I. Nous devons cependant, autant que possiljle, eipUquer
" et ne point dissimuler ce qu'a souffert ce malheureux
fomille. Aucun document ne nous a fourni un coni'
lire plus précis du procés-vcibal de ses tortures que le
Lituicirc oflldel dont nous allons donner un extrait ; on se
i^iuvicndra seulement que les deui tortures subies l'une aprËs
l'autre par Calas y sont simultanées.
Minuàn itutractif pour taire donner la torture, anneiè par le Parlement de Paris ï son arrêt du iSjuillet 1697 :
Art. X. La question de l'eau ordinaire, avec eiteoûon, se donnera avec un petit tréteau de 2 pieds de hauteur, et i coquemars d'eau de 3 pintes 1|2 chacun, mesure de Paris.
Art. XI. La question ordinaire et extraordinaire avec extension se donnera avec leméme petit tréteau et icoquenars pareils d'eau, puis anûterale petit tréteau et sera mis en sa place un grand tréteau de 3 pieds et 4 pouces, et on continuera la question avec 4 autres coquemars, pareillement de 3 pintes et chopine chacun ; lesquels coquemars d'eau seront versés dans la bouche lentement et de haut.
Art. XU. A cet eiîet sera l'accusé l'accusé lié par les poignets; et iceux attachés et liés, entre 2 cordes à chacun poignet, d'une grosseur raisonnable, à deux anneaux qui seront scellés dans te mur de h chambre, de distance de 2 pieds 4 pouces l'un de l'autre, à 4 pieds au moins de hauteur du plancher par le bas de ladite chambre.
Art. Xin. Seront pareillement scellés 2 autres grands anneaux au bas du plancher, à 12 pieds au moins dudit mur, lesdits anneaux l'un à la suite de Tautre, et éloignés Tun de Tautre d'enyiron un pied ; dans lesquels anneaux seront passés des cordages assez gros, avec lesquels les pieds de Taccusé seront liés chacun séparément, au-dessus des chevilles des pieds; lesdits cordages tirés à force d'homme, noués, passés et repassés les uns sur les autres ; en sorte que Taccusé soit bandé le {dus fortement que faire se pourra.
Art. XIV. Ce fait, le questionnaire fera glisser le petit tréteau, le long des cordages, le plus près desdits anneaux des pieds qu'il se pourra.
Art. XV. L'accusé sera interpellé de déclarer la vérité.
Art. XVI. Un homme qui sera avec le questionnaire tiendra la tête de l'accusé un peu basse, et une corne dans la bouche, afin qu'elle demeure ouverte; le questionnaire prenant le nez de l'accusé le lui serrera et néanmoins le lâchant de temps en temps pour lui laisser la liberté de la respiration, et tenant le premier coquemar haut, il versera lentement dans la bouche de l'accusé ; le premier coquemar fait, il le comptera au juge et ainsi des 3 autres ; lesquels pareillement finis, sera mis pour l'extraordinaire un grand tréteau de 3 pieds de hauteur, à la place du petit ; et les 4 autres coquemars donnés ainsi que les 4 premiers ; à chacun de tous lesquels le juge interpellera l'accusé de dire la vérité ; et de tout ce qui sera fait et dit, et généralement de tout ce qui se passera lors de ladite question, en sera fait une très-exacte mention.
Art. XVIII. Les médecins et chirurgiens resteront en la chambre de la question tout le temps qu'elle durera, pour veiller soigneusement qu'il ne vienne faute de l'accusé ; et resteront encore dans ladite chambre quelque temps après que l'aocusé sera sur le matelas, pour lui donner le soulagement nécessaire et même le saigner s'ils l'estimaient à propos, ce qui arrive assez souvent, sans qu'il soit besoin que les juges soient présents.
Placel ddfl Demoiselles Calas au comte de S' Florentin par La Beanmelie. {i)
MoDseigneur Deux, iatortunèes se prâsenLenl à vous. Elles nseat ï peine se nommer : leur nom esi devenu un upprabce. Cependant elles «spërent beaucoup de leur iul'uriuoe mOini; et encore plus de >otre justice.
AprËs uD airët doni l'Europe a retenti, nous nous liâiàmes de quitter la ville injuste où il avait été prunoncé. Nous vivions dans la retraite auprès d'une mère ^ i]ui nous avions it faire oubliée nos malheurs et les siens, lorsqu'un ordre du roi, surpris a votre équité, vint nous arracher de ses bras, noua lameoa dans eette même ville oU loul nous retrace les plus aSreux objets et ne nous laissa pas même la consolation de pleurer ensemble. Nous lames mises dans des prisons différentes, car quel autre nojii douuur a ces couvents où nous languissons depuis quatre mois, gardées a vue, privées de tout commerce, et traitées en crimiuelles ?
Jusqu'ici, Hopseigneur, nous n'avons pu vous faireentendre nos voix i c'est par une espèce de miracle qu'une ïme charitable e^t enlin parvenue à réunir nos prières, nus plaintes et nos tannes. Elles vous seront présentées, l'espérance renaît dans DOS cœurs. Vous ne permettrez pas, Uonseigneur, que nous unissions dans le désespoir notre déplorable v, e. Vous nous reudreï a cette mëre qui ne peut vivre sans nous, sans laquelle nous
(i) Tonl D>et pu Biact ilaoi ce placel, quant i la aiiuMioD da l'une dea deux acenr», Nancue Calai, chez les Visilandinei. Quanti Hoae, au contraire, le tableau que trace La Beaumelle n'en que trop vrai. C'èlail la Borl des proteslanlcs enrermèes >u couvent par lellre tic cachet ; bien des ramilles soient pu en instruire l'écrlraln.
ne pouvons vivre. Le peu de bien qu*a Pune de nous suffirait presque a nous nourrir toutes les trois réunies. Notre dispersion retranche des aliments à celle a qui nous devons le jour ! — Tous nos* parents sont-ils donc destinés à périr par les malheurs de leurs enfants ?
On vous a fait entendre, Monseigneur, que nous avions du penchant pour la religion Catholique. Hélas ! après qu'on nous eût tout ravi, nous osions espérer que du moins on nous laisserait nos consciences. Nous nous flattons encore. Monseigneur, que vous n'avez pas voulu les gêner, mais les interroger seulement. Daignez donc entendre ce qu'elles vous répondent aujourd'hui. Rien n'est plus faux que cette imputation. Nous sommes nées, nous avons été élevées, nous avons vécu et nous mourrons, sMl plaît k Dieu, Protestantes. Nous le déclarons avec d'autant plus de confiance, que nous parlons k un ministre trop juste pour nous punir de ne pas penser comme Iny.
De plus, rien n'est plus mal imaginé. Si nous avions témoigné quelque inclination pour la religion du royaume , il y eu auroit eu quelque vestige dans cette procédure ou tant de témoins déposèrent d'après leurs désirs. Et s'il y en avait eu, le zèle du parlement n'auroit laissé rien k faire k l'autorité. Plusieurs des juges qui au lieu d'écouter nos sollicitations pour notre père, nous exhortoient k croire comme eux, pourroient attester qu'ils entrevirent que notre religion nous étoit d'autant plus chère qu'elle nous étoit plus funeste. Il nous seroit sans doute avantageux de penser comme on nous l'ordonne. Mais, Monseigneur, depend-il de nous de croire? et la dissimulation, en nous faisant paroitre catholiques, ne nous rendroit elle pas indignes de l'être ?
D'ailleurs, le moyen qu'on prend pour nous ébranler, suffiroit pour nous affermir. On dit communément qu'en souffrant pour certaines opinions on s'y affectionne. Nous pouvons bien, Monseigneur, vous assurer qu'on dit vrai.
Si nous avions eu pour la'^ religion du royaume cette incli-
is prête, Lmii c.ii qui s'est pa&sË, touL ce qui se pwwe nous l'auroil otée. Lo supplice ou it \tai dire le martyre d'un pare imiaoké h lu baine de l'IiérÈûe, les vexations que nous «eujODS taug les jours, le mépris qu'on témoigne ici pour des uijsiereB respectables en nous invitant n les profaner, touL eelR n'est pas propre à nous Jaire adopter une religion qu'on nous fuit si peu aiincr. On veut que nous embrassions les dogoiia>Cat1ioU(iues et l'on commence par leur t'eruier toutes les avenues de nos cœurs.
Ces religieuses nous disent sans cesse que nous ne serons libres qu'aprËa avoir abjuré dos erreurs, c'e&tù dire après qui: noua aurons mèrilâ de ne l'Être pas. C'est h tyranniser et corrompre nos fuses : et vous voulez seulement, Uonsei^neui', qu'on les éclaire. Muis quelles instruclious aUendre de l'hèolosionot^s qui lenteul d'arracher à noU« faiblesse ce qu'elles dÉBeHpèrenl d'obtenir de notre persuasion? EUes nous présentent des docteurs. Mais quelle impression peuvent faire des raisonnements qu'on entend malgré soi? 11 faut être libre cl tranquille pour ^jouter des enlrelJens si sérieux et nous soiumesilaBS les fers et dans la désolation.
D'ailleurs on u'cnace pas des esprits les idées que l'éducalion prit soin d'}' graver. L'une de nous a vingt-deux ans ) l'autre en a vingt et un ; ^ cet âge ou u choisi et sans doute ce n'est pas un crimes nous d'avoir cliolsi coiume la [iioilié de l'Europe. Notre persévérance à nous éloigner de tantes les cérémonies catholiques ajoute à l'horreur qu'on a pour nous. Mais cet acte continu de protestanUsue peut îi la Un inspirer quelques doutes aux jeunes pensionnaires. De sorte que tous les refroidisaemens de la dévotion vont nous être imputés. Traitées atyourd'hui comme des hérétiques nous sommes ù la veille de l'être comme des scandaleuses.
Qu'il vous plaise doue, Uonseigneur, nous conserver la vie que d'aussi accablantes vexations vont uous Oter, révoquer.cet ordre qui nous rend plus malheureuses, maisquine nous reudra jamais catholiques, et nous permettre d'aller rejuindre notre
NOTES. kli
mère à Paris, afin que par la réunion de nos intérêts et de nos efforts nous puissions faire réhabiliter la mémoire d*un père qu'un arrêt déclara coupable et que huit jours après un second arrêt reconnut innocent.
Lettre de M"* Calas à Voltaire»
Parif le 17 xbre/iTTO.
Monsieur
Si je ne me feusse pas trouvé incommodé des le landemain de mon arrivée a paris, mon premier soin aurait certainement été de vous remercier de Taccueil que vous avez daigné me faire a ferne; je m*acquite aujourd'hui de ce devoir et quoyque ce soit bien tard, mon cœur n*an est pas je vous assure moin pénétrée de reconnaissance pour les boutes infinie que vous m'avés témoigne.
Je vous prie Monsieur d*agreer Mes vœux pour la conservation de vos jours et de votre santé personne ne peut en faire de plus sincère ny de plus étandue ils sont proportioné aux obligations que je vous ay, Ceux de ma famille sont les même elle me charge de vous en assurer et de leurs profond respect Ozeraige Monsieur vous prier de faire agréer nos obéissance a Madame Denis nous faisons les vœux les plus sincères pour sa conservation.
Jay l'honneur d'être avec un très profond respect Monsieur
Votre très humble et très obéissante servante Veuve Calas.
Trouvés bon, Monsieur, que je mejoigue u noire respectable veute pour ïous assurer de mon respect el des vœux que je fais pour votre «ml^, pour la conservation de «os jotirs ei h ulisfaction de vosdesirs.Mitdninc Calas, .toute sa famille et moi D'vurons jamaiG qu'un Cffinr el qu'une vois pour seuttr vos bientails et les célébrer.
Vousaurez appris depuis peu la cruelle disgrâce de H. le Duc de Cboiscul. Nous en soiumes aussi pénétres que vous, la constemaiion parait générale.
ÂgreeT. encore, Uousieur, de nouvelles apurantes des sentiments d'eslime, d'admiration et de respect avee lesquels j'ai l'honneur d'être
UonùeuT
Votre très humble et très obtissaoi Serviteur
Lavâïbse.
Lettre de M" Calas
. DE LA BAUMELLE A HAZERES.
Monsieur je nay point ignoré les obligations que je vous av et tousies
NOTES. Zl73
servisses que VOUS m avez reodueen tout occasions ,M. delaVaysse de Yîdou ma fait part en dernier lieu Monsieur d'un très beau et très exelant mémoire que vous avez pris la peine de faire pour moy ; je nay point dexprestion pour vous en marquer ma recon naissance, jen suis pénétré, n*an douté pas Monsieur, recevez an, mes plus sincères remerciements, et soyez assuré de toute TEtandue de ma gratitude, je voudres trouver des occasions a vous convincre de la vérité de mes sentimens, que je ne puis que trop foiblement vous exprimer, ils sont les mêmes je vous assure pour Madame de la baumelle votre chère épouse a qui jepresante mes obéissances
jay adressé a M' de la vaysse père à toulouse une de nos estampe pour vous faire passer, je vous prie lun et lautre de Tàcsepter. je souhaite quelle vous fasse plaisir, vous y trouveray vne parfaite ressemblance avec le cher beau frère ; nous le sommes aussi mais non pas dans la même perfection; cet h dire mes filles, le tout ensemble est cependant aprouvee a paris, je dezir que vous le trouvies de même. M' vi-
gué a qui je vous prie dire bien des chose pour moy resevra ausi de ma part par la même voy une de mes estampe que je le prie dacsepter. je nay peu me procurer la colection de nos mémoires comme il le souhaite il son devenue rare au point quon nen trouve plus a paris que dinparfait. ma famille vous assure et a Madame de la baumelle de leur respect et moy je suis avec la plus parfaite considération
Monsieur
Votre très humble et très
obéissante servante
anne Rose Gabibei. Galas
latires an premier mariage de Daroisin. (i) - H. DE S' Klqientik a m. le Duc de Paaklin
ÉTRASGÈHES.
içu. M. b lelUe que vous la'avez Tait l'hoiiueur de an sujet du mariage qae la D*^ Paucounier veat urfineter )*ec le S' Du Voisin, CiiapelaÏQ de l'Ambassade des Kia 'aéraux. Ce n'est pas certaÏDemeoI, but l'eipo^iion Il [Br«il projet, qu'elle a obtenu le brevet qui lui permet de ■tnrer ses biens et Si la Tnipwr duquel elle pourra (3) rter le prii en pays étranger, lorsqu'elle aumil épouBé Voisin et qu'il se relireroit soil eu Hollande soit dans sa patrie, Aiosir je crois pooToir considérer ce brevet comme obtenu par surprise. A l'égard du mariage que la D"* Fauconnier veut contracter aïw le S' Du Voisin, il j a des exemples, quoique rares, de perinissioDS accordées par le Ftoi â des Françaises d'épouser des Etrangers, Et sous ce point de vue, rien ne sembleroit pouvoir empêcher S. M. de permettre le mariage en question. Maïs d'un autre côté les Ordonnances du Ro; ainsi qne lesEdits et Déclarations concernant lu R. P. R. enjoignent k tous les sujets de S. H. d'observer dans les mariages qu'ils veulent contracter les solennités prescrites par les loix de l'E^ glise et de l'Etat. Or S. M. ne pourrait permett re ï la D°* Fauconnie d épouse u ministre, sans donner atteinte à des loJK a n p isque ce serait consentir à leur viole-
Ci) m B Dl un curli'iiT «lemplc deU l;rannle lona
(■quel g m tenill lei proiesUnls,
(1) al é ri d abord : elle a eu pour Aul d« pemmÂr. Oi
mou Km bina.
NOTES. tpb
ment. La célébration qui doit sans doute se faire du mariage dans la chapelle de l'ambassadeur de Hollande à la manière des Réformés serait encore une infraction à ces mêmes loix ; et je suis persuadé que si M. TArch. de Paris en ayoit connaissance, Une manquerait pas de s'en plaindre. Voilà, Monsieur, les réflexions que je crois pouvoir faire sur la permission qui vous est demandée. Vous en ferez tel usage que vous jugerez à propos.