CALVIN ET L'USAGE LITURGIQUE DU SYMBOLE DES APOTRES
On a plusieurs fois, et vivement, discuté pour savoir si Calvin lisait le Symbole des apôtres, à Genève, au culte du dimanche (car personne n'a jamais contesté que Calvin n'ait lu le Symbole des apôtres, après son sermon, dans les cultes du soir pendant la semaine1).
D'après M. Ariste Viguié, l'introduction du Symbole des apôtres dans la liturgie calviniste du dimanche matin date de 1743. Voici sa thèse : « Jusqu'en 1733, au moins, c'est-à-dire pendant les deux premiers siècles de la Réforme, le Symbole ne fait pas partie de la liturgie du dimanche. Quand apparaît-il ? Il apparaît en 1743 2. »
« Sans l'ombre d'un doute, la vieille tradition liturgique des Eglises calvinistes, pendant les deux premiers siècles de leur existence, c'est l'absence du Credo au culte du dimanche 3.
» En tant que confession de foi, le symbole est absent du culte solennel du dimanche et ne se trouve pas, aux premiers siècles de la Réforme, à la place d'honneur *5 où il est aujourd'hui, entre l'oraison dominicale et la bénédiction 5. »
Cette affirmation, si nette, passa bientôt pour un axiome, et, dans son Projet de revision de la liturgie (page 32), M. Bersier écrivit : « Le Credo, ou Symbole dit des apôtres, n'était pas à l'origine récité dans le service du dimanche de nos Eglises ; c'est à partir du dix-huitième siècle qu'il y a été introduit. » — Or le prétendu axiome est une erreur pure et simple.
I • Voir Sermons de M. Jean Calvin sur le livre de Job, recueillis fidèlement de sa bouche, selon qu'il les preschoit. A Genève, 1563. Après la préface, on lit : « Prière que fait ordinairement M. Jean Calvin en la fin de chacun sermon. » Et cette prière se termine ainsi : « Nous prierons aussi ce bon Dieu nous donner vraye persévérance en sa saincte foy, l'augmenter de jour en jour en nous ; de laquelle nous ferons confession, disans : Je croy en Dieu, etc. » La liturgie suivie par Bèze, dans ses Sermons sur les trois premiers chapitres du Cantique des Cantiques de Salomon, 1586, se termine aussi par le Symbole. Avec le premier sermon est donnée toute la liturgie du culte et, après la longue prière de la fin, avant le Psaume final et la bénédiction, le Symbole est introduit par cette phrase : « Nous le prierons aussi qu'il luy plaise nous augmenter la foy, dont nous faisons confession de cœur et de bouche, en disant, etc., p. 25. — A. Viguié, Le symbole des apôtres. Rapport présenté à la conférence pastorale réunie à Nîmes le 1er juin 1864, p. 48. — A. Viguié, Du rôle liturgique du symbole des apôtres, p. 10. (Extrait de la Revue de théologie et de philosophie, 1886.) Voir : H. V. « A propos du rôle liturgique du Symbole des apôtres. » Ibid., p. 620-626. — i. A. Viguié, Du rôle liturgique, etc., p. 7. — S. Qu'il soit permis de faire remarquer qu'au moment où, par une réforme liturgique sans aucune intention ni arrière pensée dogmatique, le Symbole a été déplacé, ses adversaires ont imaginé (c'était leur grosse objection) qu'on voulait précisément le mettre à la place d'honneur. La fin, place d'honneur! — La première moitié du culte (et non le centre : le centre étant occupé par la Parole de Dieu), place d'honneur! — Faudrait-il le mettre au début, pour ouvrir le culte? Serait-ce moins la place d'honneur? Le Symbole des apôtres sera partout mal placé au gré de ceux qui préféreraient ne le voir nulle part.