‹ Jean Calvin (volume 2)Chapitre 10 sur 123 · Senebier, p. 182. — 2. Bulletin, IX, p · texte numérisé non relu

Senebier, p. 182. — 2. Bulletin, IX, p

CALVIN EN ITALIE

la ville, chez un homme gagné aux idées nouvelles, dans cette ferme de Bibian qu'on aperçoit encore sur le flanc de la montagne, il put causer, comme il l'avait fait dans les grottes du Poitou, comme il venait de le faire à la cour même

La Croix d'Aoste. (p. 90.)

de Ferrare, avec les évangéliques restés fidèles à leurs convictions. Deux ou trois jours de séjour étaient parfaitement suffisants, et peut-être, avant aucun soupçon, quitta-t-il la ville, aussi secrètement qu'il y était venu.

Mais son passage ne pouvait pas rester longtemps ignoré. Très peu de temps après, n'était-il pas pasteur à Genève ? Or la réaction à Aoste était à la fois anti-protestante et anti-genevoise1. Il y avait deux raisons pour que Calvin concentrât sur lui, tout de suite, les haines de la majorité des Valdôtains. Son

I. « Des ministres genevois étaient venus en 1536 prêcher l'Evangi'.e dans \a vallée. » H. Bordier, article de V Encyclopédie, I, p. 394.

CALVIN ET LE VAL d'aOSTE

nom devait être continuellement à la bouche des Cordeliers qui fanatisaient le peuple et qui poursuivirent leurs excitations de 1 53 5 à 1542.

En 1 541 , l'agitation atteignait son apogée. L'évêque faisait faire les fonctions d'inquisiteur par ses vicaires. Il est très facile de penser qu'un jour, après une mission, après une procession, dans un moment d'enthousiasme furieux, on décida d'élever un monument, une croix, sur la place publique, en souvenir du passage, de la fuite, dirent les capucins, du grand hérésiarque luthérien et genevois ! Ainsi fut fait le 14 mai 1 541 .

Aujourd'hui, tout bon Valdôtain1, croit très fermement au passage de Calvin à Aoste. Nous ne voyons pas de raison décisive pour ne pas y croire nousmêmes... avec beaucoup moins de certitude2.

Maintenant c'est bien fini. Je remonte la pente des collines qui s'élèvent derrière la cité. Je passe devant la ferme de Bibian, qui fait ses vendanges, et dont on porte le moût dans des outres, à dos de mulet. C'est la route que la tradition attribue à Calvin, jusqu'au village de Varney, en remontant le torrent du Buttier, encaissé dans une tranchée de plus en plus profonde. Calvin l'aurait franchie sur un de ces ponts en bois qui sont jetés çà et là. Les petits paysans savent encore vous dire où est le pont de Calvin. Puis le Réformateur aurait gravi la pente raide qui conduit au village de Closelina, en ce moment étalé au grand soleil, en face de moi, et il aurait continué sa route par la Valpeline

Je continue la mienne par les vallées qui montent au Grand Saint-Bernard. Toutes se ressemblent avec leurs précipices, leurs rochers, leurs torrents, qui bondissent et mugissent, leurs pâturages, où les vaches font sonner leurs cloches,

1. Il nous sera permis de signaler ici deux Valdôtains, M. le prof. Sylvain Lucas, secrétaire en chef de la ville, qui me reçut avec une si extrême obligeance, et... Saint Anselme. Dans la vieille rue allant de la Porta prœtoriana à la Porta Augusta (deux énormes monuments romains, garantissant par leur masse l'immobilité de cette rue, qui les traverse depuis des siècles), on montre la maison où Anselme est né. C'est la plus vieille construction de la plus vieille rue de la ville. Mais est-elle du XIIe siècle? On peut en douter, car, sur la porte, est encastrée une pierre au millésime de 1506. La maison actuelle est donc postérieure, et non antérieure, à cette date. Heureusement qu'on a conservé de saint Anselme des reliques plus authentiques: ce sont les ruines du château (Page 84) de la famille, à Grassan (une heure d'Aoste). Ici était le domaine patrimonial dAnselme, car sa famille était riche. Il ne reste plus que des ruines très pauvres, les pans d'une tour et des murs, le tout transformé en demeure misérable. Dans la rue sale, les vignes joyeuses s'étalent cependant et forment tonnelle. Sur la porte, une peinture à moitié effacée et une inscription parlent du pave devut, du parfait dévot et de la passion de Jésus-Christ. C'est bien cela que fut, et c'est bien cela que médita l'auteur du Cur Dais honio ? — 2. On nous demandera ce qu'est devenu Louis du Tillet, compagnon de Calvin à Ferrare. Nous répondrons que nous n'en savons rien du tout. Les deux amis ont pu rester ensemble ou se séparer, à leur gré. Il serait même possible que du Tillet, après avoir accompagné Calvin jusqu'à Ferrare, fût presque aussitôt parti pour Rome, abandonnant son compagnon de voyage pour ne le retrouver qu'à Baie. (Herminjard, IV, p. 65, n. 10.) - D'une manière générale, nous ferons remarquer que les objections contre le simple passage de Calvin ne sont vraiment décisives que si on transforme le passage en une légendaire évangclisation. Ainsi l'objection tirée des dangers du voyage est très forte, si Calvin, poursuivi par l'inquisition, va de lieu en lieu, prêchant ouvertement la Réforme; elle n'est pas très forte, si Calvin, passant à Aoste, a quelques entretiens particuliers avec les habitants de cette ville. L'objection du caractère timide de Calvin est très forte, s'il se mêle à un mouvement politique et religieux; elle n'est pas très forte, s'il voyage secrètement, sous un pseudonyme, etc. Du reste on aura remarqué la réserve de notre prudente conclusion.

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et leurs glaciers en haut, dont on se rapproche sans cesse. Les pentes deviennent de plus en plus raides ; les chalets de plus en plus perdus; les filets d'eau de plus en plus minces. Il n'y a plus de route, rien que des sentiers, qui grimpent en zigzagant à l'infini sur eux-mêmes, et que traversent en courant quelques ruisseaux d'eau admirablement pure et fraîche. On commence à sentir l'humidité du soir. Le vent des hautes cimes se lève ; en un moment, la chaleur du jour est oubliée, la fatigue de la longue ascension a disparu, quelque chose d'indiciblement doux et fort s'empare de tout votre être. On émerge dans la nature solitaire, grandiose, de plus en plus sauvage et sublime et voilà l'hospice du

Saint-Bernard, avec son lac glacé. La moitié des eaux, me dit-on, appartient à l'Italie, l'autre moitié à la Suisse, Italia salutata !

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