‹ Jean Calvin (volume 2)Chapitre 89 sur 123 · GOUDIMEL · texte numérisé non relu

GOUDIMEL

Cette nouvelle question est plus importante pour nous que la précédente.

Or dès 1 5 5 1 (et non 1562, comme le croyait M. Douen), dans la Préface de son Premier livre de Psaumes eu forme de motets, Goudimel se déclarait l'adversaire de la composition profane. C'est un premier renseignement. Est-il suffisant, comme on l'a cru, pour prouver et dater sa conversion ?

La composition profane s'était d'abord occupée de mettre en musique des chansons. Puis, le répertoire populaire ayant cessé de suffire aux compositeurs, ceux-ci avaient puisé dans les œuvres légères des poètes, ou bien avaient eux-mêmes rimé leurs couplets. Mais « quelle que fût l'origine de ces textes anciens ou nouveaux, leur contenu vulgaire, et souvent licencieux, formait parfois avec le raffinement, l'élégance et la délicatesse exquise des formes musicales un contraste étrange. » C'est alors que parut la Réforme, et nous laissons M. Brenet, point du tout protestant (plusieurs de ses jugements le prouvent), apprécier son influence :

« Le premier souffle de la Réforme eut pour effet d'éveiller chez un grand nombre d'artistes un zèle subit de moralisation, bientôt dirigé avec justice contre les libertés de langage des chansons.... Marot, qui avait contribué largement à augmenter ce blâmable répertoire, proposa sa traduction en vers français d'une partie des Psaumes de David, comme un moyen de purifier l'art et de fournir aux assemblées un aliment sain ; ce fut dans cette acception, plutôt moralisatrice que confessionnelle, qu'il en recommanda l'usage aux « dames de France : »

« O vous, dames et damoiselles,

Que Dieu feit pour estre son temple,

Et faites, sous mauvais exemple,

Retentir et chambres et salles,

De chansons mondaines et sales,

Je veux icy vous présenter

De quoy, sans offense, chanter '. »

L'Epître dédicatoire, placée par Goudimel en tête de son Premier livre de Psaumes eu forme de motets, est le pendant de ces vers de Marot. Il déplore de voir la musique corrompre et efféminer beaucoup de bons esprits, « par lascives, sales et impudiques chansons; » lui, « inspiré d'un bon vouloir et affection chrestienne, s'est mis en debvoir de publier les louanges du Créateur. » Goudimel était-il donc protestant dès 15 51 ? Non, sans doute. Car : 1" Ce n'est pas tout de suite, ce n'est que peu à peu que les Psaumes devinrent le « bréviaire » des huguenots, et comme leurs chants de ralliement. Henri II et sa cour, et Catherine de Médicis, et Diane de Poitiers, les chantaient. En 1546, le chapelain de la Sainte-Chapelle, Pierre Certon, fonde des messes et publie un recueil de trente et un Psaumes à quatre voix. Encore en 1 561, Thomas Champion, organiste de Charles IX, dédie au roi soixante Psaumes de sa composition. 2° En l'année 1554, Goudimel se fit l'éditeur d'un grand recueil de messes, de motets et de Magnificat. Dans ce recueil, Goudimel figure comme auteur de sept œuvres latines et catholiques. Enfin la même année, l'administrateur de l'archevêché de Besançon, François Bonvalot, ennemi déclaré de la Réforme, s'adresse à Goudimel pour avoir des renseignements sur un musicien impliqué dans un procès criminel.

Mais en 1557 (le 20 juin) nous trouvons notre compositeur à Metz, et ce jour-là il dédie à un avocat au Parlement de Paris, Claude Belot, son Tiers livre de Psaumes eu forme de motets. Sa conversion a dû s'opérer entre 1554 et 1557, et causer son départ de la capitale et son établissement dans une ville où le protestantisme florissait. Dans cette dédicace, en effet, il parle en protestant des « vers divins du divin et royal prophète. » Il remercie l'avocat de ce que, dit-il,

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