Inutile d'aller chercher loin les preuves
Pour savoir jusqu'à quel point cette foi pouvait être vivifiante, il suffit de lire la péroraison du traité même qui nous occupe. Calvin n'a guère écrit de pages plus belles, plus grandes. C'est un appel à la fermeté, à l'héroïsme... jusqu'à la mort inclusivement. Et si l'on se rappelle au milieu de quels troubles et de quels dangers politiques ces pages étaient écrites et lues, on se fera une idée de l'impression qu'elles devaient produire : « Et, pour retourner à la réformation bastarde, de laquelle j'ay disputé ci-dessus, puisqu'il est tout évident que la pureté de la doctrine de Dieu est là toute corrompue, celuy qui se laissera teindre les yeux d'un tel fard, comment se monstrera-t-il estre chrestien ? Je voy
1. Opuscules, p. 1047. — 2. Ibid., p. 1045. — :t. Ibid., p. 1049. — i. Ibid., p. 1050. — o. Ibid., p. 1051. — 6. Ibid., p. 1049.
EN ALLEMAGNE
bien quels dangers sont prochains à tous ceux qui voudront librement confesser Jésus Christ, de quelle haine ils seront chargez vers les ignorans, et quelle infamie les attend encores pour le temps advenir : néantmoins j'ay desjà remonstré, que rien ne nous doit estre de telle estime, que pour nous faire divertir ou fleschir de la doctrine, en laquelle nous savons que la gloire de Dieu et le salut de tout le monde consiste. Quelques couleurs que prennent ceux qui ne sont aujourd'huy que trop subtils à excuser leur crainte efféminée, c'est une chose trop desraisonnable que nous ayons plus d'esgard à nostre réputation qu'à la gloire de Dieu; que nous dépendions plus de folles opinions des hommes et de leurs bruits téméraires que de la sentence du Fils de Dieu, qui est juge unique et du ciel et de la terre, à laquelle s'accordent tous les saincts et les anges; que nous prisions moins ceste immortalité bienheureuse, qui nous est promise et préparée au ciel, que le monde présent et ceste vie caduque. Le temps requiert que nous signions nostre foy par nostre sang, laquelle nous avons tesmoigné de bouche, ou par plume et ancre — C'est comme l'A. b. c. que le Christ apprend à ses disciples, de renoncer à eux-mesmes, prendre leurs croix et courir franchement à la mort....
» Josèphe récite que, quand l'empereur Caligula commanda d'ériger sa statue au temple de Jérusalem, les Juifs accoururent de toutes pars, comme mouches à miel, non pas pour empescher un tel sacrilège par force d'armes, mais pour se présenter à la mort, en maintenant la majesté du temple. Et ne fut pas une seule bouffée soudaine qui se refroidit incontinent, ains toutes fois et quantes que le gouvernement du pays faisoit semblant d'introduire au temple une telle pollution, une multitude quasi infinie d'hommes et de femmes s'assembloit, et tous, comme s'estans oubliez, se présentoyent allègrement à la mort, à ce que l'idole n'eust nul accez, sinon en passant dessus leurs ventres. — Et nous, ayans non pas un temple matériel auquel Dieu soit invoqué, mais le Fils de Dieu mesmes, auquel habite toute la majesté du Père, souffrirons-nous, sans mot dire, qu'il soit ainsi vilainement deshonoré?...
» Combien de mille de martyrs ont tenu bon avec une constance invincible, contre les menaces et frayeurs qu'on leur faisoit ?... On raconte d'un ancien payen, lequel, ayant la mort devant les yeux, disoit que sa vieillesse luy donnoit liberté, veu qu'il n'avoit plus long temps à vivre, voire où la nécessité n'estoit pas si grande à beaucoup près. Comment donc? l'éternité de la vie future aura-elle moins de vertu pour nous inciter à maintenir la gloire de Christ que n'a eu envers un payen la briefveté de ceste vie présente à défendre une querelle humaine? Quand nous oyons qu'un poète payen introduit une femme qui prononce cette sentence : Est-ce chose si misérable que mourir ? nous devons avoir grand'honte, si pour quelque danger, qui se présente, nous doutons et demeurons comme en suspens, lorsqu'il est question de rendre tesmoignage de nostre foy. Au regard de moy, comme je recognoy assez ma foiblesse, aussi m'appuyant sur l'ayde de Dieu, j'espère, quand mestier sera, de déclarer par effet combien à bon escient j'ay creu et croy ceux qui meurent au Seigneur estre bienheureux1. »