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I. Herminjard, IV, p. 1G4. Opéra, Xa, p

LES ARTICLES, LE CATÉCHISME ET LA CONFESSION DE FOI

catholiques. Un siècle avant Luther, Gerson (1 363- 1429) déclarait qu'il n'y avait pas de catéchisme et voulait que la Faculté de théologie en fît, ou en fît faire un : « un petit traité, dit-il, sur les principaux points de notre religion,... pour l'instruction des simples, auxquels il en est rarement ou mal parlé » (quibus nullus sermo aut raro fit aut maie fit).

Lorsque le Catéchisme de Luther eut été publié, les catholiques furent frappés de son utilité, comme le montre une épître latine sur La nécessité, l'utilité et la nature d'un Catéchisme catholique, 1 583. L'auteur, Ant. Possevino1, se fait cette objection et cette réponse : « Si après cela nous enseignons le Catéchisme, le peuple dira que cela vient des autres, ou que jusqu'ici nous avons dormi (aut hoc manasse ah aliis, aut hactenus nos dormit asse). Les deux choses sont vraies (verum utrumque est). » Seulement, ajoute-t-il, il est plus chrétien d'avouer sa faute que de la cacher.

Donc, avant la Réformation, presque pas de catéchisation, ni de Catéchismes.

Les premiers essais, dans ce genre, sont « las interrogacions menors », les petites questions, des Vaudois de la fin du XVe siècle, et « ein christliche Untterveysung der Maynen Kinder im Gelauben, » i522, des Frères de Bohême.

Le mot de catéchisme, dans le sens actuel, paraît avoir été employé pour la première fois par Luther, et cela clans une lettre du 2 février 1 525 . Mais c'est en 1529 qu'il créa (on peut le dire presque sans exagération, et sans faire tort aux quelques essais antérieurs), après le mot, la chose, en publiant son grand et surtout son petit Catéchisme 2.

La « briesve somme et facile de la foy crestienne, » dont parlent les Articles de i537, et dont ils demandaient l'adoption, était déjà composée par Calvin; car, un mois à peine après que le Conseil en eut autorisé l'introduction dans l'Eglise, elle parut sous ce titre : Instruction et confession de Foy dont on usez en l'Eglise de Genève. En effet Calvin la cita déjà à la Conférence de Lausanne, les i5, 16 et 17 février 1 5 3 7 4 . (Page 23o.) C'est donc au commencement de 1 537 que parut le premier Catéchisme français de l'Eglise de Genève.

i. Légat papal, jésuite, né à Mantoue en 1534, mort à Ferrare en 1611. — '2. Pour les citations de ce paragraphe, voir André Meyer : Le petit catéchisme de Luther, 1880, p. 1, 2, 22, 24, 33. Voir du reste: G. v. Zezschwitz, System dey christlich-kirchlichen Katechctik, 1S72, II, p. 291-298. — « Avant qu'il publiât les deux manuels auxquels il donna le premier, en se servant d'un terme employé par saint Augustin à peu près dans le même sens {De fide et operibus, 13), le titre de Catéchisme, d'autres ouvrages du même genre avaient déjà paru en Allemagne. Mais ce fut lui qui, dès 1529, réclama le plus haut, comprit le mieux et réalisa le plus efficacement l'œuvre de l'enseignement élémentaire de la religion. » Rilliet, Le catéchisme français, p. xxxiv. — .'!. De ces mots : « dont on use, » M. Cornélius (p. 137, n. 3.) a cru pouvoir conclure qu'on s'en servait avant qu'elle fût imprimée. — 4. D'après sa lettre écrite vers le 20 février 1537. (Herminjard IV, p. 185 et n. 8). Dans sa lettre à Grynée du 7 ou 8 juin 1537 (Ibid., p. 240), Calvin répète qu'à Lausanne il montra le Catéchisme. « Il avait été écrit (coiiscripttts) peu avant (aliquanto ante), » donc avant le 15 février. Une difficulté se présente. Le Catéchisme n'a été édité en latin qu'en 1538; or, dans

CALVIN A GENÈVE. PREMIER SEJOUR

Il eut une étrange fortune bibliographique. Et d'abord il disparut complètement. En 1866, les savants éditeurs des Opéra écrivaient : « A notre connaissance, il n'existe pas d'exemplaire de ce Catéchisme français dans aucune

bibliothèque. Tous ont été déchirés par les mains des enfants, comme c'est la coutume pour les livres d'école.... Il n'y a qu'à le regretter l. » Six ans plus tard (1872), M. Herminjard disait encore clans son quatrième volume : « On n'en connaît pas un seul exemplaire 2, » et M. Dardier répétait en 1877 : (( ^ n'existe plus un seul exemplaire3. » Or, à ce moment même, il était retrouvé4. Il a été réédité en 1878 5.

Comme Luther, Calvin a le sentiment qu'en publiant des Catéchismes, la Réforme innove. Dans son Epislre au lecteur, en tête de son second Catéchisme (édition de 1 545), parlant « du formulaire, qu'on nommoit Catéchisme, » et dont on se servait primitivement pour examiner les petits enfants, il dira : « Depuis le Diable, en dissipant l'Eglise... a destruict ceste saincte police0. » Il avait donc voulu faire de son travail « l'expression d'une piété simple plutôt que l'œuvre d'un ingénieux et "profond savoir 1 . » Mais il ne possédait pas encore une grande expérience pratique de l'enseignement élémentaire. Aussi « son Catéchisme fut plutôt le résumé et comme la quintessence de son Institution, qu'un manuel approprié à la portée des jeunes intelligences.... Il sentit vivement plus tard ce défaut de composition et ce fut surtout pour supprimer, comme

la lettre écrite vers le 20 février 1537, le texte latin est cité mot à mot. M. Herminjard émet l'hypothèse que voici : « De cette identité, ne pourrait-on pas conclure que le Catéchisme fut d'abord composé en latin, puis immédiatement traduit et publié en français, dès le commencement de l'année 1537? Pour le faire imprimer en latin, l'année suivante, Calvin aurait donné le manuscrit, auquel il a emprunté les deux fragments compris dans la lettre de 1537. » (Herminjard, IV, p. 185, n. 9.) Cette hypothèse peut paraître confirmée par la manière un peu étonnante dont Calvin s'exprime, quand il dit : « Conscriptus aliquanto ante catechismus a nobis fuerat, gallice etiam editus. » Il semble faire une différence entre conscriptus et g ai 'lice editus.

I. Opéra, V, p. xliii. — 2. Herminjard, IV, p. 164, n. 16. — 3. Ch. Dardier, article Calvin, fans 1' Encyclopédie i/rs sciences religieuses, II (1877), p. 535. — 4. Racontons ici exactement, — d'après des renseignements nouveaux, en partie inconnus à M. Rilliet, lorsqu'il écrivait sa Notice (p. vil, vin), — l'histoire de cette curieuse et importante trouvaille. M. Ludovic Lalanne , ayant examiné la portion, alors non inventoriée de la collection Dupuy, signala à son ami, M. Henri Bordier, dans le volume 940, Y Instruction et Confession defoy, un mince livret de 48 feuillets, petit in-8°, imprimé, sans lieu ni date, en caractères gothiques. Ainsi averti, M. Henri bordier prit avec soin un décalque du titre, des quatre premières pages et des deux

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Fac-similé du titre de L'Instruction de 1537. (p. 229.)

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moyen d'enseignement, ce premier essai... qu'il écrivit son second catéchisme français, et se hâta de le publier dès son retour à Genève, en 1 541 , ainsi qu'il le rappelait à ses collègues rassemblés autour de son lit de mort 1. »

Or, précisément la même aventure était arrivée à Luther. Lui aussi avait eu l'idée de composer un manuel non pour les prédicateurs et les maîtres, mais « pour les enfants et les simples. » Mais peu à peu son travail avait dépassé les limites prévues, et comme, une fois achevé, il ne répondait plus à l'idée primitive, Luther se remit à l'œuvre et composa son petit Catéchisme.

Autre analogie. Les deux grands Catéchismes ne sont ni l'un ni l'autre sous forme dialoguée. Le dialogue fut introduit seulement dans les deux petits Catéchismes.

En réalité, et malgré son but immédiat, le Catéchisme de i53j servit à défendre les Réformateurs contre les accusations d'arianisme, lancées par le pasteur de Lausanne, Caroli : « Il était actuellement publié, dit Calvin, pour faire connaître plus clairement à tous les gens de bien, si cela était nécessaire, quelle était la doctrine » professée par les ministres de Genève 2.

Et le caractère symbolique de l'ouvrage l'emporta sur son caractère catéchétique.

Il se trouve aujourd'hui que le caractère symbolique fait précisément l'importance du petit volume. C'est, en français, la première exposition méthodique de la doctrine calviniste. \J Institution chrétienne fut traduite seulement quelques années plus tard. M. Rilliet a dit : « Ce Catéchisme est, vu la brièveté et la netteté de l'exposition, la source où l'on peut le plus facilement puiser, sous une forme authentique, la connaissance de ce grand système religieux. C'est pour ainsi dire le calvinisme en raccourci 3. »

dernières, et fit cartonner le tout. Mais comme ni lui ni M. Lalanne n'avaient aucun soupçon sur l'auteur de X Instruction, le livret fut mis de côté et plus tard envoyé, avec d'autres volumes, à la campagne. C'est là que M. Th. Dufour eut l'occasion de le voir. Très intrigué et très intéressé, il commença aussitôt des recherches et acquit bien vite la conviction que X Instruction anonyme devait être le texte français du catéchisme latin de 1538. Son hypothèse devint une certitude, quand il prit en main le tome V des Opéra. — Informé de cette découverte, M. Rilliet ne voulut y croire qu'après avoir opéré lui-même une nouvelle confrontation, et il accepta sur le champ la proposition que lui fit M. Dufour de rééditer, à eux deux, « l'écrit par lequel Calvin donna le premier gage des services qu'il voulait rendre, dans Genève, à l'œuvre de la Réforme. » — o. Le Catéchisme français de Calvin, publié en 1537, réimprimé pour la première fois d'après un exemplaire nouvellement retrouvé et suivi de la plus ancienne Confession de foi de l'Eglise de Genève, avec deux notices, l'une historique, l'autre bibliographique, par Albert Rilliet et Théophile Dufour, 1878. La Notice sur le premier séjour de Calvin à Genève, par A. Rilliet, que nous avons déjà eu l'occasion de citer, occupe les pages v-XCVUl. — 6. Opéra, VI, p. 3. — 7. Le Catéchisme français, p. 125.

1. Le Cat. franç., p. xxxix, XL. — i. Herminjard, IV, p. 185. Quelques mois plus tard, en 1538, publiant ce Catéchisme en latin, Calvin ajoutait: < Ayant appris, pour en avoir été plus d'une fois l'objet, combien il faut redouter les imputations fausses, nous préférons leur enlever pour l'avenir tout prétexte, plutôt que d'attendre le moment de nous prendre corps à corps avec elles. Nous avons pensé que le plus court chemin pour arriver à ce résultat serait de donner un témoignage public et authentique de notre doctrine, en publiant, pour servir de déclaration universelle, ce Catéchisme, qui avait déjà paru naguère en langue française, mais qu'il nous a semblé bon de faire aussi connaître aux autres Eglises, afin qu'en possession de ce gage elles soient encore plus certaines de notre union avec elles. (Le Catéchisme français, p. 127, 128.) — 3. Ibid., p. xliii.

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Enfin la forme mérite notre attention non moins que le fond. Car nous assistons presque aux débuts de Calvin dans l'usage de la langue vulgaire. « Sauf l'épître placée en tête du Nouveau Testament, publié en 1 535 par Robert Olivétan,... Calvin n'avait encore rien fait paraître en français1. »

Réservant la doctrine proprement dite pour notre étude sur Y Institution ellemême, nous nous bornerons ici à quelques extraits, propres surtout à caractériser la personnalité religieuse de notre Réformateur.

Le Catéchisme traite successivement du Décalogue, du Credo, du Notre Père (ces formulaires, qui sont la propriété commune de tous les chrétiens et maintiennent ainsi, sans interruption, la tradition entre le passé et le présent), des sacrements, et, comme appendices, du pastorat et du magistrat.

Voici le début : « Que tous hommes sont ne\ pour cognoistre Dieu.

» Comme aynsi soit qu'on ne trouve nul des hommes, comment qu'il soyt barbare et plainement sauvaige, qui ne soit touché de quelque opinion de religion, il appert que nous sommes tous créez à ceste fin que nous cognoissions la majesté de nostre Créateur ; l'ayant cogneue, que l'ayons sur tout en estime et que l'honnorions de toute crainte, amour et révérence.

« Mais, laissant là les infidèles, lesquelz ne cherchent autre chose que d'effacer de leur mémoire celle opinion de Dieu, laquelle est plantée en leurs cueurs, il nous fault penser, nous qui faisons profession de piété, que ceste vie caduque, et qui bientost finera, ne doibt estre autre chose qu'une méditation d'immortalité. Or, on ne peult trouver nulle part vie éternelle et immortelle, sinon en Dieu. Il fault doncques que la principale cure et solicitude de nostre vie soit de chercher Dieu et aspirer à luy de toute affection de cueur et ne reposer ailleurs qu'en luy seul2. »

Nous pouvons remarquer, i° que, pour un début, comme on a dit, dans l'usage du français, c'est singulièrement remarquable. Cette vie caduque qui ne doit être « qu'une méditation d'immortalité » est assurément d'un beau style ; 2° que le mot « infidèle » est presque le seul terme de polémique dont Calvin se servira dans tout son ouvrage ; 3° que le ton de ce morceau est à peu près le ton de tout le Catéchisme : de la solennité, de la grandeur et cependant pas de froideur ; quelque chose qui est à la fois réservé et pénétrant, qui justifie tout à fait le jugement de M. Rilliet: « Dans le Catéchisme il y a, semble-t-il, quelque chose de plus ému, comme un souffle de spiritualité qui se fait sentir sous la sécheresse des formes didactiques et se fait jour par des expressions pleines de puissance et d'élévation '. » Il serait facile d'en donner beaucoup d'autres preuves.

Voici par exemple la définition de la piété : « La vraye piété ne gist pas en

I. Le Catéchisme français, p. li. Dans une lettre du 17 mars 1546, Calvin parle de son traité sur la cène, écrit en français dix ans auparavant, « scriptus gallice fuerat ante annos decem, » soit en 1536. Il avait été écrit, mais non publié. Opéra, XII, p. 316. — ï. Le Catéchisme français, p. 3, 4. — Ibid., p. xliv.

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la crainte, laquelle bien voluntiers fuyroit le jugement de Dieu, mais pourtant qu'elle ne le peult fayre en a horreur ; mais elle consiste plustost en un pur et vray zèle qui ayme Dieu tout ainsi comme Père, et le révère tout ainsi comme Seigneur, embrasse sa justice, aye horreur de l'offenser plus que de mourir. » Avec quelle exactitude Calvin a défini sa propre piété, calme, grave, austère.... Est-ce tout ? Non. « La vraie piété, ajoute Calvin, ne gît pas dans la crainte, » et à travers cette austérité un sourire se glisse qui vient du cœur : la piété c'est l'amour d'un enfant, « un pur et vrai zèle, dit-il, qui aime Dieu tout ainsi comme un Père '. »

Soit, dira-t-on, mais le sourire ne reste pas ; il fait place à quelque autre chose. Soit encore, mais ce quelque autre chose, qu'est-ce ? « L'horreur d'offenser le Seigneur plus que de mourir. »

Et tout le Catéchisme va ainsi, avec cette force et avec cette douceur, si l'on peut dire, recommandant le dimanche « affîn que nous ne opprimions inhumainement de labeur ceulx qui nous sont subjeetz2; » interdisant toute malignité « car le Seigneur requiert une affection merveilleuse et souverainement bruslante de

l'amour des frères Nous devons estre tellement affectionnez que nous ne

soyons chatouillez d'aucune cupidité contraire à la loy de dilection1; » expliquant après la Loi la Foi, car Dieu ne veut pas « que nous tombions en désespoir'', » et « en Christ sa face reluist pleine de grâce et bénignité ; 5 » insistant sur ce que la foi est affaire de cœur, pas « une nue et seule cognoissance... laquelle voltige au cerveau sans toucher le cueur, » mais, « une ferme et solide confiance de cueur6. » De même la prière « ne doibt estre autre chose sinon une pure affection de nostre cueur 1 . >j A propos de la 4e demande de l'oraison dominicale, Calvin laisse parler ce cœur, et son style devient d'une familiarité vraiment enfantine. On dirait d'une page du petit Catéchisme de Luther : « Donne-nous aujourd'huy nostre pain quotidian. Par laquelle [demande]... nous nous recommandons à la providence du Seigneur, et nous mectons en sa solicitude, affin qu'il nous nourrisse, entretiene et conserve. Car ce bon Père n'a pas en desdaing de recevoir mesmes nostre corps en sa garde et solicitude, affin de exercer nostre fiance en luy par ces choses légières et petites, en ce que nous actendions de luy toutes noz nécessitez, voire jusques à la dernière miete de pain et une goutte d'eaue 8. »

Naturellement si nous insistons pour faire connaître cette face attirante, séduisante de la médaille calviniste, nous ne voulons pas nier l'autre face, austère, solennelle, parfois même effrayante, comme les pages sur la prédestination. Nous citerons seulement le portrait du pasteur selon Calvin. Après avoir expliqué que la puissance des serviteurs de Dieu « est toute contenue et limitée au ministère de la parolle, » il ajoute les mots célèbres: « Pourtant qu'ilz osent hardiment toutes choses par la parolle de Dieu, de laquelle ilz sont constituez dispensateurs ; qu'ilz contraignent toute la vertu, gloire et haultesse du monde donner lieu et obéir à

I. Le Catéchisme français, p. 5. 6. — -1. Ib.'d., p. 23. — :t. Ibid., p. 28. — 4. Ibid., p. 31. — *>. Ibid., 52. — (i. Ibid., p. 36. — '. Ibid., p. 67. — 8. Ibid., p. 77.

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la majesté d'icelle parolle ; qu'ilz commandent par icelle à tous despuis le plus grand jusques au plus petit ; qu'ilz édifient la mayson de Christ ; qu'ilz démolissent le règne de Sathan ; qu'ilz paissent les brebis, tuent les loups, instruysent et exhortent les dociles ; arguent, reprenent, tensent et convainquent les rebelles, mais tout en la parolle de Dieu1. » — Encore une fois ce pasteur, c'était Calvin lui-même, et bientôt devant lui, chétif, mais terrible pour venger la majesté de son Dieu, les Libertins reculeront.

Et cependant nous n'avons pas tout dit : il nous reste à citer la préface mise en tête de la traduction latine du Catéchisme, ces pages qui comptent peut-être parmi les plus belles qui aient jamais été écrites en faveur de l'harmonie et de la concorde entre chrétiens, entre pasteurs. « Jésus-Christ s'écrie : Mes serviteurs ne peuvent recevoir des blessures que je ne ressente pas moi-même. Oh ! si notre esprit était dominé par la pensée que c'est sur Christ que portent nos coups, toutes les fois que nous nous laissons aller à attaquer ceux qui conservent ne fût-ce qu'une étincelle de piété, combien cette pensée n'étoufferait-elle pas de germes de contestations, combien n'éteindrait-elle pas de colères naissantes, combien de querelles ne préviendrait-elle pas?...

» Chacun de nous doit par conséquent savoir, quand il le faut, faire le sacrifice de ses droits ; à moins que nous ne voulions que, dans la lutte, les dons de Dieu ne soient mis en pièces, car on ne peut les respecter sans tolérer en même temps les défauts dont ils sont inséparables. Si c'est jusque-là que doivent aller notre support et notre modération, quel n'est pas notre tort quand, pour des soupçons vagues ou même sans fondement, nous nous séparons de ceux dont nous connaissons avec certitude la piété, la sincérité, et la probité ? Il y a deux espèces de soupçons, qui ont déjà fait et qui font encore beaucoup de mal à l'Eglise : d'une part, quand nous donnons une interprétation malveillante à la conduite de nos frères et de nos compagnons d'œuvre, tandis que, si l'on avait invoqué l'arbitrage de gens de bien, on serait arrivé à la pleine justification ou à l'excuse suffisante de cette conduite ; d'autre part, quand nous nous montrons trop prompts à avaler et à retenir tous les mauvais bruits 2. »

Enfin vient cette sublime conclusion : « Si nous tenons à faire fleurir parmi nous l'union et la paix, recherchons l'unité dans la doctrine et dans les sentiments, plutôt que de nous attacher avec pédanterie à l'exacte conformité des cérémonies du culte. Il est, en effet, indigne de nous d'introduire dans les choses où le Seigneur nous a laissé l'usage de notre liberté, pour le plus grand avantage de l'édification, une conformité servile qui n'édifie pas. Certes, quand nous paraîtrons devant ce tribunal suprême, où nous aurons un jour à rendre compte de notre administration, ce n'est pas des cérémonies qu'il sera question. On n'examinera point ce qui concerne la conformité dans les choses extérieures, mais l'usage que nous aurons fait de notre liberté; il ne sera déclaré légitime que s'il a servi à l'édification. L'édification, voilà le but auquel doivent tendre toute notre

i. Le Catéchisme français, p. 92. — 2. Ibid., p. 140, 141.

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sollicitude, notre vigilance, nos efforts et notre application. Sachons que nous ne pouvons l'atteindre que par une sérieuse crainte de Dieu, une piété sincère, et une pureté de mœurs qui ne soit pas de l'hypocrisie1. »

Certes nous ne contestons pas aux adversaires du Réformateur le droit de tenir justement compte des pages de la Defensio orthodoxae fidei, « où il est montré qu'il est licite de punir les hérétiques. » Nous nous bornons à leur rappeler le devoir de tenir compte aussi des pages du Catéchisme.

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