Mémoires et documents, XIX, p. 277. — 2. Roset, p
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Christ sur la croix, le peuple fut choqué du rapprochement et interrompit: « Ha! que véez la belle comparayson ! » Interloqué, le prédicant « rapareilla soubdain son oraison. » Puis ce fut le tour du bourreau qui se mit à trembler :
Tellement que ce qu'en un cop deubt faire Ne peult à trois cops bonnement parfaire.
Et la scène horrible se termina pendant que le peuple criait : « Borreau infâme!1 »
Ici, pour la « sédition » de Jean Philippe, se pose le même problème que pour la « trahison » des trois Articulants. Quels étaient les motifs ? quels étaient les vrais sentiments des coupables ?
La culpabilité est évidente, les faits sont patents. Mais les Articulants avaientils l'intention de « trahir, » et Jean Philippe avait-il prémédité sa « sédition ? »
Maintenant, comme tout à l'heure, on est en face des ténèbres.
Galiffe, avec son habitude outrancière de prendre le contre-pied de la vérité, déclare que cette sédition fut tout simplement « un piège préparé par leurs adversaires pour achever la défaite du parti suisse ou antifrançais!... » Si Jean Philippe se trouvait au milieu des bagarres, c'est que son office l'obligeait « d'intervenir le premier dans toute querelle armée. » Tout ce que Galiffe avoue, c'est qu' « il était très aisé de le mettre dans son tort. » Passons
A. Roget déclare qu'il n'y eut pas « un coup prémédité, » pas « un plan concerté d'avance 3. » Il s'agit de savoir à quelle époque on entend faire remonter la préméditation et le concert.
Nous avons vu quel était le tempérament, violent, et quel était l'état d'âme, surexcité, de Jean Philippe. Il banquette avec ses amis. « Là, dit Gautier [là, à table, sans remonter plus haut], ils concertèrent entre eux d'exciter une sédition dans la ville \ » Il semble qu'il a dû en être ainsi, parce qu'il semble qu'il n'a pas pu en être autrement. Etait-ce pour faire un mauvais parti seulement à quelques adversaires ? était-ce pour regagner la majorité gouvernementale perdue ? qui le dira exactement? le savaient-ils eux-mêmes? Mais cette indécision ne rendait pas moins coupable la conduite du capitaine général et de sa bande. De nos jours, un capitaine, agissant ainsi, n'éviterait pas, évidemment, le peloton d'exécution. A une époque de mœurs infiniment plus rudes, faut-il s'étonner que le châtiment n'ait pas été plus doux ?
i. Mémoires et documents, XIX, p. 277-280. — i. Ibid., p. 270, n. 1. A. Roget fait justice d'une autre accusation formulée par Galiffe et son ami, trop souvent fidèle, Kampschulte. Le 12 juin, les chefs du parti Guillermin auraient célébré leur triomphe à l'Hôtel de ville par un banquet. « Il faudrait, dit Roget, un témoignage bien positif. Or le banquet n'est mentionné dans aucun document à nous connu. » Que le 6, les conseillers, retenus toute la nuit à l'Hôtel de ville, aient mangé quelque chose, pour 12 H. 4 sous et 6 deniers, c'est possible: quoique ce ne soit pas expressément expliqué. « Mais ceci n'a aucun rapport avec un banquet de réjouissance (fait le 12), et jusqu'à ce qu'une preuve ait été fournie, nous pouvons tenir les conseillers Guillermins pour absous de l'acte qui leur a été imputé. » Roget, I, p. 251, n. 1. — 3. A. Roget, I, p. 238, 249. — 4. Gautier, III, p. 71.
LE RETOUR DE CALVIN A GENÈVE
Quoi qu'il en ait été des intentions des adversaires des Réformateurs, ce qui ne pouvait manquer d'étonner le peuple, c'était le sort qui avait frappé successivement les quatre syndics de 1 538, les syndics qui avaient présidé à l'exil de Farel et de Calvin, savoir : Jean Philippe, Richardet, Lullin et Chapeaurouge.
Jean Philippe venait d'être décapité. Richardet, le doyen des anciens patriotes, s'évada, la nuit même de l'exécution de J. Philippe. Roset raconte que « s'en voullant fuir, il se dévala par une fenestre, qui estoit aux murailles de la ville, et se creva, parce qu'il estoit pesant, et ne vesquit pas longtemps après. Or avoit-il dict auparavant à Calvin, par mocquerie, que les portes de la ville estoient assez larges pour en sortir *. »
Les deux autres syndics de 1 538, Lullin et Chapeaurouge, étaient en fuite, condamnés à mort. Deux ans avant, dit Roset, « ils avoient été créés du peuple, comme adversaires de la Réformation jurée, » et « deux ans après, en ce mesme moys de juin, tous quatre, de la part du mesme peuple, furent confus et ruynez pour leurs crimes. » N'était-ce pas « ung notable jugement de Dieu 2 ? »
C'était, en tout cas, la défaite irrémédiable du parti anti-réformateur. Malheureusement, ce qui triomphait, pour le moment, c'était l'anarchie 3.
Berne d'un côté, le peuple genevois de l'autre, se montraient intraitables. La situation s'aggrava au point que, des deux côtés, on sembla se préparer à la guerre. On disait qu'elle éclaterait après les vendanges4.
Alors l'excès du mal créa le remède. Les Genevois comprirent que, pour se défendre en cas d'attaque, il fallait surtout de l'union, de l'ordre. Qui pouvait donner à Genève cette union, cet ordre ?
Les Genevois comprirent ensuite que, ne voulant pas du secours dangereux de la France, et voulant cependant résister aux constantes ambitions de Berne 5, il leur fallait un appui désintéressé, celui que, seuls, pouvaient leur fournir les autres cantons protestants G. Ils avaient donc besoin d'être eux-mêmes un Etat protestant respectable. Qui pouvait faire de Genève cet Etat protestant?
1. On ne voit pas pourquoi A. Roget (I, p. 256 et 255, n. 1) conteste ce renseignement, et affirme cependant qu' « il ne survécut que quelques semaines à la fuite périlleuse qu'il avait opérée. Sur quoi s'appuiet-il pour démentir directement Roset, et sur quoi s'appuie-t-il pour le confirmer indirectement? — 2. Roset, p. 277. — :i. En vain, le chef du parti Guillermin, Michel Sept, « qui, selon la remarque de Cornélius (p. 300), avait déjà montré ses sentiments d'homme d'état et de patriote, le 27 janvier, en tendant au parti adverse une perche de salut, se montra encore prêt à faire de sages concessions aux Bernois. > — 4. 16 septembre 1540. Conseil Deux Cents. « Chabod az refferuz que le fils de Parrannaz luy az dict que Jo. Lest, son maystre, dist qu'il n'actenden que apprès vendanges pour nous venyr contre , et qu'il en feryent [feront] tan pendre que l'on ne ce oserey approcher de demy lieu.» Cornélius, p. 310, 311, n. 3. Registres du Conseil, Vol. 34, f. 442. — 5. De leur côté, les Bernois comprirent qu'ils ne devaient pas pousser leurs alliés et adversaires aux dernières résistances. Le Conseil de Genève ayant envoyé des députés à Chambéry, à propos du mandement de Thiez, dont François Ier s'était tout simplement emparé, Berne crut qu'il s'agissait d'une alliance entre Genève et la France. Elle eut peur et se radoucit. Les difficultés rentrèrent dans la voie diplomatique. — G. 8 novembre 1540. « ...Que l'on rescripve àz Fribourg, Basle et Zurich, les
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Alors les hommes d'Etat songèrent à rappeler Calvin.
Ainsi la révolution avait achevé son évolution. Genève avait chassé Calvin. Sans Calvin, Genève s'était sentie menacée dans sa foi, comme dans son autonomie. Désorganisée, moralement et politiquement, elle s'était trouvée aussi faibledevant le cardinal Sadolet que devant leurs Excellences bernoises.
Le double programme de protestantisme et d'indépendance que Calvin, au nom de ses convictions et de son tempérament, avait formulé, c'était donc le programme que les circonstances imposaient à Genève. Elle n'avait que ce choix : ou bien dépérir, dans le désordre des factions religieuses et politiques, dans l'humiliation sous la suzeraineté croissante de Berne, ou devenir calviniste.
Genève, par foi et par patriotisme, devint calviniste.
advertissans des affères et de nous [nos] bons droys, ainsy de laz Réfonn<ttio>i cristienne de l'église, làz ou il seras espédient.... » {Registres du Conseil, Vol. 34, f. 51 iv.) — 22 novembre. « Du différent estant entre les Srs de Berne et nous. Pour ce que l'appellation du dict différent pend àz Basle sus le 15 de décembre prochain, et cella est à laz cognoissance d'ung homme seult superarbitre, qu'est chose bien dangereuse, par quoy az esté advisé de envoyé le secrétayre Roset pour aller conseiller les droys... et que l'on rescripve aux Cantons pour mestre l'affère en bon appoinctement. » {Registres du Conseil, Ibid., f. 53 iv.) — 25 novembre. « Envoyés aux Cantons. Suyvant laz résolucion des précédent Conseyl de rescripvre aux Cantons pour mestre le différente stant entre les Srs de Berne et nous sur l'amyabilité, az esté remys àz demaien en Conseil ordinayre, et cependant que ung chacung pense le mellieur. » (Cornélius, p. 315, n. 1. Registres du Conseil, Ibid., f. 536v.) — Notons ici, d'après Gautier, le premier essai infructueux d'entrer dans « l'alliance générale des Ligues: » « .... On en chargea Claude Roset et Claude Pertemps, qui eurent ordre, sur la fin de janvier 1541, de se rendre à Bâle pour solliciter la décision des difficultés dont était chargé le surarbitre. On leur donna ordre aussi de pressentir, des principaux de ce Canton, si l'on ne pourrait point trouver des moyens de délivrer la Seigneurie de l'engagement où elle était, par l'alliance avec Berne, de n'en pouvoir point faire avec aucune autre puissance, comme encore si elle ne pourrait point entrer dans l'alliance générale des Ligues. (Voir Registres du Conseil, Vol. 35, f. 3ov, 35 et 41 : « Une combourgeoisie générale avecques totes les Ligues. ») Une négociation de cette nature, dans la situation où se rencontrait alors Genève, était à divers égards prématurée, et cette ville avait à se démêler de bien d'autres difficultés avant que de pouvoir mettre sur le tapis, avec quelque succès, des propositions semblables. (Gautier, III, p. 109, 112.) On voit quel était vraiment le parti genevois national, c'est-à-dire suisse, le parti des Réformateurs, ou le parti de leurs adversaires.
Marque de Michel Du Bois.