Seyboth, p
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deux fois autant que le drap. Tout à la fin du quinzième siècle (1492), la mode est aux vêtements collants, et ils finissent par atteindre une telle indécence que le magistrat intervient. Du reste, les femmes ne sont pas beaucoup plus réservées, et
Le Bain aux [liantes, (p. 314.)
leur luxe est excessif. Les grandes dames se décollettent outrageusement; les femmes d'artisans ou de paysans se parent de voiles valant cinq ou six florins, de ceintures d'or valant -trente à quarante florins. Jusqu'à ce que la mode change, et qu'après avoir fait la guerre aux vêtements collants, le magistrat se voie dans la nécessité de faire la guerre aux vêtements amples, si amples qu'ils flottent1 (i568).
1. Seyboth, p. 228, 230. Il y a lieu ici de constater l'influence de la Réformation sur les mœurs. Dans son livre curieux sur la Justice criminelle et la police des mœurs à Strasbourg, au seizième et au dix-septième siècle, 1885, M. R. Reuss arrive à cette conclusion : « Le seizième siècle fut réellement parmi nous un âge d'or pour la morale publique et privée. » p. 187. Et il en donne cette preuve remarquable : « En relevant sur les listes de l'état civil le chiffre des naissances illégitimes de chaque année, on s'assure combien la pureté des mœurs devait être générale à cette époque.... La proportion moyenne des naissances illégitimes, relativement aux autres, est d'une seulement sur quatre-vingt-dix à cent cinquante naissances. Elle était infiniment moindre encore avant le déchaînement des guerres de la fin du seizième siècle, puisqu'en 1581 on ne comptait qu'une seule naissance illégitime, pour deux cent trente-trois naissances légitimes. » p. 191-193. Or on sait qu'aujourd'hui le nombre des naissances illégitimes forme le quart, quelquefois le tiers, quelquefois la moitié environ du nombre total des naissances.
A STRASBOURG
Il ne faut pas toutefois être dupes de ces excentricités, ou de ces orgies de luxe, de soie et de velours. Sans doute à ce moment tout est excessif. Il y a de grands vices et de grandes vertus, des échoppes et des cathédrales ; et c'est extrêmement pittoresque. Mais enfin la réalité, c'est le quartier du Bain aux plantes, coloré lui aussi, certes, avec des lignes qui nous font rêver, qui nous ravissent par leurs heurts ou leurs enchevêtrements imprévus,... et malgré tout, c'est miséreux.
Les peintres sont dans l'extase. Qui voudrait y habiter ? Encore, toujours, quel bonheur que le bon vieux temps ne soit plus !
Ni les Tauler, ni les Geiler n'ont pu l'empêcher de s'effondrer. Certes, ils étaient grands, leurs caractères ; elles étaient belles, leurs âmes. C'étaient des saints, et pas les seuls, représentant d'autres saints, qui avaient essayé de réformer le catholicisme par la piété et par la morale. Nous les saluons avec respect. Plus encore que les poêles et les cathédrales, ces héros chrétiens nous attirent vers l'époque où ils vécurent. Et cependant ils ont échoué. Geiler a échoué comme ses deux amis, aussi célèbres que lui, et dont la vie est inséparable de la sienne, Brant et Wimpheling. — Il a échoué ce Sébastien Brant, né en 1457, dans la taverne de son père, au Lion d'or, dans la rue d'Or. Il publia, en 1494, son fameux poëme, « la Nef des fous, » qui fit de lui le plus populaire des littérateurs et des moralistes. Il frappait les vices, et fort. Geiler emprunta à cette « Nef des fous » les textes de toute une série de sermons de Carême. Mais s'il s'est plaint du clergé, Brant n'a jamais attaqué l'Eglise. Au contraire, il ne veut corriger les moeurs du peuple que par une propagation plus efficace de la piété catholique. Et au moment où la Réformation éclatait, il fut heureux de mourir, le 10 mai 1 52 1 ^ — Il a échoué ce Wimpheling, qui eut Geiler « pour maître de sa jeunesse, pour hôte et ami de son âge mûr, pour consolateur de sa vieillesse, » et qui fut surnommé Pœdagogus Germaniœ. Né à.Schlestadt, le 25 juillet 1450, il attaqua vivement le népotisme papal, l'impudicité du clergé, son avidité, son avarice ; il osa dire que le monachisme ne constituait pas un état supérieur de la piété. Lorsque Luther entra en lutte contre Tetzel, il applaudit, et même il fut un moment dénoncé comme hérétique, lui le chantre enthousiaste de l'immaculée conception. Son orthodoxie l'emporta bientôt. Dans la querelle entre Reuchlin et les Dominicains, il refusa de se prononcer. Lui aussi était un de ces hommes, qui, selon le mot de Goethe, « reculent d'épouvante devant les esprits qu'ils ont évoqués. » Il adressa à Capiton une lettre indignée, en apprenant qu'il prêchait contre le culte de la Vierge. Et quel ne fut pas son effroi, quand il vit une tentative faite, à Schlestadt même, pour y introduire la Réforme ? Il ne respira de nouveau qu'après la sanglante victoire remportée sur les paysans,
1. Schmidt, Histoire littéraire, I, p. 236, 332. R. Reuss, Vieux noms, etc., p. 92-101.
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quand les prédications luthériennes furent interdites, et les anciennes cérémonies rétablies. Il mourut le 17 novembre i528 '.
Tous ces mystiques et tous ces critiques, tous ces saints et tous ces moralistes strasbourgeois 2, pas les moindres certes dans la chrétienté, ont échoué. Pourquoi donc ?
Ils voulaient restaurer l'Eglise, ils ne voulaient pas la réformer ; restaurer la piété, la morale, et non réformer la doctrine, le dogme. Et l 'histoire, refusant de se prêter aux fantaisies de théologiens plus ou moins modernes, nous l'enseigne de sa voix, toujours la même à travers les siècles : la doctrine, c'est la source ; vouloir un fleuve pur, tout en conservant la source impure, c'est une chimère.
Il était temps qu'à la Réformation par le mysticisme, et à la Réformation par la morale, succédât la seule Réformation, vraiment mystique et morale, la Réformation par la doctrine, celle des Luther, des Zwingle et des Calvin.
Et tandis que la nuit se fait sur le vieux quartier du Bain aux Plantes, ma pensée ne voit plus que les deux pierres, la tombe et la chaire : une tombe dans laquelle est descendu le catholicisme, une chaire dans laquelle va monter la Réformation.
i. Schmidt, Histoire littéraire, I, p. 84-99. R- Reuss, Vieux noms, p. 160-170. Rathgeber, « Un humaniste du seizième siècle. » Bulletin, XVIII, 1869, p. 561-572, et XIX-XX, 1870 et 1871, p. 49-58. — 2. On ne saurait les confondre avec les Réformateurs avant la Réforme : car, s'ils furent Réformateurs, et ils le furent, ce fut malgré eux. Dans une lettre du 11 novembre 1524, Wimpheling illustre curieusement cette situation. Son disciple préféré, Jacques Sturm, penchait de plus en plus vers les idées nouvelles. Wimpheling l'avertit. Et il raconte la scène qui se passa: « Il me parait être complètement rempli du poison wicliffite. Je lui en ai fait l'observation. Mais il m'a répondu : bin ich cin ketzer, so liant ir mich su einem gemacht (si je suis un hérétique, c'est vous qui m'avez rendu tel). Il m'a forcé au silence. » (Induxit mihi silentium.) Baumgarten, Jacob Sturm, Rede, p. 27, n. S.