‹ Jean Calvin (volume 2)Chapitre 39 sur 123 · SL · texte numérisé non relu

SL

7ïS

~— ar-j . — •

Inscription de Calvin dans la Corporation des tailleurs. (Archives de Gotha 2.)

lisée de cet acte ; en voici la traduction : « Jean Calvin a acheté 3 le droit de bourgeoisie, et sert chez les tailleurs. Donné le mardi 29 juillet, année 3g. » Ce premier acte est suivi de celui-ci : « Le 3o juillet, année 39, Jean Calvin a comparu devant le StaW* de nos seigneurs de la ville de Strasbourg et s'est annoncé, selon le règlement : il veut servir chez les tailleurs. »

1. « Les hommes de lettres, les pasteurs, les professeurs, les avocats, pouvaient s'inscrire à n'importe quelle tribu d'arts et métiers. D'ordinaire, ils choisissaient celle de leur père, s'ils étaient déjà bourgeois de naissance, ou bien celle où ils avaient le plus de connaissances et d'amis. Peut-être Calvin a-t-il choisi les Tailleurs parce que leur poêle était tout près de la salle de cours et de son lieu de prêche. » (Note de M. Rod. Reuss). — 2. L'inscription originale se trouvait dans le Biïrgerbuch (Livre des Bourgeois), en parchemin, conservé aux Archives municipales de Strasbourg. Malheureusement les inscriptions de 1530 à 1559 manquent actuellement. — Le document de Gotha est une expédition authentique de cette inscription, comme le prouvent les signatures. — Enfin il y a aux archives de Saint-Thomas (Stricker, p. 44, n. 1) une simple notice, sans légalisation. — Le texte de ces deux actes est reproduit par Gottl. Bretschneider, Johannis Calvini, Th. Bezœ, etc., literœ quœdam nondum édita', Lipsiae 1835. — Voir Annales, p. 249, 29 et 30 juillet. — C'est donc par erreur, observe Kampschulte, « par son erreur habituelle > (I, p. 321, n. 1) que Bèze {Opéra, XXI, p. 131), dit: « Les Strasbourgeois conférèrent à Calvin le droit de cité par honneur {jus honorarium.) » — 4- Stall, recette municipale. Calvin, agréé par la corporation le mardi, et ayant sans doute en main le certificat ci-dessus, qui constatait sa réception, passa le mercredi à

STRASBOURG

Nous pouvons encore accompagner Calvin chez deux imprimeurs1. L'un, c'est Wendelin Rihel, rue Sainte-Barbe (Barbaragasse), N° 18. On y arrive de la place Saint-Thomas, en continuant la rue des Cordonniers, et en traversant la Grande Rue {Lange Strasse). Chez Rihel parut la seconde Institution latine, celle de i53g, avec certains exemplaires portant le nom d'Alcuin, et bien d'autres ouvrages de Calvin. Celuici par conséquent dut fréquenter la maison, qui était un ancien béguinage, fondé en 1466. A la fin du quinzième siècle elle s'appelait Zuin gehowen Hof (à la Cour sculptée). Il n'en reste plus rien qu'une cour, avec quelques portes, quelques fenêtres et un pignon -. — Il y a lieu de le supposer : c'est d'ici que W. Rihel se transporta, vers i55o, dans la rue aboutissant au chevet de l'église de Saint-Thomas, la rue Knobloch (rue de l'Ail), au N° 18 (et 16, pendant quelques années3). La façade a conservé suffisamment son ancien aspect. {Page 352.)

L'autre imprimeur est Knobloch, quelques pas plus loin, dans la rue de la Demi-Lune {Halbmondgasse), N° 3. {Page 353.) Il imprima la célèbre liturgie Pseudo-romaine, celle dont l'unique exemplaire connu (aujourd'hui en possession de M. le professeur Stroehlin, à Genève) nous conserve la liturgie dont Calvin s'est servi à Strasbourg. Il avait sans doute imprimé en i53o, le Psautier, composé par Calvin. De cette maison, d'où sont sortis deux livres de cette importance, le premier Psautier et la première liturgie calviniste, il reste la façade extérieure et son balcon. La cour intérieure a conservé deux de ses côtés, et, en dedans, il y a encore le vieil escalier en bois tout sculpté.

Est-il vrai, comme on le répète, que Calvin accompagna l'école, quand, chassée par la peste, elle se réfugia à Gengenbach, petit village au pied de la Forêt- Noire ? Voici ce qu'on sait. Pendant l'été 1540, les ravages de l'épidémie furent tels que le Gymnase fut menacé d'être supprimé. Beaucoup d'élèves et de professeurs quittèrent la ville. Le 7 juillet i5qo, Jacques Sturm écrivit, d'Haguenau,

la Caisse de la municipalité pour y verser ses droits d'admission. « Ces droits étaient, d'ordinaire, au XVIe siècle, de 20 florins pour les étrangers. Les filles de bourgeois affranchissaient leurs maris étrangers, tout au moins en partie, de cet impôt, en les épousant. » (Note de M. Rod. Reuss.)

i. « Les imprimeurs strasbourgeois, à l'exception d'un seul, étaient favorables aux idées nouvelles.... Il suffit de citer Jean Knobloch, Martin Flach, Jean Schott et Wolfgang Kœpfel. Ce dernier, le plus important de tous, avait son imprimerie près du marché aux chevaux, aujourd'hui la place de Broglie. » Bulletin, XXIII, p. 482 et n. 1. — -2. On a déjà « aligné » la maison à côté. Elle va sans doute bientôt disparaître à son tour. — 3. Seyboth, p. 499.

A STRASBOURG

aux scolarques ses collègues : « Ce serait mon avis que l'on fit partir Calvin comme théologien, avec le collège1... » et Jean Sturm. Il pensait certainement à mettre ainsi à l'abri deux vies précieuses. En général les avis de Sturm étaient

fidèlement suivis, et on a pensé que ce qu'il avait dit fut fait 2. Mais voici qu'on a publié une lettre du 8 juillet (donc le lendemain de la précédente), demandant qu'on s'entende avec le chapitre de Saint- Thomas, et qu'on permette à Jean Sturm d'aller à Haguenau. La seconde lettre ne fait aucune allusion à la première. Ne l'annule-t-elle pas ? Du reste Winckelmann déclare que le Gymnase n'alla pas cette année, mais seulement l'année suivante, à Gengenbach 3.

Enfin, il nous faut noter les pérégrinations à travers Strasbourg, non seulement de Calvin, mais de sa communauté elle-même. D'abord il prêcha dans la petite église de Saint-Nicolas-aux-Ondes 4. Les plans de l'époque nous la montrent au milieu des arbres, au bout de la ville. {Page 354.) Son nom lui venait des prairies facilement inondées qui l'entouraient. (Aujourd'hui, à la place, la caserne de St-Nicolas). — Bientôt après, la communauté et son pasteur se transportèrent dans l'église des Repenties, aujourd'hui église Sainte-Madeleine5. {Page 355.) La première pierre avait été posée en 1478, en présence de Geiler : c'était le dernier, en date, des monuments gothiques de la ville. (On y voit aussi le seul vestige encore subsistant du mur d'enceinte de 1228 à 1344.) La tradition raconte que les nonnes étaient restées fidèles à l'ancien culte, et qu'on les forçait à assister au prêche luthérien clans une tribune grillée, à laquelle on arrivait directement du couvent. Elles imaginèrent d'y placer des mannequins, revêtus de leurs propres costumes0. La tribune y est encore. Mais elle n'est pas du seizième

i. Opéra, XI, p. 60. — Schmidt, p. 75. — -2. Calvin aurait pu se rendre à Haguenau de Gengenbach. — :t. Winckelmann, III, p. 71. Voir Marcel Fournier, Les Statuts et privilèges des Universités françaises depuis leur fondation jusqu'en 1789, IV, p. 40 et n. 1 : 17 octobre 1541, « Peste de Strasbourg et transfert de l'école dans le couvent des Chartreux et à Gengenbach. » — 4. « Gallica ei concio concessa fuerit, idque in ede sacra ad D. Nicolaum. » Ouarti Antipappi très partes priores. Joannes Sturmius rector académie Argentoratensis, MDLXXX, p. 20. — o. « Calvin a prêché aux Pénitentes en 1538, 1539, !54o. » Ibid., p. 115. — 6. Seyboth, p. 621. Toutefois, ici comme ailleurs, la légende n'a fait qu'enjoliver la vérité. Voici la note que veut bien m'envoyer M. Rod. Rcuss. « Le fait de la résistance, à outrance, des religieuses de Sainte-Madeleine et de Sainte-Agnès, est bien établi par leur propre chronique, publiée en partie par M. Théod. de Bussièrc, et qui est un des documents les plus curieux de l'énergie féminine à travers tout le XVIme et le XVIIme siècle, jusqu'en 1681. Ces quelques femmes tinrent le magistrat et le couvent ecclésiastique en échec, pendant un siècle et demi. »

Imprimerie Rihel, rue de l'Ail.

STRASBOURG

siècle, ce qui contrarie fort la légende. Plus authentique est le cloître, encore curieux à visiter.

Des Pénitentes, l'Eglise française émigra dans le chœur des Dominicains 1 : c'est là que Calvin la laissa. En 1 552 elle devait trouver un nouveau et dernier refuge dans l'église Saint-André.

C'est à ce point que pendant trois ans Calvin fut mêlé aux hommes et aux choses de Strasbourg. De quelle importance capitale fut pour lui ce séjour, l'histoire nous le montrera. Naturellement tous les historiens 2 l'ont indiqué. Mais comme Kampschulte nous paraît avoir le mieux résumé les faits , nous saisissons l'occasion de citer une page de cet auteur, avec lequel nous avons le regret d'être si souvent en désaccord.

« On peut dire, ce semble, qu'une bonne étoile dirigea le protestantisme, quand M. Bucer ouvrit dans la capitale de l'Alsace un asile à son ami découragé, et, par son insistance, le força, malgré ses résistances, à l'accepter. On aurait

à peine pu trouver U11 lieu qui convînt Imprimerie Knobloch, rue de la Demi-Lune.

mieux pour achever de former le Réfor- (P- 351-)

mateur encore à ses débuts, qui lui offrît, à un tel degré, la possibilité d'acquérir ce qui lui manquait encore, et de se fortifier dans ses tendances essentielles. La place que cette ville occupait dans la grande transformation spirituelle de l'époque correspondait tout à fait à sa grande importance politique, et à son heureuse situation géographique. Après Wittenberg, écrivait Bucer à Berne, il n'y a guère de cité qui se préoccupe à tel point des intérêts généraux de l'Evangile, et se laisse diriger par des vues générales. Les Zurichois, dans une lettre à Calvin, appellent Strasbourg VAntioche de la Réformation. Baignée en même temps par les flots de la Réforme de Wittenberg, et de la Réforme de Zurich ; en communication constante, grâce aux nombreux réfugiés français qui

1. Le 23 juillet 1540, Wolfgang Musculus recommande à Calvin un ami qui veut l'écouter le plus souvent possible chez les Dominicains : « Hoc studii habet, ut auditorium tuum apud dominicastros, dominicis diebus, reddat quam poterit frequentissimum. » Opéra, XI, p. 61. — 2. Voir Stricker, p. 13 : « L'influence bienfaisante de Strasbourg lui donna l'impulsion pour sa vie et son activité ultérieures ; » — Stàhelin, I, p. 171 : « Ces années... marquent le moment où le savant français et le pasteur genevois devient le Réformateur. Pendant son séjour à Strasbourg, il passe de la jeunesse à l'âge mûr La même transformation

se produit dans tout son être intérieur, et surtout dans son caractère. Quand il revient à Genève, il est un homme bien différent de celui que Genève avait chassé trois ans auparavant. » — L'idée est juste, mais l'expression n'est pas exempte d'exagération.

A STRASBOURG

la considéraient comme la Nouvelle Jérusalem, avec l'opposition ecclésiastique des pays romands, Strasbourg permettait à l'étranger, comme peut-être aucune autre ville, de considérer de haut la marche des événements, et d'arriver à comprendre le sens profond de la grande lutte. Aussi Strasbourg ne fut pas seulement pour Calvin une nouvelle école, grâce à l'activité libre, sans entraves, qu'il put déployer dans la chaire du pasteur et du professeur. Mais, en même temps, il ressentit les influences les plus importantes. Il était devenu un autre homme [?], quand, après trois ans, il quitta la ville impériale. Son horizon s'était élargi; sa science s'était approfondie. Il s'était enrichi de nouvelles expériences, et fortifié dans sa tendance essentielle. Il fallait encore ces trois années d'études pour faire de lui le puissant Réformateur, le Législateur, que, de retour à Genève, en 1 541 , nous verrons désormais se maintenir contre toutes les attaques du dedans et du dehors *. »

Pour compléter ces déclarations de Thistorien catholique, c'est un devoir,

Saint-Nicolas-aux-Ondes. (p. 352.) Ce n0US semble' de Placer le témoi-

gnage de Calvin lui-même en l'honneur

de celui qui a le plus incarné l'esprit de Strasbourg, c'est-à-dire de Bucer. Voici en quels termes, à deux reprises, il défend cet « homme de sainte mémoire, remarquable docteur de l'Eglise de Dieu » contre les soupçons persistants de ses amis de Zurich. Le 12 mars 1540, il écrit à Bullinger: « Pour Bucer, je répondrai: il n'y a pas de motif pour qu'il doive vous être suspect en quoi que ce soit. Quoiqu'il soit doué d'une perspicacité singulière et d'une grande finesse d'esprit, personne cependant ne s'efforce plus religieusement de se contenir dans la simplicité de la parole de Dieu, et non seulement recherche moins, mais hait davantage, les arguties étrangères à cette parole :i. » Revenant à la charge, le 26 juin 1548, Calvin répète à Bullinger : « J'ai remarqué le reproche de notre accord avec Bucer. Mais je t'en supplie, mon Bullinger, pourquoi nous séparerions-nous de Bucer, puisqu'il souscrit à cette confession, que j'ai formulée? Je ne vanterai pas ici les vertus, et rares, et très nombreuses, dont cet homme est réellement doué. Je dirai seulement que je ferais un tort grave à l'Eglise de Dieu, si je le

1. Kampschulte, I, p. 322 et n. 2, 323. — 2. Opéra, XLV, p 4. — 3. Ibid., XI, p. 29.

STRASBOURG

haïssais ou le méprisais. Je passe sous silence ce que je lui dois personnellement. Toutefois je l'aime et le révère, de telle sorte que je l'avertis librement toutes les fois que cela me paraît bon *. »

C'est avec cette inépuisable reconnaissance, au fond du cœur, que Calvin quitta Strasbourg en 1 54 1 .

1 5 4 1 î — Je remonte lentement la Grande rue de l'Eglise. La maison canoniale (l'Hôtel de France) où je loge, était désignée sous le nom de Zum Vogelsang.

Capiton vint s'y réfugier2, sans doute comme dans une demeure plus saine, plus aérée que celle de la petite rue Thomann, tandis que la peste ravageait la ville. Mais rien n'y fit, et le Réformateur fut emporté, le 4 novembre 1 54 1 , en face ^ de cette église dont il fut un des premiers pasteurs, peut-être dans la chambre où je me trouve.

L'année où Calvin partit, fut aussi Tannée où la Réformation strasbourgeoise fut frappée de ce coup douloureux, au milieu de combien d'autres !

Hédion raconte dans sa Chronique : « Le Dieu tout-puissant, le fidèle créateur a repris dans sa grâce {{u seinen Gnaden) cinq de mes enfants, doux et obéissants.... Le premier était Gaspard Hédion, un garçon de quinze ans, pieux, obéissant, craignant Dieu ; puis Charitas, une fillette de sept ans. Ils moururent le 12 et le i3 septembre. Jean-Louis Hédion, âgé de deux ans, mourut le 2 octobre, et Joseph Hédion, âgé de dix ans, le 7 octobre. En 1542, dix-neuf semaines après, mourut mon doux petit garçon de cinq ans, Augustin-Chrysostome Hédion. » — Le fils de Zwingle meurt en septembre. — Jacques Bédrot écrit, le 20 septembre : « La peste a pénétré aussi dans ma maison. Prie le Seigneur pour moi. Cette semaine 178 personnes sont mortes. » Il perd sa mère, son fils aîné, « un jeune homme de grande espérance. » Il est emporté lui-même, en novembre. — Capiton tombe malade. Bucer (24 octobre i54i)prie: «O Seigneur Jésus,

La Madeleine, (p. 352.)

i. Opéra, XII, p. 729. — Nous aurons à étudier l'influence théologique de Bucer sur Calvin, et ce sera le lieu de profiter de la nouvelle et si érudite étude de M. Lang : Der Evangelien Kommentar Martin BiUzers itnd die Grundzûge seiner Théologie, 1900. — 2. Le chroniqueur strasbourgeois et catholique du seizième siècle, Sebald Buheler fait remarquer que Capiton ne mourut pas au doyenné de la rue Thomann, mais dans l'autre maison canoniale, nommée Zum Vogelsang. A deux reprises il la spécifie : « Il est mort dans la maison du coin, où il y a des créneaux; » — « dans la grande maison du coin, en haut de la grande rue de l'Eglise, où il y a des créneaux. Mais il n'y demeura pas longtemps. » — La maison zum Vogelsang (nom individuel) était appelée aussi zum Biihl (nom local); Bùhl, signifie petit monticule.

A STRASBOURG

notre vie et notre résurrection, laisse-nous cet homme, seulement deux ans encore ! ô combien devraient savoir jusqu'à quel point il nous est nécessaire, et combien peu le savent! » Capiton mourut le 4 novembre1. Hédion écrit sur un billet à Bucer : « C'était pour nous tous et pour l'Eglise un frère. Moi et ma femme nous restons à la maison et nous pleurons. J'ai consolé la veuve par une lettre, car personnellement je suis incapable. » — Le 18 novembre, Bucer écrit à Blaurer : « Moi aussi, la mort me poursuit dans ces temps lugubres : elle me prend ma pieuse et utile épouse et trois enfants distingués. » — La liste des victimes s'allonge : Claude Féray, puis un fils de Gerbel, l'ami de Luther, le parrain de l'un de ses enfants, etc. 2.

En 1548, Mathieu Zell s'en va lui aussi au Seigneur. La même année, Charles-Quint, abusant de sa victoire, publie YIntérim, rétablit le culte catholique dans la cathédrale. Bucer, l'homme de la conciliation, devient l'homme de la résistance. « Plutôt tout perdre avec Christ ! » s'écrie-t-il. Mandé à Augsbourg, il refuse sa signature, et rentre secrètement à Strasbourg. Mais la ville est menacée. Et le magistrat est obligé de donner à Bucer et à son gendre Fagius l'ordre de quitter la ville. Bucer prêche pour la dernière fois ; il fait sa dernière leçon, et, après quelques jours de retraite dans cette maison hospitalière de Zell, où il avait été reçu joyeusement au début de son ministère, et où il n'y a plus aujourd'hui qu'une veuve, mais une veuve toujours courageuse, il part, le 6 avril 1549, Pour T Angleterre. Là, Fagius meurt le premier. Et seul, exilé, ayant froid dans ces brumes du Nord, Bucer meurt à son tour, à Cambridge, pieusement, trois doigts levés vers le ciel, et murmurant : « Lui règne et dirige tout. » (28 février 1 55 1 - )

Et puis voici, pire que X Intérim, pire que la peste... la peste du fanatisme théologique ! L'une avait enlevé les hommes, l'autre va ruiner l'œuvre ellemême. C'est Marbach, qui loge dans le doyenné où a logé Bucer \ et la lugubre prophétie de Bucer s'accomplit : « C'est un théologien présomptueux; il nuira beaucoup à l'Eglise. Avant peu de temps il renversera ce que nous avons édifié ici \ »

Mais il nous faut raconter cette histoire avec plus de détails, en étudiant le sort de l'Eglise fondée par Calvin à Strasbourg.

1. Knod, p. 28. — 2. Horning, Beitragc sur Kirchengeschichte des Elsasses, 1887: «Die Pest zu Strassburg im Jahr 1541, » p. 1-10. — La moyenne annuelle de la mortalité était de 8 à 900 personnes. Cette année-là il en mourut 3208. Engel, p. 36. — 3. Knod, p. 32. — 4. Erichson, M. Bittzer, p. 61 et n. 66.

Page 1