V. Jean Rivery
Au XVe siècle, Lausanne avait eu un imprimeur nomade, qui y séjourna en 1493 pour imprimer un Missel : « docte et habile homme, dit la souscription à la fin du volume, maître Jean Belot, issu de la célèbre cité de Rouen, et cela sans l'emploi d'aucune écriture de plume, mais grâce à une certaine invention ingénieuse de graver les lettres et de les imprimer. » De Lausanne, Belot alla à Genève (où il fut reçu bourgeois le 18 novembre 1494), à Grenoble (où il imprimait en 1497), revint à Genève et y mourut, sans doute vers 1512. Son officine était en face de l'église de Saint- Pierre.
En 1545, on a une mention du Conseil de Berne : « L'imprimeur de Lausanne se plaint de ce que, arrêté en France, chez son frère, pour la cause de l'Evangile, il aurait été vendu sur les galères et se serait échappé à Venise, etc. » Mais on ne sait rien de plus sur ce personnage qui, après avoir peut-être exercé le métier d'imprimeur en France, était sans doute libraire à Lausanne.
Un imprimeur, Jean Creppin (pas Jean Crespin), fut admis à la bourgeoisie le 27 décembre 1554. Puis Robert Estienne eut l'intention de se retirer à Lausanne, en 1548. Mais c'est à Genève qu'il se fixa deux ans plus tard.
Ainsi, au milieu du XVIe siècle, Lausanne n'avait pas d'imprimerie. Elle devait se contenter de libraires, comme maître Antoine Mornay, du diocèse de Mende (Lozère), qui, dès 1 540, louait, à raison de 4 florins par an, une boutique dans l'ancien couvent de Saint-François; comme maître Guillaume Germain, de Cahors, reçu bourgeois le 19 juin 1548, et comme maître Geoffroy ou Geoffrey, dont la maison s'effondra en 1557.
Alors, en 1550, les deux frères Adam et Jean Rivery, originaires de Vendôme, et qui habitaient Genève au moins depuis 1 549, eurent l'idée de s'établir à Lausanne. « Les frères Rivery, écrit Viret à Calvin, le 20 février 1550, sont venus pour causer avec nous au sujet de la future imprimerie (calcog raphia) qu'ils projettent d'ériger ici. » Si le projet prend corps, assez pour qu'on en réfère à Berne, Viret pense que des lettres de Calvin à Musculus et à Haller seront très utiles. I! ajoute : « En même temps, il faudra nous occuper de fixer quelque chose au sujet de l'impression des livres et de la règle que les Bernois veulent imposer soit aux typographes, soit aux éditeurs. » Nous sommes évidemment à une période de début, et cependant la question a été agitée. « Tu n'ignores pas, dit le Réformateur de Lausanne à celui de Genève, de quelle loi ils nous menacent
n'imprima point les Commentaires sur les Galates, Ephésiens, Philippiens et Colossiens, dont il doit être question ici et qui parurent enfin à Genève, 1548. Nous doutons même de l'existence d'une édition strasbourgeoise du Commentaire sur la deuxième aux Corinthiens. »
1. Opéra, XIII, p. 593. — 2. H. Baumgarten, Sleidan's Briefwechsel, p. 274.
JEAN CALVIN II o
APPENDICE XIV
et ce que nous en pensons. Cette affaire sera à traiter, dans son temps, avec Haller, Musculus et les Zurichois »
Environ un mois après (16 mars 1550), Viret envoie à Calvin quelques nouveaux détails. Les frères Rivery ont demandé aux pasteurs de Lausanne de bénir le mariage de l'une de leurs parentes. Cette bénédiction a été refusée à Genève, parce que les futurs époux n'avaient pas un an de séjour. A Lausanne, cette loi n'existe pas. Viret s'est seulement réservé la liberté de prendre des renseignements2. (Calvin les envoya excellents, le 28 mars 3.) Quant à l'imprimerie, il en a été question avec les délégués de Berne, mais la réponse n'a pas été telle qu'on la désirait. « De telle sorte que je n'espère pas voir l'imprimeur se transporter ici. Les Bernois ont peut-être été offensés qu'on ne leur ait pas demandé si l'entreprise était permise, mais que, comme si elle était permise, on leur ait demandé une maison qui pût la recevoir. » On attend avidement le résultat de démarches ultérieures. Mais Viret n'a pas d'espoir4.
Et, en effet, les deux frères Rivery restèrent à Genève, où ils imprimèrent, entre autres, le Commentaire de Calvin sur Esaïe (1552) 5, le Catéchisme et la Forme des prières ecclésiastiques, de 15 53, P Institution chrétienne, de 1554.
C'est à la fin de l'année suivante que Jean Rivery reprit son idée et vint, seul, s'établir à Lausanne. Il débuta par imprimer les Proverbes de Salomon et l'Ecclésiaste, mis en cantiques par Acasse d'Albiac, sieur du Plessis (1556). On n'avait pas pensé qu'il fallût inaugurer l'imprimerie par un ouvrage de Viret, toujours à cause de leurs Excellences de Berne, terribles et susceptibles. Viret (27 décembre 1555) demande à Calvin un privilège du Conseil de Genève, sans quoi les imprimeurs genevois se hâteront de prendre tout le profit °. Mais on n'avait pas demandé l'autorisation à Berne, qui ordonna de fermer l'imprimerie. Cependant, en 1557 ', Jean Rivery obtint la permission, — permission révocable à chaque instant, — d'imprimer uniquement des livres d'école 8, approuvés par Leurs Excellences. C'était précaire. Les Réformateurs continuèrent leurs efforts. « Je te recommande l'affaire de Rivery, qu'il t'expliquera, » écrit Viret à Calvin, le 4 avril 1558 9. Tout fut vain, et en 1559, Rivery se retira à Genève, où il fut reçu bourgeois le 19 juin 1562; il mourut vers 1567 l0. Son imprimerie passa à Jacques Stoer ".
M. Th. Dufour et M. Aug. Bernus ont signalé quelques rares produits, environ six, de l'activité typographique de Rivery à Lausanne