Galiffe, p
— S. 2 avril. Ibid.
2. Ibid., p. 206. — .'!. 12, 14 février 1535. Flournois, Extraits. — 4. 5 mars. Ibid.
LA VILLE HAUTE
« de se contenter, pour maintenant, de prêcher au couvent de Rive et en l'église de Saint-Germain1 ».
Un an après, le ton de la délibération a bien changé.
8 septembre i 5 3 G : « Mc Guil. Farel entra; il ht une remontrance et donna un avertissement par écrit ; sur quoi on arrêta que puisque les écrits du dit Guillaume sont si divins (tam divind) on ferait le prêche à 6 heures du matin à l'Eglise de Eglise de Saint-Germain
S. Germain, et que les co n (p,an Masnin)seillers seraient obligés d'y venir pour pouvoir entrer à 7 heures au Conseil2. » — A partir de ce moment, l'histoire de cette église fut des plus mouvementées. Comme elle était à côté de l'Ecorcherie, et « pas bien propice pour y prescher, » dit Froment, on en fit « une boucherie à vendre de la chair :i. »
Or
Eglise de Saint-Germain (d'après diverses photographies), (p. 254.
nous trouvons dans les Registres , 29 mars i53j, la délibération suivante : « Conseil des 200. Des bochers de la Grande Bocherie pour ce qu'il hont allégué que la maison du seaulx tant à cause du chault que du froit ès quelz la dicte place est soubgette [est incommode] esté arresté qu'il soyent remys en l'Eglise S1 Germain, que leur soit acoultré et mys en ordre, et qu'il payent le loage *. » — - Au premier abord, il semble que la maison incommode était tout près de l'église Saint-Germain, «près de S1 Apre et de S' Germain », comme le dit Flournois, dans ses Remarques 5. Seulement il est absolument certain (contrairement à l'opinion de Flournois) que la maison du Sceau était dans la rue actuelle de l'Hôtel-de-Ville, en face de la Taconnerie (voir plus loin). On est donc obligé de penser que les bouchers, qui étaient à la Grande Boucherie c'est-à-dire au Grand Mézel, et dont on avait décidé d'abattre les bancs, le i3 janvier i533 G, comme nous l'avons dit (p. 252), avaient été transportés en face de la Taconnerie, pour être retransportés, en 1547, à Saint-Germain.
1. Flournois, Extraits. — 2. Ibid. — Registres du Conseil, Vol. 50, f. 53. — 3. Froment, p. 231. 4. Registres du Conseil, Vol. 30, f. 200. — Un autre procès-verbal (car pour cette époque il y en a deux), Vol. 29, f. 48v, se borne à dire : • la bocherie çst remise en l'esglise S' Germain. » — 5, Ibid., Remarques, p. 10S. — 6. M. p. G. VIII, p. 295, n. 1,
LA VILLE
A propos de l'église de Saint-Germain transformée en boucherie, Froment continue : « Et aulcuns disoynt ces parolles : Ça dedans les prebstres ont souventes foys sacrifié Jésus-Christ, car sacrifier signifie tuer... et maintenant on y tue les bestes et y faict une boucherie » (Froment a écrit sa chronique vers 1548 2.)
En i557, « à cause de la multiplication du peuple qui augmente tous les jours, » les ministres demandent que Ton « rouvre le temple de Saint-Germain, et que l'on augmente pour cet effet le nombre des ministres de la ville de deux. » La communauté des Flamands réfugiés l'occupe en 1572. Puis l'artillerie y réinstalle ses équipages et ses munitions jusqu'en ij3i. Et après avoir été la première église accordée aux protestants, ce fut la première église rendue aux catholiques, en i8o3 3, comme ce fut la première église d'où on chassa dé nouveau les catholiques pour y installer les Vieux-Catholiques. — En 1804, d'après De La Corbière, on donna à l'église, rendue au catholicisme, le bénitier, qui se trouvait encore dans l'ancien couvent des Frères mineurs du temps de De La Corbière ; et le fait fut bientôt transformé en légende merveilleuse *. Une partie des cloches et le toit de la nef ont été incendiés en 1904.
L'église {Page 255) était naturellement encore moins dégagée qu'aujourd'hui. On aperçoit encore, dans les maisons près l'abside, émergeant des toits, une petite tour carrée (Page 25j), en briques, avec les mêmes ornements que certaines parties de Saint-Gervais, que le haut de la Tour Baudet, et que certaines tours de Rive (XVe siècle).
Enfin, au bout de la rue se trouvait le château Saint-Apre. La famille de ce nom était une des plus puissantes de Genève au treizième et au quatorzième siècle. — En 1475, le château appartenait aux de Viry et n'était estimé que 200 florins, bien que ce fût, sans doute, un édifice considérable. « On voit quelques restes de l'ancien château, entre autres une haute tour carrée, clans les vues de Genève prises du côté méridional, » et, ajoute Galiffe, « nous ne serions pas étonné que la large tour à porte gothique, qui fait saillie dans la rue des Granges, en eût fait originairement partie 5. »
La rue qui enveloppe Saint-Germain s'appela rue Saint-Apre jusqu'au i3 juin 1827, époque à laquelle un arrêté du Conseil d'Etat lui substitua le nom de rue de derrière Saint-Germain 6.
1. Froment, p. 231. — 2. Ibid., Préface, p. IV. — H. Mallet, p. 153. — 4. C'est l'abbé Fleury qui la raconte : « N'oublions pas, dit-il, l'histoire de l'ancien bénitier de Saint-Germain. Il s'agissait d'en commander un au marbrier, qui offrit une conque déposée dans un coin de son atelier, dont il n'en [sic] savait ni l'emploi ni l'origine. Lorsqu'il fut question de la placer près de la porte, au premier coup de marteau, les maçons s'aperçurent d'un vide qu'ils déblayèrent. Ils y présentèrent le bénitier, qui s'y encadra tout naturellement. Il venait ainsi reprendre sa place, d'où on l'avait tiré à l'époque de la Réforme. » Abbé Fleury, p. 73. — 5. Galiffe, p. 264. M. L). G. VIII, p. 345 : « Domus S1' Apri. » — Cette tour a été reconstruite, mais pierre à pierre, comme elle était ayant, nous a-t-on dit. — (3. M. D. G., Ib, p. 38, n. 9,
LA VILLE HALTE
La seigneurie avait acheté le château vers le milieu du seizième siècle (i55j). Viret y logeait en 1 563- Jacob Stœr, l'imprimeur, raconte qu'il promit mariage à Esther de Tournay, «et fust fait le fiancement solenel le dimanche i6rae jour du mois de may [i 563], au logis de M. Viret à Sainct Arbre »
Celui-ci y avait déjà logé en 1 55g. 9 mars 1 55g : « M. Pierre Viret. Icy est arresté que on le loge à Saint Abre, où on avoit ordonné logis pour M° Théodore de Bèze, lequel debvra demorer encor trois moys, là où il est, chez le Sr de Arca, lequel on a prié et qui s'y est offert2. » Cinq jours après (14 mars), la décision est confirmée, et quelques explications sont ajoutées : « Que le dl Viret soit logé à Saint Abre, en la haie, et comme on verra estre commode, et qu'il ayt le jardin ; totefoys qu'on le prie de ne prendre en maie part si, cy après, on baille quelque portion du d4 jardin à quelcung autre, que se pourra loger à Saint-Abre s. » — Ce « quelcung autre » se trouva être le vénérable Mathurin Cordier, environ un an après. 19 février i56o: « Maturin Cordier. Pour ce que la veuve de Mtre Pierre
le fortificateur, s'est OStée de la maison de Saint Tour dans la rue Saint-Germain.
Abre, où elle estoit logié, et qu'il y a pitié au (p- 256-)
d' Cordier, homme vieux. A esté icy arresté qu'on le retire, au lieu où estoit la dte veuve, puys aussi que Mtre Pierre Viret l'a bien agréable4. » Et Viret et Cordier se réchauffèrent souvent au même poêle, se promenèrent souvent dans le même jardin, les deux Réformateurs les plus doux, et non pas les moins spirituels. Si nous avions pu assister aux entretiens du château Saint-Apre !
Le château, mis en vente par le Conseil en 1720 3, fut transformé en arsenal, puis en caserne (1783); et, enfin, c'est aujourd'hui (depuis 1 8 1 3) la maison Rigaud.
Jusqu'en 17 18, il n'y avait guère d'espace un peu libre que devant le château Saint-Apre 6. Mais, cette année-là, le Conseil fit percer une nouvelle rue depuis l'église Saint-Germain jusqu'à la place du Grand-Mézel 1 . Ce fut la rue de derrière les Granges, ainsi nommée à cause des granges qui s'y trouvaient, audessus de la pente, ou crêt de la Chauvinière 8. Les hôtels nouveaux rempla-
i. M. D. G., XIX, p. 170. — -2. Registres du Conseil, Vol. 55, f. 17. Annales, p. 711. — 3. Ibid., Vol. 55, f. 19. Annales, p. 712. — 4. Ibid., Vol. 56, f. iov. — o. Fontaine-Borgel, Nouvelle description historique et monumentale de l' Hôtel de Ville, 1877, p. 13. — 6. « Peut-être depuis là où deux crochets scellés, l'un dans le mur de la tour, l'autre dans la maison vis-à-vis, indiquent que la rue pouvait être barrée par une chaîne de fer. » Galiffe [1869], p. 164, n. 3. — 7. M. D. G., Rigaud, VI, p. 6, n. 2. — H. Picot, Histoire de Genève, III, p. 239, n. 1. — « La Chauvinière, parce qu'elle procédait d'Arthur Chauvin. » De La Corbière (copie Bourrit).
LA VILLE
cèrent les granges, les jardins suspendus remplacèrent le crêt, et la rue des infâmes, Juifs et prostituées, devint la rue aristocratique par excellence : habent sua fata... carreriez !
A la rue de la Cité succédait la rue du Marché (carreria Macelli, la première moitié de la Grand'' Rue actuelle), allant, à gauche, de la rue de la tour du Boel jusqu'à la rue de la Pélisserie, et, à droite, de l'angle de la rue Porte du Marché jusqu'à la continuation de la rue de la Pélisserie (petite rue actuelle de la Boulangerie) l.
A gauche, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la Société de Lecture et le Musée Fol, s'est passé l'un des événements qui auraient le plus contristé l'âme des Farel et des Calvin : c'est ici que le catholicisme célébra de nouveau son culte, d'une façon encore privée, si Ton veut, mais cependant officielle.
11 faut lire dans A. Rilliet 2 le récit de cet événement sensationnel. — Le « paquet du roy » (c'est-à-dire la charge de recevoir et de réexpédier toute la correspondance du gouvernement français passant par Genève) avait été d'abord confié à Jean Favre, lequel était non seulement genevois et protestant, mais pasteur et orthodoxe. Il mourut le i3 mai 167g. Le parti ultra-catholique de la cour de Saint-Germain songea alors à envoyer un ambassadeur, lequel, en vertu de ses privilèges diplomatiques, ferait célébrer la messe... à Genève ! Ce serait la brèche par laquelle le catholicisme passerait pour tout envahir.
Pour le moment, les catholiques laïques pouvaient habiter la ville moyennant des permissions spéciales. Ils allaient suivre le culte romain dans les paroisses de Savoie et de France les plus voisines, Thonex, Saconnex. Quant aux religieux catholiques de divers ordres, leur circulation dans la ville était plutôt surveillée qu'empêchée. — 11 juillet 1617 : « A été chargé M. Barilliet de représenter à N. M. S. comme on rapporte que, en ceste ville, plusieurs curés des alentours, comme celui de Mornex, les prestres du Grand-Saconnex, le curé de Chalex, etc., vont et viennent, et se fourrent dans les maisons de la ville, oultre les hostelleries, et qu'on craint qu'avec le temps il n'y survienne quelque scandale, veu qu'on rapporte que telles visites se font quand un est malade. » — 18 décembre 1623 : « Aymé de la Rovière a advoué avoir mené deux capucins au temple de Saint-Pierre. » — 19 mai 1 653 : « A été représenté que les capucins viennent fort fréquemment et avec une extrême impudence en ceste ville ; qu'ils furent vendredi dernier dans le temple de Saint-Pierre pendant la prière, et se mirent à genoux en entrant3. » C'est cette situation qui devait être modifiée du tout au tout.
Quand on apprit la venue de l'ambassadeur catholique et catholicisant, ce fut
i. M. D. G. VIII, p. 295. — 2. A. Rilliet, Le rétablissement du catholicisme à Genève, il y a deux siècles. Etude historique d'après des documents contemporains, pour la plupart inédits, 1880. — 3. M. D. G., IX, p. 53, n. 26, A. Cramer: « Coup d'œil sur les Registres du Consistoire de l'Eglise de Genève. »
LA VILLE HAUTE
une stupéfaction générale, comme devant une calamité publique. Il fallut cependant se résigner. Le 26 octobre 1679, Chauvigny (c'était le nom du Résident, un catholique fanatique, homme des jésuites et du père La Chaise) fit son entrée dans la ville, le soir, sans cérémonie, et descendit à l'hôtel des Balances. Il amenait un aumônier, et, dans ses bagages, tout l'attirail nécessaire à l'ameublement d'une chapelle catholique. Bientôt il désira demeurer « dans une maison située à la Grand-Rue, entre les maisons Colladon et Fatio, laquelle appartenait à Mme Elisabeth de Pellissari, femme, en secondes noces, du premier syndic Jaques Grenus. » C'est là que Chauvigny fit établir sa chapelle ; et, « le 3o novembre 1679, fête de la Saint-André, le culte catholique fut publiquement célébré pour la première fois depuis l'abolition de la messe prononcée par les Conseils au mois d'août 1 5 35 *. »
Au dix-huitième siècle (le 3o déc. 1739), le Petit Conseil acheta l'immeuble et quelques immeubles voisins2, et l'hôtel, tel qu'il existe aujourd'hui, fut achevé en novembre 1743. L'aile droite, en entrant dans la cour, fut destinée à la chapelle. Mais, auparavant, la chapelle était précisément de l'autre côté, au-dessus de la rue de la Tour-de-Boël 3.
Après la rue du Marché, venait la rue de la Boulangerie (appelée en 1475 : carreria Bolongerie et Macelli), à partir, du côté gauche, de la rue de la Pélisserie jusqu'à la rue des Chanoines. Nous voyons assez souvent les rues tourner ainsi autour d'un pâté de maisons, tout en conservant leur nom. — A droite, la rue de la Boulangerie partait de la rue tendant vers l'Ecorcherie (auj. du Cheval-Blanc) et allait jusqu'à la place de la Maison de Ville, coupée d'abord par la rue tendant vers Saint-Germain (rue de la Boulangerie actuelle), puis par un passage découvert, sans nom, comme aujourd'hui (allorium) 4.
C'est dans cette rue de la Boulangerie et dans les rues avoisinantes que nous retrouverons les familles Colladon. {Page 260 et plus loin.) — La dernière maison, à gauche (d'après l'Inventaire), donc à l'angle actuel de la rue du Puits-Saint- Pierre et de la rue des Chanoines, est indiquée comme appartenant au Chapitre de Saint-Pierre, et l'avant-dernière maison n'est autre que la « grande maison »
1. M. D. G., Le Fort, Notice historique sur l'hôtel du Résident de France, à Genève, XIX, p. 2. — 2. « Le 27 août 1740, la seigneurie acquiert de dlle Camille Andrée, veuve de Louis Astier, une maison située rue de la Tour-de-Boël, au-dessous de la chapelle qu'occupe M. le Résident de France. » Ibid,, p. 38. — Le Résident resta dans cet immeuble jusqu'en septembre 1794, et alla alors au Grand Mézel, N° 4. C'est dans cette dernière maison que descendit le général Bonaparte, le 21 novembre 1797. — 3. « La chapelle du Résident était placée dans un jardin, situé derrière son hôtel, du côté du lac. Elle se trouvait ainsi loin de la vue et du passage du public, mais elle était entourée et dominée par les maisons construites entre les rues de la Pélisserie et de la Tour-de-Boël. » A. Rilliet. — Et il arriva que les religieux, pendant la messe, entendirent la chanson de l'Escalade, chantée en signe de protestation, par les patriotes genevois réunis dans les maisons voisines. — 4. M. D. G-, VIII, p. 342,
LA VILLE
des Tavel, ou encore la « maison forte », la « maison haute », la plus ancienne maison genevoise1, parmi celles du moins qui ont une histoire connue. {Page 261.) Quoique réduite dans son étendue 2, elle est toujours bien reconnaissable à sa
tourelle, aujourd'hui supportée par un contrefort de base carrée, et qui, à partir du premier étage, s'élance arrondie. La façade a conservé les encadrements de ses fenêtres, ses « figures, en ronde bosse très saillante, placées aux angles de carrés qui semblent avoir été destinés à recevoir des inscriptions ou des images. Ces figures, représentent des religieuses ; une tête ressemble à la figure de Christ ; il y a une tête de lion3.... » Il y a même des barres de fer qui étaient destinées, dit-on, à supporter des perches pour les tentures déployées à certains^jours. L'écusson des Tavel est toujours au-dessus de Tune des fenêtres 4.
Si Ton visite les souterrains (seuls vestiges d'un premier édifice plus ancien, de la fin du douzième siècle), on voit que la maison « forte » méritait son nom. A l'un des angles se trouvent les fondations d'une tour carrée ou donjon. Il y a comme un premier étage, dont les voûtes sont supportées par des colonnes trapues, et qui reposent elles-mêmes sur d'autres voûtes abritant encore des caves inférieures. — La maison était digne de la famille, qui, à ce moment, n'était rien moins que la rivale de la famille épiscopale. Tavel contre Saint-Jeoire ! L'émeute gronda. Ce sont les Tavel et leurs partisans que l'évêque accuse, en i355, d'avoir attaqué, les armes à la main, sa maison épiscopale, d'avoir blessé deux serviteurs et de lui avoir enlevé deux chevaux. Il excommunie les auteurs de ces méfaits, ainsi que le chanoine Girard Tavel, qui leur a donné asile5. Les Tavel étaient trois frères: l'un, chanoine, les deux autres, chevaliers. Dans l'appel de cette excommunication, le chanoine déclare (ier août i355) qu'il habite avec son frère et avec toute sa famille, que la maison ne lui appartient pas6.... Il n'y a pas lieu de douter qu'il ne s'agisse de la maison actuelle, témoin de l'un des épisodes les plus caractéristiques de l'histoire du quatorzième siècle.
Ancienne tour d'escalier entre la Grand'Rue et la rue Calvin, (p. 259.)
I. Galiffe, p. 263. — Ibid., p. 264. — 3. M. D. G., IV, p. 63. — 4. Ibid., p. 38, n. 10. — Ce château n'est marqué dans l'inventaire de 1475 Que 500 florins, celui de Saint-Apre, 200! C'est un peu étonnant. — 5. Excommunication des Tavel, le 16 juillet 1535, M. D. G., XVIII, p. 241. — 6. Ibid., p. 243.
LA VILLE HAUTE
2ÔI
En face de la maison Tavel est la rue du Soleil- Levant, qui n'a pas encore de nom en 1475 (elle prit plus tard le nom d'une auberge). C'est « la rue allant de la Halle Neuve vers l'église de Marie-la-Neuve. » Trois maisons la relient à droite à la Halle, et trois maisons la relient à gauche à la porte de la place Saint-Pierre (ces six maisons font le côté de la rue du Puits-Saint-Pierre opposé à la maison Tavel). Le côté nord de la rue du Soleil -Levant est, au quinzième siècle, entièrement occupé par les « étables » de MM. les chanoines
Dans cette rue habitait, en i56o, le pasteur Enoch (quenous retrouverons plus loin, quand nous parlerons du Collège). Le 19 janvier, il « supplia luy outroyer une cave, qui est en la maison du Soleil-Levant où il demoroit. Arresté qu'on ne luy outroye pas 2. »
— Sur le plan que nous donnons {Page 262), on voit qu'en venant du côté opposé, de la rue du Perron, les degrés se trouvaient non pas en face comme aujourd'hui, mais à droite, commençant ainsi la rue des Chanoines.
La rue du Puits-Saint- Pierre (ainsi nommée à cause d'un ancien puits, qui fut enlevé et couvert en 1594) aboutit sur la place d'où partent, à gauche, la rue des Chanoines (ancienne rue de Bornuaz, du
1. M. D. G., VIII, p. 324, 325. — 2. Reg istres du Conseil, Vol. 55, f. 178.
Maison Tavel au Puits-Saint-Pierre, (p. 260.)
LA VILLE
nom d'une vieille famille) en face la rue du Perron, à droite, la rue qui mène à Saint-Pierre.
Nous reviendrons, plus loin, sur ce quartier, qui est le propre quartier de
Calvin. Nous nous bornons ici à dire
qu,au haut du Perron se trouvait
^-^——n—^ — flfaOeo fyœsnei^eo anciennement une porte, dont les
Tavel étaient les maîtres. Et, sans doute, à l'autre bout de la rue des Chanoines, au haut de la Pélisserie, à l'endroit où ces deux rues se coupent, et où la rue de la Pélisserie présente un raccordement assez gauche, une autre porte achevait de bien séparer le quartier des Chanoines du reste de la ville 2.
Nous allons tout de suite à Saint-Pierre, en passant par la porte gothique, dont le dessin nous a été conservé par Diodati, et qui donne entrée sur la place de la cathédrale 3.
Rue du Perron, place du Puits-Saint-Pierre, rue des Chanoines. (Archives. Anciens plans.) (p. 261.)
1. Galiffe, p. 177, et n. 3. — 2. Ibid., p. 117, 118. — 3. Nous rappelons qu'on s'est demandé s'il y avait vraiment deux portes, une au Perron, l'autre à la place Saint-Pierre.
SECONDE PARTIE
Saint-Pierre.
AGISTRALEMENT A. Rilliet a démontré que la célèbre homélie d'Avitus, « prononcée à Genève pour la dédicace d'une basilique que l'ennemi avait incendiée », ne se rapportait pas à la cathédrale de Saint-Pierre 1 ; et depuis lors on ne sait rien d'absolument authentique sur les origines de cette église. Y eut-il, sur son emplacement, d'abord un lieu de culte gaulois? Sans doute il y eut au moins un lieu de culte païen, consacré à Jupiter, à Mars, à Mercure, à Apollon {Page 264) ou à quelque autre divinité. — Puis furent bâtis des sanctuaires chrétiens. On trouvera dans l'étude du Dr Gosse 2 les discussions relatives aux églises de Gondebaud et de Gontran, petit-fils de Clovis. Enfin, vers le milieu du dixième siècle, l'église dernière fut commencée. Dès l'an 1000, elle paraît avoir servi aux exercices du culte. C'est alors que les évêques auraient laissé Saint-Victor aux moines de Cluny (jusque-là Saint-Victor avait été l'église principale de Genève) ; ils cessèrent d'y être inhumés, et ils transférèrent à l'église nouvelle le titre de Sainte-Croix et les droits de la cathédrale 3. — La construction continua pendant trois cents ans, aidée par la confrérie de l'œuvre de Saint-Pierre 4, encouragée par les papes. A la fin du treizième siècle, la cathédrale était terminée, sauf peut-être le couronnement des tours. Commencée en pleine période du style
1. M. D. G., XVI, p. 39. — Voir toutefois H. Denkinger : Alcimus Ecdicius Avitits, archevêque de Vienne, et la destruction de l'arianisme en Gaule, 1890, p. 54, 55. — 2. Dr H.-J. Gosse, Contribution à F étude des édifices qui ont précédé l 'Eglise de Saint- Pierre-ès-liens à Genève. — Cette étude forme le fascicule III (1893) des publications de 1' « Association pour la restauration de Saint-Pierre, » que nous allons désigner ainsi : Saint-Pierre. — 3. Cette opinion de Senebier (Essai sur Genève), acceptée par plusieurs auteurs et par M. Guillot, est contestée par Galiffe. (Voir plus haut, p. 166 et n. 2.) — 4. Opus gebennense, l'œuvre de Genève, c'est-à-dire la fondation destinée à l'achèvement et à l'entretien de la cathédrale. — Une charte de 1 191 parle de lagagerie d'une maison de bois à l'œuvre de Genève (lignea domus operi gebenn.). M. D. G., II1-, p. 46, 47, n. 4. — En 1208, l'évêque Bernard Chabert donne les revenus des églises et prébendes vacantes dans le diocèse, pendant la première année à dater du jour où il y aura été pourvu, aux prêtres et clercs du chœur de l'Eglise de Genève, autres que les chanoines, et operi ecclesie B. Pétri gebennensis, quousque ipsum opus... consunimatum fuerit, Ibid., IVb, p. 16, 91, n. 23. — Voir R. G. n° 454, 5°9-
roman, achevée en pleine période du style gothique, c'était naturellement un édifice de transition.
Mais immédiatement s'ouvre l'interminable série des destructions et des reconstructions partielles. Le 16 août 1291, Amédée, comte de Genevois, assiège Genève, fait mettre le feu à la ville. Le feu gagna la cathédrale. Le lendemain, « le comte dressa, disent les chanoines, clans son château, une immense machine contre la cathédrale, et lança ainsi plusieurs grosses pierres qui détruisirent les parties supérieures de cet édifice l. » Les dégâts n'étaient pas encore réparés dix ans plus tard, et l'argent manquait. Cependant, le sol de l'église fut dallé en i3oi.
Le quatorzième siècle apporta ses luttes et ses dégâts nouveaux. Déjà les patriotes avaient fondé l'abbaye de Saint-Pierre, leur confrérie militaire, et s'étaient donné des magistrats, des syndics. Pour soutenir leurs prétentions, en 1288, ils avaient occupé la cathédrale, en avaient chassé prêtres et chanoines, et s'y étaient établis comme dans une citadelle, dont ils avaient fortifié les abords. Ils ne la rendirent qu'en 1290. — En 1307, ils recommencèrent. De l'église et du sommet de la colline, ils firent de nouveau une place forte, fermèrent la porte de la place Saint- Pierre, et restèrent ainsi campés deux ans. En réalité, ce fut l'évêque qui capitula, et reconnut les procureurs ou syndics de la cité 3. — Ces procédés étaient avantageux pour la liberté. Mais pour l'architecture de la cathédrale ?
« Son histoire, au quatorzième et au quinzième siècles, dit Blavignac, ne se compose presque que de celle des désastres qu'elle a éprouvés 4. » — Si elle échappe au grand incendie du 18 mars i32i, qui détruit tout le quartier près du lac, elle est presque ruinée par l'incendie du 4 septembre 1 334, qin\ Parti de l'église Saint-Germain, ravagea le cloître, le palais épiscopal, et ne s'arrêta qu'après avoir presque anéanti l'église de la Madeleine. Les deux tiers de la ville étaient en cendres.
En 1349, quinze ans plus tard, nouvel incendie. La cathédrale est dans un si pitoyable état que chanoines et papes parlent d'une ruine imminente.
i. R. G., N° 1349. — 2. M. D. G., XX, p. 536, et ss. — La face ror.de et réjouie qui se trouve entre le chœur et la tour du Midi, dans la rue Farel, n'est pas une tête d'Apollon, mais une simple fantaisie de l'artiste qui la sculpta non sur une pierre neuve, mais sur un chapiteau de colonne du douzième siècle (Guillot, Saint-Pierre, Fascicule I, p. 22), ou du dixième siècle (David Art, La chapelle et le mausolée du Duc Henri de Rohau, Ibid., Fascicule II, p. 19), ou plus ancien encore, dit le Dr Gosse {Ibid., Fascicule III, p. 69). — 3. 1634, R. G., n. — . — 4. M. D. G., VI, p. 102.
La figure dite d'Apollon 2.
(Saint-Pierre, II*1 fascicule, p. 18).
Chapelle du transept sud avant
sa restauration, 1885-1886.
LA VILLE
En 1407, Tévêque de Genève, Guillaume de Lornay, fit placer dans la tour du nord la fameuse Clémence (don du pape Clément VII). Mais la cloche n'écarta pas les incendies : celui du 21 mai 1430, parti d'une grange des bords du lac et poussé par un violent vent du nord1, consuma de nouveau l'église de la Madeleine, les maisons voisines et la cathédrale; du moins la tour du midi, gravement endommagée, perdit avec son couronnement deux cloches ; la tour du milieu, dite l'Aiguillette, avec ses cloches, s'effondra, ainsi que la tourelle qui surmontait la façade de l'entrée, et où se trouvait l'horloge « sonnant les heures. » — Onze ans plus tard (janv. 1441), le mur septentrional s'écroula sur la salle du cloître où les chanoines avaient coutume de s'assembler. La cathédrale était un amas de pierres calcinées. — Il fallut un siècle de réparations.
En 144g, à propos d'un jubilé universel, Amédée VIII, ex-duc de Savoie, ancien pape et bientôt évêque, en ce moment légat, fit l'ouverture solennelle de la cathédrale, restaurée en partie. Tenant un marteau d'or à la main, il frappa les trois coups sacramentels contre la porte murée. On rompit la maçonnerie, et l'auguste cortège entra sous les voûtes en chantant un Te Deum.
Le travail de restauration le plus considérable, et entrepris le dernier, fut, à partir de i5o5, le revêtement en pierres de roche de la tour du midi, qui menaçait ruine. Le Chapitre y fit graver à profusion ses armoiries, les deux clefs en sautoir, et la tour brilla blanche, plus blanche encore que de nos jours, tandis que la tour du nord restait avec ses vieilles molasses noircies par le temps 2.
C'est au milieu de ces constructions plus ou moins achevées, et de ces réparations plus ou moins provisoires, que la cathédrale de Saint-Pierre prit, grâce à ses tours, la silhouette qui la caractérisa au seizième siècle et qui a disparu seulement avec la dernière restauration, celle qui a commencé en 1889. — Le troisième fascicule de l'Association de restauration dit : « C'est probablement au quinzième siècle, qu'à la suite des dégradations causées par les injures du temps ou des hommes, la main prévoyante des chanoines avait placé sur les imposantes tours de notre cathédrale les lourds capuchons que nous connaissons.... Ce provisoire-là a duré près de cinq siècles. Dépourvus de tout caractère artistique, les toits de nos vieilles tours étaient cependant un des traits de la physionomie de la vieille Genève.... « Beaucoup de Genevois, dit M. Ed. Sarasin, » aiment ces trois clochers à l'aspect un peu rébarbatif, ces grands toits capu- » chons dans leur austère rudesse, qui leur rappellent certains traits de notre » caractère national, qui sont en train de disparaître3. » {Page 265.)
Entre les deux tours était la tourelle, disgracieuse, qui, après les dégâts de 1430, remplaça une flèche (peut-être jamais terminée) en charpente recouverte de plomb et de cuivre, et que sa forme élancée avait fait surnommer Y Aiguille.
Nous n'avons pas ici à apprécier la restauration actuelle, si savamment dirigée par M. l'architecte L. Viollier, si intelligemment exposée et défendue par lui clans ses diverses communications. Mais, cherchant à faire revivre la Genève
1. Flournois, Extraits (Grenus). — 2. Ces détails et ces dates sont empruntées à Saint- Pierre, Fascicule I, p. 30-42, et p. 63. — 3. Ibid., Fascicule III, p. vi, VII.
LA VILLE HAUTE
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du seizième siècle, nous nous en tenons naturellement à la cathédrale de cette époque.
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ce moment, un incendie d'une autre nature couvait, c'était la Reformation, | et ce qui allait être dévoré, ce n'était pas un sanctuaire, même une cathédrale, c'était l'église catholique ellemême.
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Place de Saint-Pierre. [Archives. Anciens plans.
rue qui vient du Perron, la seule accessible aux gens à cheval, nous nous trouvons sur la place de Saint-Pierre (dite cour de Saint-Pierre, à partir du dixseptième siècle) \ pas ouverte comme aujourd'hui, mais fermée de tous côtés. Ce serait en 1 307-1 309, pendant que les citoyens s'étaient ici barricadés, que,
d'après Bonivard, aurait eu lieu
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