‹ Jean Calvin (volume 2)Chapitre 3 sur 123 · I . Kodocanachi, p · texte numérisé non relu

I . Kodocanachi, p

CALVIN EN ITALIE

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Ferrarc. Palais tles diamants, (p, 14.)

Ce palais-ci peut se visiter, car c'est le musée : grande cour à colonnes, jardin, large escalier, salles énormes de grandeur, de largeur, de hauteur, aux plafonds d'une splendide magnificence. Les murs sont actuellement couverts par les peintures de deux grands artistes de la cité, Dosso Dossi (1479-1 56o) et Garofalo, né en 1481, qui nous a lui-même expliqué son nom, en remplaçant sur un tableau sa signature par une giroflée. L'époque de leur féconde activité est précisément celle du séjour de notre Réformateur *.

Nous traversons le long et large Corso de la Giovecca, pour aller chercher, à l'autre bout de la ville, le palais de Schifanoia {Page 17), si célèbre par ses salles ornées de fresques, que les peintres viennent copier. Ce sont les parties les plus solitaires de la ville : c'étaient autrefois les plus animées. Dans la Giovecca avaient lieu les tournois et les courses. Le palais de Schifanoia était un des centres des amusements de la noblesse. Une lettre de février 1 536 2, quelques semaines avant l'arrivée de Calvin, nous parle des réjouissances qui y furent célébrées. On courut à l'anneau sur la place. Puis la duchesse Renée parut, et on se mit à jouer la comédie devant tout ce que les salles purent contenir de nobles clames et de gentilshommes.

Je m'imagine cependant qu'une demeure plus modeste, et pas très éloignée, dut attirer davantage l'attention de notre Réformateur. « Dans cette maison paternelle, dit la plaque de marbre, passa ses vingt premières années, Fra Jérôme Savonarole, né à Ferrare, le 21 septembre iq52, brûlé à Florence, le 25 mai 1498. » Calvin devant le berceau de Savonarole ! Que pensa-t-il? 11 me semble que dans l'âme du futur Réformateur genevois dut tres-

1. « L'école ferraraise atteignit son apogée, dans le genre mythologique et décoratif avec Dosso Dossi, dans la peinture religieuse avec Benvenuto Tisi, dit le Garofalo. » G. Lafenestre, Histoire des peintres de toutes les écoles. — Fontana, p. 306.

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saillir l'austérité de l'ancien Réformateur florentin. Aujourd'hui la victime d'Alexandre VI a sa statue à côté du château, et sur le socle on lit : « Dans des temps corrompus et servîtes.. . il fut le flagellateur des vices et des tyrans. » Flagellateur des vices ! Qui donc devait l'être autant que l'auteur des Ordonnances de Genève, et l'inspirateur de la morale huguenote ?

Et voici encore des palais, toujours des palais : ceux-ci aux portes élégantes, ceux-là aux inscriptions latines ou grecques, ou même hébraïques. Citons-en une : nihil ostentationi; parum corpori ; multum animœ ; omnia Deo ! Plus loin est l'ancien palais qui, devenu le séminaire actuel, renferme de ravissantes fresques en grisaille, dues au pinceau du Garofalo, et qui montrent David, Saùl, le jugement de Salomon, et des enfants déroulant d'adorables farandoles, ou jouant à main chaude (avec la date : i5iS).

Ces palais et ces rues étaient donc tout brillants de nouveauté, tout éblouissants de vie et d'élégance, tout assourdissants de bruit, de gaieté, lorsque Calvin s'y promenait ou les visitait.

4" Nous voici sur la Piazza.

La Piaula, la place, caractérise la ville italienne. C'est le plus grand espace libre, et le vrai centre, où se passe l'existence des citoyens, entre tous les principaux monuments qui représentent la politique et la religion.

Il en est ainsi à Milan, il en est ainsi à Bologne, etc. ; il en est ainsi surtout à Venise, l'idéal féerique du genre, avec sa Pia\eita, les lions et les mosaïques d'or de Saint-Marc, le palais des doges aux sculptures orientales et moresques, les Procuraties, le tout finissant par s'ouvrir sur les lagunes, inondées de soleil, et sillonnées de gondoles, noires comme l'ébène....

Sans être Venise, Ferrare a sa Piazza, et même plus d'une « Piazetta, » qui se suivent : Piazza délia Pace, ciel Commercio, délia Cattedrale, et Torquato Tasso. Cette série de places est bordée d'un côté par le Château, le Palais des Cardinaux, le Palais d'Esté, le Palais de justice, de l'autre côté par l'Archevêché, et les deux façades de la Cathédrale. On le voit : tout est là. La femme qui va au marché, ou à la messe, l'homme qui va à la mairie ou au Palais de justice, l'affairé et le désœuvré, sont également sûrs de s'y rencontrer.

La façade de la cathédrale est revêtue de marbre blanc ou rose. {Page 19.) Elle est à trois galeries, la plus basse à plein ceintre, les deux autres en ogive. La ligne du faîte est brisée en trois pignons, comme trois triangles peu élevés. C'est le type de transition, mais accommodé à la mode italienne. La cathédrale de Noyon aussi est un type célèbre de l'époque de transition. Il n'y a qu'à comparer pour voir les contrastes des deux pays et des deux races. Ici, le gothique lui-même ne trouble pas l'impression de la ligne dominante, qui est l'horizontale. Il ne s'agit pas de s'élancer pour se perdre clans les nuages de la méditation. Il est plus sage de rester clans la belle lumière de la terre. Et c'est à quoi nous invite irrésistiblement ce concert de tons blancs et roses des marbres, qui se détachent sur un fond de pierres noircies.

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Malheureusement, depuis Calvin, l'intérieur de cette église, où, en 1438 (le 8 janvier), s'était réuni le contre-concile de Bâle, a été complètement remanié et gâté (en 171 1). Aussi vaut-il mieux aller contempler la façade latérale, le long du marché ; celle-là est restée intacte. C'est une muraille ornée de plusieurs étages

Ferrare. La cathédrale, (p. iS.)

de galeries, à l'extrémité de laquelle se dresse un magnifique campanile, qu'il faut regarder, vers la fin du jour, quand le soleil couchant rend plus roses encore tous ces marbres.

Alors on comprend l'enthousiasme ferrarais : « Notre cathédrale surpasse Modène, Parme, Plaisance, Gènes, Crémone, Ancône, Vérone, soit par un plus grand déploiement de luxe d'ornementation et par une plus grande profusion d'arcs, de colonnades, de galeries, soit par une plus grande exactitude dans la main-d'œuvre. Sur les côtés, des bizarreries se font remarquer dans la galerie supérieure, où les colonnettes sont étrangement enchevêtrées, où les arceaux ont l'archivolte avec une fasce qui se termine en pointe et qui accuse le style arabe. »

Et l'auteur termine ainsi sa description : « On devra donc conclure en toute assurance que cet édifice représente à la fois et le travail le plus magnifique de l'art lombard et le point de transition de l'art moderne alors naissant, qu'on appela plus tard gothique. En effet, autant qu'il m'est donné de le savoir, c'est le plus ancien édifice où on le voit introduit en s'adaptant à l are compact, dans ce mode systématique que les Italiens n'ont jamais abandonné1. »

1. Album estense, traduction française par Antonio Luyrard, 1S50 (Bibliothèque de Ferrare).

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5° Vis-à-vis de ce spécimen si intéressant de l'architecture religieuse en Italie est le Palais de justice, aujourd'hui complètement refait. Heureusement, M. le professeur Giuseppe Agnelli, le directeur délia Biblioteca comunale di Ferrara, dont l'extrême obligeance m'a été si utile, me signale une vieille miniature du Librn dei giusti\iati in Ferrara, 1 44 1 - 1 577 . (Page 21.) Fille nous a conservé l'aspect qu'avait le palais précédent, celui du temps de Calvin.

Et puis vient le palais del Magistrato, l'ancien palais d'Esté, où logea le Réformateur. Il faut ici faire halte.

6° Les Este ne s'étaient pas contentés de leur palais. Pour se garantir contre les surprises des révolutions, ils avaient fait bâtir, un peu plus loin, le Château ', et ils avaient ensuite relié le Palais au Château par ce qu'on appelle le Palais des Cardinaux. Ils pouvaient ainsi se rendre du Palais au Château, sans être vus, et, en cas de sédition populaire, sans être arrêtés.

A partir de 1476-, les ducs habitèrent le Château, et, en 1 532, un incendie dévora une partie du vieux palais, l'escalier, la façade et un passage suspendu, et couvert. Ce passage datait de i5i5, reliait le palais ducal au palais épiscopal (celui-ci se trouvait en face, à côté de la Cathédrale), et, ici encore, permettait aux princes de passer sans être vus, sans traverser la place3.

Le plus célèbre et le plus sûr des historiens du vieux Ferrare, A. Frizzi, auteur de cinq gros volumes d: Etudes et d'un petit Guide, nous a conservé la tradition suivante : « Dans le plafond des Camerini, qui touchent au théâtre de l'Académie des Intrépides [Société littéraire du XVIIe siècle], sont des figures et des arabesques en partie gâtées, mais exécutées par des mains habiles. Dans cette pièce, d'après la tradition constante, a habité Jean Calvin.... Là, il demeura, et dans la petite chapelle conservée jusqu'à présent et récemment détruite, dans la pièce plus petite que l'autre, il accomplit les pratiques de sa foi4. »

La tradition est ininterrompue. Encore aujourd'hui le peuple l'atteste en indiquant la porte de Calvin, celle par où il se serait enfui, quand l'inquisition voulut l'inquiéter. C'est une petite porte (Page 22) avec quelques sculptures, vis-à-vis de l'escalier (Page 23) conduisant à la chambre.

La pièce des Camerini se voit encore, relativement petite, avec deux fenêtres donnant sur une cour intérieure et bardées de fer : le plafond, en voûte, a été passé à la chaux comme les murs

Tout à côté sont les grands appartements princiers, une suite indéfinie de salles immenses, restaurées. Mais le plus curieux est, au bout, un cabinet minuscule, tout boisé, et dont les petites boiseries sont entremêlées de petites glaces, sur les murs et au plafond. On dirait qu'on se trouve dans le plus luxueux des

I. « A la fin de 1385, Nicolas d'Esté, pourvoyant à ses commodités comme à sa sûreté, avait, en continuation de sa demeure particulière, bâti le château, qui avec le rehaussement (rialzature) d'Hercule II, est certainement un des plus beaux monuments de l'Italie. » Fontana, p. 81. - 2. Renseignements fournis par M. l'ingénieur Filippo Borgatti, que nous remercions pour l'amabilité avec laquelle il nous a reçu. — 3. Notizie relative a Ferrara, per la maggiore parte inédite, ricavate da document! ed illustrate, da Luigi Napoleone, Citadella, 1864, p. 323. — i. A. Frizzi, Guida del forestière per la città di Ferrara, 1787, p. 43.

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Ferrare. Ancien palais de justice, (p. 20.)

coffrets, et tous ces petits panneaux ont été couverts par Dosso Dossi de petites miniatures sur fond or ; ce sont des centaines de petites et jolies figures, semées au milieu d'élégantes arabesques.

Et cependant, la chambre retirée, blanchie à la chaux, aujourd'hui si banale qu'il ne servirait à rien d'en donner un dessin, m'a fait une autre impression que le boudoir merveilleux des princesses.

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Il n'y a pas de bonne raison pour douter que Calvin ait habité ce palais. Il n'y a pas de bonne raison pour se refuser à admettre que, dans cette retraite, il ait vécu plusieurs semaines, et écrit sa lettre à Duchemin, et sa lettre à Gérard Roussel.

Le temps a effacé tout le reste. Mais les lettres sont là; et elles suffisent pour

nous renseigner sur ce qui nous intéresse le plus, l'état d'âme de notre voyageur, de notre Réformateur.

A propos de ce qui se passa l'an 1 537, Bèze raconte : « En ce temps-là, Calvin fit imprimer deux Epistres, les quelles il avait escrites d'Italie, au voyage que nous avons dit qu'il y fit, à certains de ses amis de France *. »

De ces deux amis, le premier était Nicolas Duchemin 2, et la lettre qui lui avait été adressée fut publiée sous ce titre : « Comment il faut éviter et fuir les cérémonies et superstitions papales cl de la pure observation de la religion chrestienne. Jean Calvin à N., fort homme de bien, son singulier ami. Salut3. » Duchemin avait interrogé Calvin. Calvin lui répond, ceste Egypte, là où tant de monstres, d'idoles et

Ferrare. Porte de Calvin, (p. 20.)

L'Eglise catholique est

1. Vie de Calvin (2e édit), Opéra, XXI, p. 60. Du vivant même de Calvin, en 1552, dans la préface de son édition des Opuscnla, Nicolas des Gallards, après avoir parlé de la Psyc/iopannychia, continue : « Ensuite, comme il en voyait beaucoup à qui la vérité de Dieu était connue, et qui cependant se souillaient aux horribles cérémonies des impies, et se préoccupaient de leur fortune ou de leur vie plus que de Dieu, il estima qu'il fallait les stimuler par les aiguillons de la Parole, et les exciter tant en particulier qu'en public. C'est pourquoi, pour attester publiquement ce qu'il avait souvent dit en particulier, il publia deux épîtres qu'il avait écrites d'Italie, sur ce sujet, à certains amis (quas de hac rc ad quosdam amicos ex Italia scripserat...) » Opéra, V, p. xi. Sans aucune preuve particulière, M. O. Douen conteste les affirmations si nettes de Des Gallards (dans la préface que certainement Calvin eut sous les yeux) et de Th. de Bèze, et il y oppose les hypothèses que voici, à propos de la lettre de Duchemin: « A condition de sous-entendre que Calvin avait reçu à Bâle la lettre de Duchemin (car le nouveau pseudonyme qu'il avait pris rend difficile de croire qu'elle lui ait été envoyée à Ferrare), rien n'empêche d'admettre qu'elle ait été ébauchée dans cette ville, puis retouchée et augmentée plus tard en vue du public. Mais rien non plus ne prouve qu'elle n'ait pas été écrite à Bâle. Si ce morceau avait reçu sa forme actuelle à Ferrare, la duchesse en aurait eu connaissance et en aurait sans doute fait prendre copie. Mais ce n'est point le cas, puisque Calvin crut nécessaire de lui en envoyer un exemplaire cinq ans plus tard, et quatre ans après la publication. » O. Douen, Clément Marot, I, p. 208. Pour la lettre à G. Roussel, voir plus bas, p. 27. — Opéra, XXI, 3e édit., p. 127. — 3. Opuscules, p. 58.

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d'idolâtries » blessent les regards ; là où pullullent « les sacrilèges tant détestables, pollutions et ordures de Babylon *. »

Il n'y a qu'un moyen de ne pas se souiller, c'est de résister dès le début, de ne pas môme délibérer. « Car, quand premièrement nous nous permettons de délibérer, déjà en cela nous passons les bornes2. » « Je n'ignore point combien sont plus amiables à nostre chair tendrette les eschappatoires et refuges, lesquels semblent jetter loin et repousser ou oster quelque danger et péril3. » Mais peu importe! il ne faut pas se « retirer, ne fust ce que de la largeur d'un ongle, de l'obéissance de nostre Père \ » « Mieux vaut se laisser avertir, et même aprement piquer ou pinser jusques au sang 5. »

Le principe est clair : « vraye piété engendre vraye confession 6. » Tout est là, et il faut s'y tenir.

Alors Calvin commence son attaque contre les cérémonies romaines.

Avec quelle furie !

Voici d'abord les dons jetés dans les troncs aux indulgences : « Ainsi celuy qui jettera au tronc quelque pièce d'argent ès temples, où les pardons sont déployez et mis en vente, ou qui aura racheté quelque chose de ce thrésor plus que trop plein et libéral des indulgences et dispensations papales, par ceste marque, il a consenti à ces meschancetez et détestables foires, et les a approuvées et ratifiées. Et je ne reçois ceste vulgaire et commune excuse, qu'il faut appaiser la rage des prestres par quelque pièce d'argent, ou petite, ou grande bien souvent, ne plus ne moins qu'une beste dangereuse, quand on luy jette quelque morceau en la gueule. Ainsi ceux-ci, quand il est question de gain, ils sont plus affamez et enragez après la proyc, que tous lions bruyans de faim 7 »

Puis vient l'eau bénite : « Finalement ceux qui prennent de l'eau bénite, consacrée par abjurations et enchantemens diaboliques, et en arrousent leur front, ne sont-ils point effrontez, quand ils osent débatre qu'il leur est impunément licite de le faire? Mais que veulent-ils par un tel arrousement ? quoy ? nettoyer en public les macules de leur face par une goutte d'eau punaise [qui sent mauvais :

i. Opuscules, p. 58. — i. Ibid., p. 62. — :i. Ibid., p. 61. — 4. Ibid., p. 61. — fi. Ibid., p. 62. — 6. Ibid.. p. 63. — 7. Ibid., p. 73.

Ferrare. Escalier du Municipio, conduisant à la chambre de Calvin, (p. 20.)

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ou se jouer ainsi follement en une assemblée célèbre? Ce n'est ne l'un ne l'autre; mais ils prennent le peuple, qui est là regardant, pour tesmoin, par ce signe là, qu'ils n'ont point en mépris la saincteté de ceste eau conjurée1. »

Mais c'est surtout contre la messe que Calvin concentre son attaque : « Considérons donc quelque peu quelle est ceste chose d'assister aux mystères de la

messe Quand ils y vienent, ils mettent en oubli qu'ils vienent là pour estre

spectateurs d'une horrible tragédie.... Je di seulement que nul fidèle ne peut ignorer que le seul nom de sacrifice (comme les prestres missatiers le prenent)

abolit entièrement la croix du Christ2 Quand il n'y auroit que ces deux poincts

[abolition de la croix, et renversement de la cène] qui sont tousjours conjoincts à la messe, en sorte qu'ils n'en peuvent estre séparez aucunement, par lesquels je prens peine de te rendre exécrable toute la communion de la messe, que pourrois-tu faire autre chose que de la détester avec moy d'une mesme bouche ?...

C'est de l'idolâtrie détestable, quand on fait accroire que le pain est Dieu Un

morceau de pain (ou une oublie) est monstré, adoré, invoqué, et finalement tenu

et creu pour Dieu : ce qui n'a jamais été persuadé aux Gentils de leurs idoles

Car il ne s'en suit point pourtant, si le Seigneur donne son corps à ses fidèles, qui révèrent religieusement la mémoire de sa mort, qu'il se donne aussi soy même à des prestres puants et infâmes, pour estre sacrifié et mis à mort, toutes et quantes fois qu'il leur plaira : sinon, peut-estre que nous pensons qu'il y a une telle vertu en ceste huyle puante [avec laquelle le prêtre est consacré], qu'elle ait rendu habiles toutes les mains, qu'elle a oinct, à former Christ ; ou que nous croyons que le vouloir et fantaisie d'un prestre missatier ait l'authorité et crédit d'un décret céleste, à fin qu'il ait Christ présent soudain à sa poste, toutes et quantes fois qu'il luy plaira le faire descendre du ciel ; ou que nous nous forgeons, et attribuons aux parolles de Christ, quelque vertu magique, lesquelles estans

seulement marmotées à droit, monstrent leur vertu et efficace Il est donc

manifeste que ce dieu, que le prestre en s'esbatant et faisant du badin, monstre, tourne et vire çà et là à l'entour de l'autel, n'est tiré du ciel, comme ils nous veulent faire accroire : mais qu'il est tel qu'il est venu du moulin3. »

Quelle est donc la conduite à tenir? Le Réformateur, dont la passion obscurcit bien rarement le bon sens, dit : « Je ne requiers point que vous faciez profession de vostre foy et religion publiquement, seulement je demande de vous de ne la renier par profession d'impiété''. » « Je vous enseigne de vous abstenir en général de toute communion de sacrilèges. Car par la communion, vous entendez non point toute simple prochaineté de lieu, laquelle ne nous peut envelopper en iceux : mais et le consentement intérieur, et toute signification et attestation extérieure, par laquelle nous approuvons et ratifions tels sacrilèges1'. »

Calvin termine par cette page magnifique: « Eh quoy ? encores à grand peine toutes ces choses nous seront persuadées estre tant grandes que nous ne voudrons perdre la vie pour elles et espandre notre sang, s'il estoit besoing? Mais

I. Opuscules, p. 73. — Ibid., ;>. 74. — :t. Ibid., \>. 75, 76. — '1. Ibid., p. 95. — 5. Ibid.,p, 83.

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certes nous estimons et prisons trop la brève usure et les profits de ceste misérable vie, si nous la prisons tant qu'elle doyve conster par le salaire d'une telle * impiété.... La mort n'est qu'un passage, par un sentiment de douleur bien brief, à une vie immortelle et un repos bienheureux.... Mais vous me direz : il t'est bien facile, estant là à ton grand loisir, de jetter ces flambeaux impétueux, comme de philosopher de la guerre en l'ombre : mais s'il falloit venir au danger, tu penserois et jugerois bien autrement1. Certes, combien que je me promette choses beaucoup plus grandes de la bonté de celuy par la vertu duquel nous pouvons toutes choses, et ne doute point en quelque péril et danger qu'il me laisse et permette tomber, et en estre enveloppé, qu'il ne me confirme et maintienne le courage, jusqu'au dernier soupir : toutes fois je ne veux point que vous jettiez les yeux sur moy. Car je ne vous propose point seulement ce que j'ay médité seul en mon estude et à mon privé : mais ce que les invincibles martyrs de Dieu se sont mis tousjours audevant, au milieu de leurs maux, croix, feux et boucheries de bestes cruelles. Par la mémoire et récordation desquelles choses, s'ils n'eussent esté incitez et picquez, ils eussent facilement renoncé la vérité éternelle de Dieu, laquelle ils ont constamment signez par leur sang. Or ils ne nous ont point précédez, par exemple de constance, en maintenant la vérité, pour dire qu'à présent nous la laissions là, laquelle ils nous ont ainsi donnée, ratifiée et signée : mais nous ont enseignez un art par lequel, estans aidez par la vertu du Seigneur, nous pouvons consister victorieux contre toute l'armée de la mort, des enfers, du monde et de Satan. A Dieu2. »

A peine Calvin avait-il terminé cette première épître, qu'il reprenait la plume pour en rédiger une seconde :|. Un nouveau fait venait d'exciter au plus haut point son indignation.

Duchemin était un simple laïque, qui, dans une position difficile, lui avait demandé conseil. Et voici qu'un autre ami, non plus un laïque, mais un pasteur, un de ceux qui avaient le plus aidé la Réforme naissante, Gérard Roussel, non seulement ne lui demandait pas conseil au milieu de graves hésitations, mais acceptait publiquement ces compromissions, ces pollutions, que lui, Calvin, flétrissait au même moment d'une manière si énergique. Gérard Roussel venait de se laisser nommer évêque'1 d'Oloron3.

i. Calvin n'était pas si loin du danger que pouvaient le penser ses amis de France. Malgré Renée, l'Inquisition pouvait intervenir tout à coup à Ferrare. On le vit bien quelques jours plus tard. — "2. Opuscules, p. 96. — 3. Opéra, XXI, p. 127. — i. Gérard Roussel fut « recommandé » pour l'évêché d'Oloron, à la cour de Rome, en septembre 1535, après que l'évêque, Pierre d'AIbret, fut mort, le 6 septembre. Dans ses Epigrammata, imprimés à Lyon, en août 1536, J. Voulté donne à Roussel le titre d'évêque. La nomination dut donc être faite au commencement de 1536. (Herminjard, III, p. 312, n. 27.) Calvin écrit au moment où les amis de Roussel rivalisent encore de félicitations à propos de sa nomination récente : « depuis quelques mois qu'il y a que tu tiens ceste esveché » (Opuscules, p. 107) : - Maintenant un chacun

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Evidemment Calvin tressaille de colère.... Son ton change. Il a appelé Duchemin « fort homme de bien ; » « son singulier ami ; » « mon très doux ami ; » et, clans tout le cours de la lettre, il ne cesse de le ménager. Tandis que, tout de suite, il intitule sa lettre à Roussel : « Jean Calvin à un ancien ami, de présent prélat. » La rupture est accomplie. Même Calvin, non content de s'adresser à Roussel, s'en prend « à tous ceux qui sont en même dance, » à « toute la trouppe 1 . »

Nous nous bornerons à reproduire le tableau idéal que notre Réformateur trace du ministère évangélique2 : « Il est impossible de dire de quelle ardeur il faudra que tu sois poussé et enflambé, afin de t'y employer en toute diligence, sans rien oublier. Car ce est une besongne qui ne laisse pas dormir et songer son homme.... Le Seigneur déclaire quel guet il veut que tous ministres de son Eglise facent : c'est à savoir que, cependant que tout le peuple est comme endormi, ceux-là soient en une guette et bien haut, regardant de loin tout alentour, que quelque calamité ne le surprenne à despourveu ; que si tost qu'ils verront quelque apparence de danger, ils le facent savoir long temps auparavant, tellement que leur vigilance et soin serve d'yeux à toute l'Eglise; leur voix soit comme le son de la trompette, à laquelle toute la ville s'attende pour avoir advertissement de ce qui sera de faire Le ministre de l'Eglise a affaire à deux sortes de gens. Envers les uns, il faut user d'admonition et exhortation, à savoir envers ceux qui se rendent dociles. Les autres, d'autant qu'ils sont rebelles, il les faut combatre et rembarrer en leur obstination. Et n'est-ce pas ce que nous avions dit par ci devant, qu"il doit avoir esgard tant à paistre les brebis comme à chasser les loups ? Ceux qui ont les aureilles ouvertes pour ouyr la voix du vray Pasteur, ceux qui escoutent volontiers et se rendent traictables, telles gens doyvent estre tenus pour brebis. Soit donc qu'il les faille instruire en leur ignorance, ou resveiller en leur paresse, ou accourager en leur faiblesse; soit qu'il les faille advertir ou reprendre de leurs fautes, ton devoir est d'y procéder avec une naïfve affection, une douceur et sollicitude telle que monstre le berger envers ses brebis. Cependant aussi il faut que tu ayes tousjours un œil dessus les loups, prenant garde que, par leurs ruses et cautèles, ils ne tirent les povres brebis hors du parc de Christ, pour les surprendre. Par les loups, j'enten deux manières de gens. Premièrement ces contempteurs de toute religion, lesquels, comme toute la saincte Escriture leur est quasi pour fable et risée, prenent plaisir de jetter leur venin contre les simples, et seroyent contens d'infecter les povres consciences d'un mesme contemnement de Dieu et mespris de sa Parole,

va disant que tu es bienheureux... à cause de ceste nouvelle dignité d'évesque qui t'est venue.... Elle t'apporte aussi un gros revenu de deniers, desquels non seulement tu pourras entretenir le train de ta maison.... » (Opuscules, p. 99.) Calvin se trompait. Roussel connut tout autre chose que l'opulence. (Voir Jean Calvin, I, p. 421.) — 5. Oloron, en Béarn, comme l'écrit Gérard Roussel lui-même, dans le document dont nous avons donné la reproduction phototypique (Jean Calvin, I, p. 421).

i. Opuscules, p. 97. Voir ce que nous avons déjà dit et cité de cette lettre. Jean Calvin, I, p. 418, 419. — "2. Aucun mot n'indique qu'il en est chargé lui-même à ce moment. — •'!. Opuscules, p. 101.

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dont ils sont pleins. Puis après j'enten aussi les faux prophètes et caphards, qui ne cessent d'obscurcir la vraie et pure religion par leurs resveries et mensonges détestables, la corrompre par fausses doctrines, la deschirer en pièces, et troubler par leurs crieries et débats contentieux *. »

Naturellement la lettre à Roussel n'est pas moins vive, moins excitée, moins passionnée que celle à Duchemin contre les cérémonies romaines. Calvin y dénonce « les petits dieux à milliers, les marmousets et images à pleines charretées2 ; » il y dénonce les vicaires, ces « petits vilains laronneaux et brigandeaux, » par lesquels les curés et les évêques « commettent infinies sortes de rapines, extorsions, pilleries, larrecins et brigandages 3. » « C'est une escorniflerie et piperie toute évidente'', » s'écrie-t-il. Il ajoute : « Je te traitte encore bien doucement, quand je t'appelle homicide et traistre. Car voyci un crime mal-heureux et détestable par dessus tous autres, c'est que tous les jours tu vends et crucifies le Fils de Dieu, en tant que toy est 5. »

Voilà donc Calvin pensant et écrivant à Ferrare, à la cour, chez Renée0. Il était dans une période de controverse, de violente polémique contre Rome, d'horreur pour les Pseudo-Nicodémites. Impossible évidemment de nous le représenter

1. Opuscules, p. 103. — 2. Ibid., p. 116. — 3. Ibid., p. 117. — i. Ibid., p. 109. — S. Ibid., p. 108. — 6. On a dit, il est vrai, que le texte primitif de Ferrare, 1536, pouvait avoir été modifié pour l'impression de Bàle, 1537. On a même cru pouvoir signaler quelques additions, du reste insignifiantes, à ce texte primitif. Evidemment on ne peut garantir qu'aucun mot n'a été changé ou ajouté. Mais voici la remarque essentielle. La préface est datée du 12 janvier 1537, et, d'après cette préface, les lettres ont déjà circulé, et beaucoup, de main en main; ce qui a pris plusieurs semaines. Il faut peser les expressions dont se sert Calvin : « Ces lettres ont déjà porté un tel fruit qu'il en espère un plus grand à l'avenir... elles ont été lues par ses familiers, et par d'autres (alios non paucos). » Opéra, V, p. 238. Si les lettres ont été sensiblement modifiées, il faut donc qu'elles l'aient été à peine quelques semaines, quelques jours, après avoir été écrites. Pourquoi ? Calvin avait-il l'habitude de modifier subitement ses ouvrages, de modifier subitement ses sentiments r On sait le contraire. Nous avons donc bien dans ces deux lettres un portrait fidèle de son âme pendant son séjour à Ferrare. Pour le contester, M. O. Douen, cherchant à établir une grande différence de ton entre la lettre à Duchemin et la lettre à G. Roussel, veut montrer que celle-ci a été écrite non à Ferrare, mais à Genève. « Voici en quels termes, dit-il, Calvin ne craint pas de parler à un homme véritablement digne de respect.... Ces injures recommencent à la fin de l'épître, qui se termine par de véritables calomnies contre la vie du pieux évêque : « Tant que tu seras de la bande de ceux les quels Christ nomme voleurs, brigands et meurtriers de son Eglise, estime de toy ce que tu voudras, pour le moins je ne te tiendray jamais ne pour chrestien, ne pour homme de bien. Adieu. » Et M. Douen de conclure : « Quant à la seconde lettre... c'est un pamphlet. » « La déclamation qui y règne, contraste singulièrement avec le calme et la sagesse du morceau précédent. On y sent le chef de parti. » « Ou nous nous trompons fort, ou ces invectives ne sont point parties d'Italie. S'il y a eu une lettre manuscrite primitive, elle a dû ressembler assez peu à celle qui est imprimée.» (Douen, I, p. 209, 210.) Nous répétons que le temps et les raisons manquent également pour supposer qu'en quelques mois, ou même quelques semaines, Calvin a écrit une lettre, l'a refaite en entier pour la mettre en circulation, et s'est décidé à l'imprimer. Du reste, cette vivacité de ton, particulière à l'épître à G. Roussel, s'explique très bien, si l'on pense que Calvin écrit précisément ab irctto, au moment où il apprend la nouvelle qu'un des initiateurs de la Réforme vient d'être nommé évêque! Tout autre était la situation de Duchemin. Ajoutons, avec plaisir, que les craintes de Calvin ne se réalisèrent pas, que Roussel resta évangélique et très bon pasteur. Fréquemment, en parcourant son diocèse, il prêchait deux ou trois fois par jour, et toujours dans la langue du peuple; à la vérité, il disait la messe et consacrait le pain en prononçant les paroles sacramentales usitées dans l'Eglise catholique, mais il donnait la communion sous les deux espèces.... « Le soin qui le préoccupait le plus était celui de l'instruction de la jeunesse.... Il provoqua l'établissement d'écoles. » (C, Schmidt, Gérard Rousse/, 1845, p. 120.) Flo-

CALVIN EN ITALIE

agissant, à ce moment même, comme l'un d'eux, jetant son obole dans le tronc aux indulgences, prenant de l'eau bénite, s'il lui arrivait d'entrer à l'église, assistant à la messe.... Ce n'est pas tout. Dans les pages de Y Institution et des Deux lettres, Calvin ne se montre pas seulement le grand dogmaticien, l'ardent polémiste de la Réforme : il se révèle aussi comme son pasteur, avec toutes les préoccupations, et le sentiment de toutes les responsabilités du pasteur. Est-il possible qu'il se soit abstenu de tout enseignement, de toute controverse et de tout pastorat auprès de ceux qui avaient un si grand besoin d'être éclairés, confirmés et consolés? De l'abondance du cœur la bouche parle. Or nous savons maintenant ce dont son cœur était plein.

Le moment est venu de nous rendre avec lui au Château. La masse rouge se détache sur le ciel bleu, entourée, en bas, comme d'une bande verte par les eaux dormantes du fossé Pamphili.

C'est un énorme quadrilatère, avec quatre fortes tours aux angles. Mais, sur chaque façade, des constructions pour la défense des portes s'avancent, laissant passer l'eau sous des arceaux qui rompent la monotonie de l'édifice, et offrent à l'œil de pittoresques perspectives sur une citadelle enchevêtrée du moyen âge. Tout le long, en liant, court une galerie en marbre blanc, supportée par de petites arcatures qui complètent, grâce à cette ornementation heureuse, l'effet saisissant de l'ensemble; la masse flamboie au grand soleil, immense et rutilante (Pages 29 et 3i).

Nous passons sur le pont-levis. Il y a encore deux images de la Vierge ; et, devant une, brûle la lampe. C'était peut-être après les avoir aperçues que Calvin écrivait, d'ici, à Duchemin qu'il fallait bien voir les images, sans quoi on se condamnerait à ne pas sortir.

La visite commence par les cachots. Je n'en connais guère qui fassent une telle impression. C'est bien ici que Dante aurait pu dire: «Laissez toute espérance ! » On descend deux escaliers, on arrive dans un couloir dont les murs, de chaque côté, ont plusieurs mètres d'épaisseur. Dans le mur extérieur, une meurtrière, qui ne laisserait pas passer la main, est garantie par plusieurs grilles de fer. Derrière le mur intérieur, avec une meurtrière aussi, bardée aussi de fer,

rimond de Raemond {Histoire de l'hérésie, 1623, p. 851) a été obligé de lui rendre hommage en ces termes: « Parce que Roussel, considéré par l'extérieur, sembloit estre de bonne vie, que sa meute de chiens et lévriers estoit un grand nombre de pauvres, ses chevaux et son train, une troupe de jeunes enfans eslevez aux lettres, il avoit beaucoup de créance parmi le peuple. » Du reste, le 16 avril 1540, Farel écrivait à Calvin : -< On dit que Roussel, mon précepteur, s'efforce d'annoncer la Parole, de faire des aumônes, et d'élever des enfants dans les bonnes lettres. Fasse Christ qu'il continue saintement. > (Opéra, XI, p. 33.) Et enfin Calvin lui-même, dans sa lettre à Marguerite, du 28 avril 1545, et sur une question qui intéresse au plus haut point son honneur, s'en remet sans hésitation à Roussel du soin de le justifier. « Je m'en rapporte, dit-il, à Monsieur de Clérac, » (Ibid,,XlI, p. 68.)

FERRARE

se trouve le cachot. La lueur paie, qui arrive du dehors, franchit ainsi sept grilles de fer! Le cachot est fermé par trois portes petites et épaisses, deux en bois et une en fer ! Que de fer ! que de fer !

Est-ce clans ces prisons que le duc garda deux de ses oncles? L'un mourut

Ferrare. Le château, (p. 28.)

en 1540, après trente-deux ans de captivité, l'autre n'en sortit qu'à la mort du duc lui-même, après cinquante-quatre ans de captivité1 !

Oh ! le moyen âge, ses belles dames, ses grands seigneurs, ses beaux velours, ses soies chatoyantes..., quelle horreur! Gomme le XVIe siècle a bien fait de sonner ! Comme Savonarole a bien fait de lancer ses invectives aux Borgia ! Comme Calvin a bien fait d'ébranler les assises de l'ancienne tyrannie ! Emergeons !

Nous voici juste au-dessus de ces horribles cachots, dont le souvenir poursuit comme un cauchemar, dans la salle de l'Aurore : ce sont les appartements de Renée de France. On y arrive en traversant la salle des Géants, et l'enchantement des peintures recommence.

La salle de l'Aurore est ainsi nommée, parce que le plafond est couvert par

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