‹ Jean Calvin (volume 2)Chapitre 17 sur 123 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

CALVIN A GENÈVE. PREMIER SÉJOUR

veit les deux demoiselles, assavoir de Ronçoit et sa fille, qu'estoient ensanglantées, et leurs sembloit qu'elles eussent fait grant vaillance1. »

Sans doute, Farel put alors rentrer à Neuchâtel, où le moment était venu de porter le dernier coup à l'ennemi. La première expédition bernoise s'occupait de délivrer Genève. Les évangéliques étaient enhardis. En septembre i53o, Farel affiche des placards clans les carrefours de Neuchâtel, « contenant ce que s'ensuyt : que tous ceulx qui client la messe sont meschans, meurdriers, larrons, regnieurs de la passion de Jhesucrist, et séducteurs de peuple, et que ainsy le voulloit soustenir et prouver par la sainte Escripture2. »

Les chanoines et les chapelains lui intentent un procès. Le 24 septembre, les juges, n'osant se décider, renvoyèrent l'affaire devant le Conseil de Besançon, qui remit le tout au prochain Concile général ou à l'Empereur.

Mais six jours après c'était Farel qui intentait un procès au vicaire de Neuchâtel, celui-ci Tayant traité d'hérétique. Il soumettait au tribunal un long mémoire contre la Messe, où nous lisons cette phrase : « Le canom de leur Messe... est plain de blasphèmes et de touttes meschancetez, car ce n'est que ouvraige de savaiterie, retacuné d'ungs et d'aultres, ainsin qu'un chescung pape et papillon y a voulu mectre son tacon 3. » Toujours indécis, le tribunal renvoya encore l'affaire au Conseil de Besançon, puis revint sur cette sentence, et renvoya l'affaire à la justice spirituelle de l'évêque de Lausanne.

Mais les évangéliques de Neuchâtel étaient plus pressés, et les 23 et 24 octobre i53o, la Collégiale fut tout simplement saccagée 4. Les pioches, les haches, les marteaux eurent bientôt raison des saints et de leurs images, et, le 4 novembre, après un vote qui donna 18 voix de majorité à Farel et à ses amis, le culte catholique fut officiellement aboli à Neuchâtel 5.

C'était évidemment une violente époque, où les hommes avaient la main aussi lourde que l'esprit prompt, où, prêts sans cesse à donner leur vie, les adversaires d'un monde d'iniquités et de violences ne se croyaient pas obligés à respecter beaucoup les symboles de ces erreurs et de ces crimes.

La châtelaine de Valengin se plaignait en termes dont la mélancolie pourrait nous toucher; elle s'appelait elle-même «une pouvre ancienne Dame;» elle invoquait sa « viellesse ainsi tormentée, » et, non sans bon sens, s'écriait : « Je ne crois point que ce soit selon les vieux Evangiles ; s'il y en a de nouveaux qui fassent cela faire, j'en suis esbahie6; » et plus douloureusement encore : « Moy et

1. A. Piaget, p. 16-17. — 2. Ibid., p. 23. — 3. Ibid., p. 33. — 1. Farel passe pour avoir prêché dans la chapelle de l'Hôpital jusqu'au dimanche 23 octobre. « Ce jour-là, dit Vulliemin, il lui échappa de dire à ses auditeurs qu'ils ne devaient faire moins d'honneur à l'Evangile que les papistes à la messe, et que, puisqu'on la disait dans la grande église, l'Evangile aussi devait y être annoncé ! Il dit, et les voilà qui le mènent à l'église en grand tumulte, qui s'en emparent par la force, et qui le font monter en chaire, où il fit bien l'un des plus forts et des plus entraînants sermons qu'il ait jamais faits. » {Le Chroniqueur, p. 81.) Mais les notes du procès avec le vicaire montrent que Farel, au moins le 21 septembre, sinon régulièrement depuis lors, avait prêché sur la colline où se trouve la Collégiale, sinon dans la Collégiale même. Car le citoyen qui parut au vicaire venir du sermon de Farel, et devant lequel le vicaire déclara que le Réformateur était un hérétique « venait en bas. -> Piaget, p. 28, n. 6. — "i. Ibid., p. 42. — 6. Hcrminjard, II, p. 311, n. 6.

FAREL, l'ÉVANGELISTE DE LA SUISSE ROMANDE

mon peys summes contrains, et je cognoys que c'est ung monde nouveau, auquel signiorie est forcée, justice rompue, vérité et loyaulté perdue1. »

Très bien ; il est fâcheux seulement que « la pouvre ancienne Dame » et ses amis n'aient pas eu un mot de blâme contre les horreurs commises depuis des siècles, et jusques sous leurs yeux, à Lausanne, à Genève, en France, par une Eglise immorale, ignorante et sanguinaire. Et qui donc avait taché du sang de Farel les murs de la chapelle môme de Valangin ?

C'est la bataille ! Quand une guerre a été rendue inévitable, ceux qui soutiennent la cause de la vérité peuvent être entraînés à des représailles regrettables. Toute guerre est mauvaise. Mais ni les malheurs ni les fautes ne doivent nous empêcher de saluer le triomphe de l'idée et l'héroïsme de ses défenseurs.

C'est la bataille! et Farel, son épée à la main, continue à crier: « Que veux-je sinon qu'elle flamboie ? » Le voici à Grandson.... Les femmes envahissent l'église. « Les prédicants, dit un manuscrit du temps, furent merveilleusement mal accoustrés ; » et le lendemain l'envoyé de Berne, après enquête, écrivait : « Les prédicants ont le visage aussi déchiré que s'ils s'étaient battus avec des chats, et l'on a sonné contre eux le tocsin comme pour une chasse aux loups 2. »

C'est la bataille! Un enthousiasme passionné emporte Farel. Aucun catholique n'avait été plus catholique. Il avait été « abismé en toute idolâtrie et malédiction papale. » Dieu l'a retiré « des infections tant puantes, pour porter l'œuvre de vie, en chassant l'ennemi autheur du péché et de mort. » Ne serait-il pas « merveilleusement ingrat » si continuellement il ne remerciait Dieu de tout son cœur et ne s'employait « à tascher que tous soyent participans de tel et si grand bien 3 ? »

Et voilà pourquoi il va, à travers le lac, à travers les montagnes, à pied, dans le froid, attaqué, attaquant, toujours prêt à livrer bataille, dans le cimetière'', sur la place du marché, dans la rue, tantôt soulevé par l'enthousiasme populaire, qui le jette dans la chaire de l'église, tantôt repoussé, battu, meurtri, à demi-

1. Herminjard, II, p. 313. — 2. Ibid., p. 362, n. 1. < Farel et ses deux compagnons d'œuvre, Claude de Glantinis et Henri Pourcellet font chaque jour de nouveaux progrès. Ils vont de lieu en lieu brisant les croix, convoquant les communautés, réformant le pays avec une merveilleuse audace. » C'est la bataille! [Le Chroniqueur, p. 80.) Ceux de Grandson écrivent aux députés de Berne et de Fribourg: Ils ont détruit tous nos autels, épouvanté nos prêtres, appelé nos messes punaises et infâmes.... Puis, Maître Guillaume et ses complices allaient se mettre aux stalles à l'heure accoutumée du culte pour troubler les bonnes gens qui venaient faire leurs oraisons, et d'autres « levoyent par sus leur testes une bûche de boys, en disans par derrision : « Velà vostre Dieu, » et plusieurs aultres parolles deshonnestes, parolles prolixes à racompter.... Item... avoit esté donné par arrest de noz devant-dits sauverains Seigneurs... l'heure et le lieu déterminés pour prescher, affin que les dits religieux, avant et après la dite heure deussent et peussent commencer et acomplir leurs offices accoustumés, et nous les ouyr pareillement. Mais le dit maistre Guillaume, prédicateur, pour donner empeschement et retardacion à l'office, a casi tousjours anticipé et prolongué oultre mesure l'heure en ses dites prédications, voyre tenir, tant en sonnant qu'en preschant le matin, depuis cinq et six jusques à neuf et dix heures; et, après avoir presché luy-mesme bien longuement, faire remonter et prescher ung aultre après luy, et puis oncors ung aultre.... » Herminjard, II, p. 36S, 369. — 3. Epistrcs à tous Seigneurs et peuples, à la suite de: Du vray usage de la croix, édit. Fick, p. 177-179. — 4. A Payerne Herminjard, II, p. 344.

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mort. A Ollon, les femmes l'assaillent et le maltraitent l. A Bevaix, le prieur et ses moines entrent dans 1 église pendant qu'il prêche et le chassent, après l'avoir accablé de coups 2. A Saint-Biaise, le curé ameute le peuple, et Farel rentre à Neuchâtel épuisé, défait, crachant le sang, presque méconnaissable :i.

A Grandson, les femmes lui déchirent le visage. A Valangin, sa tête frappe contre le sol, il est couvert de sang Et il va, toujours infatigable, toujours debout, toujours confiant dans de nouvelles victoires, parcourant la Suisse romande, la soulevant, l'ébranlant, la secouant de ses bras robustes, de sa foi ardente, faisant sortir de ses montagnes et de ses villes tout un peuple nouveau. « Que veux-je, sinon qu'elle flamboie ? »

On le voit de loin, le Neuchâtel de Farel et du seizième siècle. C'est un groupe de tours, de murailles, formé par le château et la Collégiale. Ces vieux bâtiments jaunes dominent la ville et le pays. Ils sont admirablement conservés.

Mais ils sont... tout ce qui reste, avec une ou deux tours.

J'escalade la colline. L'église {Page 166) est moitié romane, moitié ogivale, pas trop grande.

Ici Farel tenait, subjuguait, passionnait et domptait son auditoire frémissant. En revanche, il dut rarement se promener dans le cloître, à côté. {Page 167.) Les méditations mélancoliques et oisives n'étaient pas son fort.

I. Le Chroniqueur, p. 65. — 2. lbid. , p. 87. — .1. lbid., p. 89. — 4. C'est dans ces tentatives d'évangélisation que l'arel prêcha au Landeron, resté définitivement catholique, et où se trouve la chaire dont nous parlons à la page suivante. En 1538, les bourgeois de Neuchâtel avaient établi au Landeron un châtelain zélateur de la Réforme, Jean Hardy. Emprisonné à Dôle pour la religion (1531), menacé plusieurs fois de la peine capitale, il n'avait dû sa délivrance qu'aux efforts de Berne et à l'intervention de l'avoyer J.-J. de Watteville. (Herminjard, V, p. 94, n. 1.) Voir: Lettre de Louis d'Orléans aux IV ministraux, à Neuchâtel, 25 mai 1531 (?), leur ordonnant de laisser en paix les gens du Landeron, qui veulent rester fidèles à l'ancienne Eglise {lbid., II, p. 334); lettre du Conseil de Berne au Conseil du Landeron, 14 mars 1537, l'exhortant à embrasser l'Evangile. {lbid., IV, p. 200.)

Neuchâtel au XVI * 1. Notre-Dame. 2. Le château seign ri;

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e. (D'après Mérian.) 5. La Maison de ville. 16. L'hôpital.

Redescendons. Où logea le Réformateur? On n'en sait rien. Le plus probable est de penser qu'ici comme ailleurs les pasteurs succédaient aux chanoines '. Or les chanoines habitaient, à côté de la Collégiale, des maisons dont une ou deux

existent encore. L'une, celle du coin ouest, a des fenêtres gothiques et s'appelle la «vieille cure ». L'autre, à côté, a été rebâtie en 1600, quelques années après la mort de Farel. Ces deux bâtiments ont bien encore, à peu près, l'air qu'ils avaient alors.

Au Musée, on conserve quelques reliques de Farel intéressantes, sinon absolument authentiques.

L'une est le fauteuil {Page 168) sur lequel il s'asseyait en chaire, meuble singulièrement simple et fruste, et qui fait contraste avec l'élégance de la chaise de Calvin à Saint-Pierre. L'autre est plus fragile encore que ces quelques morceaux de bois. C'est une coupe en verre {Page 169), d'une légèreté extrême. Farel s'en serait servi pour donner la Cène. On montre aussi un verre {Page 170) que Farel aurait une fois utilisé pour le même usage.

Mais la vraie relique, la relique symbolique, ce serait la chaire démontable et portative, dont Farel aurait usé dans quelques-unes de ses courses missionnaires. On s'en empara et on la garda au Landeron. Avec des courroies de cuir, Farel pouvait en attacher les morceaux sur son clos, et en avant! Où que ce soit, en quelques minutes, elle était facilement dressée. Et la bataille commençait. — Malheureusement la chaire que l'on voit actuellement au Landeron {Page 168), n'inspire aucune confiance aux archéologues neuchâtelois : avec raison, semble-t-il, tellement elle est lourde, indémontable et point portative.

1. La Seigneurie avait laissé installer dans les cures, jadis propriété des chanoines, les deux pasteurs. Mais elle refusa de se charger de l'entretien des immeubles. Aussi Farel dut-il, après son retour a Neuchâtel, abandonner sa cure qui menaçait ruine, et se loger « en maison de louage ». Herminjard, V, p. 82, n. 18.

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La charge de pasteur officiel de Berne, le canton politique et rude, n'avait pas empêché Farel d'être un vrai missionnaire de Christ '. Ses qualités, et même ses défauts d'homme de guerre, ne l'empêchèrent pas de posséder quelques-unes des plus belles vertus de l'homme de paix.

Il estime et recommande la douceur. « Continue, écrit-il à Fabri, d'attirer (pellicere) à Christ avec une grande douceur"

façon plus originale dans

L'église de Neuchâtel. (p. 164)

1. En 1532, il est à Morat. Il est au synode vaudois du val d'Angrogne (12 septembre) avec Saunier, sun compatriote. Il est chez lui, dans le Dauphiné; son père est mort, sa mère vit encore. 11 achève de décider et d'entraîner ses frères. Enfin il est à Genève. Une lettre d'Antoine Saunier à Farel, du 22 septembre 1533, donne les détails suivants sur la famille de Farel, à cette époque. « De là m'en suys venu en vostre ville [Gap], là où y avoit ung merveilleux bruit. J'ay parlé de nuyt à l'amblée [d'emblée], environ deux heures, à vostre belle-seur, la femme de Gauchier [frère cadet du Réformateur, greffier de la cour épiscopale de Gap], laquelle a fort bon cueur (Dieu le luy veulle maintenir et augmenter!), et m'a conté tout l'affaire. Premièrement, vostre frère est en prison... à cause de quoy ne fault que Claude [Claude Farel; il était en Suisse depuis le mois d'août] vienne.... Après, m'en vins à Villeneuve [-lès-Avignon], où parlys à vostre seur [qui avait épousé noble Honorât Riquetti, l'un des ancêtres de Mirabeau] et beaufrère, et si [s'y] trouva maistre Antoine Aloaty [qui avait épousé Claudine Riquetti, fille d'Honorat et par conséquent nièce de Farel] et sa femme. > (Herminjard, III, p. 81-83.) — Farel lui-même écrit, le 25 avril 1534, « au sainct vaisseau de Dieu esleu, » à Marguerite de Navarre, pour l'intéresser au sort de son frère, toujours prisonnier, et du quel l'évêque a déjà tiré « six cens escuz. » « Qu'on soye content, dit-il, et que le pouvre personnage soit délivré <>. Et puis vient ce cri, qui s'échappe du plus profond de son cœur de

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les lignes suivantes, où des sentiments assez contraires luttent ensemble : « Combattez avec constance, mais avec ordre et sans trouble, pour voir si ces bêtes insolentes seront attirées par la douceur, et seront retenues par un nœud solide. Il faut combattre avec des raisons qui ont la force de l'Ecriture, mais qui respirent

Le cloître, (p. 164)

toute la modestie de Christ » Aussi il sait écouter, sans se fâcher, les critiques de son ami Œcolampade : « Plus tu es porté à la violence, plus tu dois t'exercer à la douceur et dompter la magnanimité du lion par la modestie de la colombe. Il faut conduire, non tirer, les hommes 2. » — ■ « Avec ta permission, je te dirai, comme un ami et comme un frère à un frère, que tu ne semblés pas te souvenir toujours de ta charge. Tu as été envoyé pour évangéliser et non pour maudire 3.... Il ne suffit pas que tu sois doux aux amis de la Parole; aie soin d'être doux même à ses ennemis J'approuve, je loue le zèle, pourvu que la douceur

fils: « Et la pouvre vefve, la mère tant plaine d'angoisse, la quelle vous soit recommandée. » {IbUi. p. 169-172.) — i. 22 avril 1536. Herminjard, IV, p. 38. Il est vrai que, dans la même lettre, parlant de moines, il les appelle: « ces ânes qui braient contre Christ. » (Ib/rf., p. 39.) Dans une autre lettre (21 novembre 1536) au même correspondant, il dit: « Ne précipite rien, mais fais tout avec maturité.... Recommande tout au Seigneur, Lui demandant de te donner son esprit de sagesse et de prudence. » Ibtd., p. 109.

1. Herminjard, IV, p. 112. — 2. Ibid., I, p. 255. — .'!. Ibid., p. 265. Œcolampade écrit à Farel, le 9 mars 1526: « Jusqu'ici Dieu a exaucé mes prières en ne me donnant ni les richesses ni la pauvreté. La médiocrité sera toujours pour moi la magnificence: nobis enim tcnititas pro magnificentia fueril. ■ Herminjard, I, p. 418.

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ne soit pas absente !. » Dans l'exemplaire imprimé de cette correspondance qui appartenait à Farel, aujourd'hui à la Bibliothèque de Genève, le nom du destinataire manquait ; Farel l'y a inscrit lui-même, conservant ainsi à la postérité le souvenir de ses faiblesses et de ses défauts. Et, en définitive, Œcolampade, qui le connaissait si bien, pouvait dire à Luther : « Rien n'est plus candide que

Fauteuil de Farel. (p. 165) Chaire portative de Farel. (p. 165)

Farel. Quelques frères lui voudraient un zèle plus modéré envers les ennemis de la vérité : mais moi je trouve cette vertu admirable et, si elle est exercée avec discernement, non moins nécessaire que la douceur. Tu reconnaîtras, dès le premier entretien, de quel esprit il est animé 2. »

11 est extrêmement modeste3; on le vit bien à la façon dont il céda peu à peu

I. Ilerminjard, I, p. 266. — 2. Ibid., p. 216. Dans ses Vrais Pourtraits (15S1), Rèze dit à Farel:

Ta foy, ta piété, ta loyauté constante,

Et ta grave douceur, Farel, t'ont couronné

D'un honneur éternel....

3. Ses amis l'appelaient souvent « l'apôtre des Allobroges, » et lui envoyaient même leurs lettres avec cette adresse. Il écrit un jour (5 mai 1537) à Capiton : « Tu m'accables trop de titres et tu me désignes à l'envie. Plût au ciel que tu voulusses te modérer autant que je m'efforce de me cacher.... Quelle n'a pas été l'émotion des ennemis de l'Evangile, quand ils ont vu sur ta lettre que tu m'appelais apôtre des Allobroges. Voilà le pape! voilà l'apôtre! voilà le nouveau pontife... Avertissons les frères d'être sobres dans leurs adresses, et ceux qui m'écrivent souvent, qu'ils mettent seulement : à G. Farel, Genève. De toutes les laçons je m'efforce de désarmer l'envie; autant que je le puis, je me cache en Christ, et je désire que de meilleures choses soient faites par d'autres, comme elles sont faites grâce à Dieu. Calvin et Viret sont rendus responsables de tout, parce qu'ils agissent mieux et plus, et les ennemis ne m'en veulent pas tant.... Je t'en supplie, toi et tous les autres, ne m'écrivez que comme à un homme de rien, ce que je suis. » Opéra, Xh, p. 97-99. Ilerminjard, V, p. 434-439.

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la première place à Calvin, lui, dont Berthold Haller disait : « Il est le Mécène des pasteurs bernois, » lui, dont Bucer disait : « Tu es seul notre couronne de France1. » Ici, il nous faut transcrire les lignes où il demande qu'à la place de son Sommaire (dont le succès cependant avait été si grand) on prenne Y Institution de son « frère »

Calvin :

a Entre les autres, mon bon et entier frère, participant de la croix de Jésus, avec tous les fidèles serviteurs du Seigneur, marchant droitement en l'oeuvre de l'Evangile, n'entrant que par la porte de la vocation très saincte et très certaine, et ne sortant que par le commandement de Dieu, Jean Calvin, selon la grâce que Dieu luy a donnée en son Institution, qu'il a dédiée au Roy de France, si amplement a traité tous les poinctz touchez en ce Livret, et autres, qui appartiennent à la conservation et intelligence de la doctrine

de JésUS, en COnfutailt tOUt Ce que CouPe de communion de Farel. (p. r65)

les adversaires peuvent amener; tellement que par grande grâce de Dieu, surmontant non seulement ce que j'ay touché, mais ce que je pourroye toucher, a osté l'occasion à moy, aux autres, et la matière d'en vouloir plus plainement escrire, et de tascher de faire sur ce une œuvre plus grande ; par quoy n'estime estre nécessaire d'autre chose, fors que de envoyer tous à une telle et si excellente œuvre. Suppliant tous, qui auront veu mon petit Livret, et qui à bon droit désirent plus ample déclaration de ce que sommairement icy ont veu, qu'ilz regardent en celle Institution, laquelle regardant ilz n'ont plus besoin de ma petitesse, et de prendre peine à lire ce petit Livret. Mais puisans trop plus grosse abondance d'eaul célestielle en la dite Institution qu'en ces gouttes très petites,... de là se transportent à la mer de toute doctrine, ès sainctes Escritures... Qu'on lise donc celle belle Institution.... Pour servir à la vérité et pour obvier à mensonge, revoyant ce petit Livret, j'ay derechef touché et adjousté... et sur ce je n'ay fait long procès, à cause... que Calvin très amplement à tous a satisfait; duquel je désire qu'on prenne, car certainement son œuvre tant me plaist en nostre Seigneur, que volontiers, s'il estoit en mon pouvoir, je retireroye ce Livret, comme cligne d'estre mis et retiré à part en donnant lieu [faisant

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