruporteur; ^ bien mol prandre soq temps. Il faut espérer qu'il u nieux les choses lors qu'il sera question de vos intt ,. Vous na me dites rien de votre entrevue avec' la niè['e ; ie ne doute point qu'elle n'ait été tendre et treuse. Votre cœur rempli de sentiments en a saus -ouvé dans ce moment tout ce que ie vous en i^apable, et c'est tout dire ; ie voua prie m'y ré- ..iuel que part. Vouseuave^i beaucoup dans le mien. IX, les diférances entre nous et l'absaDce iiicer les impressions ijue vos aimables B w.. ^^ur et de l'esprit ont l'ait daos le cœur de ■iBuq qui vous est toute dévouée. Si nous pouvions vous faire plaisir et que vous ayés besoia de quelques solicitations, nous somcs toutes a votre service. Nous parlons EDUvant de vous et toujours avec les éloges que vous mérités, et nous avouons le désir de voua revoir. Hut au ciel que ce fut parmi nous I Vous y seriez reçue avec des transports, et vous nous avés asés aperçues pour savoir que ces sentimens vous sont uniquement consacrés.
J'avais oublié de vous prévenir sur l'abor glacé de M. d'Auriac, afin d'éviter que vous le prissiés pour vous. Je suis très contente qu'il vous ait reçue avec la bonté que vous mérités et que mérite votre triste situation. Son air froit et sérieux est dans son caractère; si vous avés a le revoir, n'en soyés point étonnée; c'est dans luy et non pour vous.
Notre sœur Vialet vous embrasse tendrement, de même que notre sœur de l>oasan ; elles vous aiment de tout leur cœur. Vos deux lettres ont été lues a toutes ; chaqu'une, a la récréation, les vouloit entendre. Enfin, ma chère Nanetô, vous avés gagné le cœur et l'estime de nous toutes. Je vous prie d'asurer Madame votre mère et votre chère sœur de tous nos sentiments d'estime et tl'afection. Ne nous laisés pas ignorer la décision de vos afaires. N'ou-
bliés rien a m'instruire de ce qui vous interesse. Si ie ne vous connoisois le vous soubsonerois de ne vouloir point de nos letres : vous ne me dites rien de Tadresse. Monsieur Francés (i) aura la bonté de les envoyer ; nous en serions bien en peine. Le cérémonial de la votre me déplaît; moins de façons et plus de détail de ce qui vous regarde. Adieu, ma chère Nanete; ie vous aimerai toujours fort tendrement. C'est dans ces sentiments que ie suis votre très humble obéissante servante sr Anne Julie
f RAissE de la V. ste.
A Mademoiselle Mademoiselle anne calas chés monsieur dumas rue neuve Saint eustache. A paris» (1)
t VIVE JESUS
De nelre monastère de Tonloute ce K aTrfl 1763.
Me soubsoneriés vous d'indiférance, ma chère Nanete, par le retard de repondre a votre charmante letre du 13» mars ? Peut être avés vous deviné que nous n'é-
(1) Un négociant de Toulouse avec lequel Jean Calai avait en depuis longtemps des relations d'affaires et d'amitié. . (2) Celte adresse est aussi celle des lettres suivantes.
LETTRES DE LA BOEUR i.-i. FHAHSE
dans le carême, que pour l'absolu nécessaire.
^ uion exactitude ; au premier courrier ie n'ay qu'à
mon cœur pour m'eutretenlr aveo vous et vous
de l'heureui commencement de votre cruële
.>;. -e repasse dans mon esprit tout ce qu'il faut pour
iclusioD ; il y a bien des choses encore : l'apport des
,es, inrormation, raison de l'arrêt ; nos gens ne se
pas ; puis l'examen et le jugement. le suis im-
-u, comme Naneterétoîtquelquefolx, en elle même,
se 0 X. Je Tuuoroia tout savoir & la foix ;
Is pourtuui. tranquille, persuadée que tous au-
a du bon.
Etpuia, tout jugé, ou habiterés vous ï N'y aura-t-il point quelque reste d'afaires qui vous ramènera au moins en passant dans cette ville 7 J'ay peine à consentir de ne plus vous revoir ; ma tendresse soul^e des aparanccs, peut-otre trop certaines, de cette privation.
Je souaitte bien que M' Dauriac soit au jugement, suposé qu'il voua soit favor&t^le, comme je l'eapere. n a rqiutation de bonne tête ; son avis eat écouté.
M' Francés est très exact a nous donner les assurances de votre souvenir, ie ne lay pardâiinerols pas de nous les laisser ignorer. Qu'ay-ie tant Mt pour vous, qui puisse si fort exiter votre reconntrisswce î Vous contés sans doute la bonne volonté pour les efets t rien n'est perdu dans vn cœur si bien placé que celuy de ma cliere Nanete, que j'aimeray toujours tendrement Le bon Dieu le sait, et tout ce qne je Iny dis poOr elle. Ha, si jamais j'aprans qu'en m'écoutant il m'a exaucée, ie dir^r comme Simeon : Seigneur, lalsés aler mon ame en paix, puisque ie vois ce que j'ay tant désiré.
Nos chères sœurs vous en disent de même et vous font mille amitiés. Des qu'elles me savent une de vos letres, elles en veulent savoir quelque chose, et ie veax avoir toujours ce qnl Vous itteenai^ Api%nés mol tout
éë 4^ sâraëlklA è% nètiVBiML IMs tâodfttl cMS^IittètflÉ^ ienHis prie, à Madame votre Hère. Je la reAiereie ée iSà «HiV^. H ittè MmMè qoe ni le la vcqndè, fieos aefHtt ttUItt âiUèfii Yne ettillrattàd^ à la ébere Mn^ Yo« tre tnre Louis n'est i^ilifr t^tta detniis votre sortie. Ltl MénBt^ ^ttel Vtfns indfiet
li*^ NiMoidtt* est iirtetfdHaTeisnoas, qif dleii^ast pas fttt» fibtti^ «M yeUÉ!Mu^ eUe atte&t tme autre lettre de âSibilt^lh Mttitot dé Castres ;VotiEs fat eonmissésci). Jb 1khili,Ua tlkst^ tMffte «lÉië p^ tuttt place a notre tilM.)feM)Met!ièd^të^|Oarâ lOiïte i VOtus.
S' Anne Julie D. s. b.
LA MÈRE d'H(WAUD A n"'' ANNE GALAS.
(Sur la même feuille)
'AlCblMttrgi iMs'VoiâlWÉ» BÊto dire qfiè 'tiotre Bttfur HkSHiHtElâtè. JS Vota 't«cn^i9à voir diuâ t<m
y trouveriés des sentiments tendres et de vifs désirs pour tbtttî^ip yù^ liiteré^é. Je we tejotffii du bon cemmencemeik àe v(» tristes 'étt^aii^ès, Ittalâ jTai peine à prenère paÉleneede la lenteur de vos. juges. Je me flatte
Cl) Voir tur M"* deNautonnier la note xui à la fiii'fa*irbllttiie.
393 LETIXES DE Li SOCDR À.-I, FRyllSSE
que oe n'est que pour mieux faire ; je le désire de tout
Dooneï nous ea des iiouvellea, et de votre santé, que la multitude (et la qualité (1) ) de vos occupations peuvent altérer j il faut la ménager.
Toutes nos steurs, qui vous aiment toujours, pensent souvent a vous et prient beaucoup Dieu qu'il voua acuorde toutes les grâces qui vous sont nécessaires pour être véritablement heureuse dans le tems et dans l'éternité. Je vous demande toujours quelque part dans votre amitié; vous la devez à celle que j'ai pour vous. Je serai toute ma vie bien tendrement. Mademoiselle, \'otre très humble et très obéissante servante
Sr Marie Anne D'hdnaud de la Visitation Ste Marie D. s b.
t VIVE JESUS
. Faut-il donc, ma chère Nanete, faire le sacrifice de vos nouvelles ? Depuis le commencement du carême ie vous ignore. Votre santé, vos affaires, vos coatentemens
. (i) La ml're Anae d'Hunaud a KiïhCé les mois et la qualiU; elle a crainl saua doule qae celle vague allusion i loui.ce qu'avaienl de pénible les BoUicilatiDUB dont s'occapaienl a Paria M"* Calas el ses tilles, ne leur (Al point agrËBble. Celle alienliOD déltcstcl éviler, en un aujet si douloureui, la moindre rudesie de langage, tdl hoDueur â 1^ Supérieure.
oa VOS déplaisirs, tout mMnteresse. Je voudrois tout savoir, pouvoir lire dans votre cœur touts vos mouvements, sans oublier ceux de Tesprit. Vous êtes bien dans le mien, ie vous assure.
le profite du départ dé Mr votre frère qui dit devoir partir demain par la mesagerie. le dis qui dit; la confiance ne dépend point de soy, vous savés que je n'en ay pas de reste, et vous avés bien voulu avoir la bonté de me le passer.
Toutes nos religieuses vous embrassent et vous font mille amitiés. Nous parlons sou vaut de vous sur le ton qui vous est deu. Ma"*"* Nautonier est a Castres. On dit qu'elle va se marier, si elle ne Test déjà. Pauvres enfants, que ie vous plains I qu'en pense Nanette ? seront-ils bien rangés, bien peignés ? quelle maison luisante I
Votre frère me presse si fort que malgré moy il me faut finir. Notre Supérieure me charge de vous assurer de son souvenir, de son amitié. Vous ne doutés pas sans doute de celle que ie vous ay vouée. Adieu, ma chère petite amie, je suis toute a vous
de tout le cœur Sr Anne Julie Fraisse de la V. S'* M. D. s b.
t VIVE JESUa
De Dire monastère de toolouse ce 3* août 4768.
Nous sommes toutes les deux coupables, ma chère Naïveté, de jugements contre le prochain. Malheureusement
au LETTfiBS DB LA SOECR A.-J. rRAISSE
les mieos ne sont que trop vrais; tuais les vôtres sont fuix. le ne dis pas injustes; les aparances vous tronupeitt. Tous crojés sacis doute que ie ae vous ai point écrït; mats voicj moQ histoire. M' votre frère, eu qui vous savéa, fe n'ay jamajs eu confiance, vint il y a prés de deux mois Boos avertir qu'il partoit le lendemain pour Paris. Sans vouloir jurer du vray, je ne voulus pas perdre l'occasion de vous écrire sans vous faire des fralx. le vous éci'ivjs, fort pressée, seulement pour tous asurer de toute ma tendr««$a. Mais la Supérieure fit bien plus; elle luy rftmit des letres de conséquence pour M' son frère qui est a Paris et pour nos religieuses afîn do les avertir du départ d'un quelqu'un qui devoît se charger pour nons de bien des paquets. Vendredi dernier Ma""* Gardelle vint me Toir; je luy fis vos complimens et que vous me demancU'és de ses nouvelles, que votreletre s'étant croisée avec celle que favois donnée à M' TOtre frère, j'avois conté qil'il vous en donneroit et que j'attendois pour vous répondre, d'être sure de sertaines petites nouvelles que ie voulofs vous donner. Elle me repondit que ie contois bien faoïf, qu'il n'etoit parti que depuis quelques jours et la procédure aussi, quoy qu'il nous eut assuré depuis deux mois qu'elle etoit à Paris. Tattendois avec toutes les Impatiences imaginables d'en aprandre quelque chose. Je vous avoue que si je m'étais trouvée dans ce moment vis & via de luy, ie luy aurols dit son fait 11 devoit nons randre les letres, puisque son départ etoit si fort retardé.
Ainsi, ma cbere Nanete, De croyés point que ie vous aj oubliée. Vous m'êtes toigours présente, mon cœur vous rapele toujûun à mon esprit, il est vroy, ie vous l'avoQet vous êtes toujours tout ce qui m'est le plus cher. Dans quelle situation êtes vous! Gomment vont les chosesl Qu'espérés vousT que craignes vous 7 que projetés vousT tout m'Intéresse. Parlés moy bien de vous quand tous m'ecrlrés. INe pensés point au coût; c'est a moS'd'Jpài-