OI
ajouté que cette répulsion môme rendait sa décision difficile : « Plus mon esprit recule d'horreur (abhorref) devant cette charge, et plus je me deviens suspect à moi-même. Aussi je ne me permets pas de délibérer sur ce sujet (nec mihi de ea re deliberare permitto), et je prie les nôtres de ne pas m'admettre à leur consultation; et pour qu'ils décident plus librement, plus sincèrement, je leur dissimule en grande partie les agitations {istos œstus) de mon cœur. Que puis -faire ? Je préfère me rendre tout à fait aveugle et souffrir que je sois dirigé par les autres (malo prorsus cœcutîre, ut me ab aliis régi patiar), plutôt que de m'égarer en me confiant à ma courte vue l. »
Il ne s'agit pas ici de vaines paroles. Ecrivant, quelques jours après, au Conseil de Genève, les pasteurs strasbourgeois confirmaient tous les dires de leur collègue : « Sans leur avis, bien que ce ne fût pas nécessaire, Calvin n'a rien fait d'important jusqu'ici 2. »
Or, à peine Calvin avait-il répondu à Farel, qu'il recevait de lui une nouvelle lettre (perdue) 3. Immédiatement, il réunit ses collègues (nostros) et les consulte de nouveau. Tous ensemble, écrit Calvin à Farel, persistent à penser qu'il doit aller à Worms. Au retour, ils ne s'opposeront pas à ce qu'il se rende à Genève; Bucer même promet de l'accompagner. Et alors voici la phrase célèbre : « Quant à mon état d'âme, le voici. Si j'avais le choix, je ferais tout plutôt que d'obtempérer à ton désir [c'est-à-dire de retourner à Genève] ; mais comme je me rappelle que je ne suis pas le maître de moi-même (non esse mei juris), j'offre mon cœur, comme immolé, en sacrifice au Seigneur (cor meum velni mactatum Domino in sacrîficium offevo)... Et je ne demande qu'une chose, c'est que, sans se préoccuper de moi, les nôtres regardent ce qui vaut le mieux pour la gloire de Dieu (Dei gloria) et l'utilité de l'Eglise. » Sans doute, il pourrait trouver des faux-fuyants. « Mais je sais que j'ai affaire avec Dieu, qui ne se laisse pas prendre à de telles subtilités. Je soumets donc à l'obéissance de Dieu mon esprit vaincu et lié (animum meum vinctum et constrictum snbigo in obedientiam Dei), et, puisque je ne sais comment me résoudre, je me livre au gouvernement de ceux par lesquels j'espère que Dieu me parlera (me his regendum trado, per quos spero Dominum ipsum mihi locuturum) 4. »
Mais voici que, à peine à Worms, il est relancé par le courrier du Conseil de Strasbourg. Tout de suite, Calvin appelle de nouveau à lui ses amis, et une scène se passe aussi significative, aussi étonnante, aussi émouvante qu'elle est ignorée. Calvin a entre les mains le rappel officiel, ce rappel si honorable, si extraordinairement honorable. En même temps, il a reçu les lettres de Strasbourg, qui montrent jusqu'à quel point la ville tient à lui. Cet intérêt si vif, et qui s'était beaucoup moins montré jusque-là, le surprend. Quelle bouffée de légitime orgueil pouvait monter au cerveau de ce jeune savant de trente ans ! Et, au contraire,
1. Opéra, XI, p. 92. Herminjard, VI, p. 327. — 2. Lettre du 23 ou 24 octobre. Opéra, p. 97; Herminjard, p. 336. — .'!. Lettre écrite, sans doute, en revenant de Strasbourg à Baie, où, profitant de son passage, il avait gagné les pasteurs et les professeurs à ses préoccupations. — i. Lettre du 24 octobre. Opéra, p. 100; Herminjard, p. 339.
yo2
LE RETOUR DE CALVIN A GENÈVE
ce qui se produit c'est une émotion intense, qui atteint son paroxysme quand, exposant à ses confrères la situation, il les supplie de ne pas penser à lui, mais seulement au règne de Dieu. Les sanglots entrecoupent ses paroles (cum plus lachrymarum efflueret quam verborum), et deux fois il est obligé de s'interrompre et de se retirer à part pour se calmer et se reprendre l.
On lui conseille de réserver sa liberté jusqu'à son retour à Strasbourg. Il répond donc aux envoyés genevois qu'il est à Worms, qu'il devra peut-être aller à une autre conférence, que, dans cette « incertitude, » il ne peut rien préciser « pour le présent; » que, « incontinent que Dieu luy aura donné le loysir et opportunité, » il fera son devoir pour « subvenir à leur Eglise ; » et il ajoute : « Comme n'estant pas libvre [libre], je désire tousjours me gouverner par le conseil de mes frères qui sont au ministère de la Parole avec moy2 ; » ou encore: de « ces frères et collègues, que je révère en Dieu selon leurs mérites, et à l'autorité desquels je défère comme s'ils étaient mes parents (non secus ac si parentes forent) 3. »
Tel est l'homme dont on a pu dire que l'orgueil immense était incapable de supporter un avis, un conseil, « cette personnalité absorbante qui veut tout ramener à elle, » et qui était « si prompte à confondre toute opposition à ses vues avec le renversement de toutes les notions d'ordre et de moralité 4. »
En réalité, rien n'était décidé. Calvin n'avait pas surmonté sa répugnance instinctive. Il était prêt à faire une visite, tout au plus un séjour à Genève pour réorganiser l'Eglise, mais il espérait bien ne pas y rester. Et pour le moment, après Worms, c'était Ratisbonne qui l'appelait et le retenait. C'est ce qu'il annonça à Farel, par sa lettre du 3i janvier 1 541 5. Sa lettre du 19 février, au Conseil de Genève, est plus évasive encore 6.
En apprenant ce nouveau voyage, Farel perd toute patience, et en arrive aux dernières sommations. Sa lettre, écrite sans doute vers le 9 février, est malheureusement perdue. Mais ce qu'elle contenait, nous le devinons par la réponse de Calvin. Au milieu de la route qui le conduit à Ratisbonne, il s'arrête et, de l'auberge d'Ulm, il écrit à Farel : « Tu m'as violemment effrayé et consterné partes foudres, ces foudres, avec lesquelles, je ne sais pour quelle cause, tu tonnes de si étrange manière. Tu sais bien que j'ai redouté cet appel, mais que je ne l'ai
1. Lettre du 13 novembre 1540 à Farel. Opéra, XI, p. 114; Herminjard, VI, p. 366. — Un mois après, le 14 décembre 1540, encore de Worms, il écrit à Nicolas Parent: « A propos de l'appel de Genève, je suis si perplexe, mon esprit est si confus, que j'ose à peine réfléchir à ce que je dois faire. Et si j'entre en cette méditation, je ne trouve pas d'issue. Aussi, je suis pressé par une telle anxiété, que je me suis à juste titre suspect, et je me laisse gouverner par les autres. » (Idco aliis me regendum permitto.) Herminjard, VI, p. 399. — 2. Lettre du 12 novembre. Opéra, p. 105; Herminjard, p. 354. — 3. Lettre à Bernard, du icr mars. Opéra, p. 166; Herminjard, p. 39. — 4. Roget, I, p. 134, 118. — M. Brunetière, partageant le préjugé traditionnel, croit devoir faire une large place, dans le développement ou dans la formation du protestantisme de Calvin, à ce qu'il appelle « l'ambition de ne recevoir de loi que de lui-même. Etiamsi omnes, ego non! Si quelqu'un n'a jamais admis que l'on pût avoir raison contre lui, ni qu'il eût tort contre personne, assurément c'est Jean Calvin. > « L'œuvre littéraire de Calvin. > Revue des deux mondes, 15 octobre 1900, p. 903. — 5. Opéra, XI, p. 145; Herminjard, VII, p. 8. — 6. Opéra, p. 158; Herminjard, p. 28.
pas fui. Pourquoi donc m'attaquer avec une telle impétuosité que tu m'as presque dénoncé notre amitié 1 ? » — Le môme jour, il dit à Viret : « Je te réponds comme je l'ai toujours fait. Il n'y a pas de lieu sous le ciel que je redoute plus ; non que je le haïsse, mais parce que j'y vois tant de difficultés que je me sens inégal à les surmonter. Toutes les fois que je pense au passé, je ne puis autrement : tout mon cœur frémit d'horreur à l'idée d'être forcé de m'exposer de nouveau à ces anciennes luttes. » Toutefois la dernière phrase est caractéristique : « Je suis touché, comme il convient, et j'ai le souci de cette Eglise. Je ne sais comment cela se fait : mon esprit se montre plus disposé à prendre les rênes, si la chose est nécessaire 2. »
C'était l'effet de la terrible lettre de Farel, comme l'écrivait à celui-ci Claude Féray, le jeune ami de Calvin à Strasbourg. « Après avoir reçu ta lettre, il s'est tout à fait décidé à accepter cette charge. Car jusqu'ici, bien qu'il ne résistât pas complètement et ouvertement, il paraissait plutôt pencher vers un avis opposé. Mais ta lettre l'a complètement rangé à notre avis, car il nous semblait entendre l'éloquence tonnante de Périclès {tonitrua Periclis). Je te félicite donc de ta violence 3. »
Farel n'avait pas besoin de cette excitation pour continuer. Il s'en prend à tous. Il poursuit de ses obsessions Calvin, Bucer. Sa lettre à Bucer dépasse à tel point toute mesure, que Calvin n'ose pas la remettre et la renvoie à son auteur pour qu'il se juge lui-même. En même temps, il ajoute : « Quant à moi tu diras et feras tout ce que tu voudras, impunément.... Et puisque tu le veux ainsi, et que tu ne peux être amené à changer d'avis, me voici tout à fait prêt (paratissimum me offero) et à ta dévotion. Que veux-tu de plus ? je capitule, je me rends. Ce ne sont pas des mots '*. »
Evidemment un changement s'était opéré dans Calvin. Mais il n'était pas encore à Genève, et les efforts de ses amis continuent, pendant que continuent aussi les résistances intimes qu'il a brisées, qu'il n'a pas vraiment domptées.
Voici d'abord le pasteur Jacques Bernard, qui lui aussi vient à résipiscence, qui lui aussi fait amende honorable, et même en termes d'une humilité presque excessive : a Viens, mon père vénéré en Christ, tu es nôtre. Le Seigneur luimême t'a donné à nous. Tous soupirent après toi.... Tu me trouveras très obéissant et très soumis à tous tes désirs (obsequentissimum ac deditissimum) 5. »
i. Ier mars, à Farel. Opéra, XI, p. 170 ; Herminjard, VII, p. 41 et n. 1 . — 2. i^r mars, à Viret. Opéra, p. 167, 168; Herminjard, p. 43, 45. — 3. 8 mars 1541. Opéra, 171; Herminjard, p. 47. — i. 29 mars 1541. Opéra, p? 180; Herminjard, p. 63. — o. Lettre du 6 février 1541- Opéra, p. 149; Herminjard, p. 23. Calvin trouva que c'était un peu trop d'obséquiosité. * La lettre de Bernard, écrit-il à Farel, est d'une flatterie qui donne la nausée (iisque ad nauscam adulatoriœ). » (ier mars 1 54 1 . Herminjard, VII, p. 42.) Il lui répondit : « Puisque tu montres un si bon esprit dans ta lettre,... je t'en félicite beaucoup. De moi, en retour, tu peux, avec sécurité, attendre et sûrement te promettre ce que peut donner un homme, d'abord aimant la paix et
LE RETOUR DE CALVIN A GENÈVE
Puis c'est Viret. Suivant le conseil de Calvin, il est arrivé à Genève peu après le 10 janvier 1 54 1 (peut-être le 17) *. Jamais homme n'avait été ainsi reçu2. Comme pour célébrer dignement cette ère nouvelle, le Conseil a décidé (le 17) que désormais ses séances commenceraient par la prière. Dès qu'il s'est rendu compte de la situation, Viret s'adresse à Calvin : « Je n'ai rien de plus pressé que de te pousser des mains et des pieds à venir promptement et le plus vite que tu pourras.... C'est le moment précis, psychologique (ipsissimus est temporis articulus).... Il faut pétrir la cire pendant qu'elle est molle.... Tous t'attendent, tous te désirent vivement : l'Hôpital, le Collège, et tout ce qui est digne des soins d'un pasteur réclament ton secours 3. » Et quelques semaines après, s'adressant aux pasteurs de Zurich pour qu'ils hâtent la détermination de Calvin, il répète : « C'est le moment psychologique {ipsissimus est temporis articulus)... . Vous donc, je vous en prie, je vous en supplie, faites que Calvin, le vrai 4 pasteur de cette Eglise, appelé par les suffrages de tous, très désiré de tous, recherché avec des désirs si anxieux, soit restitué à cette Eglise, lui qui peut y faire plus qu'aucun homme aujourd'hui vivant 3. »
Mais déjà, sur les instances de Farel, les pasteurs de Zurich s'étaient adressés à Calvin : « Nous avons voulu t' exhorter à ne pas négliger, à ne pas mépriser cette vocation de Dieu.... Que ce soit une vocation de Dieu, ta conscience t'en est témoin Et combien il est honteux de résister au Seigneur, quel grand danger il y a, l'histoire et l'exemple de Jonas te le montrent assez Voilà, cher
Calvin, ce qui nous pousse à te prier, à te supplier, à t'adjurer 6.... »
Alors le Conseil général de Genève crut devoir compléter toutes les mesures qu'il avait déjà prises, par une mesure suprême. Le Ier mai 1 541 , il révoqua et annula la sentence de bannissement portée en 1 5 38 contre les ministres et leurs amis7: « Pour ce qu'ils n'ast poient qu'ast [et non quasi; c'est-à-dire : parce qu'il n'y en a point qui ait...] consenty de deschassé le serviteur de Dieu, chascun az levé la main que les tiegnent pour gens de bien et de Dieu, et peuve allez et venyr en seureté, comment Farel, Calvin, Saulnyer et aultres 8. »
répugnant aux disputes, ensuite plein d'amitié pour toi et de zèle pour ton salut, et enfin ne faisant pas difficulté pour remettre les offenses. En attendant, je te conjure au nom de Dieu et de son terrible jugement, souviens-toi que c'est avec Dieu que tu as affaire. » lbid., p. 40.
\. Herminjard, VII, p. 15, n. 6 et p. 13, n. 1. Cornélius, p. 340. — 2. Farel à Calvin, 30 janvier 1 54 1 . Opcra, XI, p. 144. Herminjard, VII, p. 7. — 3. Viret à Calvin, 6 février 1541 . Opcra, p. 150, 151 ; Herminjard, p. 14, 15. — 4. Vents et non vêtus. — 5. Viret aux pasteurs de Zurich, 27 avril 1541. Opéra, XI, p. 206, 207. Herminjard, VII, p. 92, 93. — En même temps, la question d'un Consistoire était agitée (5 avril 1541) : « Ordonné qu'il soit érigyé un consistoire, lequelt se debvraz tenyr tous les judy.... Toutefoys qu'il soit mys en plus grand Conseyl des Deux cens. » Registres du Conseil, Vol. 45, f. 145 (au recto et non au verso). — 8 avril : « Les prédicans hont esposé qu'il seroy bien propice establyr ung consistoyre pour les causes des mariages et choses qui ne sont civiles. Remys àz une aultre foys. » lbid., f. 148. — 23 avril: « Az esté adviser que havant fère ordonnances, d'icelluy, que l'on doybje expérimente premièrement.*» lbid., f. 173. — 17 mai : « Sus l'érection du Consistoyre. Remys à laz venue de nous ambassadeurs estant az Basle. » lbid. f. 207. Annales, p. 277, 278, 279. — <>. Les pasteurs de Zurich à Calvin, 4 avril 1541- Herminjard, VII, p. 76, 77. — 7. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 185. Le texte des Annales, XXI, p. 278, contient, comme on voit, quelques inexactitudes. — 8. Roset, p. 286: « Le dimenche premier jour de may 154 1 fut
LE RAPPEL DE CALVIN. CONCLUSION GENERALE
Et malgré tout, Calvin, décidé à se laisser faire, à obéir à ses amis, restait tourmenté, inquiet. Sa répugnance est vraiment invincible, et la réponse qu'il fait aux Zurichois nous laisse voir une fois de plus le fond de son âme 1 : « Je redoute terriblement ce fardeau. Même toutes les fois que je me rappelle ces combats, dont nous ont tourmenté ceux pour lesquels une pareille conduite était le moins convenable [les Bernois], je suis presque glacé d'horreur (totus fere exanimor). Si je ne consultais que moi-même, ah ! plutôt de l'autre côté de la mer que là. Mais comme dans cette cause je me suis suspect à moi-même, je ne m'admets pas au conseil, et j'ai décidé de consulter ceux qui sont de bon jugement et d'esprit droit 2. »
Ici nous avons une occasion, comme on saisit un voleur la main dans le sac, de saisir l'infâme Bolsec en flagrant délit de mensonge impudent. Ce patron de tous nos calomniateurs modernes écrit : « Calvin feit tant par ses subtiles et cauteleuses inventions ou practiques, que lesdicts Genevesans le renvoièrent chercher et quérir à Strasbourg, où il s'estoit retiré assez simplement. Et touchant ce que ledit Bèze escrit que fut outre son vouloir qu'il retourna à Genève, et que, pour le faire consentir, qu'il fallut venir aux menaces des jugemens de Dieu s'il n'obéissoit à ceste vocation, ce sont vrayes balevernes et, comme on dict, brides à veaux, pour tromper trop crédules et idiots3. » — Telle est la source à laquelle ont puisé les Audin, les Galiffe, les Renault4.
Quelqu'un qui ne jouait pas plus la comédie que Calvin, c'était Farel. Son excitation était incroyable. « Tu aurais dû accourir {advolasse) depuis longtemps, écrivait-il à Calvin, alors même que tout le monde aurait réclamé.... Est-ce que
tenu ung Conseil général auquel fut révoqué le déchassement des ministres.... Tantost après on deffendit les dances et chansons mondaines, mesmes on commençoit à parler de dresser ung Consistoire ecclésiastique. »
i. « Quoique cette charge [il s'agit de son premier ministère à Genève] me fût très pénible, je n'ai jamais songé à abandonner la place. Je pensais que j'avais été mis là, comme en faction, par Dieu : c'eût été un crime de lâcher pied. Et cependant, je le sais, incroyables vous paraîtraient, — même si je ne vous en racontais que la moitié, — les ennuis, ou plutôt les douleurs, qu'il nous a fallu dévorer pendant toute une année. Tout ce que je puis vous affirmer, c'est qu'il n'y a pas eu de jour où je n'aie dix fois souhaité la mort. Cependant, abandonner l'Eglise, aller ailleurs, cela ne m'est pas venu une seule fois à l'esprit.... Pour conserver notre ministère, nous n'avons pas moins peiné que si le combat avait eu notre tête pour enjeu.... » — 2. Calvin exprime si fidèlement sa pensée qu'il se sert à peu près des mêmes mots que dans sa lettre à Farel. (Voir plus haut, p. 700, 701.) Calvin aux pasteurs de Zurich, 31 mai 1541. Opéra, XI, p. 231, 232. Herminjard, VII, p, 139, 140. — :î. Bolsec, Histoire de la vie de Calvin, 1582, p. i3v. — 4. Il faut nous borner à résumer ici textuellement l'histoire du rappel de Calvin d'après Kampschulte. C'est une nouvelle occasion de juger cet auteur : « Au fond de cette répugnance, proclamée si hautement, il y avait aussi, nous semble-t-ii, du calcul, et beaucoup. » I, p. 370. — « On pouvait donc prévoir que ses scrupules disparaîtraient dès que (sobald) la question lui serait posée sérieusement, dès que les autorités régulièrement constituées l'inviteraient elles-mêmes au retour et lui offriraient ce à quoi il prétendait. C'est ce qui arriva en automne 1540. » I, p. 371. — « A Worms, le zèle pénitent de Genève amena une prompte solution. » I, p. 373. — « Il céda avec beaucoup de larmes,... mais il n'oublia pas en même temps de poser ses conditions et de s'assurer, d'avance, pour tous les cas. » I, p. 374. « Comme un général victorieux, il écrit les conditions de la reddition à la ville, décidée à tout.... Mais après qu'il eût donné sa parole, les anciennes hésitations se réveillèrent. » I, p. 374-
LE RETOUR DE CALVIN A GENEVE
tu attends que les pierres crient?... Quel homme pieux, quelle Eglise de Christ... ne resterait stupéfaite {stupescit) en te voyant tellement tarder?... Je ne pense pas que tu sois assez de pierre pour pouvoir rejeter, avec tant d'impiété, les prières de cette Eglise. » Et il en arrive à ce reproche blessant : « Si tu avais été aussi lent à partir, quand on nous donna Tordre de sortir de la ville, que tu es lent à revenir, malgré tant de prières, les choses n'en seraient pas où elles en sont »
Et rien ne dépasse cette violence surprenante et incessante, si ce n'est la patience absolue avec laquelle la supporte l'irascible Calvin. « J'accourrai bientôt, répète-t-il. Je ne vois pas ce que tu peux demander de plus de moi, à moins que, peut-être, tu ne trouves ton plaisir à m'accabler de tes plaintes.... Je le supporterai donc, si mes prières ne peuvent obtenir de toi que tu te montres un peu plus juste à mon égard 2. »
Les documents n'ont plus qu'un renseignement à nous fournir sur le retour de Calvin, mais ce n'est pas le moins important. Pour décider le Réformateur, l'argument dont on se sert de plus en plus, c'est que Genève n'est pas une Eglise comme les autres Eglises. Il s'agit pour Calvin de prendre la charge, non d'une Eglise particulière, mais de l'Eglise universelle. Telle est la conviction qui se fortifie, telle est l'intuition qui se précise dans tous les esprits.
Dès la fin de juin 1540, Bucer avait placé la question du rappel de Calvin sur ce vrai terrain : Où Calvin sera-t-il le plus utile à l'Eglise universelle ? En restant à Strasbourg, ou en allant à Genève ? Ses préférences strasbourgeoises n'étaient pas dépourvues de motifs. « A part Wittenberg, disait-il, il n'y a pas beaucoup de villes, sauf la nôtre, où les pasteurs et les magistrats se préoccupent
d'autres fidèles que de leurs paroissiens actuels Des autres églises, de la
postérité, ils ne sont pas très inquiets3.... » Revenant sur la même idée, le i3 novembre 1540, les pasteurs de Strasbourg diront encore : « Calvin, par son ministère dans la petite église française, s'adresse chaque année à un nombre choisi de jeunes Français, et exerce ainsi son ministère jusque dans toute la France (in totam ferme Galliam) ; tandis que, par ses leçons (alternm ministerium)\ il s'adresse à des Allemands, à des Italiens et à des Français, et étend bien plus loin encore (multo latins) son influence 4. »
Mais il n'y avait pas de raison pour que Genève ne devînt pas un second Strasbourg, et même un second Wittenberg. Sa situation, en Europe, était même plus centrale. Et le Conseil de Genève pouvait répondre avec vérité : « Nous sommes comme la porte de la France et de l'Italie, par où peut passer une édifi-
1. 25 août 1 54 1 . Opéra, XI, p. 265, 266. Herminjard, VII, p. 223, 225. — 2. 4 mai 1 54 1 . Opéra, p. 214; Herminjard, p. 106. — '.i. Opéra, XI, p. 54; Herminjard, VI, p. 242, 243. — 4. Opéra, p. 108; Herminjard, p. 358.
LE RAPPEL DE CALVIN. CONCLUSION GÉNÉRALE
cation admirable, ou bien la ruine. De ces régions, et d'autres, et des environs, tous les jours beaucoup arrivent »
Les Zurichois prononcèrent les paroles définitivement justes, les paroles de la postérité et de l'histoire, quand ils écrivirent à Calvin : « Tu sais que Genève
Non Pluki ma > paixca sld aptL j6
Genève, la cité calviniste 2.
est sur les confins de la France, de l'Italie, de l'Allemagne, de telle sorte que l'espérance est grande de voir l'Evangile se répandre de là dans les villes voisines, et d'élargir les boulevards du royaume de Christ. Tu sais que l'apôtre choisissait les métropoles pour y prêcher, afin que l'Evangile put se répandre
dans les villes voisines 3 » Et aux Strasbourgeois : « De là, cet homme, doué
par Dieu des dons les plus remarquables, pourra être utile à quelques églises de ces royaumes, et étendre le règne de Christ plus que s'il enseignait en quelque autre lieu du monde que ce soit '". »
Nous n'avons plus qu'à rentrer à Genève avec Calvin.
1. 26 mai 1 54 1 . Opéra, XI, p. 222; Herminjard, VII, p. 131. — 2. Dan. Meisner. Sciagraphia cosmica, Dasz ist newes Emblematiches Buchlein, darinen in acht centurijs die Vornembsten Stàtt, Vestung Schlosser, etc., der gantzen Welt gleichsamb adumbrirt und in Kupffer gestochen, mit schônen lateinischen und teutschen Versiculn ad vivum abgebiltet werden. Nùrnberg. P. Fùrst, 1678. — C'est à ce même recueil qu'a été empruntée notre vue de Paris, Jean Calvin, I, p. 295. — 4 avril 1541- Herminjard, VII, p. 77. — 4. 4 avril 1 54 1 , Opéra, XI, p. 184. Farel écrit le 21 février 1541 aux pasteurs de Bienne: « Même les aveugles le voient, il ne peut en être autrement. L'édification d'une telle Eglise, et si importante, doit exciter tout le monde à unir ses efforts.... Si nous ne sommes pas des constructeurs de Babel, qui ne comprennent pas qu'ils sont un seul corps vivant, dans lequel les membres sentent et procurent ce qui est utile et nécessaire aux autres.... Je m'étonne d'une négligence pareille, et si grande, qui serait insupportable vis-à-vis de l'Eglise la plus petite ; que doit-elle être vis-à-vis d'une Eglise d'où viendra une ruine ou une édification admirable pour tous, surtout pour les Français. » Herminjard, VII, p. 33.
LE RETOUR DE CALVIN A GENÈVE
Il avait hâté son retour de Ratisbonne à Strasbourg, et là, l'indécision lui était tout de suite devenue insupportable. Le sort de Genève, impliquée dans de si graves difficultés avec Berne, le troublait. Son « anxiété » croît. Que vont décider les surarbitres bâlois ? Est-ce que nous ne faisons pas défaut aux « nôtres1? » La crainte des Bernois le retient encore2; cependant il annonce, le i3 août, à Viret, qu'il a suspendu ses leçons, et averti les étudiants qu'il ne les reprendra pas avant nouvel ordre 3. Le 29, le Conseil de Genève s'occupe de son logis, car il « doybt arryver l'un de ses jours 4. »
Muni de lettres de recommandation pour Bâle, Berne et Genève, écrites le Ier septembre, Calvin se met en route : « 11 vient enfin (venit tandem ad vos), tel est le début de la lettre des pasteurs strasbourgeois, il vient enfin vers vous cet instrument du Christ, admirable, très rare, comme il y en a à peine un second, si vraiment il y en a un second 5. » Le Conseil dit : « Luy avons permis qu'il alla vers vous, pour considérer en quel lieu des deux, Dieu vouldroit user de son œuvre et labeur.... Ainsy vous acljurons-nous, au nom du Seigneur, que préférans la commune nécessité des Eglises à vostre commodité et prouffit, vous le nous
1. Les « Marches, » c'est-à-dire journées de discussion juridique entre les Bernois et les Genevois, se succédaient. Marche du 30 mai 1540, Marche du 4 juillet, Marche du 3 octobre, Marche du 14 novembre, Marche du 15 décembre. On nomme un surarbitre bâlois, Bernard Meyer. Nouvelle Marche le 3 janvier 1541, Marche le 8 février, Marche le 13 février. L'alliance entre Genève et Berne est cependant renouvelée le 27 février. Mais le procès continue. Le 8 avril, le surarbitre bâlois, Meyer, arrive à Genève pour essayer de terminer les affaires officieusement. On discute jusqu'au 14 avril. Le surarbitre repart et il y a « journée amiable » à Bâle le 15 mai. Tout est renvoyé à Genève au 17 juillet. « Les arbitres de Basle, arrivez à Genève le dix-septiesme de juillet 1541... firent ung arrest et prononciation auquel les Seigneurs de Berne ne se voulloient tenir. Ceux de Genève y demandoient aussi quelques déclarations.... L'acceptation finale d'iceluy fut dilayée jusques à l'entrée de l'an 1544. (Roset, p. 286, 287.) — Du reste le jugement arrêté par les arbitres, après un mois de discussion, ne fut envoyé à Genève, traduit en français, qu'au commencement de l'année 1542. (Gautier, III, p. 128.) — Gautier raconte que: « Pendant tout le cours de l'année 1540, l'on continua à travailler aux fortifications en fermant le lac de pieux et faisant divers autres ouvrages. L'on emprunta même quatre mille écus du canton de Bâle pour fournir aux frais qu'il fallait faire pour cela, et l'on établit une petite garnison de cinquante hommes à la solde de la ville, laquelle était sous les ordres d'Ami Bandière, qui avait été établi capitaine général en place de Jean Philippe. » (Gautier, III, p. 96.) — 2. A mesure que l'horizon s'éclaircissait, Berne restait le point noir. C'est vers Berne que tous les regards se tournaient, ceux de Calvin, de Farel, de Strasbourg et de Genève. Sans Berne, que pourrait-on attendre, sinon de nouvelles luttes ? En octobre (le 23 ou le 24) 1540, les pasteurs de Strasbourg exhortent Genève « à restituer et confirmer le véritable accord des âmes avec les illustres seigneurs de Berne et entre eux. » Herminjard, VI, p. 336. Le 13 novembre 1540, même prière: il faut pardonner aux exilés et s'accorder avec Berne. Ibid., p. 361, 362. Calvin tantôt espère, tantôt désespère. < S'il n'y a pas de progrès, comme tu dis, très misérable est notre condition : nous dépendons de ces cœurs de pierre. Mais je ne puis pas ne pas croire qu'ils ont été un peu amollis. Leurs lettres nous montrent qu'ils ont quelque désir d'aider cette Eglise, et la chose ne leur permet pas d'agir autrement. Donc espérons.... » Ibid., VII, p. 25, 26. A Farel, le 19 février 1541. — Enfin, le 31 mai, Calvin écrit aux pasteurs de Zurich : « Une chose inquiète Capiton, Bucer et les autres: ils attendent peu d'édification de mon ministère, si les Bernois ne se joignent pas à moi de bonne foi et ne me tendent une main secourable. » Ibid., VII, p. 140. — 3. Calvin à Viret, 13 août 1 54 1 . Herminjard, VII, p. 217. — C'est sans doute pour cela que Bédrot écrit à Myconius : « Calvin nous paraît trop hâter son départ, je te le dis à l'oreille. » 24 août. Ibid., p. 223, n. 1. C'est au même moment (25 août) que Farel accusait si violemment sa lenteur ; tellement il est difficile de contenter tout le monde et ses amis. — 4. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 297. — 5. Opéra, XI, p. 271. Herminjard, VII, p. 231.
LE RAPPEL DE CALVIN. CONCLUSION GÉNÉRALE
renvoyez incontinent, pour servir icy plus fructuesament à l'Eglise universelle !. » Et les pasteurs disent encore : « Mais soit qu'il revienne ou qu'il demeure par devers vous, écoutez-le.... » — A Bâle, Calvin rend visite au Conseil de la ville. Bucer l'avait recommandé à Myconius, le premier pasteur, en ces mots : « Donc aidez cet homme certes remarquable, et qui certainement est sans égal, excepté Philippe [Mélanchthon], pour l'ardeur, l'éloquence et le jugement 2. » Le 4 septembre, le Conseil de Bâle lui remet à son tour des lettres de recommandation 3. Le 7 septembre, il est chez Farel, et écrit à Genève. Ayant appris, à Soleure, les difficultés survenues à Neuchâtel, le dimanche 3i juillet, à propos d'une prédication dans laquelle Farel avait osé censurer une fille du gouverneur, qui, depuis plusieurs années, refusait de vivre avec son mari, il s'est détourné de son chemin pour pacifier les esprits *. Le lendemain, 8 septembre, « de grant matin, » il ira à Berne, « présenter » ses lettres, et puis, il se hâtera « sans m'arrester nulle part ; car le désir que j'ay de me représenter à vous de ma promesse, ne me laissera point targer [tarder] en lieu qui soit 5.
A Genève, le bruit courut, le 9, qu'il devait déjà arriver le soir même ; c'était une erreur 6. Le 10, déjà reparti de Berne, il était à Morat, d'où il écrivit à Farel ses impressions. Elles ne sont pas très favorables. Le Conseil a fait semblant de ne pas comprendre que les Strasbourgeois lui demandaient une recommandation formelle 7 : il s'est borné à l'assurer de ses services empressés. « Vois quelle ironie {quantum ludibrium)8\ »
Et déjà Calvin était aux portes de Genève. Le Conseil aurait désiré que Farel l'accompagnât : ce désir était un honneur dû au Réformateur neuchâtelois. L'entrée des deux amis eût été logique et juste. Mais Farel n'osa pas se décider sans prendre « Tadvis des illustres et très redoubtez seigneurs Messieurs de Berne 9, » et Calvin arriva seul l0.
1. Opéra, XI, p. 266-268; Herminjard, VII, p. 227, n. 1 ; 229, 230; traduction de Viret et non de Farel. — 2. Opéra, p. 272; Herminjard, p. 235. — 3. Opéra, p. 273. — « Ainsi, dit Kampschulte, il traversait en triomphateur une partie des contrées à travers lesquelles, trois ans auparavant, il avait erré, comme fugitif, cherchant du secours. » I, p. 381. — 4. La foule, excitée par des meneurs, s'était rassemblée sur le cimetière, devant l'église, et avait décidé que Farel quitterait Neuchâtel. Herminjard, VII, p. 216, n. 14. Voir aux Appendices. — h. Opéra, XI, p. 275; Herminjard, VII, p. 240, 241. — 6. Annales, p. 282. — 7. « C'était trop demander aux Bernois, dit Herminjard. Ils avaient déjà trouvé en Calvin un esprit très indépendant et qui ne redoutait nullement de leur faire opposition. Ils connaissaient trop bien ses talents pour ne pas deviner qu'il organiserait l'Eglise de Genève de manière à maintenir ses droits en face de l'Etat, et qu'il saurait, dans l'occasion, aider les Genevois à résister aux exigences de leurs puissants alliés. » Herminjard, VII, p. 243, n. 4. — H. Opéra, XI, p. 280; Herminjard, VII, p. 243. — « Le Conseil de Berne ne voulut voir dans les deux lettres précitées que la demande d'un sauf-conduit, et il fit semblant de ne pas comprendre le reste. Les procès-verbaux du Conseil, du 8 et du 9 mars, ne disent pas un mot de Calvin, ni des lettres qu'il avait remises. » Herminjard, VII, p. 243, n. 6. — (.K Le Conseil de Neuchâtel au Conseil de Genève, 9 septembre. Herminjard, VII, p. 241, 242. — 10. Calvin avait voyagé à petites journées. Il résulte du post-scriptum d'une lettre que Hotman lui écrivait le 19 septembre 1556, qu'un messager pouvait faire la route en six jours et pour deux florins et demi, ce qui est invraisemblablement peu. Hotman écrit: « Monsieur, vous cognoissez comme j'ay esté contraint d'envoier le présent porteur, dont j'ay eu fort bon marché à deux fl. et demy. Je luy en ay avancé un, promettant d'estre là dans le 25 de septembre. Il vous plaira achever le payement. » (Opéra, XVII, p. 647, n. 5.) On peut, il est vrai, supposer que le messager profitait de ce voyage pour faire quelque autre commission, à l'aller ou au retour.
LE RETOUR DE CALVIN A GENÈVE
Quand ? Comment ? Quelle fut l'entrée de cet homme, qui était plus qu'un prince, plus qu'un empereur ? En effet, qu'est-ce qu'un prince ou un empereur aurait pu faire pour Genève ? Petite ville elle était, petite ville elle serait restée. Calvin allait en faire une capitale, et la capitale, non pas d'un simple pays, mais d'un empire plus immense que l'empire rêvé par un Alexandre ou un Charlemagne. Plus immense et plus solide ! Eux n'avaient pu réunir les peuples de leur domination que pour quelques années : toujours impatients de recouvrer leur liberté, leurs sujets, vaincus mais non convaincus, avaient renversé l'édifice de leur empire même avant leur mort. Calvin allait foncier à Genève un empire, dominant, non pas seulement les corps, mais les âmes, et qui, pendant des siècles, ne devait que s'étendre.
Quand, comment fit-il son entrée ? Des historiens, animés d'esprits différents, ont imaginé une réception enthousiaste1. C'est possible. Mais les documents se taisent; ils sont plus intelligents que les historiens.
Pour le fondateur d'un empire sur les âmes, peu importent la pompe des processions qui vocifèrent et les mousquets qui assourdissent. Idée, il vient comme une idée. On ne la voit pas, mais elle est là. Personne ne l'a saluée, et déjà elle s'est emparée de tous.
« Le i3 septembre 1 541 , raconte Bèze, Calvin revint à Genève, avec une grande félicitation de tout le peuple et du Sénat 2, reconnaissant le singulier bienfait de Dieu 3. » Il semble bien que cette arrivée ait eu lieu le i3. Immédiatement Calvin se rend au Conseil. Et à cette même date du mardi i3, le Registre du Conseil s'exprime ainsi : « Maystre Johan Calvin, ministre évangélique, lequelt est arryvé Destrasbourg et az delyvres des lectres dudit Estrasbourg et de leur prédicans, aussy de Basle, lesquelles hont estes lissues. Enapprès az tout au long fayct ses excuses de laz longue demorance qu'il az fayct. Et, estre fayct cella, az pryer mestre ordre sus l'Eglise et que icelly fusse par escript rédigyé. Et que l'on élize gens du Conseyl pour havoyer conférance avecque eulx, lesqueulx feront laz relation en Conseyl. Et quant àz luy, il s'ed offert d'estre toutjour serviteur de Genève 4. »
Est-il à Genève ? Oui, puisqu'il y est à l'œuvre.
1. « Le 13 septembre, dit Kampschulte, au milieu des cris de joie de la population, il fit son entrée solennelle à Genève. Il adressa à la foule rassemblée des paroles d'excuse sur son long retard.... » I, p. 381. Les documents ne disent rien de pareil, et les paroles d'excuse furent prononcées, non devant la multitude, mais dans la petite salle du Conseil. — 2. Fabri à Farel, de Genève, 18 septembre 1 54 1 . Herminjard, VII, p. 260: « Je n'ai pas besoin [au contraire, c'eût été bien utile pour nous] de te donner des détails sur l'heureuse arrivée de Calvin et les applaudissements des hommes pieux (piorum applansu). Je pense que Viret t'écrit amplement. » — Fabri ne parle des applaudissements que des hommes pieux, ce qui ne semble pas indiquer une réception publique, populaire. — 3. Opéra, XXI, p. 131. — 4. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 324. Annales, p. 282,
LE RAPPEL DE CALVIN. CONCLUSION GENERALE