M. Brenet, p
APPENDICE IX
« seul m'avez amiablement contraint de changer, voire quiter, la prophane lyre du prophane poète Horace, pour me mettre en main et hardiment entreprendre de toucher et manier la harpe sacrée de nostre grand David. O très désiré échange! Là, qu'ay-je peu chanter que chanson mal aggréable, rude et discordante, indigne certes d'un vray chrestien ; icy, etc. » Enfin, le 18 mars 1565, Goudimel est parrain d'un enfant à l'Eglise réformée de Metz : voilà la preuve matérielle d'une conversion plus ou moins ancienne. Du reste, pendant son séjour à Metz, il concentra toute son activité d'artiste sur l'interprétation musicale des Psaumes traduits par Clément Marot et par Th. de Bèze, et il quitta la ville (on ne sait pas exactement quand) au moment des mesures qui forcèrent beaucoup de huguenots à s'exiler, 1565, 1568, 1569.
Une lettre de lui, du 23 août 1572, est datée de Lyon. Elle nous apprend que le grand artiste, souffrant, retenu dans sa chambre par la fièvre, travaillait avec ardeur à une composition sur le Symbole. On a essayé de supposer que, puisqu'il était malade le 23 août, il avait pu mourir quelques jours après, dans son lit. Mais le fait est certain : Goudimel fut, comme huguenot, victime des massacreurs, qui fêtèrent la Saint-Barthélemy à Lyon, du 28 au 31 août. C'est un témoin oculaire, un des trois pasteurs de Lyon à ce moment même, Jean Ricaud, qui nous l'atteste dans deux relations des massacres de Lyon, relations parues en 1574. « Goudimel1, dit-il, excellent musicien, et la mémoire duquel sera perpétuelle, pour avoir heureusement besongné les Psaumes de David en français, la plupart desquels il a mis en musique en forme de motets à quatre, cinq, six et huit parties, et sans la mort eust tost après rendu cest œuvre accomplie. Mais les ennemis de la gloire de Dieu, et quelques médians envieux de l'honneur que ce personnage avoit acquis, ont privé d'un tel bien ceux qui aiment une musique chrétienne 2. »
1. Voir Histoire des martyrs, édit. de Toulouse, III, p. 707, n. 1. — M. Douen (I, p. 601) attribue, à tort, ce passage à Goulard, lequel s'est borné à le citer : et, plus à tort encore, il trouve que ce passage manque de « précision et d'exactitude. » — 2. Voir M. Brenet, p. 14-29. — Dans la quatrième partie de son travail, M. Michel Brenet étudie les rapports de la Réforme et de l'art. Ici encore, au point de vue musical, l'auteur se montre sévère pour Michelet, « complètement ignorant de la longue et magnifique progression de l'art pendant la période prépalestrienne », et qui « prenant ses propres rêveries pour des faits authentiques, a voulu que Palestrina, pour composer la messe du pape Marcel, se soit inspiré des psaumes de Goudimel, » et pour M. Douen, « qui a développé avec joie une fiction dont il n'était pas en mesure de distinguer l'étrange invraisemblance. » Nous ne saurions discuter la rare compétence musicale de M. Michel Brenet. Mais nous osons penser que notre auteur connaît moins bien les sentiments de la Réforme que l'histoire de la musique. Tout de suite nous le voyons reproduire le cliché sur « Calvin, hostile aux arts; » méconnaître l'éloge qu'il fait de la musique, et se livrer, soit à des prophéties, soit à des hypothèses également injustifiées sur le « découragement » qu'aurait amené pour Goudimel « l'intuition du sort réservé par ses coreligionnaires à ses travaux, » et sur les « désillusions » qui l'avaient amené à ne pas destiner au culte public son dernier psautier. » Ibid-, p. 29-31.
Appendice N° X.