‹ Jean Calvin (volume 2)Chapitre 93 sur 123 · LES DERNIÈRES PAROLES DE LUTHER SUR LES REFORMES · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES PAROLES DE LUTHER SUR LES REFORMES

leurs représentants, était à ce moment même attaqué avec la dernière violence par Luther, rééditant son écrit et ses invectives contre lui ?

Dès le 9 septembre 1544 on voit Bucer, dans une lettre à Blaurer, préoccupé de la réédition des écrits de Luther contre les sacramentaires. Il en écrit à Luther lui-même, le même jour, faisant passer sa lettre par Mélanchthon. Celui-ci, toujours timide, et qui depuis deux ans n'osait parler à Luther de la question de la Cène, remit la lettre au chancelier Brùck. Ainsi la cour fut mêlée à l'affaire, et sans doute le landgrave de Hesse, comme dans d'autres circonstances analogues, agit auprès de l'Electeur. L'impression du second volume fut arrêtée, et les négociations et les efforts se succédèrent pour que Luther supprimât les passages les plus violents. On comprend que Rôrer, parlant des « auteurs » responsables de la suppression, n'ait pas voulu les nommer. Il ne se serait évidemment pas gêné pour désigner Mélanchthon, s'il lui avait paru le vrai coupable. Mais Mélanchthon avait simplement servi d'intermédiaire. Un détail de la phrase de Rôrer se précise aussi. Il parle de « deux hauts personnages, » qui savent la chose aussi bien que lui. Or l'Electeur était mort, et il y avait le landgrave et le chancelier.

Luther, finissant par comprendre qu'on ne lui demandait aucune concession de principe, céda, et manda chez lui Mélanchthon pour lui dire qu'il consentait à la suppression. Le récit de Hardenberg nous renseigne sur la suite de cette communication. Enhardi par l'aveu de Luther qu'on avait été trop loin, Mélanchthon ose profiter de l'instant favorable, semble-t-il, et demande qu'on ne se contente pas de cette suppression, mais qu'on écrive quelque chose. Luther refuse : cela lui paraît dangereux ; à son tour, et comme en échange de la concession qu'il vient de faire, il demande à Mélanchthon de corriger certains passages de ses Loci communes : « Vous aussi laites quelque chose après ma mort, » quelque chose qui serve, pensait-il, à la clarté et à l'unité. C'est ce que semble expliquer un passage de Ratzeberg. Sentant sa faiblesse, dit-il, et attendant sa mort, Luther chargea un de ses amis « d'exhorter sérieusement Mélanchthon, au nom de leur dernier entretien, » à supprimer quelques points dans ses Loci communes, que lui, Luther, « avait combattus et sur lesquels il avait convaincu Mélanchthon d'erreur. »

En résumé, la reconstruction historique de M. Hausleiter est si plausible, tient si bien compte des textes, et les explique d'une façon si naturelle, qu'il semble difficile de ne pas croire qu'elle nous donne à peu près la vérité -.

Le dernier acte de Luther dans la querelle sacramentaire a donc bien été une concession, et une concession, à ses yeux importante.

Les paroles rapportées par Hardenberg, — comme le faisaient prévoir son honorabilité et son serment solennel, — sont authentiques. Seulement ces paroles, détachées de leur contexte historique, ont été mal comprises, et ont fini par être appliquées à une concession analogue et cependant différente. De là des malentendus.

Quant aux amis ultra-luthériens de Luther, la concession leur paraissait si grosse qu'ils ont refusé d'y croire et, malgré les attestations, l'ont niée. C'est ce qui donne à cette concession sa vraie signification.

1. Ce paragraphe-ci est emprunté à une seconde étude de M. le professeur Hausleiter, complétant heureusement la première : « Weitere Mitteilungen zur letzten Unterredung Luthers und Melanchthons ûber den Abendmahlstreit (1546), » dans la Neue Kirchliche Zeitsclu ift, X, 1899, p. 455 466. — i- Voir encore G. Mix, Luther und Mélanchthon in ihrer gcgenseitigen Beurieilung, dans les Theologische Studien und Kritiken, 1901, p. 458-521.

Appendice N° XII.

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