‹ Jean Calvin (volume 2)Chapitre 80 sur 123 · BAUDICHON DE LA MAISON NEUVE · texte numérisé non relu

BAUDICHON DE LA MAISON NEUVE

Galiffe, ce protestant du dix-neuvième siècle, qui a été trop l'émule de Bolsec, le catholique du seizième, et qui l'a surpassé en érudition, sans lui être inférieur en passion, s'est efforcé d'établir que la Réformation genevoise avait eu pour premiers fondateurs des « vauriens. »

Il y avait, dit-il ', une première catégorie « d'enthousiastes de bonne foi, » très rares, comme Ami Bandière et Ami Perrin 2 ; puis une seconde catégorie de « protestants politiques, » comme R. Vandel, Ami Porral, les Lullin,... « hommes relativement supérieurs, » qui continuaient à professer la religion romaine. (Galifte oublie de noter que ces protestants politiques devinrent les chefs du parti libertin, et les adversaires acharnés de Calvin.) Venait en troisième lieu, « la tourbe des vauriens de la ville, » et c'est dans les faits et gestes « de ces bandits de carrefour » qu'il faut chercher les « premiers symptômes publics de la Réforme religieuse 3. » Dans cette « bande de vauriens, avides de vol et de pillage, » on distinguait Jean d'Abères (qui devait être tué par Jean Philippe), Jean Pécolat, Jean Goule, et surtout Baudichon de la Maison Neuve. « Tous, continue Galiffe, avaient été arrêtés et punis à diverses reprises pour vol et pillage nocturne, avec escalade et effraction, plusieurs même pour de véritables crimes, tels que meurtres, faux témoignages, etc. Ils n'en furent pas moins des premiers à embrasser les nouvelles doctrines, et firent rapidement leur chemin dans Genève protestante, où plusieurs parvinrent aux premières dignités. Ce fut ce même parti qui, ligué ensuite avec ce que l'immigration française nous amena de moins bon, trouva moyen de taire successivement condamner à mort ou proscrire de Genève précisément ceux sans le dévoûment desquels il n'y aurait eu, à Genève, ni liberté politique, ni réforme religieuse 4. » — Il n'est pas besoin d'attendre d'avoir rectifié l'histoire fantaisiste de Galiffe, pour saisir en flagrant délit sa passion de calomnie contre la Réforme : il ose insinuer qu'elle fut due à ce que l'immigration française amena de moins bon !

\. Bczanson Hugues, libérateur de Genève, par J.-B.-G. Galiffe, dans les « Mémoires et Documents de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, » 1859, XI, p. 197-524. — i. On est tenté de croire à une faute d'impression, qui aura mis Ami Pen in à la place d'Ami Porral et vice versa; car on a encore des lettres pleines de piété, très édifiantes, d'Ami Porral, qui devint un des amis particuliers de Calvin. Ami Perrin devint le chef proprement dit du parti libertin. — -i. Beeanson Hugues, p. 327. — '1. IbitL, p. 303, et n. 1.

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