LE VOL ET LE FAUX COMMIS PAR BAUDOIN
C'est cet incident Calvin-Bucer si honorable pour les deux amis, parfois si touchant, que les hommes de la calomnie calvinienne ont résumé en cette phrase, placée dans la bouche de Bucer : « Calvin est un vrai chien enragé ; cet homme est mauvais. Garde-toi, ô lecteur chrétien, des livres de Calvin '. »
Pour remonter à l'origine de cette calomnie et de ce faux, il nous faut arriver à un vol, à Un vol de Baudoin.
Nous connaissons Baudoin, le père de la légende calvinienne 2. Mais il nous faut insister ici, pour montrer comment ont été fabriqués les faux contre Calvin. Nous complétons ce que nous avons dit, en citant Drelincourt :
« François Baudoin, durant plusieurs années, a esté domestique de Calvin et à ses gages ; et il écrivoit sous luy.... Calvin, dit Papirius Masso, dormoit fort peu. C'est pourquoy il a dicté de son petit lit, la plupart de ses œuvres, durant la nuit, se servant en cela d'un notaire, ou d'un écrivain domestique; et Baudoin ne nie pas qu'il ne l'ayt autrefois servy en cela.... » Papire Masson dit qu'en effet Baudoin, « son maître en droit civil, » a été « le scribe et domestique familier de Calvin (familiaris et domesticus scriba ejus).... » Calvin ne traita pas cet homme comme un simple serviteur domestique, mais comme un amy familier. Non seulement il luy donna l'usage de ses livres, mais il luy communiqua tous ses manuscrits, et luy permit de voir les lettres qu'on luy écrivoit de toutes parts.... Baudoin viola les droits sacrez de l'hospitalité et, par une infidélité des plus criminelles,... il prit ce qu'il voulut des papiers de Calvin. Et particulièrement il se saisit de quelques lettres qui luy avoient esté écrites par de ses amis les plus familiers et les plus confidens 3.... » Calvin avertit ses lecteurs « qu'il n'y a rien si larron que ceste chouette, tellement qu'en ce mestier il passe son cousin germain Antoine Balduin, lequel, pour la grande subtilité qu'il avoit à desrobber, ses compagnons d'escole nommèrent Ablatif. « J'ay usé d'une si grande facilité envers luy, qu'en mon absence il a librement et à son plaisir revisité tout tant qu'il y avoit de papiers en mon estudc. Qu'il m'ai desrobbé ce qu'il pensoit luy pouvoir servir, il n'en faut point de preuves plus évidentes que de ce qu'il a écrit de luy-mesme, là où il est descouvert bien joliement 4. ■»
i. Mgr de Ségur, Causeries, 39e édit., p. 88. Audin, Histoire de la vie de Calvin, 6' édition. 1856, II, p. 340. — -. Voir Jean Calvin, I, p. 150 et ss. — 3. La défense du Calvinisme, 1667, p. 250, 251. — 4. Prafatio ad Besœ Libellant contra Balduimtm (Opéra, IX, p. 859, 860) ; Opuscules, p. 1019.