‹ Jean Calvin (volume 3)Chapitre 18 sur 94 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

LA VILLE

mait les délinquants, les y tenant au pain et à l'eau. Le curé avait la clef de ce réduit, où il ne devait y avoir ni entraves, ni autres instruments de prison.

Le curé était le directeur; l'administrateur était un économe, appelé guidon (quitonus), avec sa femme. Chaque année, le chapitre des lépreux élisait ou confirmait le guidon, et tout semble indiquer que les lépreuses votaient comme les lépreux. « Ces deux progrès encore contestés, le vote des femmes et le vote par procuration, étaient déjà régulièrement appliqués dans les maladières de Genève, au XVe siècle »

Les soins que la femme du guidon pouvait donner comme infirmière semblent avoir été les seuls soins médicaux qu'eussent à espérer les lépreux une fois enfermés dans la maladière. Le médecin n'intervient qu'avant, pour décider si la maladie existe. « La notion de l'incurabilité de la lèpre était si bien admise comme un article de foi qu'il semblait superflu de faire de la thérapeutique avec les lépreux2. »

Le port d'une arme leur était interdit : ils devaient se contenter d'un chapelet pendu à leur ceinture, et long au moins de vingt-cinq paters. Les hommes vivaient comme des clercs, les femmes comme des religieuses : l'admission ressemblait à une entrée en religion.

Tous les matins, une quêteuse se tenait devant la porte du couvent de Saint- François, et une autre devant celle du couvent de Plainpalais. Elles portaient une petite caisse, une image pendue au cou, et tenaient à la main le petit éventail de bois (la crécelle), par lequel, dans les lieux publics, les lépreux devaient se faire reconnaître. — Tous les samedis après-dîner, les quêteuses parcouraient les marchés, une corbeille d'osier à la main, et allaient chez les bouchers réclamer la viande que ceux-ci étaient tenus de livrer. — Enfin, chaque dimanche après-dîner, les quêteuses, portant un sac, une clochette, l'image de saint Lazare pendue au cou et un petit tronc fermé avec trois clefs, parcouraient la ville, demandant du pain et d'autres pieuses aumônes.

Par convention du 7 juillet 1 537, Genève conserva la maladière de Carouge, et les Bernois prirent celle de Chêne. — En 1 5 56, une lépreuse fut admise à Carouge, et la dernière lépreuse qui y habita paraît s'être installée là, de sa propre autorité, en 1 5 5 8 . Le Conseil exigea cent cinquante florins, le mari préféra la ramener dans son pays, et, depuis 1596, la lèpre n'a plus été signalée sur le territoire de Genève: la maladie avait disparu, elle qui, au XIIIe siècle, avait exigé 19000 léproseries, dont 2000 en France, sous Louis VIII (mort en 1226)3.

Le faubourg de Saint-Léger eut le sort des autres faubourgs : il fut démoli 4. Le 9 mars i535, quelques citoyens abattirent une image de pierre de saint Jean-Baptiste, qui était au milieu du bénitier de Notre-Dame de Grâce, et

1. Dr L. Gautier. — 2. Ibid. — 3. Ibid. — M. D. G., I, p. 104. — 4. 20 octobre 1534. Pont d'Arve. Ceux du dit lieu ayant présenté une requête afin qu'on leur permette d'attendre encore quelque temps à démolir leurs maisons, on le leur accorde. (Flournois, Extraits.)

LES QUATRE FAUBOURGS

rompirent une lampe allumée auprès du grand autel Le coupable fut mis en prison et condamné à payer la valeur du prix d'achat de l'image 2. — Puis, le 9 août 1 535 , revenant de leur expédition à Saint-Gervais et à Plainpalais, les trois capitaines Nicolas Baudichon, Pierre Vandel et Amy Perrin, arrivèrent au couvent. Les syndics accoururent avec leurs bâtons pour empêcher qu'ils ne démolissent la chapelle 3.

Cependant tout fut rasé. Il ne resta que le pont et une maison pour le garde.

i. Flournois, Extraits. — 2. lbid., 17 mars. — 3, Ibid., 9 août.

Page 1