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CALVIN A GENÈVE. PREMIER SEJOUR
Couseil tenait habituellement ses séances, le mercredi avant la Saint-Jean 1458, fut conclu le marché pour la reconstruction de l'hôtel de ville, celui qui existait au XVIe siècle1.
Il est vrai qu'après un coup d'œil superficiel, nous pourrions être tentés de passer. L'édifice actuel, qui date du XVIIe siècle, ne peut être celui que fréquentèrent les hommes, conseillers et pasteurs, de la Réformation. Mais prenons quelques renseignements et prêtons un peu plus d'attention.
C'est dans les premières années du XVe siècle, après l'incendie de 140?, qu'on établit ici une grande halle. Quelques années après, en 1458, on ne se mit donc pas à la construire, comme on le dit souvent; on la reconstruisit, lentement, par morceaux, et sur de telles proportions que le Conseil put désormais y tenir ses séances. Il y siégea, pour la première fois2, le 24 janvier 1469.
Les plans de Mérian et de Buttet nous ont conservé l'aspect général de ce second bâtiment [Page 209), et voici comment le décrit le manuscrit Plantin : « La troisiesme bannière s'appelle la Palud, à cause qu'autresfois, c'estoit un marais : encor aujourd'huy si l'on creuse tant soit peu on trouve de l'eau. En ce quartier de la ville qui est au dessous de la cité, du costé du couchant, il y a une belle place, où on tient le marché du bled, et en laquelle se void une grande fontaine, rendant l'eau par quattre tuyaux, qui fut ainsi bastie l'an 1557. En la même place est la maison de ville bastie l'an 14543. Elle ne paraissait pas beaucoup au dehors et n'estoit pas guère spatieuse; la sale d'entrée, où s'assembloient les Deux-cents était fort obscure. Au dessus des fenestres étoyent les armes de plusieurs évêques, mais en partie effacées, de même que certaines vieilles peintures avec divers écritaux en lettres gotiques qu'on voyoit és murailles d'un côté et d'autre. On y remarquait encore l'empereur Sigismond à cheval. En un coin il y avait de grandes urnes, et de diverses formes, pendues. Dès cette sale on entrait au poyle du Conseil, qui était assez joli, et en la chambre qu'on appelle des Soixante. Audessous de la maison étoyent les hasles [halles], et les mesures du bled4. »
En 1674, on commença à rebâtir un autre Hôtel de ville, celui qui existe aujourd'hui. Mais pas plus que le second n'avait complètement remplacé le premier, le troisième ne remplaça complètement le second. Il n'est pas nécessaire d'être architecte pour voir que la façade de derrière, celle qui donne sur la place de la Louve, ne date pas du XVIIe siècle et montre une partie plus ancienne que l'autre ; et que, dans la halle, la retombée des voûtes ne porte pas sur l'axe des piliers, mais à côté : elles leur sont donc antérieures. « Nous sommes persuadés, dit M. Vuillermet, que tout le rez-de-chaussée, y compris les voûtes, une bonne partie du premier étage, et toute la façade postérieure jusqu'à la corniche qui domine le premier, doivent être du milieu du XVe siècle. Toute cette partie ancienne se soude, se greffe à une partie d'un caractère un peu différent et plus ancien encore, que l'on reconnaît du côté de la Louve : c'est le passage voûté,
l. Blanchet (de Gingins), p. 67. — 2. Vuillermet, Notes historiques, p. 21, 28, 31. — 3. Cette date est inexacte, il faut lire 1468: la construction dura une dizaine d'années. — 4. Blanchet (Plantin), p. 53.
LES COMMENCEMENTS DE CALVIN ET DE VIRET
les murs y attenants, et les caves parallèles à ce passage. Peut-être voyons-nous là un morceau assez important de la halle primitive l. »
Le^couvent et l'église de Saint-François. (Plan Buttet.)
12. Nous terminons notre visite en remontant la colline de Bourg, pour nous rendre à la place Saint-François.
Fondée en" 1280, l'église fut rebâtie avec le couvent, de 1442 à 1444, pro-
1. Vuillermet, Notes historiques, p. 31. Dans la salle de la Municipalité on peut voir, nettoyés et réparés, trois grands tableaux très curieux, retrouvés, vers 1863, dans les combles : i° la grande carte de l'Etat de Berne, dressée par Schœpfius, en 1548 ; 20 un plan du ci-devant bailliage de Lausanne, dressé en 167S, avec, dans un angle, un petit plan de la ville de Lausanne ; 30 un grand plan visuel de la ville, dressé par
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bablement à la suite de donations faites par Marie de Bourgogne et par le pape Félix V, qui vint du reste y habiter quelque temps, lorsque le Concile de Bâle fut transféré à Lausanne *.
Le Concile siégeait dans l'église (1448-49), le pape résidait dans le couvent 2.
C'est lors de cette seconde construction que l'église fut voûtée, comme elle Test aujourd'hui3. Enfin, en 023, les Conseils de la ville décidèrent l'érection d'un clocher, qui était à peine achevé à Tépoque de la Réformation. La flèche actuelle date de 161 2 4.
Au Concile et au pape succédèrent la Réformation et Viret. Le prêche avait lieu dans l'église, le Réformateur logeait dans le couvent.
Depuis longtemps celui-ci a disparu. Plantin Ruines du couvent de st-François. dit déjà vers 1660 : « Il est maintenant ruiné en partie (p' 2I3-) et sert de retraitte à un potier de terre. Là aussi sont
encore les caves, où les Seigneurs de la ville retirent leur vin 5. »
Daniel Buttet non daté, mais qui doit avoir été exécuté de 1650 à 1660. Nous en reproduisons quelques fragments pages 192, 196, 197, 199, 209, 211.
1. Blanchet, p. 128. — 2. Ibid. (de Gingins), p. 65. — H. Ibid., p. 128. — 4. Les échauguettes, qui étaient fort délabrées, ont été reconstruites en 1897. C'est sur la fin du XVIIe siècle que la charpente du chœur fut portée à la hauteur de celle de la nef. — M. Polier de Saint-Germain, bourgmestre de Lausanne, à la fin du XVIIIe siècle, avait construit son hôtel particulier sur l'emplacement de l'aile occidentale du couvent (qu'on voit à gauche dans notre reproduction du plan Buttet), aile qui contenait les salles où se tinrent les assemblées du Concile, et puis du Colloque au sujet des discussions relatives à l'arianisme entre Caroli, d'un côté, Calvin et Viret, de l'autre, le 17 février 1537 (Herminjard, IV, p. 176, n. 6). — Une autre partie du couvent, qu'on voit en ruines dans la même gravure, fut remplacée dans le courant du XVIIIe siècle par une grande et belle maison nommée la Grotte. Gibbon y habita plusieurs années, et c'est sur la terrasse de cette maison, en face d'un panorama magnifique, dont il parle avec émotion dans ses Mémoires, que le célèbre écrivain acheva, le 27 juin 1787, son Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain. — Tous ces bâtiments, ainsi que les derniers vestiges dont nous parlons plus loin, ont été démolis dans le courant des années 1895 et 1896, pour faire place au nouvel hôtel des postes, inauguré en 1901. — Blanchet (Plantin), p. 44.
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Nous en avons encore vu, près de l'abside, les derniers vestiges : (Page 212) c'étaient deux murailles, où Ton distinguait très bien, en bas des ogives, et plus haut deux fenêtres, et deux petites portes, qui ouvraient autrefois clans les cellules. Par ces portes passait Viret pour entrer dans les deux ou trois cellules, qui constituaient tout son logement, de 1 536 à 1544. Ce logement était aussi insuffisant que désagréable. Voilà pourquoi on songea enfin à transporter le Réformateur dans la maison dont nous avons parlé, quand Caroli l'eut quittée. Dès 1542, croyant que c'était chose faite, Calvin écrivait à son ami, entre le 25 et le 28 octobre : « Je me réjouis beaucoup que tu aies émigré dans cette demeure, sinon je t'aurais chassé de là où tu étais, à force d'injures l. »
Encore des reliques qui ont disparu. Heureusement, il reste l'église ellemême, gothique, avec une nef très simple, mais large, qui en fait une salle autrement commode que Notre-Dame, où la voix se perd dans l'immensité du désert, quand elle n'est pas arrêtée par la forêt des colonnes. Aussi que d'assemblées ont siégé ici, depuis celles du Concile et celles de la Réforme! A partir de 1 536, c'est ici surtout que Viret prêcha, et c'est encore ici que se réunit le colloque provoqué par les accusations de Caroli. Ici Calvin, revendiquant la liberté du langage théologique, refusa de céder aux exigences de Caroli et de signer le Symbole Quicumque, attribué à Athanase.
Restons sur cette impression inattendue.
L Herminjard, VIII, p. 167, et n. 18.