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M. D. G., Mallet, II, p

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d'une violente secousse, sans pourtant que les pieds arrivassent à toucher terre. Des condamnations à trois traits de corde étaient fréquentes !.

Cette opération avait lieu dans la pièce voisine, dite la cour de l'estrapade, juste au-dessous du cabinet de l'évêque.

Enfin, et sans compter un très petit cachot, fermé par deux portes à guichet,

et où, sans doute, le patient était enfermé en attendant l'heure des angoisses suprêmes, il y avait encore les oubliettes. A côté de la chambre de la question, enfouies dans les souterrains, elles formaient comme un massif, comme un bloc, dont les murs, de quatre pieds d'épaisseur, enserraient un espace de six pieds et demi sur douze. — Toutes ces horreurs, d'une façon plus ou moins immédiate, sous la chambre à coucher du chef de l'Eglise!

Entre la chambre de la question et la cour des femmes se trouvait, en 1840, un hangar portant au-dessus de sa porte le millésime de 1624. Il avait été élevé, à cette époque, sur une partie basse du jardin de l'évêque, et c'était là que se trouvait la porte du passage du Muret (voir plus loin le dessin de cette porte), par lequel s'enfuirent l'évêque Pierre de la Baume, et Tépiscopat, le 14 juillet 1 533, « par une route souterraine qui a sa sortie à la rue du Boule [on l'y voit encore], d'où il alla s'embarquer sur le lac avec peu de suite 2. »

1. Ritter, La parenté de Rousseau, p. 21. — Galiffe distingue comme suit le trait de corde et V estrapade « La torture ou question ordinaire consistait à élever le patient, au moyen d'une poulie, par les bras attachés derrière le dos ; c'était là le « trait de corde », destiné à hâter l'aveu du coupable ; — s'il ne s'y prêtait pas, on lâchait brusquement la corde, ce qui imprimait au corps, retombant jusqu'à deux ou trois pieds de terre, une secousse qui, selon la hauteur de la chute, pouvait disloquer les bras ou causer des accidents plus graves; c'est ce qu'on appelait « l' estrapade ». (Nouvelles pages d'histoire exacte, 1863, p. 102, n. 2.) — Et il faut voir comment Galiffe s'évertue à montrer que la torture ne devint une vraie torture qu'avec la Réformation. Avant... « elle n'était appliquée qu'en vertu d'une sentence interlocutoire délibérée et rendue comme la sentence définitive elle-même ; il fallait pour cela, outre la volonté des juges, l'avis concordant de deux jurisconsultes. » Et ce n'était pas tout : le bon vieux temps était si doux, si doux qu'il accumulait les précautions : « l'emploi de la torture était réglé et limité de manière à en prévenir les abus. » (Ibid., p. 105.) Telles étaient « la douceur relative et les garanties de l'ancienne procédure, » comme on nous dit autre part, ces bonnes coutumes qui, entre deux actes du bourreau, donnaient toujours au patient le temps de choisir le temps de la réflexion, si bien que les accidents étaient rares!

- 2. Besson, Mémoires pour l'histoire ecclésiastique des diocèses de Genève, etc., 1759, p. 63. — En 1840, on découvrit encore les onze premières marches de cet escalier, qui descendait parallèlement au mur de clôture, au Nord, et qui sans doute fut comblé peu après la Réformation, car le passage devenait inutile et même nuisible à la sécurité de la prison.

L'évêché. Cour du Nord dite des femmes (M. D. G., I.) (p. 296.)

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Ainsi, avant la Réformation, l'évêché fut un évêché et une prison ; à partir de la Réformation, ce fut seulement une prison. Les pasteurs logèrent ailleurs.

Il nous semble intéressant de nous promener un moment encore au milieu de ces salles, de ces souvenirs, de cette rue de l'Evèché, des scènes dont elle fut le théâtre, de tout cet ensemble si moyen âge et si seizième siècle, comme dans un musée, où serait réunie une curieuse collection de vieux portraits. — Saluons au passage les principaux parmi ces prélats et les principaux parmi ces prisonniers.

D'abord, les évêques, les princes-évêques, ceux qui, d'après le plaid de Seyssel, en 1124 (« le plus ancien de nos actes politiques, » dit Chaponnière), étaient seuls princes et vrais seigneurs féodaux (soins princeps et pei ns dominus) *, n'ayant au-dessus d'eux que l'empereur, à Genève et dans les environs 2, c'està-dire dans les mandements épiscopaux de Peney, de Jussy et de Thiez 3.

Alamand de Saint-Jeoire (1342-1 366). Il itait dans son palais quand, un beau jour, à midi, « devant notre maison épiscopale, près et au-dessous du cloître... où nous étions » (c'est lui qui parle dans son excommunication du 16 juillet 1 3 5 5 ) , les Tavel arrivèrent, jetèrent en nombre infini des pierres, entrèrent dans la place ou courtine, blessèrent des familiers de l'évêque, ecclésiastiques et laïques, enlevèrent deux chevaux, et essayèrent de briser les autres portes pour arriver jusqu'au prélat '*. — Le 10 août i355, devant la porte ouverte de l'évêché, Gérard Tavel fit signifier à l'évêque son appel, « demandant s'il y avait quelqu'un qui voulût répondre au nom du dit évêque5. »

1. M. D. G., IVb, p. 7, 8. — 2. A Genève même, la seigneurie de l'évêque était restreinte par les franchises municipales ; dans les mandements , par rien. — Dans la hiérarchie ecclésiastique , l'évêque de Genève avait comme métropolitain l'archevêque de Vienne. — 3. Il est vrai que tous les évêques de Genève n'ont pas régulièrement habité l'évêché. Nous avons vu, en effet, que Robert acheta en 1278 une maison à Longemale, où, après lui, beaucoup d'évêques résidèrent. Mais tous venaient à la cathédrale, au cloître, passaient dans la rue de l'Evêché, et sans doute, pour une affaire ou pour une autre, pénétraient dans le palais. Nous pouvons donc les y rencontrer.- C'est à l'évêché que résidèrent de nouveau les derniers évêques. — 4. M. D. G., XVIII, p. 242. Ibid., p. 245. — 5. Le 16 avril 1365, le Conseil général était réuni dans le cloître de Saint-Pierre poui s'occuper de la réception de l'empereur. Charles IV traversait Genève allant voir le pape Urbain V, à Avignon. (Pictet de Sergy, Genève, I, p. 411-)

Vue générale de l'évêché, depuis l'ancien hôpital. (M. D. G., I.) (p. 298.)

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Guillaume de Marcossey (27 mai 1 366-1 377), celui qui défendit par des murailles (voir plus haut, p. 97) l'indépendance de la ville, qu'il venait de sauver par des chartes et des bulles. Outre la charte de l'empereur Charles IV, retirant au comte de Savoie le vicariat de l'empire, Marcossey obtint trois bulles papales, la première le 10 septembre 1 366 à Francfort, la seconde le 25 février 1367 à Prague. La troisième bulle est du 3o décembre 1367. Le comte finit par se soumettre, à Thonon, le 25 juin 1 37 1 , et Marcossey, rentrant en triomphe dans sa ville, de nouveau indépendante, y rétablit le service divin *. « Marcossey a donc sa place marquée dans cette brillante pléiade d'évêques, trop peu nombreuse, car elle ne compte guère que Ardutius, Adhémar Fabri, Guillaume de Lornay et de Bertrandis, à l'inverse de tant d'autres, qui, faibles ou même corrompus, n'ont laissé que les plus tristes souvenirs, quand ils n'ont pas été la honte de leur époque 2. »

Adhémar (sur le nom duquel : Fabri, on a beaucoup hésité et qu'il faut, semble-t-il, lui laisser). Il appartenait à l'ordre des Dominicains, et, en 1 357, ^ remplissait les fonctions de prieur dans le couvent de cet ordre, situé en Palais. En i3Ô2, il fut élu, par Urbain V, évôque in partibus de Bethléem. Probablement, il résida alors à Avignon. Il fut appelé à exercer les fonctions de vicaire général in spiriîualibus de l'évêque de Genève, Guillaume Fournier de Marcossey. La lettre de Clément VII, qui indique le fait, montre que des rapports peu intimes existaient entre l'évêque et son vicaire. En 1378, Adhémar fut nommé évôque de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Après sept années, il fut transféré à l'évêché de Genève, 1 385 . Il mourut le 8 octobre 1 388, en cour romaine d'Avignon 3.

1. Pictet de Sergy, Genève, I, p. 411-416. — 2. Saint-Pierre, Fascicule II, p. 40-43. — Anzeigcr fur schweizerische Geschic/itc, N° 4, 1887: « Adhémar, évêque de Genève, d'après de nouveaux documents, » par Ch. Le Fort. — Ces nouveaux documents se trouvent dans : Albanès, Bulletin ci'hist. ecclés. des diocèses de Valence, etc.; et comte Riant, Une dépendance italienne de l'Eglise de Bethléem, Varazze en Ligurie. (Atti délia società Ligure di storia patria, 1886, t. XVIII.) — Contre le nom de Fabri on avait élevé deux doutes: i° dans un acte du 26 octobre 1365, il est question d'un Aymarus Fabri de Râpe, curé de Rumilly. Mais, comme Adhémar était, depuis 1363, évêque de Bethléem, ce n'est pas de lui qu'il semble devoir s'agir ; 2° l'obituaire de Saint-Pierre dit que Dominas H. Fabri, canonicas gebcnnensis, était neveu de Dominus Adhemarus de Rupe, episcopus gebennensis. Mais ce neveu était-il fils d'un frère ou d'une sœur? — En réalité, rien ne prouvait sûrement qu'Adhémar eût fait partie d'une famille Fabri. D'autant plus qu'il n'est jamais désigné que sous le nom d'Adhémar de Rupe. Quand le pape le nomma évêque, il l'appela Ji/ius Adhemarus de Rupe ; et quand les chanoines l'inscrivirent dans leur obituaire, ils l'appelèrent Dominus Adhemarus de Rupe. Les probabilités étaient donc pour que le vrai nom d'Adhémar fût Adhémar de la Roche (Ch. Le Fort, p. 61-66). — La Revue historique (1890, I, p. 81-83, article de M. Pierre Vaucher) confirme en tous points l'étude de M. Le Fort, et n'attribue aucune importance aux objections de M. Vuy, « le plaideur infatigable qui se fait une joie de contredire d'office les assertions les plus plausibles de nos modernes historiens. » M. de Foras: Notes sur Adhémar, évêque de Genève de 1385 à 1388 » {Mémoires et documents publiés par l'Académie chablaisienne, t. II), réfute aussi M. Vuy: « Adémar Fabri, prince-évêque de Genève». (Miscellanea di storia italiana, t. XXVII, 1889, p. 335-367.) — Mais, depuis ces études, est intervenu un mémoire lu par M. Théophile Dufour à la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, le

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De tous les actes de son court épiscopat, on n'en connaît qu'un seul, mais d'importance singulière : la confirmation des Franchises, qu'il accorda le 23 mai

1387. « Ce code de 1387 est un acte confirmât 'if de Franchises et coutumes, dont la cité de Genève était dès longtemps en possession, et le prélat, auquel il est dû, a soin de dire qu'il s'en est probablement informé pleinement et avec le plus grand soin1. » — Un fait montre le rôle que jouaient ces Franchises 2. On les lisait à la Maison de Ville comme nous lisons aujourd'hui l'évangile au temple. C'était l'évangile politique de Genève. Par exemple le dernier jour de février 1430 il est décidé « que chaque mardi on lise au Conseil deux ou trois chapitres des Franchises*. Le 3 juin 1459, quand on décide que le Conseil général se réunira le premier dimanche de chaque mois, il est en môme temps décidé que le secrétaire lira et prononcera devant le peuple, en langue maternelle, six ou sept chapitres des Franchises \ Et l'on conserve aux archives l'original avec le grand sceau d'Adhémar pendant sur cordon de soie violette. — On trouvera ici, avec plaisir sans cloute, ce sceau deux fois célèbre.

Sceau de la charte des Franchises 5.

^ .,, 1 t ^ 1 1 (M. D. G., II.)

Guillaume de Lornay (eveque le 12 octobre

1 388, mort en 1408), « le premier de nos évèques qui ait fait personnellement

12 novembre 1891. Et, d'après ce mémoire, non encore publié, mais dont nous pouvons de confiance accepter la conclusion, vu l'autorité exceptionnelle de son auteur, il résulte que « ce prélat [Adhémar] appartenait bien à une famille Fabri, ou plutôt Favre, originaire de la ville de La Roche. » {Journal de Genève du 19 décembre 1891.)

1. M. D. G., II, p. 276. — Ces Franchises ont été traduites en français, en 1455, par Michel Montyon, citoyen de Genève et notaire, et cette traduction a été imprimée en 1507. Ibid., p. 304. — 2. « Les Franchises, dit l'historien américain Foster, sont remarquables par leur esprit de liberté et de progrès, arc reinarkably libéral and progressive. » (Geneva before Calvin, p. 220, n. 2.) — ;î. Registres du Conseil, I, p. 132. En parenthèse le procès-verbal porte (paticus fructus fuit exinde.) — 4. lbxd., p. 303. — S. « Sceau ovale, épais, bombé en dessous et plat en dessus, long de 4 pouces et large de 2 pouces et demi; il est en cire blanche; dans la cavité qui est pratiquée en dessus, et qui a 3 pouces de long sur 23 lignes de large, on a, suivant l'usage du temps, coulé de la cire rouge destinée à recevoir l'empreinte du cachet, - Au milieu du sceau on voit saint Pierre représenté en pied, la tête entourée de la gloire, auréole ou cercle lumineux,... le corps est vêtu d'une robe à larges manches, qui descend jusqu'aux pieds; la main droite tient une clef, attribut de l'apôtre patron de l'Eglise de Genève ; la main gauche tient et appuie contre la poitrine un livre, sans doute le livre divin. Le saint est placé dans une niche dont le fond est orné d'un treillis de lignes obliques se coupant à angle droit et formant ainsi des losanges ou caissons, au centre desquels est un point en relief; le tout est encadré dans un portail d'église composé de petites colonnettes terminées en ogives ornées et découpées dans le style gothique. Sur le tympan de ce portail au-dessus de saint Pierre, et dans un encadrement gothique, sont assis deux personnages de petite dimension, qui représentent sans doute quelque scène religieuse. Au-dessous du saint, dans un petit encadrement orné d'une simple bordure dentelée, un évêque à genoux, la mitre en tête et la crosse à la main, semble invoquer le patron de son église; ce doit être l'évêque Adémar. Cette figure est

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usage du titre de prince, accordé jadis à Ardutius par l'empereur Frédéric Barberousse ; » celui qui fit placer dans son clocher la Clémence *.

Jean III de Pierre-Sci\e, « l'un des plus illustres prélats de son époque » (évêque le 23 sept. 141 8), nommé évêque de Paris le 12 juin 1422. Il devint archevêque de Rouen, en 1423, cardinal en 1426, archevêque de Besançon en 142g, vice-chancelier de l'Eglise, légat du pape en France2.

Jean de Brogny, le constructeur de la chapelle des Macchabées — qui prêta serment par procuration, et ne fit son entrée officielle à Genève que mort, quand on enterra son corps dans sa chapelle — habitait en Italie. Mais voici que l'évêché ne s'en remplit pas moins. Les fabricants genevois d'orfèvrerie, les quatre syndics, le prévôt, les chanoines, l'official, se réunissent le 24 octobre 1424, « clans la salle de la maison épiscopale », et font un règlement relatif au poinçon pour les gobelets, cuillers et autres ouvrages 3.

François de Mies (1426-1444), ou de Mez, d'après Ed. Mallet, qui s'occupa du faubourg de Saint-Gervais, comme Marcossey s'était occupé de la ville4.

Amédée VIII, comte et puis duc de Savoie, retiré dans l'ermitage de Ripaille, élu pape, le 5 novembre 1439, par le concile de Bâle 5. A la mort de François de Mies (7 mars 1444), il s'attribua à lui-même l'Eglise de Genève pour les usages de sa manse et de son trésor apostolique : c'est lui qui parle6. Il abdiqua la papauté, i5 avril 1449, à Lausanne, traversa Genève, logeant au couvent de Plainpalais, et, après plusieurs voyages, revint à Genève le 29 août 1450, s'y établit et y mourut le 7 janvier 145 1, à dix heures du matin. Comme on a trois décisions prises par lui la veille de son décès, on peut supposer ou que la mort l'enleva brusquement, ou que la maladie lui permit de vaquer à ses affaires jusqu'au dernier moment 7. — Son portrait, nous l'avons vu, serait dans la grande fresque de Saint-Gervais.

accompagnée à droite et à gauche, en dehors de la bordure, de deux écussons, chargés chacun d'une étoile à 8 rais: allusion probable aux armes de la famille Fabri, à moins qu'elles ne les présentent dans leur entier et que ce ne soit que plus tard que cette famille en ait adopté de plus compliquées dans lesquelles figurent, outre les deux étoiles, une rose et une bande. Dans les vides formés par les écussons et l'encadrement de la figure de l'évêque se voient deux ou trois lettres dont la forme est douteuse et la signification inconnue. — Autour du sceau règne une bordure munie d'un double grenetis, dans laquelle on lit en lettres gothiques la légende: S: ADEMARI : DEI : GRÂ : EPÏ: GEBENNENSIS : (Sigillum Ademari, Dei gratia episcopi gebennensis.) — Le travail des ornements de ce sceau compliqué est délicat et sa gravure fait honneur à l'état de l'art au quatorzième siècle. » — M. D. G., Ed. Mallet, « Libertés, franchises, immunités, us et coutumes de la cité de Genève, » II, p. 310. La gravure est intercalée après la page 310. - Voir Archives, P. H., N° 331.

I. M. D. G., VII, p. 49. — Pictet de Sergy, Genève, I, p. 456. — Les lettres patentes accordées en 11 53, par Frédéric Barberousse à Ardutius disent: « Un si grand de nos princes... tantum Principeni nostruvn. » Texte dans Spon, Histoire de Genève, édit. in-40 de 1730, II, p. 7, et traduction Pictet de Sergy, Genève, I, p. 239. — 2. M. D. G., VII, p. 51. — •'!. lbid., XIX, p. 371. — 4. Ibid., V, p. 132, n. 2. — 5. Ibid., V, p. 139. — 6. Bulle du 17 avril 1444. M. D. G., V, p. 148, 279. — 7. Ibid., V, p. 155.

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Jean de Compeis. Il arriva le 25 mai 1483. Et commença, dit naïvement le Chapitre, « nonobstant qu'il ne doit pas être trop meublé, à réparer la maison de Tévêché et les places qui en ont bon mestier 1 ». — Mais le duc de Savoie lui était opposé. Les commissaires ducaux vinrent prendre possession de l'évêché.

Alors scène curieuse ! Les commissaires plantent un panonceau aux armes du duc sur la porte même du palais épiscopal.

L'évêque les requiert respectueusement de l'ôter. Refus. Compeis « ne pouvant souffrir une pareille entreprise, ni encourir le reproche de parjure, découvrit sa tête, et l 'inclinant respectueusement, enleva le pénonceau, le mit honnêtement dans un linge d'autel [sindone, qui signifie une nappe destinée à envelopper le pain consacré] et le fit poser près de son lit, l| à côté de l'image de la Vierge Marie 2. » — Tous ces respects furent inutiles. Le 21 septembre, sentant que son séjour devenait dangereux pour lui ou pour la ville, il quitta, de nuit, son évêché, dans lequel il avait fait, quatre mois auparavant, son entrée triomphale. « Notre seigneur l'évêque et prince, Jean de Compeis, a absenté la ville, dimanche dernier, de nuit, sans dire adieu à ses hôtes (hospite insalutato)3. » Deux jours après, le 23 septembre au soir, il écrivit un billet d'adieu, et Rilliet dit : « On peut envisager cette lettre comme l'adieu fait à Genève par le dernier évêque indépendant qui régna dans ses murs 5. »

Grand sceau de Jean de Compeis 4.

(M. D. G., VII, p. 61, pl. xxxiv.)

Pierre de la Baume. Nous le connaissons. « Il estoit, dit Bonivard, un grandt dissipateur de biens en touttes choses superflues, estimant souveraine vertu d'un

1. M. D. G., V, p. 220. - 2. Ibid., V, p. 226. — 3. Ibid., V, p. 228. - 4. « Le sceau de Jean de Compeis est la plus belle expression du sceau en amande mystique, ou sceau de la majesté; il est aussi une des dernières.... L'évêque Antoine Champion, et peut-être quelques autres prélats de cette époque, firent encore usage de l'ancien sceau; mais les dimensions amoindries de ces monuments, l'absence de proportions..., montrent que ces imitations n'étaient que des réminiscences qui ne devaient point avoir de suite.... La forme circulaire du sceau armorié... fut désormais la seule employée. » Sur le sceau de Jean de Compeis, « le patron de l'Eglise de Genève est remplacé par le saint Précurseur, tenant l'agneau pascal et entouré de deux saints évêques; dans le haut du sceau, on voit Marie tenant l'enfant Jésus ; dans le bas, le titulaire, debout et bénissant, rappelle la disposition des figures sacerdotales du douzième siècle.... » - M. D. G., VII, p. 61, 62 et n. i, 64, 65, Blavignac, Armoriai genevois. — 5. M. D. G., XXII, p. 295.

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prélat, de tenir gros plat et friande table, avec bons vins, et s'en donnoit quant il y estoit jusques à passer trente et un *. »

Lui aussi provoqua dans la rue de l'évêché une scène caractéristique. C'est en 1327, en temps de carême. L'évêque a fait enlever une fillette de six ou sept ans dont un de ses serviteurs convoitait la dot. Le peuple est irrité et la rue de l'évêché se remplit d'une foule qui crie. « Le Conseil bien accompagné alla trouver l'évesque,... qui clisnoit. Mais il faillut qu'il se levast de table et vint parler à eulx par la fenestre, car il n'osoit ouvrir la porte;... et on parla à luy si bien et si beau qu'il rendit la fille... à sa mère2. »

Et voici l'oraison funèbre qui a pu être prononcée sur ce dernier évêque et sur l'épiscopat genevois : « La lâcheté de l'infâme bâtard Jean de Savoie, créature obéissante du duc, la frivolité insouciante et peureuse de son successeur, Pierre de la Baume, expliquent le mépris irrespectueux dont les Genevois ont fini par accabler le siège épiscopal, autrefois si révéré. Il vous souviendra qu'un dicton populaire qui constate ce dédain : « Je m'en moque comme de Baume, » est le seul souvenir que le dernier évêque de Genève ait laissé dans la mémoire des Genevois 3. »

Après les évêques, les prisonniers.

Le 23 novembre 1 535, le Petit Conseil décida que l'évêché, devenu libre, serait la seule et unique prison, « parce qu'il y a beaucoup de dépenses d'avoir deux prisons et deux geôliers, puis qu'une prison peut suffire. » On ordonna, en conséquence, de visiter les lieux, et si « la maison épiscopale, derrière Saint- Pierre », était « propre », d'y amener tous les prisonniers4.

Pour l'histoire intérieure de cette prison, il nous suffira de reproduire ce qu'on pourrait appeler le cahier des charges du géôlier, ou, comme on disait, du soudait. Il prenait à bail l'entretien de la prison et des prisonniers, et voici les principales conditions, règles et quelques tarifs auxquels il était soumis:

« Ordonnances sur le régime, exaction et gouvernance des prisons de la cité de Genève, faites, passées, et reconfirmées ce i4me de janvier 1544.

» La maison des dites prisons, nommée l'évêché se devra admodier toujours pour trois ans pour le prix, d'un chacun an, de cinquante florins, et devra le garde et Soudan des dites prisons maintenir couverte la dite maison à ses dépens.

» Le dit Soudan pourra recouvrer pour l'intrage, et sortie d'un chacun prisonnier, étant détenu pour dette, à savoir des étrangers qui ne sont de la ville, 10 sols; et de ceux de la ville pour dette, 5 sols. Item pour la dispense [dépense] des dits prisonniers détenus pour dettes, pour un chacun jour, pourra recouvrer

1. Bonivard, Advis et devis de l'ancienne et nouvelle police de Genève (éd. Fick), p. 20. — M. D. G., VII, p. 72, Blavignac. « Son portrait, peint, dit-on, par Holbein, se voit sur un tableau de l'église de Saint- Claude, où le peintre a figuré le cardinal aux pieds du Sauveur crucifié [?]. » — 2. Bonivard, Chroniques, IV, ch. xii. — :i. Pictet de Sergy, Introduction, etc., p. 55. — 4. Flournois, Extraits (Grenus).

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pour une chacune personne, tant pour la dite dispense que pour la garde, 4 sols 6 den. Item pour la menne [conduite] d'un chacun prisonnier pour dettes, 4 sols.

» Concernant les prisonniers pris et détenus pour cas de crime, durant huit jours, le soudan sera tenu de les alimenter à ses dépens, et après les huit jours aux dépens de la Seigneurie, à raison de trois sols monnaie par jour; en cas que les dits prisonniers soient punis par peine corporelle, ou qu'ils fussent si pauvres qu'ils n'eussent de quoi payer, alors la Seigneurie supportera tel dépens, à raison des dits trois sols, comme dit est.

» Si aucun prisonnier criminel était exécuté par le dernier supplice et à mort, les accoustrements d'iceux devront appartenir à l'exécuteur des dits malfaiteurs, et le soudan ne lui devra à cela contredire.

» Item les prisonniers détenus pour correction et allant tenir prison de leur bon gré, ne seront tenus de payer point de intrage, sortie, ni la menne, et si sont rebelles et désobéissants, et qu'il faille les mener, paieront pour la menne, 4 sols.

» Item les prisonniers remis en pain et eau pour castigation ne seront tenus de payer, sinon deux sols par jour, et ne paieront point de intrage, ni sortie, ni menne, sinon qu'ils fussent rebelles ; alors paieront pour la dite menne, 4 sols.

» Que cet office [du soudan] ne soit à certain temps, toutefois qu'il ait revision de trois en trois ans, pour savoir si celui, qui il est, fait bien son devoir »

Seulement, il serait infiniment trop long d'indiquer, même par leur nom, tous les prisonniers qui passèrent ici, et que nous reconnaissons. Car c'est un des traits, pas le moins caractéristique, de la Genève du seizième siècle : tout le monde allait, une fois ou l'autre, en prison, on pourrait presque dire, même Calvin! On allait en prison aussi facilement qu'aujourd'hui on subit un procèsverbal. Ce n'était pas plus déshonorant en soi. Grands magistrats, syndics, dames de la plus haute société, passèrent quelques jours ou quelques heures à l'évëché. Quand on accusait quelqu'un, on se constituait prisonnier, et lorsque Calvin accusa Servet, il eût dû légalement se rendre à l'évëché, si son secrétaire, — c'était permis — n'y avait été à sa place ! — ■ Tout au moins, /a belle-sœur de Calvin séjourna ici, la femme de son frère Antoine, accusée d'adultère.

Nommons un peu au hasard :

Cartelier, un riche marchand, accusé d'entente avec le parti du duc, « mis au croton, enferré, et ayant bonnes gardes,» un prisonnier politique2; Furbity, le dominicain dont la violente prédication permit aux Bernois d'intervenir et amena la série de scènes qui aboutirent à la Réformation ; — Antonia Vax, l'empoisonneuse, qui voulut donner la mort à Farel et à Viret avec un bouillon d'épinards ; — l'honnête femme de Chautemps ; — Perrin, l'homme le plus important, le mieux apparenté de la ville, un moment le chef de Genève, qui mena les Libertins à la lutte furieuse contre Calvin et son autorité. «Si commendèrent au souttier de le mener en l'éveschée.... Il fut mené en l'éveschée

i. Archives, Nouveau recueil de règlements, N° i8*. — 2. M. D. G., X, p. 105.

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et remis au Soudan, qui estoit lors le bastardt de Genève, son amy.... Après luy l'on envoia querre son beau père et sa femme que l'on mena encore en prison1; »

— Berthelier, presque aussi puissant que Perrin. Il y allait, sortait, était de nouveau condamné.... « Si le cas estoit totallement inexcusable, qu'il faillut qu'il allast en prison, il y estoit trois jours durant, jouxte les Edicts sus les injures faicts, non pas y faisant vigile, mais feste, et se faisoit cela non seullement à Berthelier, mais à tous ; car l'on y portoit de la part de leurs amys tartres, pastez, chapons, perdrix, bons vins et semblables victuailles, pour faire grand cost ; et leur alloient leurs compaignons tenir compaignie, voire souvent Perrin et Vandel, qui dévoient estre Juges, si que Pasquil envoya un quattrain en l'éveschée disant ainsy :

En ce logis qui devroit estre Purgatoire d'enfans gastés, Comme en leur Paradis terrestre Ils mangent tartres et pastez 2. »

Cet épigramme fut affiché à la porte de l'évêché. Il ne gêna pas les Libertins. Le singulier train de prison continua. Un « fut mené en l'évesché, où estoient déjà Balthassar Ser avec autres de ses complices, pour quelque cas qui estoit léger selon le temps de alors, et demeura avec eux vingt-quatre heures, sain et en bon poinct. Mais le troisiesme jour, il desjuna trop bien avec Balthassar et les autres, car ils alloient tous en abandon parmi l'évesché. Mais après le desjuner, sortant de la chambre, il tumba mort tout froid et roide 3. »

Quel temps que celui où, en prison, on risquait de tomber mort d'une attaque d'apoplexie provoquée par une indigestion !

Hélas! voici qui est bien changé. Le prisonnier, c'est Michel Servet, qui, le i5 septembre i553, supplie, « se plennant des prisons et des poulz 4. » — Ici ont lieu les terribles entrevues entre Servet et Calvin. On vint dire au Conseil, 27 octobre 1 553, que « Servetus parleroit volontier à M' Calvin.... Arresté qu'il y puysse aller avecques les seigneurs Corna et Bonna 5. »

Et puis de nouveau nous rencontrons toute la meilleure société pour contravention à quelque ordonnance, en particulier à celle sur la danse. En i56o, c'est le notaire, G. Messiez, qui est condamné par le Conseil à 60 sols d'amende et à trois jours de prison « en pain et eau » pour avoir dansé. Il se trouve en compagnie des représentants des familles les plus importantes de la ville 6.

Et les amis de Calvin vont en prison, comme les autres, Jean Gérard, l'imprimeur, 11 mai i55i 7, et Badius, condamné à trois jours de prison, 5 janvier i56o, pour avoir imprimé un livre avant d'avoir reçu une permission, qui, du reste, lui fut accordée 8.

1. Bonivard, De /'ancienne et nouvelle police de Genève, p. 74, 75. — 2. Ibid., p. 98. — ;t. Ibid., p. 110.

— 4. 15 septembre 1553. Opéra, VIII, p. 798. — 5. 27 octobre 1553. Ibid., p. 826. — 6. M. D. G., IX, p. 22. — 7. Cartier. Arrêts du Conseil de Genève, sur le fait de l'imprimerie et de la librairie de 1541 à 1550 (1893J, p. 127. — 8. France protestante, 2e édit, I, p. 684, 685.

LA VILLE HAUTE

Je note enfin Julien Goster, l'honnête espion, aux aventures périlleuses, comme celles d'un Monte-Christo, qui avait joué un rôle utile dans le complot des fugitifs, en 1 563, et qui, au moment même où il était récompensé par la Seigneurie pour ses services, était mis en prison, le 27 décembre 1 563, pour immoralité, et de nouveau en 1574 pour dette1.

On referait l'histoire entière de Genève, l'histoire politique et l'histoire intime, rien qu'avec le registre d'écrou. — Je ne sais rien de plus seizième siècle.

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