‹ Jean Calvin (volume 3)Chapitre 10 sur 94 · DU TEMPS DE CALVIN · texte numérisé non relu

DU TEMPS DE CALVIN

avec certaines « voiles de bois de sapin larges et légières, » poussées « au vent de la fumée et de la vapeur du feu l. »

Le XVIe siècle mangeait autrement et plus que nous. Il avait dans ses veines un autre sang. Il n'était anémique en rien, ni dans la rue, ni au Conseil, ni dans le cabinet, pas plus quand il tenait sa plume que quand il maniait son épée. Et il pourrait très bien se faire que nos jugements d'anémiques et de neurasthéniques soient si souvent erronés, injustes, uniquement à cause de notre neurasthénie et de notre anémie.

Le XVIe siècle a eu ses luttes, ses rixes, ses violences de plume, et de langue, et de mains. Ses sévérités, ses duretés, ses violences, ses cruautés, même chez les meilleurs, nous choquent et nous révoltent. Et, à coup sûr, je ne veux pas nous enlever le droit d'appeler mal le mal. Cependant, pour être équitable, il faut tenir compte des tempéraments. Nous ne brûlerions pas Servet : en quoi nous aurions bien raison. Nos pères ont eu grand tort de mettre le feu à ce bûcher. Ils étaient barbares. Nous sommes raffinés et même efféminés.

Donc, pour être exactement impartiaux dans nos jugements, essayons de bien nous remettre en l'esprit que Réformateurs et conseillers de Genève, de la Suisse, en 1 5 53 , appartenaient à une civilisation pour qui le manger était plus important que le coucher; qui mettait partout des épices, et qui, ne connaissant la fourchette que comme un objet de luxe, mangeait avec ses doigts.

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