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CHAPITRE QUATRIÈME

Les fortifications.

I. Enceinte dite de Gondebaud. — II. Enceinte de Marcossey. — III. Enceinte des Réformateurs. Démolition des faubourgs. — IV. Fortification de Saint-Gervais. — V. Fortification de Genève. — VI. La milice. — VII. Calvin.

U moment que nous sommes installé à l'hôtellerie des Balances, et — il faut l'espérer — que nous nous sommes un peu restauré par une nuit de sommeil, le plus sage est de faire part à l'hôte de notre projet, qui consiste à commencer notre visite de Genève par le tour extérieur de la ville, en jetant un regard sur les fortifications et les faubourgs. Notre hôte aura ainsi occasion de nous montrer le 46e Item des Cries : « Que les passans n'ayent à se trouver entre les murailles vieilles et nouvelles, ny sur les rempars ou fossez de la ville, mais passer droit leur chemin et faire ce qu'ils auront à faire en la ville : à peine prédite. » Heureusement qu'on peut obtenir « permission de nosdits Seigneurs. » Lorsque l'hôte nous l'aura procurée, nous commencerons en sécurité notre première promenade.

Le spectacle qui nous attend en vaut la peine. Nous allons voir comment Genève — son sol et ses habitations — s'est formée. Il ne s'agit, il est vrai, que de la Genève de terre et de pierre, corps dont l'esprit sera la politique, l'Eglise, la liberté, la Réforme. Mais la terre et les pierres, comme tous les corps, ont en elles un principe vital, qui les fait s'avancer, s'exhausser, s'infléchir, se rectifier, se reculer. C'est un organisme qui grandit, a ses moments de faiblesse et de force, tout comme le corps d'un homme. C'est une plante, qui, d'une graine jetée il y a des siècles, sort avec son tronc solide et ses branches ; celles-ci poussent çà et là ; on les coupe : elles repoussent plus vigoureuses. C'est un réservoir alimenté par une source inépuisable et qui se rempht, et dont l'eau déborde pardessus les barrages successifs, appelés remparts, avec lesquels on veut la retenir,... Les Genèves successives apparaissent.

LES FORTIFICATIONS

Ne remontons ni à la Genève lacustre, ni à la Genève romaine1. Trois Genèves sont devant nos yeux, bien distinctes les unes des autres, avec leurs trois enceintes successives :

i° La Genève burgonde, avec l'enceinte dite de Gondebaucl, au VIe siècle, vers 5oo.

2° La Genève épiscopale, avec l'enceinte dite de Marcossey, au XIVe siècle.

3° La Genève calviniste, avec l'enceinte des Réformateurs, au XVIe siècle.

1. Sur une colline, avec un plateau allongé et des pentes assez rapides, que, dans des temps plus ou moins lointains, et cependant historiques, le lac a battue du côté du nord, tandis que l'Arve la baignait du côté du sud2, et dont le lac et l'Arve se sont déjà plus ou moins retirés, nous trouvons assise la Genève burgonde du VIe siècle. Son enceinte est attribuée à Gondebaud. Nous verrons ce qu'il faut en penser, quand nous arriverons à la porte du Bourg-de-Four, où se trouve précisément l'inscription burgonde.

« Cette enceinte4 était formée d'une muraille [d'une épaisseur de 9 à 10 pieds, construite de matériaux de toutes sortes, « de grosses pierres de taille, dont plu-

1. Voir les hypothèses de Galiffe sur la Genève romaine, p. 92 et ss., et Ch. Morel: « Genève et la colonie de Vienne sous les Romains », M. D. G., XX, p. 534. — Voir: Archives des sciences physiques et naturelles, 15 octobre 1874. « Note sur les dépôts de la rivière d'Arve aux environs de la ville de Genève », par M. Daniel Colladon. — La conclusion de Colladon est qu'il y a vingt ou trente siècles, le lac avait un niveau élevé de deux mètres environ, ou peut-être de trois mètres, au-dessus de celui que nous observons actuellement, et que, à une époque antérieure de peu de siècles à l'ère chrétienne, l'Arve coulait au pied des terrasses de la Treille et de la Tertasse. — « La colline dominait d'un côté le lac, qui s'avançait jusqu'aux Rues-Basses, de l'autre l'Arve, qui opérait sa jonction beaucoup plus haut que de nos jours, et dont le lit indocile formait sans doute, entre la Treille et les coteaux de Lancy et de la Bâtie, des îlots de graviers et de sables mouvants. » Ch. Morel, M. D. G., XX, p. 6. — 2. D'après Galiffe, on aurait « exagéré la durée de cet état de choses en le prolongeant jusqu'en plein moyen âge.... » Lorsqu'il est dit, dans un titre quelconque, que tel côté d'une maison « donne sur le Rhône », ou qu'il « affronte le lac », ou que le bâtiment tout entier est situé t juxta lacum * , cela ne signifie point toujours qu'il plongeait dans l'eau, ni même qu'il en fût bien rapproché; car d'autres documents relatifs aux maisons voisines ou aux terrains adjacents nous prouvent qu'il ne s'agit souvent là que d'une indication de direction. » Galiffe, p. 89. — 3. Ce plan se trouve dans la première édition de Spon, 1680. En le reproduisant dans sa troisième édition, 1685, Spon {Avis) dit: « Quelques uns se sont imaginez que j'ay fait à plaisir ce plan de Genève ancienne : sur quoy je

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