‹ Jean Calvin (volume 3)Chapitre 33 sur 94 · QUATRIÈME PARTIE La Maison de ville · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE La Maison de ville

OMME nous venons de le voir, jusqu'à la Réformation, l'évêque étant le prince, l'autorité avait pour résidence révêché, inséparable de la cathédrale, à côté de lui, et de la prison, sous lui. — Mais un pouvoir rival avait grandi, qui avait pour résidence un autre monument, pas bien éloigné, la Maison de ville.

Revenons donc par la porte de la place de Saint-Pierre et par la rue du Puits-Saint-Pierre sur la place de la Maison de ville, à laquelle nous avait déjà amené la rue de la Boulangerie. Et, tout de suite, profitons de ce que, devant nous, la porte est ouverte, la porte des remparts entre la tour de la maison Saint-Apre et la tour de la Maison de ville1. Un dessin nous a conservé la physionomie de cette porte, à l'époque où une galerie supérieure mettait en relation les deux maisons2. {Page 309.)

En sortant, nous sommes sur la promenade actuelle de la Treille. (Page 3 10.) La première mention :i qu'on trouve de cet emplacement est du 20 juin i5i6. Une

1. Pas plus par la porte Baudet que par les autres portes, on n'entrait quand on voulait: il fallait être au courant des heures d'ouverture et de fermeture. Le 16 janvier 1460, le Conseil décide: « que toutes les portes des remparts de la ville soient fermées au crépuscule de la nuit et ne soient pas ouvertes avant l'aurore; que deux portes, à savoir la porte Baudet et la porte de Palais, soient fermées incontinent après le coucher du soleil, et ne soient pas ouvertes avant le lever du soleil. » Registres du Consei/, I, p. 382. Il s'agissait de ne pas confondre, même les jours de brouillard, le coucher du soleil et le crépuscule, ni l'aurore et le lever du soleil. — 28 mars 1526. «Capitaines suisses ayant visité les murailles de la ville demandent 24 halecrets et autres armes (alios baculos bellicosos) pour la défense de la ville. — Cries que tous ceux qui n'ont pas des affaires dans la ville aient à en sortir avant midi, à peine de prison et de trois traits de corde ! — Portes de la Tartasse, de S' Cristorle et de la Maison de ville cancellées. — Garde de six hommes mis en chaque porte. » Flournois, Extraits. — 2. D'après H. Mallet (p. 80), le vieil arsenal, qui avait remplacé la maison Saint-Apre, avait été remplacé lui-même en 1788 par une caserne, et la galerie avait été faite pour la communication entre la caserne et l'Hôtel de ville. Puis la galerie fut supprimée (peut-être en retrouverait-on l'amorce dans les murs de l'Hôtel de ville), et on conserva seulement la colonnade d'ordre ionique qui la portait. — Mais cette porte et cette galerie avaient été précédées par une porte et une galerie, dont nous donnons précisément le dessin. — 3. Toutefois le 19 juin 1457, le Conseil avait délibéré au sujet du jardin ou place {de orto sen plated) existant en dessous {subtus) de la tour de la porte neuve Baudet ivwve porte Baudet). Registres du Conseil, I, p. 201.

pièce de terre, appartenant à Rodolphe de Novelle, et située aux crêts de la porte Baudet, est achetée par la communauté genevoise pour 20 florins. Cette terre était sans doute située devant la tour de la Maison de ville1, dont on désirait

La Halle, et la façade intérieure de la porte Baudet (d'après un tableau du Musée archéologique), (p. 308.)

dégager les abords. Durant le seizième siècle, cet emplacement porta le nom de « plateforme dernier la Maison de ville. » Le nom de Treille ne date guère que du commencement du dix-septième siècle, et provient sans cloute des espaliers qui couvraient les petites murailles des jardins particuliers après la tour 2.

La pente de la promenade fut modifiée. — Et voici ce qu'en dit H. Mallet en 1807 : « Le pied de la colline est soutenu par un mur3 d'environ quinze pieds de haut; le reste est un gazon en talus rapide. Le long de ce mur règne un chemin droit et large d'environ neuf cents pieds de long. C'est l'ancienne courtine qui joignoit les bastions de l'Oye et de S1 Léger. Une ligne de tilleuls... font de ce chemin, ou cours, une promenade parfaitement à l'abri du nord. Aussi lui donne-t-on assez communément le nom de Petit Languedoc 4. »

l. Flournois, Extraits (Grenus). — "2. L. Dufour, La promenade de la Treille à Genève, 1887, p. 13- - On trouvera dans cette brochure les détails les plus précis et les plus complets sur cette promenade et son histoire. — 3. Les dates de la construction de ce mur sont inscrites sur des pierres encastrées, sur lesquelles on lit les dates de 1698, 1704, 1705, 171 1, 1712, 1713. — 4. H. Mallet, Description de Genève, 1807, p. 216. — Voir « Plan de la ville de Genève, corrigé sur les lieux en 1828, » de Blot. Le N° 27 donne au Petit Languedoc la place indiquée par Mallet.

3lO LA VILLE

La Porte Baudet, la Tour Baudet et la Treille {Archives. Anciens plans.) (p. 308.)

Mais le crêt Baudet avait eu, dès longtemps, ses arbres. Ce genre d'ornementation de la ville fut en effet, au seizième siècle, une des préoccupations de l'édilité genevoise. En 1 558, le magistrat ordonna de faire planter des arbres comme sauges, noyers et autres, autour des murailles et boulevards et « généralement, est-il dit, que chacun s'ayde de sa part pour la décoration, profit et honneur de la ville l. »

La tour Baudet {Page io3) se dresse toujours épaisse, solide

à sa place : un des plus vieux monuments de Genève. Est-ce bien, comme le veut la tradition, une tour de l'enceinte de Marcossey ? Il faut observer que les comptes de 1377 (que nous avons plusieurs fois cités et qui décrivent toute l'enceinte alors construite) n'en parlent pas. La tour Baudet appartient à cette partie de l'enceinte épiscopale qui fut achevée après la mort de l'évêque dont l'enceinte porte le nom, d'après les plus anciennes pièces relatives à la Maison de ville, conservées aux Archives. Un mandat du 10 juin 1405 dit qu'on a employé quatre chênes dans « les fondations de la tour nouvellement construite, appelée Tour Baudet, » et le i3 juin on paie un salaire aux guets pour avoir creusé certaines parties « des fondations de la tour qu'on construit devant la porte Baudet 2. » Environ quatrevingts ans après, une restauration ou réfection3, décidée le 18 juin 1488, est achevée en 1489 4. Le soubassement jusqu'à une hauteur de trois ou quatre mètres est en rudes pierres, inégales de grosseur, faisant saillie en bossage. Ces mêmes pierres montent le long de l'arête jusqu'au toit, et soutiennent un faîte de deux ou trois mètres de haut en briques, avec l'ornementation significative de l'époque 5. Le reste des murailles est rempli de cailloux.

1. En 1 56 1 , il est dit qu'on peut « s'en servir en nécessité et avoir du bois pour faire gabions. > L. Dufour, p. 10. — H. Mallet (p. 216) note qu'en 1639, on ordonna de vendre les mûriers de la Treille. — C'est de 1721 que dateraient les plus vieux arbres de la promenade actuelle. Fontaine-Borgel. — 2. On trouvera ici, avec plaisir certainement, un court extrait de ces deux vénérables documents que M. le notaire Rivoire a bien voulu lire et copier à notre intention. — Dans le premier, du 10 juin 1405 (anno millesimo quatercentesimo quinto), les sindici et procuratores civitatis ordonnent de payer 7 fl. et 4 gros dus pour l'achat de « quatuor plantarum quercuum, implicatarum in fortifficacionem dicte civitatis, videlicet in fondamento turris noviter edifficate, vocate turris Baudet. » — Les syndics, dans le second document, du 13 juin 1405 (anno M" iiij° et quinto), ordonnent de payer 7 fl. « pro tachio... pro concavatura certe partis turris seu edifficii quod construitur ante portam Baudet. » (Archives de Genève.) — 3. En 1457. les 5 et 12 avril, il est question d'une pierre de la Tour Baudet sur laquelle il y a une inscription; on délibère pour savoir si on doit retourner ou ôter la pierre avec l'inscription, et on hésite. Registres du Conseil, I, p. 179, 182. — 4. 18 juin 1488 : « Tour de la maison de ville; ordonné qu'on la ferait rebâtir et qu'on ferait le portail selon le dessin tracé sur un papier qu'on a montré en Conseil. » Flournois, Extraits (Grenus). — La tour fut réparée en 1617. — En 1789, on plaça, où il se trouve encore, l'écusson aux armes genevoises, qui était jusque-là dans le mur oriental de l'ancien arsenal. Fontaine-Borgel. — Le haut

LA VILLE HAUTE 3 I I

En rentrant par la porte Baudet1, au bout de la place de la Maison de ville, nous trouvons la fontaine devant laquelle s'arrêta, en 1 523, la sérénissime duchesse de Savoie, Béatrix de Portugal. La fontaine versait... du vin! Là, « devant la Maison de ville, » dit le texte du récit des fêtes, sera Genève, ayant à l'entour d'elle « Bonvoloir et Libérallité qui donront à boyre du vin de la fontaine à tous venantz, » et Genève dira à Madame :

J'ay Bonvoloir et Libérallité Qui, en signe de joye, à tasse plaine, A tous passans, par grant fraternité, Donnent boyre du vin de ma fontaine "2.

Mais c'était pour un spectacle fort différent que d'habitude, au même endroit, se rassemblait la foule. À gauche de la porte principale de la Maison de ville, voici qu'on a élevé un grand échafaudage. C'est « comme un parquet, par barreaux qui y sont dressés, qui font un enclos. » Dedans sont des sièges pour les officiers de justice, et « un trosne judicial devant lequel sont publiquement leus les procès et sentences contre les condamnés criminels3. » C'est Gruet, c'est Servet. Puis, remise est faite du condamné au procureur fiscal, au bourreau. — C'est encore ici que l'on procède à l'exécution .. des livres réputés dangereux. Que dévore cette flamme? Le Contrat social et V Emile de Rousseau! Le 19 juin 1762 : « L'avis a été de condamner les livres susmentionnés à être lacérés et brûlés par l'exécuteur de la Haute Justice, devant la porte de l'hôtel de ville, comme téméraires, scandaleux, impies, tendant à détruire la religion chrétienne et tous les gouvernements. » — Il est vrai que, moins de trente ans après, le 3 janvier 1791, le même Conseil abolissait ce décret, et décidait d'élever à ce même Rousseau une statue, sur le pied de laquelle on devait inscrire qu'elle était destinée à effacer l'outrage « reçu de cet Etat4. »

Juste en face de la porte de la Maison de ville est la halle (aujourd'hui la salle des armures5), dont il est question dès le 10 juillet 141 5. « Les syndics et quelques conseillers se trouvèrent sous la halle de la Maison de ville pour donner ordre à l'arrivée de l'empereur Sigismond (qui vint du côté de Lancy) 6. » — Cette halle fut agrandie en 1464. Le 10 mars de cette année, l'évêque Jean-Louis

de la tour a été restauré et transformé en 1893. — S. « Il est à regretter, dit Rigaud, que l'ancienne mairie de Genève ait fait retailler une partie des pierres de la base, en face de la descente de la Treille. Cela a détruit l'harmonie de la construction. » M. D. G., IV, p. 62.

1. «L'ancienne porte Baudet n'était pas proprement la porte de la Treille d'aujourd'hui, mais une autre qui passait encore à six pas de là plus près de la tour où est la salle du Conseil. La rue qui allait depuis la place du Perron jusqu'à cette porte était en droite ligne; mais on fut obligé de la reculer pour agrandir la Maison de ville. » Flournois, Remarques, p. 115. — 2. M. D. G., I, p. 201. — 3. Ibid., XXII, p. 272. — 4. Voir Eug. Ritter, Le Conseil de Genève jugeant les œuvres de Rousseau, 1883. (Tirage à part d'un article paru dans l' Alliance libérale du 14 juillet 1883.) — 5. Dépôt d'armes depuis 1720. — Mayor, « Restaurations de l'Hôtel de ville et de l'ancien arsenal. » Bulletin, I, p. 127. — 6. Flournois, Extraits (Grenus).

LA VILLE

de Savoie céda à la communauté un terrain situé au Vieux-Mézel, en face de la Maison commune, pour y élever un nouveau dépôt public de blé (ad usum fori seu mercati bladorum)1, vu l'insuffisance des halles du Molard. L'inventaire de 1475 mentionne la « halle nouvellement construite. »

Avant la halle, il y avait donc là un marché, le Mé\el, qui, déjà en 1372 2, donnait son nom au quartier. — En 1412 (16 nov.), on cédait encore à un marchand deux places du marché (duo plathee macelli), devant la Maison de ville 3.

— Mais, en 1428, il est question du Vieux-Marché : c'est là que sera gardé un nouveau drapeau (fieri novum vexillum et teneri in domo ville in macello veteri)k.

— Entre ces deux dates, on a donc créé l'autre marché et l'autre boucherie. Et, en efFet, en 142 1, la rue de la Boulangerie est dite située entre les deux Mézels, Grand-Mé\el , d'une part, Vieux-Mé^el, de l'autre5.

Plusieurs fois restaurée ou refaite, la halle est encore à sa place 6. Avec son acrimonie habituelle, Bernouilli écrit : « Vis-à-vis de l'hôtel de ville est une halle, sous laquelle les flâneurs se promènent en masse. Rien que des gradués et des docteurs en droit, et souvent ils ne savent pas un mot de latin. »

Il est temps de franchir le seuil de la Maison de ville.

1. Les Genevois désiraient depuis longtemps une Commune' . Mais ce ne fut que vers la fin de l'épiscopat de Robert de Genève qu'ils purent faire, grâce aux rivalités de l'évêque et du comte de Savoie, une première tentative pour réaliser leurs désirs8. Le Ier octobre 1285, le comte de Savoie, Amédée V, entra dans Genève en grande pompe, et les principaux habitants de la ville, faisant acte d'opposition à leur prince-évêque, se constituèrent, sous la protection du comte, en « commune jurée, » avec des procureurs ou syndics et un service de garde et de police. De plus, ils s'emparèrent des clefs de la ville, tendirent des chaînes pour barrer les rues et firent graver un sceau. C'était une complète organisation politique, voire représentative; c'était trop et trop tôt. Le successeur de Robert,

1. Borel, Foires, p. 78. — 2. A cette époque c'était le Marché, le Mézel, tout court, c'est-à-dire le marché de la Boucherie (macellariorum). Galiffe, Matériaux, I, p. 88. — 3. Registres du Conseil, I, p. 44. — 4. Ibid., p. 96. — S. Galiffe, p. 248, n. 5. — 6. « Çette halle, reconstruite au dix-septième siècle, existe encore. » Borel, Foires, p. 78. — 7. Un acte de 11 24 les appelle cives; un acte du 30 septembre 1285 parle d'une communitas seu universitas, et omnes cives seu burgenses civitatis gebennensis. M. D. G., IX, p. 141, n. 60 et 62. — 8. « Le Plait de Seyssel, cet exposé authentique de la constitution de Genève, telle qu'elle existait en 1124,... confirmée... jusqu'en 1219, ne contient ni mention ni trace quelconque d'aucune organisation, ni d'aucun pouvoir populaire, municipal ou communal. » (M. D. G., VIII, p. 157, Ed. Mallet .) — « Absence jusqu'au milieu du treizième siècle, et même un peu au delà, d'une commune dotée d'une organisation politique. » {Ibid., p. 159.) — « Le comte Pierre de Savoie, premier fauteur du mouvement communal à Genève, 1263. » (Ibid., p. 160.) — « Le comte de Savoie, Amédée V, favorise une véritable émancipation et une organisation communale, 1285-1286. » (Ibid., p. 163.) — «Le fait est attesté par l'évêque Guillaume de Conflans.... Voilà l'origine première de la commune politique de Genève au moyen âge: vers la fin de 1285, et dans le cours de 1286. » (Ibid., p. 164, 165.)

LA VILLE HAUTE

Guillaume de Conflans, comprima, dès 1293, ce premier essor communal. Mais il y eut renaissance de la commune en i3o5. Réorganisée complètement en i3o6, elle fut, en fait, reconnue par l'évêque Aimon du Quart en v3og. Et comme rinfluence des princes de Savoie 1 paraissait la plus utile pour la protection des personnes et des propriétés, à titre de contrepoids aux prétentions ecclésiastiques, les citoyens l'acceptèrent, la favorisèrent, si bien que, par une arrière ironie de l'histoire, ce furent d'abord les ambitions de la maison de Savoie et de la commune genevoise qui se fortifièrent les unes les autres 2. Avant la fin du quatorzième siècle, en 1 387, les Franchises étaient solennellement confirmées et réunies dans un même code par l'évêque Adhémar, avec leurs deux privilèges essentiels pour les citoyens : juridiction en matière criminelle, garde et police exclusives de la ville pendant la nuit.

Au début, les citoyens se réunissaient, comme nous l'avons dit, dans le cloître de Saint-Pierre, le premier dimanche de chaque mois. Cette règle est encore déclarée perpétuelle et immuable, le 3 juin 1459 {ex mine in antea perpetuis temporibus)3. » — Ce qui n'empêcha pas le Conseil général, quelques mois après, de mettre cette règle de côté, 17 février 1460, et de décider qu'il ne se réunirait plus que quatre fois l'an (quater in anno), à moins que ne surgissent des matières nouvelles et ardues [alie materie nove et ardue) 4.

Le Conseil général était convoqué « au son de la cloche, selon la coutume3. » Bonivard dit : « A son de trompette [petite trompe] premièrement le soir devant, puis le lendemain à son de la grande cloche, où convenoient tous les chiefz d'hostel [c'est-à-dire de maison] 6. »

Nous ne noterons ici qu'une seule coutume du Conseil général : il fixait le prix du vin, chaque année, après avoir dit le Pater N osier, en mémoire d'un citoyen Dupont, qui avait « donné l'office de Crie à la ville 1 . »

Puis le Conseil général seul se tint au cloître, et le Conseil ordinaire se transporta à la Maison de ville.

Mais ce déplacement ne se fit pas en un jour, et les historiens ont commis à ce sujet plusieurs erreurs.

Le 9 avril 14.09, le Conseil est tenu dans le cloître de Saint-Pierre, « à la crie et au son de la grosse cloche (ad cridam et sonum campane magne). » Il est

i. « L'année 1211 est la première où l'histoire nous ait conservé la trace de rapports politiques entre le comte de Savoie et l'évêque de Genève : encore ces rapports, presque purement négatifs, ne tirèrent point à conséquence et cessèrent avec les circonstances qui les avaient produits. » M. D. G., VII, p. 189, Ed. Mallet. 2. M. D. G., IX, p. 142, 143, 147, 170. — « Une pensée fatale engage l'évêque Chabert (1211) a réclamer contre un voisin hostile, le comte de Genevois, le secours d'un autre prince des environs, qui devait être plus dangereux que le premier,... du comte Thomas de Maurienne, fondateur de la gloire de la maison de Savoie.... En 1285, les citoyens genevois adressent au grand Amédée V un appel plus funeste encore par ses résultats que ne l'avait été celui de l'évêque Chabert à son aïeul. Cet appel procure à la maison de Savoie la possession d'un château dans Genève même et le dépôt entre ses mains de la charge de vidomne, dépôt qui dès lors servit de prétexte à trois cents ans de luttes et de chicanes. ■» Pictet de Sergy, Introduction, etc., p. 45, 46. — 3. Registres du Conseil, I, p. 303. — 4. Ibid., p. 395. — B. 7 octobre 1459- Ibtd., p. 335.— 6. Chroniques, liv. V, ch. IV. — 7. Flournois, Extraits. 16 novembre 1533, 15 novembre IS34, 14 novembre 1535.

LA VILLE

parlé du don fait par le seigneur évêque, et « de la construction (edifficio) de la Maison de ville. » On décide une imposition gracieuse (leva graciosa)1. — Voilà, semble-t-il, les origines de la Maison de ville.

La besogne va vite. En effet, le 16 septembre on « mandate » de ce qui lui est dû (quod expédiât), Jean Rosset, charpentier de Lancy (de Lancier), pour le travail (tacheria) à lui donné par les syndics, et consistant à faire la poutraison (trabaturam) dans la Maison de ville : soit 3 florins, 3 sols. On « mandate » également Lambert, charretier (charrotoni), pour son travail (tacheria) : 4 sols. Il s'agissait de porter les poutres de la dite poutraison du port de Meyrins [de la Fusterie] à la Maison de ville2.

Nous trouvons toujours le Conseil au cloître, 16 avril, juillet, août 1409, janvier 1410. Mais, le 25 novembre 1410, nous lisons : in domo ville fuit consilium tenutum, le Conseil a été tenu à la Maison de ville 3. — C'est la première mention.

Il est juste d'observer que cette première séance fut une sorte de séance d'essai, ou plutôt d'inspection (visio). En effet, le même jour, on s'occupe d'un mur fait à la Maison de ville, à la partie postérieure. Et le Conseil se réunit de nouveau au cloître.

Le 27 janvier 141 1, il s'occupe de la réparation de la Maison de ville4; le 24 novembre, il s'occupe des ferrures (ferratura) à placer à l'ouverture des fenêtres (hostium fenastrarum)* . Et nous trouvons le Conseil réuni au cloître en 1412, 141 3 , 1428, en 1430, etc. — Nous avons vu qu'en 1428 il est décidé de faire un nouveau drapeau et de le placer à la Maison de ville 6.

Mais si, le 27 novembre 1442 et même le 4 décembre, nous voyons le « Conseil ordinaire » se réunir au cloître, le 1 1 du même mois, il siège à la Maison de ville : in consilio ordinario, est-il dit, tento in domo ville, causante frigore régnante, à cause du froid qui règne7. — De même le 18 décembre. — De même le 8 février 1446 : in domo commuai8, dont le nom est tantôt : in domo ville et tantôt in domo communi9.

Et, à partir de ce moment, le Conseil siège à la Maison de ville, sauf quelques retours rares au cloître, par exemple le 20 juillet 1457 10, le 4 mai 1459 H. Ainsi, le i5 mai 1459, le Conseil se réunit deux fois, la première : in domo communi, la seconde : in claustro 12.

L'émancipation se faisait peu à peu, progressivement, mais sûrement.

2. Tout à fait au pied de la Tour Baudet est la chapelle de la Maison de ville, organisée en 1504 pour les dévotions des conseillers, avec ses ogives réunies par des arêtes qui portent l'écusson de Genève. Mais ces écussons sont d'une date

1. Registres du Conseil, I, p. 2. — Il est vrai que l'expression : domus ville est employée aussi pour désigner d'autres maisons appartenant à la ville. Ici, cependant, cette expression semble bien prise dans son sens spécial. — 2. Ibid., p. 10. — .'î. Ibid., p. 25. — Cette indication et les suivantes montrent que Galiffe avait négligé les Registres du Conseil, quand il avait écrit : « La première mention à nous connue de la maison de ville se trouve, en 1448, dans l'acte d'un prêt de la ville à deux particuliers,... fait « en la maison commune, au Vieux-Mézcl. » Galiffe, Matériaux, I, p. 189. Galiffe, p. 248. — 4. Registres du Conseil, I, p. 27. — o. Ibid., p. 33. — 6, Ibid., p. 96. — 7. Ibid., p. 153. — 8. Ibid., p. 156, 162. — 9. Ibid., p. 182. - 10, Ibid., p. 212. — H. Ibid., p. 292. — 12. Ibid., p. 298.

LA VILLE HAUTE

plus récente que la chapelle. C'est aujourd'hui la grande Grotte1, où sont réunies les Archives2, les Registres du Conseil. On y descend de la salle même des Archives par un escalier. La vieille porte de la chapelle est là, épaisse, bardée de fer, avec sa clef. Et on a encore le compte du serrurier qui fit la clef3!

Un mot sur les Archives de la ville de Genève est ici à sa place. — Nous l'avons vu, à l'origine toutes ces Archives tenaient dans une « arche » (une caisse en bois : les archives sont les papiers qui sont dans une arche), déposée dans une chapelle de Saint-Pierre et attachée au mur par des chaînes '\ — C'est en 1 37 1 que le Conseil avait payé à A. S. : 4 florins, 4 sols, pour une arche en noyer, à trois serrures, destinée à être posée dans l'église de Saint-Pierre, devant l'autel de saint Michel, « et où l'on mettra les lettres et autres secrets de la ville 5. » — Le 11 mai 1428, il fut ordonné d'ouvrir « l'arche des lettres » de la ville, et de faire un livre des extraits de ces lettres {de dictis litteris extractum in unum librum)6. Tel serait le commencement des classifications et des inventaires actuels7. — Mais on ne paraît pas s'être pressé. Car, le 11 mars 1457, le Conseil décide de faire faire « un registre ou répertoire » de tous les titres (omnium instrumentorum existentium in archa dicte civiîatis que est in St0 Pe/ro), registre ou répertoire « qui resterait continuellement à la Maison de ville et

L « La grande Crotte, assez spacieuse et très élevée, en forme de chapelle, occupe le rez-de-chaussée de la tour de l'hôtel de ville. Au premier étage de la tour, la petite Grotte, de la même étendue que la grande, mais peu élevée, et éclairée seulement par quatre lucarnes et deux meurtrières.... » L. Dufour- Vernes, Les archives d'Etat de Genève, p. i. — 2. M. D. G., IV, p. 61. — Ces salles voûtées servirent d'atelier à la Monnaie de 1717 à 1785. En 1822, on y voyait un café, lequel fut supprimé pour l'installation des Archives. — 3. « Mémoyre de l'ouvrage que moy Sermet Bronge ay faict pour la ville, par le commandemen de Messieurs de l'an 1561 et le seizième jour de novembre. — Premièrement une grosse clefz pour la grand crotte [grotte] de la maison de la ville vaillant... 1 fl. 3 s.. » Le compte a été payé le 2 janvier 1562. — Voir aux Archives la Collection des comptes, mandats et quittances, et l'étude de M. L. Dufour, p. 22. — 4. « Pour qu'on ne puisse l'emporter. » Galiffe, Matériaux, I, p. 88. — 5. Pictet de Sergy, Genève, I, p. 427, n. 2. — 6. Registres du Conseil, I, p. 96. — 7. D"après une note que M. l'archiviste Louis Dufour a bien voulu nous communiquer, voici l'histoire exacte des Inventaires du Chapitre, des Eglises et enfin de la Seigneurie: « Dès f334, commencèrent des inventaires des titres et droits du Chapitre. Un nouvel inventaire en fut fait en H97- — Suivirent au quinzième et seizième siècle des inventaires des actes des Eglises de Genève. A la fin du quatorzième et au commencement du quinzième siècle un inventaire des titres des Eglises avait déjà été fait. — C'est en 1487, 1507 et 1527 qu'un inventaire des titres de la Seigneurie, conservés aux archives, fut fait par Amédée Favier, secrétaire du Conseil. »

LA VILLE

auquel on pourrait avoir recours quand le temps viendrait1. » — Evidemment, à cette époque, les Archives manquaient d'archiviste. Rien ne se fait. Trois mois après (7 juin), nouvelle décision. On fera une investigation dans tous les titres (instrumenta) contenus dans « l'arche » de la ville et pouvant être utiles à la cité (facientia ad opus civitatis) 2. — L'année suivante, nous voyons s'opérer la transmission de la clef de l'arche. Roletus Guillieti, autrefois consyndic, « restitue la clef à Amédée de Saxo, moderne syndic, à savoir la clef de l'arche de la ville qui se trouve dans l'église de Saint-Pierre de Genève 3. » — Mais il semble qu'on ait été plus préoccupé de fermer la fameuse « arche » que de l'ouvrir. Toujours pas d'inventaire. Le 28 décembre 1460 '', le Conseil, avec persévérance, renouvelle ses décisions antérieures : « Faire un seul registre de tous instruments et autres écrits, pouvant servir à la communauté et existant chez elle {pênes eandem),... pour la conservation des droits de la dite communauté5. »

A quelle époque les Archives émigrèrent-elles de la cathédrale dans la Maison de ville? Le 28 juin 1429, il est décidé qu'on placera la nouvelle arche (archam novam) de la ville, dans la maison de Jaques de Pesmes, si le lieu paraît propice6. Il dut paraître propice, car le 4 juillet 1430 le Conseil confirma sa décision7. Et en 1460 (26 mars) X arche est dans la Maison de Ville. «Ordonné pour de bonnes raisons que dorénavant les auditeurs des comptes s'en occupent ici dans la Maison de ville, et que tous les comptes de la ville et autres papiers les concernant, soient réduits dans l'arche existante à la Maison de ville (in archa in dicto domo existente), que les syndics en aient une clef et les auditeurs des comptes une autre8. » Toutefois le 24 avril i5oo, nous trouvons un document intitulé: « Le roellet de la coverture de l'autel de la chappelle des comptes9 en l'esglise de Monsg1' saint Pierre,... en la quelle l'on dit tous les mardis une messe pour la ville 10. » — Quatre ans après, selon la résolution prise le 19 mars i5o4, une chapelle est construite dans la Maison de ville pour y célébrer la messe et l'on peut supposer que l'arche y fut déposée 11. En tout cas, le 16 janvier 1 538, nous trouvons cette mention : « Que ès croctes des drois aye toujours quattre clefs. » — Et les « croctes » sont encore là.

3. En février 1473, les syndics nouvellement élus, considérant la petitesse de « la chambre où l'en tenoit le Conseil, laquelle estoit si estroite que à paine le

1. Registres du Conseil, I, p. 170. — Nous voyons se former l'idée des Archives telle qu'elle subsistera jusqu'au dix-neuvième siècle : une collection de titres, de documents utiles à l'Etat pour soutenir ses droits. M. L. Dufour-Vernes écrit : « L'utilité des Archives était comprise avant tout pour les besoins des Autorités, lorsqu'elles avaient à y rechercher quelque ancien titre ou droit, selon l'expression du temps. » — En 1708, une commission ou chambre des fiefs fut créée, dont le principal objet était de faire un inventaire exact de tous les titres et terriers, de les ranger en bon ordre et de s'instruire en général de tout ce qui pouvait servir au maintien des droits de la seigneurie.... Ce point de vue primait encore, en 1815, lorsque... on nomma une commission chargée de l'inspection et de la surveillance des Archives, « selon le renouvellement des anciens usages. » (Les Archives d'Etat de Genève, p. 2.) — 2. Registres du Conseil, I, p. 198. — 3. lbid., p. 264. — 4. Nouveau style, 1459. — 5. lbid., p. 364. — ♦*>. Ibid., p. 113. — 7. lbid., p. 133. — 8. Ibid., p. 404. — 9. La chapelle avait-elle gardé son nom, bien que les « comptes » eussent été enlevés? — 10. M. D. G., VII, p. 109, Blavignac. — 11. Archives, Nouveau recueil de règlements.

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Conseil ordinaire y povoit demourer, qui estoit chose honteuse et vergoigneuse, misrent en délibération devant leur Conseil, » de « faire fère une belle et notable sale, large et spacieuse, tant par magnifficence, comodité et utilité, » de façon à « pouvoir tenir le Conseil ordinaire, et l'autre des 5o, et quant besoing et mestier seroit de fère congrégation de plusieurs aultres, qui puissent très tous demourer dedans. » — En même temps on fit « remuer et repareiller le four1. » L'année 1473 ne suffit pas pour ces travaux, et ce furent les syndics de 1474 qui firent « achever, parfaire et acomplir la dite sale, aussi mettre à bonne fin... eslevation et paincture de aulcunes verrières, et pareillement le commencement de loges. » Ils firent aussi « paindre et mettre à point les vingt carrés de la dite sale 8. »

Ici seulement se pose une question embarrassante. Cette salle de 1473- 1 474 3 est-elle la salle actuelle du Conseil ? Rigaud dit oui \ Galiffe cloute 5. - - Il faut en effet remarquer qu'une autre salle fut aménagée pour les séances du Conseil en 1488, et que la description de cette nouvelle salle, dans le procès-verbal du 23 septembre 1488, concorde absolument avec l'état de la salle où siège encore aujourd'hui le Conseil. Donc la salle de 1488 est la salle actuelle. Dans la délibération du 23 septembre 1488, toutes les fenêtres des trois faces extérieures sont désignées, d'une façon exacte, telles qu'elles sont encore : « Fenêtres de la tour de la Maison de ville. Ordonné que du côté du Levant, on face deux petites fenêtres (ollieti) ; du côté du vent deux fenêtres croisées et deux oeillets ou petites fenêtres (ollieti) ; et du côté du Couchant deux fenêtres croisées. » C'est le 18 juin 1488, comme nous l'avons vu (p. 3 10, n. 4), qu'on avait ordonné de faire rebâtir la tour de la Maison de ville. Les décisions des 7 et 1 1 novembre 1488 nous montrent les travaux en pleine activité : « Tour de la Maison de ville. Ordonné de faire des fenêtres au-dessus de la salle (supra salam), et qu'à cause de l'hiver, qui approche, on ne hausse pas davantage pour le présent les murailles de la dite tour, mais qu'on fasse le toit de la hauteur qu'il faut, et qu'il soit appuyé, sans le soutenir, sur les murailles6. » — C'est le 10 mars 1489 que l'on consulte les maîtres au sujet de la charpente (trabatura) de la tour de la Maison de ville. Et, le 3i mars 1489, la « charpente de la tour nouvellement faite en la Maison de ville, près de la porte Baudet, est donnée à tâche à des charpentiers 1 . »

i. En 1463, il y avait un four commun. Le bois était au-dessus, dans le dépôt des Archives secrètes de la chancellerie. 11 fut enlevé en 1534 (29 déc), le Conseil ayant eu avis que « les traîtres qui sont au château de Peney font dessein de brûler notre maison de ville par le moyen du bois du four de la dite maison. » Flournois, Extraits. — F. Borgel, p. 25, 28. — 2. « 1474, le 24 jour du moys de janvier. Ex libro franchesiarum, 60b recto. » Cité par M. D. G., IV, p. 60, 61, et n. 1. — 3. 9 et 23 mars 1473. Salle de la maison de ville. Ordonné de la réparer et rebâtir. Flournois. — 4. M. D. G., IV, p. 60. — Si les questions critiques pouvaient être tranchées par les « communiqués officiels » d'un gouvernement, celle qui nous occupe ne serait plus discutée, car il y a un « communiqué officiel de la chancellerie » déclarant que la salle du Conseil actuelle est la salle de 1473. (Voir ce communiqué dans le Journal de Genève, du 10 août 1901.) Malheureusement le communiqué se borne à citer un passage des Annales de Savyon, et ce passage ne dit rien de la question elle-même. — 5. Galiffe, p. 249. — 6. Flournois, Extraits et Remarques, p. 24. — 7. Flournois, Extraits (Grenus),

LA VILLE

De deux choses Tune. Ou bien il faut admettre que cette salle de 1473-14741, dont aucun renseignement ne spécifie remplacement se trouvait dans une autre partie de la Maison de ville; ou bien il faut admettre que quinze ans plus tard, en 1488, la tour ayant été reprise par sa base, la salle fut complètement refaite, ce qui n'est pas très vraisemblable.

La nouvelle installation était fort simple. « Qu'on construise un poêle, dit le Registre de i5?5, afin que, dans la saison d'hyver, le froid étant chassé, les affaires soient examinées avec plus de maturité2. » Et, le 23 octobre i53j : « Icy est parlé que la porte par la quelle Ton entre en ceste sale souvanteffois se defiferre, et n'a guère belle entrée, et que maintenant en ceste ville [il y] a ung galland ouvrier qui, pour peult [peu] de coste [coût] la porra mettre en bonne et belle sorte. Sur quoy est arresté que l'on la face adouber [réparer] et faire qu'elle soyt bien 3. » Presque jusqu'à la fin du siècle, les conseillers s'assirent sur le bois dur. — 8 octobre 1073 : « D'aultant que les bancs de céans, pour n'estre fourrés, ils apportent grande froidure aux jambes ; a esté arresté qu'on les face doubler de feuilles qu'on fera faire de couleur verte \ » — Et enfin, 6 juin 1576 : « D'aultant que les S1S se plaignent de la dureté de ces cièges de noyer, comment a esté cy devant dict; arresté qu'on face venir de la tapisserie propre .5 »

Toutefois, cette simplicité selon notre goût moderne (pas de feu et rien que des bancs de bois), n'excluait pas le luxe selon le goût ancien, comme Ta montré la sensationnelle découverte des fresques. Le 7 août 1901, les ouvriers chargés des travaux de réparation, ayant enlevé des vieilles boiseries, mirent tout à coup à nu des peintures murales étonnamment conservées.

De quoi s'agissait-il6? D'une découverte qui nous permet d'entrer dans la vraie salle du Conseil, telle qu'elle était au seizième siècle.

1. On en a peut-être exagéré la somptuosité. D'après M. Camille Martin, les verrières ont bien existé, et ont été l'œuvre d'un verrier bernois, M. Werder, mais les « carrés » peints et mis à point étaient sans doute des panneaux, non pas couverts de peintures proprement dites, mais simplement passés en couleur. Peut-être aussi étaient-ce non pas des panneaux de muraille, mais des caissons de plafond. — 2. A. Roget, Etreintes genevoises, 1877, p. 49. — :t. Registres du Conseil, Vol. 31, f. 76. — Au bas est un petit dessin de la porte que le secrétaire s'est amusé à dessiner, pendant la délibération. Nous le reproduisons comme curiosité, en cul-de-lampe, au Liv. III, ch II. — 4. Ibid., Vol. 68, f. 198. — 3, lbid., Vol. 71, f. 80. — 6. Un journal se fit immédiatement l'organe de l'instinct public : « Ces fresques ont dû être dissimulées sous l'administration de Calvin, qui, on le sait, n'était guère artiste. » {La Tribune de Genève, 9 août 1901.) — Comme on va le voir, une bonne partie des fresques est de la fin du seizième siècle, peut-être du dixseptième ; et quant à leur « dissimulation >, elle est postérieure au moins à 1637, puisque à cette date Davity les voit et les décrit : « Contre la muraille de la chambre où les sénateurs s'assemblent, il y a sept juges peints, dont celui qui est au milieu n'a qu'une main et les autres six tout à fait sans mains. » Voir Eug. Ritter, La République de Genève... par Davity, p. 19. — Sur la date et la valeur artistique de ces fresques, voici ce que dit M. Camille Favre {Journal de Genève, 13 août; 1901) : « Si le fond de la salle et les panneaux adjacents sont et doivent être de la fin du quinzième siècle, il est non moins évident qu'une grande partie de la paroi de gauche, c'est-à-dire les juges aux mains coupées, la presque totalité du personnage de Moïse et le cartouche aux inscriptions bibliques ne sont pas de la même main, que la facture en est très inférieure et la date postérieure. Ces peintures plus récentes... paraissent appartenir au seizième siècle, mais pourraient à la rigueur être attribuées à l'année 1604, date des réparations faites par un peintre italien, César Julio.... Les autres peintures, accompagnées de sentences, sont de beaucoup supérieures à celles des juges, et, si elles ne sont pas d'un grand maître, elles sont tout au moins d'un très bon style. Elles représentent sans doute, avec quelques retouches assez grossières, les auteurs

LA VILLE HALTE

Au-dessus de la porte se trouve une figure tout particulièrement intéressante : elle représente un guet, ou môme le chef des guets du Conseil des Vingt-Cinq; ce personnage, gardien allégorique de l'entrée de la salle, tient d'une main « son halabard » et de l'autre s'appuye sur l'écusson de l'évêché, sur lequel est posé « en abime »

celui de la communauté genevoise !.

A gauche, un arc et un jambage chanfrené ont conservé jusqu'à aujourd'hui la preuve que là se trouvait une niche renfermant le poêle.

Plus loin, des montants de porte et une couverte attestent l'existence d'un passage qui fut abandonné pendant des siècles.

Les fresques font le tour de la salle, juges aux mains coupées, (ne pouvant recevoir de présents [?] ), images de la justice, cartouches aux inscriptions se rapportant à la justice. Les Vingt-Cinq remplissaient aussi des fonctions judiciaires 3.

Contre le mur de l'escalier, un soubassement en peinture, d'une époque postérieure aux fresques primitives, montre des stalles semblables à celles qui se trouvent encore dans la salle des Pas-Perdus.

Au fond, au levant, une fenêtre divisée en deux par un meneau vertical ; une seconde fenêtre, ouverte du côté de la Treille, semblable à la première ; deux autres ouvertures à l'autre extrémité de la salle, soit du côté de la rampe de la Treille, divisées en quatre parties par des meneaux. Les ouvertures bouchées ont été attestées jusqu'à nos jours par des gonds et des scellements de gonds.

Salle du Conseil. Fragment des fresques

des sentences, c'est-à-dire Galterius, Stace, Salluste, Lactance, Tulle, Virgile, Aristote et Cicéron. Inutile d'ajouter que ces peintures n'ont qu'une ressemblance très lointaine avec des originaux, dont le caprice de l'artiste s'est peu préoccupé. — Mais le côté très intéressant de ces figures, sur lequel je suis tombé d'accord avec M. J. Mayor, c'est que ces fresques du quinzième siècle représentent, comme beaucoup de peintures de la Suisse romande, un art plus ou moins bourguignon.... Ces figures, très variées et ayant une physionomie bien individuelle, sont donc très intéressantes.... » M. E. Constantin, antiquaire-expert, indique ce détail (Journal de Genève, 10 août 1901) : « Par bonheur, une boiserie Louis XIV, qui n'avait pas nécessité, pour être mise en place, un repiquage ou un recrépissage, comme il eût fallu peut-être pour toute autre transformation de la salle, avait, au contraire, en la cachant et en la recouvrant hermétiquement, conservé la beauté et la fraîcheur des tons de cette frise.... »

1. Rapport de MM. Brocher et Du Bois-Melly au Conseil d'Etat. {Journal de Genève, 12 sept 1901.) - 2. Panneau entre les deux fenêtres donnant sur la Treille. Voici la traduction de l'inscription latine sur la banderole: « Si le monde avait jadis respecté le droit, les lois et les contrats que j'ai établis, ou s'il observait encore les liens créés par l'amour, l'univers ne gémirait pas tant sous le poids des malheurs. Alain, dans le de Anticlaudiano. » — 3. E. Dunant, Les fresques de l'Hôtel de ville, 1902. — Cette brochure donne les inscriptions latines et françaises conservées sur les peintures murales de la salle du Conseil d'Etat et la restitution des textes disparus. Les textes latins sont traduits.

la ville

La salle du Conseil.

Quant au plafond, disparu, remplacé par une simple poutraison, puis recouvert, il avait laissé assez de restes, de traces, pour que les architectes aient pu en retrouver le dessin, la place, les grands sommiers, les caissons. Il avait été non seulement détruit : mais on Pavait sensiblement abaissé.

Et voilà la salle belle, austère, où ont siégé les syndics, les conseillers, les Porral, les Perrin, les Berthelier, les Favre, les Roset, et combien d'autres ! tous les gouvernements de Genève ; la salle où tout a été décidé, où toutes les résolutions ont été prises, discutées, arrêtées avec calme, avec passion, où toutes les luttes politiques, religieuses, sociales se sont déroulées, la salle où Calvin, Bèze ont lutté et triomphé,... ont fait Genève. A Saint-Pierre, ils ont inspiré l'âme ; clans la salle du Conseil, ils ont pétri le corps. {Page 321.)

Il ne faudrait pas toutefois se faire illusion : l'Hôtel de ville actuel ne nous donne aucune idée de la Maison de ville ancienne, pas même de celle du temps de Calvin. Il semble bien en effet que le Conseil s'installa peu à peu dans des maisons qu'il achetait et restaurait, et aménageait, mais qui ne constituaient pas un monument unique. Les premières délibérations que nous avons citées nous le prouvent. Et il y en a d'autres nous montrant ces achats successifs1. Aussi, vers

1. Le 10 août 1428, la ville achète une grange à côté des remparts, en la Juiverie, près de la nouvelle grange récemment élevée par la communauté. {Registres du Conseil, I, p. 97, 98.) — Le 16 août 1457, les

le milieu du seizième siècle, on sentit l'incommodité de ces corps de logis divers, dont chacun avait son viret particulier, et on songea à un escalier central. Et de toute la Maison de ville de Calvin, outre la tour Baudet et ses salles, en particulier la salle du Conseil où il vint si souvent, soit seul, soit avec ses collègues, il ne reste plus précisément que cette tour centrale, avec sa rampe pavée. Encore Calvin vit-il le commencement mais pas la fin de ces travaux.

Cette rampe d'escalier a toujours été considérée comme une des curiosités de la ville. « Dans l'hôtel de ville, dit Bernouilli, une curieuse œuvre d'art (Kunstsiuck : tour d'adresse) mérite d'être vue, un escalier en limaçon, sans marche. Il est composé en entier de toutes petites pierres, de telle sorte qu'on peut arriver en carrosse jusqu'en haut. » C'est une façon de parler. Mais on pourrait y monter facilement à cheval. {Page 322.)

Le célèbre escalier fut commencé en 1 556, comme le dit cette date inscrite sur le porche au bas de la rampe, dans un fronton qui n'est point sans mérite architectural. {Page 323.) Il ne fut achevé que vingt-deux ans plus tard, en 1578. Du moins cette seconde date figure sur le quatrième pilier à partir du

syndics et quelques conseillers vont visiter ce qui a été récemment construit en la Juiverie, dans la maison de la communauté. (Ibid., p. 218.) — Le Ier avril 1460, on pense à acheter une maison d'Antoine L'Hoste, située en face de la Maison de ville (existcnte ante domum hujusinodi coiiiiiiiinitalis) {Ibid., p. 406) ; le 8 avril, on hésite entre la maison d'Antoine L'Hoste et une maison Tavel (Ibid., p. 409) ; le 15 avril 1460, on se décide pour la maison d'Antoine L'Hoste : on la paiera avec l'argent qu'on retirera de la vente des granges de la communauté, à la Juiverie. (Ibid., p. 410.) — Un siècle plus tard, ces achats continuent : 7 juin 1 54 1 : « La moyson de Braset estant prest laz moyson de laz ville : laquelle est bien propice pour fère une sale pour tenyr le petit conseyl ; sur quoy resoluz qu'elle soyt taxée et poyée raysonnablement. » Registres du Conseil, Vol. 35, f. 228. — ■ Il y a des discussions. L'année suivante, le Conseil offre de « relâcher > à « laz Brasette », sa maison, « en ostant toutes réparations », ou bien de lui louer cette « sale nove > au prix de 7 florins par an. Ibid., f. 452.

sommet de l'édifice, avec les initiales entrelacées NB et IB, soit Nicolas Bogueret et Jean Bogueret, son frère, maçon comme lui, et qui travaillait sous ses ordres. {Page 324.) — Est-ce vraiment Nicolas Bogueret qui doit avoir tout l'honneur de la conception et de l'exécution de cet escalier? Ce n'est pas absolument sûr, bien que les archéologues ne semblent pas avoir, jusqu'ici, élevé de doute à ce sujet *. Sous l'escalier de la Maison de ville primitive, on avait placé le « croton », à

l'usage des délinquants arrêtés par la police du Conseil pendant la nuit2.

Lors de la construction de la rampe pavée, on rétablit ce violon, à son pied, angle gauche du rez-de-chaussée : ce local voûté sert aujourd'hui de dépôt à l'usage du concierge 3.

Bientôt la Maison de ville du seizième siècle se montra « ruineuse, » selon l'expression de Spon. De 16 14 à 1706 les délibérations se multiplient, plus ou moins confuses. Les travaux sont entrepris, modifiés,

d. Nicolas Bogueret, né vers 1537, se retira à Genève, probablement pour cause de religion, avan- 1568. Il réédifia et agrandit les halles du Molard de 1570 à 1574 ; il éleva, en 1583, un petit bastion autour de l'Ile du lac, plus tard Ile des barques; il dirigea le transport de l'horloge de la maison du Villard, à l'entrée du Molard, vers les créneaux et l'arcade de cette place. En un mot, ce fut le grand architecte de la ville. Ses initiales se trouvent sur le mur extérieur du temple de Saint-Gervais, sur la fontaine de la Cité, et à la pointe de l'Ile du lac. Nous empruntons tous ces détails à la savante étude de M. Louis Dufour : Nicolas Bogueret, une des victimes de l'Escalade, 1896. Ce «maçon» périt en effet dans la fameuse nuit. « Nicolas Bogueret, raconte M. L. Dufour, en 1571, avait [d'après une visite de dizaine] une arquebuse et un morion, sorte de casque léger, et il habitait dans la dizaine de la maison de ville, probablement en la place de Saint-Pierre, où était sa demeure en 1588 et 1596. Lorsque, dans la nuit du 12 décembre 1602, l'alarme fut répandue soudain par ceux du poste de Neuve, Nicolas fut des premiers à saisir son arquebuse pour se précipiter avec d'autres par la porte de la Treille. Au milieu de la descente, un combat s'engagea, peu après trois heures, avec les ennemis qui se tenaient en ce lieu pour empêcher l'arrivée des secours. Trois des nôtres succombèrent : Bogueret, Cambiague et de Bolo. Une copie du registre mortuaire s'exprime ainsi : « Honorable Nicolas Bogueret, maître > architecte, bourgeois, âgé de 65 ans, mort vers le milieu de la montée de la porte Neuve à la Treille. » Soixante-cinq ans! Combien de nous à cet âge se sentiraient les forces suffisantes pour aller batailler contre l'ennemi dans une froide nuit de décembre. » P. 30, 31. — Une question ici se pose. On considère l'escalier de l'Hôtel de ville comme l'œuvre principale de Bogueret. «Sa grande œuvre est la rampe... spécimen d'architecture unique en Suisse, et dont on ne retrouve pas au dehors un très grand nombre d'analogues; » ainsi s'exprime l'ouvrage le plus récent (en cours de publication), le Schweizerisches Lexikon, 2:,1C livraison, article Bogueret, p. 169 et 170. Parlant du portique par lequel la rampe s'ouvre, le même ouvrage dit: * Une large arcade, d'un goût exquis, surmontée d'un fronton sculpté, donne

La montée de la Maison de ville, (p. 321.)

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repris. L'une après l'autre les façades apparaissent. Au commencement du dix-huitième siècle aussi, le sculpteur Delor fit les bustes (dans les clefs de voûtes des arceaux, qui sont vers l'entrée) de Marcellus, Cicéron, Pompée, Henri IV, roi de France, « notre bon ami. » — Les autres bustes dataient d'un siècle plus tôt (vers 1 6 1 o), et représentaient Jules César, le premier qui parla de Genève, où il vint; Aurélien, l'empereur romain qui, selon la tradition, rebâtit Genève, détruite par un incendie, d'où le nom qu'elle prit quelque temps, Aurélia Allobro-

o ' Entrée de la montée de la Maison de ville, (p. 321.)

berousse, l'empereur

d'Allemagne {assertor liberlatis), qui, en 1 1 53, confirma les possessions du prince-

accès dans la rampe; elle est datée de 1556, de sorte qu'elle ne fait pas partie de l'œuvre de Bogueret Mais toute la rampe elle-même lui appartient. » Il semble que la manière même dont l'affirmation est présentée soulève un doute. Est-il évident qu'un architecte soit complètement l'auteur d'un travail qu'il termine, mais qui a été commencé douze ans avant qu'il fût même dans le pays? Avait-on commencé sans aucun plan? cette arcade « d'un goût exquis », avait-elle été mise là et faite ainsi au hasard ? Cela est singulièrement invraisemblable. Et il semble que M. Camille Martin, dans les notes qu'il a si obligeamment mises à notre disposition, ait quelque raison de penser que Bogueret acheva, décora la rampe, mais n'en conçut pas le projet. On verra dans son travail comment il arrive à émettre l'hypothèse que l'architecte auquel il faudrait peut-être attribuer l'idée première serait le syndic de Fosses. En tout cas la date de 1578 inscrite sur la pierre n'est pas la date définitive. Le 2, puis le 3 février 1580, le Conseil donne « la tâche de parachever l'escalier tant pour la coiffe que piliers et arcs. » {Registres du Conseil, Vob 75, f. 22v, 23v.) Et c'est seulement le 23 septembre 1584, que le Conseil s'avise qu'il « seroit beau de faire des balustres aux degrés de céans comme il y en a en d'aultres palais. » Il décide donc « qu'on en face. » {Ibid, Vol. 79, f. i29v.) — 2. Ce fut en vain que le vidomne de Savoie essaya de protester. 21 mars 1460: « Le lieutenant du seigneur vidomne, expose que les seigneurs syndics doivent et sont tenus de remettre au châtelain [de l'île] le lendemain, incontinent après le lever du soleil, les gens qu'eux ou leurs guets arrêtent la nuit et enferment à la maison commune. Et ils ne peuvent, ni ne doivent examiner ceux qui ont été arrêtés pendant la nuit. » Le Conseil répond qu'il agit selon les Franchises' Registres du Conseil, I, p. 403. — :t. Galiffe, p. 332, n. 4.

LA VILLE

évêque de Genève et les prétentions du comte de Genevois, par la bulle dorée de 1 1 62 1 .

C'est de la reconstruction du dix-septième siècle que date la porte d'entrée de l'hôtel de ville, «monument unique», dit Blavignac, dont la partie supérieure des battants montre encore l'aigle au chef mi-parti 2. — Et M. Mayor écrit : « Il existe, dans nos contrées, peu d'édifices aussi intéressants que notre Hôtel de ville ; ses portes, le spacieux promenoir et la rampe pavée qui conduit aux étages supérieurs, en font un véritable bijou 3. »

Mais ce qui fait une Maison de ville, ce ne sont pas des pierres, ce sont des magistrats. Quels magistrats vécurent ici, et comment y vécurent-ils? Pierre de la Maison de ville. (P. 322.) Nous n'entrerons pas dans de grands détails

sur la constitution de Genève et l'organisation de ses divers Conseils. Le sujet est compliqué. La machine administrative n'avait pas la précision à laquelle nous sommes aujourd'hui habitués. Tantôt il y avait un rouage de plus et tantôt un de moins, et le rouage lui-même se modifiait plus ou moins d'une année à l'autre. Quelques renseignements sommaires nous suffiront.

1. Le Petit Conseil ne paraît pas avoir été composé dès l'origine d'un nombre fixe de membres. D'après Grenus, le nombre a varié de trente-cinq, trente, à vingt et un et dix-huit 4. C'est le 23 février i52Ô qu'il est appelé pour la première fois: Conseil des vingt-cinq. En général, il a le nom de Conseil ordinaire. Mais on trouve quelquefois : Conseil étroit. Conseil des syndics, Conseil de la ville, Petit Conseil5. A l'époque de la Réformation, il a trente membres environ. En

1.' Notes inédites que M. L. Dufour a bien voulu nous communiquer avec une grande obligeance. — 2. M. D. G., VI, p. 187, et n. i, Blavignac, Armoriai. — « Ameublements de la salle des Conseils. Les anciens inventaires du sautier de l'hôtel de ville [1630, 1649, 1653, 1662, 1664, 1678, 1690, 1691, 1698] mentionnent plusieurs objets intéressants, tels que de grands tapis de Turquie, avec les armes de la Seigneurie, servant pour la table de l'alliance (1584, conservée à l'arsenal de Genève) et pour celle du Conseil souverain, cette magnifique tranche de marbre, placée dans la cour du cloître et dont la merveilleuse grandeur excitait l'admiration de nos aïeux ; des tableaux et des tapisseries armoriées ; des carreaux de velours figuré, rouges, bleus et violets, et plusieurs chaires ou stalles ornées de broderies. La plupart de ces objets ont disparu. Le tableau de l'Alliance et celui de la Justice ont seuls été conservés, ainsi que l'escritoire du Conseil général, précieuse cassette, garnie de cuir doré, avec les armes de Genève peintes. Quatre lions accroupis, tenant les mêmes armes, la supportent, et le couvercle orné de têtes de lions à ses angles offre au centre la clef et l'aigle, admirablement ciselés sur une platine de vermeil. Ce meuble remarquable appartient aujourd'hui à M. Hornung. » M. D. G., VII, p. 169, 170. Il est déposé actuellement au Musée de l'Ariana. — 3. Bulletin, I, p. 127. — 4. On trouve dix-huit membres en 1429, vingt et un en 1458 (6 février), vingt-cinq en 1461 (ier mars). Flournois, Extraits. — 5. Flournois, Extraits. (Grenus.)

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1546, le nombre fut fixé à vingt-quatre. — Quant à la nomination, voici ce qu'en dit Bonivard :

Les quatre nouveaux syndics, les quatre anciens, le trésorier et le secrétaire, sur les « seize conseilliers qui restent, » formaient une première liste de huit noms, puis une seconde de huit. Après quoi les Deux-Cents étaient appelés. «Chascun l'un après l'autre, selon son degré, alloit dire à l'aureille au secrétaire sa volenté (mais il failloit que le Thrésorier l'ouist), s'il voulloit confermer l'ancien conseiller et regecter le nouvellement esleu ou non. Le secrétaire faisoit, sus un grandt papier, deux lignes, Tune de l'Ouy, l'autre du Non. Puis chascun, l'un après l'autre, faisoyent comme havoit le premier. Soubs une chascune line, selon l'ouy et non, faisoit des petites rayettes, puis du costé qu'il y en havoit plus le disoit et monstroit, et, selon ce, l'on estoit confermé ou regecté. Et est encores ce ordre de présent, combien que Ton casse peu de conseilliers, s'ils ne se sont meffaicts, et, s'ils se meffont, l'on n'attendt pas le terme des eslections pour les punir : mais de ce pas les faict on mener en prison, où l'on leur vait former leur procès, aussy bien comme au moindre facquin du monde, puis les punit-on, selon l'exigence du cas l. »

On élisait un peu trop les mêmes personnages. En 1549 (3 fév.), il fut décidé que les syndics élus, les anciens syndics et le trésorier en fonction, présenteraient seize nouveaux membres à côté des seize anciens. Puis l'on nommait « aut peuple les huyct qui hont heu la plus haulte voix esdt1 Conseyl ordinayre et Deux Cens pour d'icyeulx en accepter quattre en l'office sindicaT2. » — Mais on changea et rechangea, les uns voulant plus de changement, les autres voulant plus de conservation.

A côté du Petit Conseil, à l'origine, nous ne trouvons que le Conseil général, dont nous avons suffisamment parlé. Mais l'un était peu nombreux, l'autre l'était trop : un corps intermédiaire était nécessaire.

Le 24 février 1457, nous voyons le Conseil général, composé des syndics, de bourgeois et citoyens, « donner tout pouvoir {omnimodam potestatem) à Cinquante citoyens [dont les noms suivent], un pouvoir tel que celui que le Conseil général a, excepté qu'ils ne peuvent rien aliéner3. » — « Il y a de l'apparence, dit Flournois, que la communauté, se trouvant fatiguée de s'assembler si sou-

1. Bonivard, Advis et devis de l'ancienne et nouvelle police de Genève, p. 25, 26. — 2. Registres du Conseil, Vol. 44, f. 2. — Voici ledit du 29 janvier 1568: « Que le lundi prochain suivant, les quatre syndiques nouvellement esleus, avec ceux de l'année passée, et le thrésorier, assemblent les Deux Cens, et après avoir fait l'exhortation, la prière et le serment, qu'on recite le rôle de l'an passé. Et après qu'un chacun dise ceux qu'il voudra laisser en l'office, et ceux qu'il voudra ôter. Toutefois que les quatre anciens syndics demeurent sans controverse, si ce n'est qu'ils ayent commis faute digne de reprehension, de laquelle on vueille s'enquérir. — S'il s'en trouve qui soient ostez par la plus grande voix, qu'on n'en mette point d'autres en leur lieu sur le champ, mais que le lendemain, le Petit Conseil, qui aura été éleu, en nomme d'autres en nombre double, c'est-à-dire deux pour un, par devant les Deux Cens, pour prendre lesquels bon leur semblera, ou bien pour en élire à leur jugement, comme il a été dit des syndiques. » (Edits de la République de Genève. Genève, 1707, in-4, p. 6.) — 3, Registres du Conseil, I, p. 167.

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vent en Conseil général, trouva à propos, cette année ici ou peu auparavant (on n'a pas les Registres depuis Tan 1430 jusqu'à l'an 1437), d'élire ce Conseil des 5o comme un abrégé du Général » — Ce qui obscurcit un peu cette question, en apparence si simple, c'est que le Conseil général continue à se réunir tous les mois jusqu'au 17 février 1460, jour où il décide de ne plus se réunir que quatre fois par an 2. — Le Conseil des Cinquante fonctionne régulièrement. Seulement, de temps en temps, on voit apparaître ce qui semble être des commissions. Ainsi, le 3 juin 1459, il est donné par le Conseil général tout pouvoir (omnimodam) aux seigneurs syndics et à leur Conseil ordinaire de s'adjoindre douze notables bourgeois, auxquels, comme à eux, il est donné tout pouvoir de terminer, d'agir, de négocier, au nom de toute la communauté, sur les matières nécessaires qui intéressent la communauté et la chose publique, qui se présentent et se présenteront3. Le 22 juillet 1439, ce n'est plus douze, c'est vingt-quatre conseillers, qui sont choisis parmi les Cinquante ''. On a bien le sentiment d'une organisation qui tâtonne.

« Quelque temps après, le Conseil des Cinquante fut réduit à vingt-cinq, outre le Conseil ordinaire, et ensuite on proposa ce grand Conseil de Cinquante comme auparavant, ce qui fait voir qu'il y avait une grande confusion dans le gouvernement 5. » — Le 2 août 1484, le Conseil général ordonna qu'à l'avenir les particuliers de chaque dizaine éliraient deux des plus notables de la dizaine, qui, dans les affaires importantes de la ville, se joindraient au Conseil ordinaire toutes les fois qu'ils seraient demandés, et feraient toutes les affaires de la ville, comme si c'était le Conseil général, et avec la même autorité. Leur charge devait durer une année, après laquelle ils seraient confirmés par la dizaine ou on en nommerait d'autres. — Or, il y avait dans la ville vingt-cinq dizaines. Ainsi les élus étaient au nombre de cinquante. « Il est fort vraisemblable que c'est de cette manière que le Conseil des 5o... s'était premièrement formé6. » — Rétabli en i5o2, le Conseil des Cinquante devint un peu plus tard le Conseil des Soixante.

Et c'est des variations du Conseil des Cinquante que, d'après Grenus, sortit, en 1527, le Conseil des Deux-Cents , toujours pour répondre au besoin d'un intermédiaire entre le Petit Conseil et le Conseil général. Le 23 février 1 526, les Registres portent : « Conseil des Deux-Cents, etc. ». Flournois donne les explications suivantes : « Le grand Conseil jusqu'ici n'était point appelé Conseil des Deux-Cents, mais le plus souvent il était appelé Conseil des Cinquante, et était composé de cinquante membres, ou soixante personnes, outre le Conseil ordinaire. Quelquefois on en joignait cinquante autres; quelquefois, dans des affaires de grande importance, on faisait appeler jusqu'à deux cents ou même trois cents personnes, et alors on l'appelait simplement Grand Conseil. Mais ceux que l'on appelait ainsi, n'étaient membres quW actum, et il dépendait des syndics d'appeler qui bon leur semblait et tel nombre qu'ils trouvaient à

I. Flournois, Remarques, p. 4. — 2. Registres du Conseil, I, p. 395- — 3. Ibid., p. 303, 304. — 4. Ibid., p. 320. — fi. Flournois, Remarques, p. 20. — 6. Ibid-, p. 4.

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propos r. » Cette création du Conseil des Deux-Cents fut, d'après Bonivard, une imitation de ce qui existait à Berne et à Fribourg2.

2. De ces Conseils le plus important était naturellement le Petit Conseil.

Ce Conseil eut à l'origine une seule séance régulière, le mardi ; à partir de 1482, il en eut deux, le mardi et le vendredi ; dès la Réformation il en eut trois, mardi, jeudi et vendredi. Mais en fait il se réunit quatre fois par semaine, au moins, et, à l'occasion, plusieurs fois par jour : ainsi, le i5 lévrier 1 536, il y eut séance le matin, après dîner et après souper 3.

C'est à sept heures ou sept heures et demie, depuis Pâques jusqu'à la Saint- Michel (d'après une ordonnance du 7 février 1492 4, plusieurs fois renouvelée0), et à huit heures ou huit heures et demie, depuis la Saint-Michel jusqu'à Pâques, que les conseillers devaient se trouver réunis.

Mais, avant d'entrer en délibération, ils avaient à remplir leurs devoirs religieux. « Que chacun des conseillers, » dit la décision du 6 février 1482, soit « obligé d'entendre la messe qui se célèbre pour la ville en l'église de Saint- Pierre, à l'autel de Saint-Michel, devant la tenue du Conseil, à moins qu'il n'y ait excuse légitime, sous peine de perdre le sol du Conseil6.

Après la Réformation, la messe fut remplacée par le sermon de six heures 1 . Et l'édit de 1 568 porte : « Que quatre jours de la semaine, assavoir lundi, mardi, mecredi et vendredi, le Conseil s'assemble, en la maison de ville, sans être appellé, sinon au son de la cloche qui se fera incontinent après le sermon. Le Conseil assemblé, qu'on commence par la prière à Dieu, luy demandant prudence, sagesse et jugement, pour sainement juger des choses qui seront présentées pour être traittées, et qu'au départir du Conseil, on rende grâces à Dieu 8. »

C'est à partir du 27 avril 1428 que les conseillers eurent des jetons de présence : « un gros. » Et encore, à condition de ne pas arriver « après que prime aura sonné, » ni de se retirer « avant que les syndics sortent du Conseil 9. » —

1. Flournois, Extraits (Grenus). — 2. « Toute cette année [1527] fut emploiée... sans que l'on peust donner guières d'ordre à la chose publique, combien que l'on la formast au mieulx que l'on peust, selon le patron de celle de Berne et de Fribourg, que les gouverneurs d'allors avoient veu. Si que l'on adjoignist au Conseil estroict celluy des Soixante et des Deux cens, à la façon des dictes deux villes. » Chroniques, liv. IV, ch. x. éd. Fick, II, p. 282. — 3. A. Roget : Etrennes genevoises, 1877, p. 9. — 4. Flournois, Extraits (Grenus). — 5. Par exemple le 11 février 1553. Mais il est question, là, de sept et de huit heures. Flournois, Extraits (Grenus). — 6. Ibid. — Nous avons dit plus haut comment cet autel fut restauré en 1500, et comment, quatre ans plus tard (1504), le Conseil s'aménagea une chapelle particulière dans la Maison de ville. Flournois, Extraits. — M. D. G., VII, p. 109, Blavignac — 7. 8 septembre 1536. « A été arrêté que le matin il y ait un sermon d'abord après six heures {statim post scxtain horani) dans l'église de Saint-Germain, auquel les conseillers soient obligés de venir pour qu'ils puissent à sept heures entrer au Conseil. » Archives, Nouveau recueil de règlements. — 8. Archives, Les Edits de Genève, N° 8, p. 344. — 0. Voici les termes bien curieux de cette dé'ibération : 27 avril 1428. « Pour venir au Conseil. Pour avoir un gouvernement meilleur et plus diligent de !a communauté, et afin que les paresseux ne reçoivent pas autant que les laborieux, et afin que chacun vienne plus volontiers au temps ordinaire et nécessaire, il a été ordonné comme suit, au sujet des émoluments concernant les conseillers de la ville, autant que cela

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Mais si la présence méritait un jeton, l'absence méritait une amende. Le 3o novembre 1457: « Est décidé, que à la première heure après midi (hora primo post merîdiem) les syndics et les élus... se trouvent dans la chapelle des de Rolle (in capella illôrum de Rotulo), et des syndics sus nommés; quiconque manquera paiera deux sols, les autres conseillers chacun un sol, à répartir entre eux (ad expendendum inter ipsos) »

Mais, dès avant la Réformation, on trouva que un sol, c'était peu. Par décision du 11 février i533, le trésorier apporte toujours 25 sols; celui qui vient après que le Conseil est assis n'a qu'un sol ; les sols des absents sont partagés entre les autres, et ceux qui sortent avant la fin n'ont rien : leur sol appartient au sautier2. En 1 533 (7 mars), les syndics reçurent 3o florins et le sautier 5o 3. En i537, les conseillers eurent un traitement fixe de 25 florins par an. Le secrétaire eut 100 florins, dès 1 536, et il y eut deux secrétaires à partir de i55o4. — A partir de 1 54. 1 , les quatre syndics eurent 1 25 fl. chacun; cela fit « en somme», comme le dit le procès-verbal, « 5oo florin poyé quartemps [trimestre] par quartemps s. »

Le règlement était sévère. En i53o, il est décidé que celui qui aurait « décelé » le Conseil aurait la langue percée 6! Le 22 juin 1 533, il est décidé que tout membre coupable d'avoir injurié un de ses collègues, ou de lui avoir donné un démenti, serait mis au croton pour trois jours, au pain et à l'eau 1 .

Quant au costume, les conseillers n'en reçurent un qu'en 1572. « 21 mai : A esté parlé de la diversité des acoustremens, que les conselliers portent et quasi tous mécaniques [c'est-à-dire d'ouvriers], dont le magistrat est moins respecté, et qu'il seroyt bon de se vestir comme font les conselliers au pays des Ligues [en Suisse], qui par un habit ainsi modeste sont plus respectés; et, suyvant ce, avoir chascung une robbe, quand on vient au Conseil : lequel advis a esté trouvé bon et ordonné que chascung s'y accomode peu à peu 8. »

Le règlement du 7 février 1492 avait fixé l'ordre des délibérations, tel qu'il devait être observé « à perpétuité » : « Après que MM. les syndics auront proposé la matière, le premier conseiller séant à leur droite dise son avis (votum) sur la proposition, et, après lui, le premier conseiller séant à la gauche, et ensuite le second de la droite et le second de la gauche, et ainsi conséquemment 9. »

La Réformation vint mettre son sceau particulier sur tous ces règlements et ces coutumes. Le 10 décembre 1 557, e^e institua le grabeau, l'examen de

pourra durer: à savoir à chaque venant au Conseil le mardi i gros (grossum); de telle sorte cependant que celui qui viendra après la sonnerie des cloches de prime, ne reçoive rien. De même le conseiller, le clerc [secrétaire] ou le receveur [trésorier] se retirant avant les syndics.» Registres du Conseil, I, p. 94, 95- - De même « chaque premier Jeudi du mois, ceux [des conseillers] qui se trouveront à heure de prime au cloître de S1 Pierre pour faire le tour (alternative faciendo turnum) par la ville auront un gros. » Ibid., P- 95-

I. Registres du Conseil, I, p. 247. — 2. Flournois, Extraits (Grenus). — 3. Ibid. — 4. A. Roget, Etrennes genevoises, p. 13, 17. — S. 18 janvier 1541. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 18. — 6. A. Roget, Etrennes genevoises, p. 20. — 7. Flournois, Extraits (Grenus). — 8. Registres du Conseil, Vol. 67, f. 79". — 9. Flournois, Extraits (Grenus).

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conscience en commun et en public. « A esté mis en avant qu'il seroit bon et expédient qu'on establysse et déterminasse ung jour certain de chascung moys, ou soit quartemps [trimestre], de se assembler ici en Conseil extraordinayre, sans ce que aulcuns y défallie, à payne de son serment, si ne hast cas de nécessité, pour se remonstrer et censurer l'ung l'aultre, — par bon ordre, zèle, moyans [?] et charité fraternelle, toutes inimitiés, rancunes repuisés et cessantes, — ses faultes, et négligence de faire et rendre debvoir; ainsi qu'on face tour et tout ce qui sera advis, affin que la grâce de Dieu préside entre nous et qu'on prie notre créateur que ainsi soit-il. — A esté arresté : au nom de Dieu tout puissant que ce se face, et soit poursuyvist en bonne charité et amour fraternelle,... et qu'on doibge commencer mercredy prochain de mattin à 6 heures,... et le tout soit à l'honneur de Dieu et à sa gloyre. Amen *. »

Ce grabeau est mentionné le 2 mars 1 558 : « On s'est, en bonne amour et charité, censuré ung chascung, commençant depuis le premier jusques au dernier, remonstrant à ung chascung ses imperfections et vices. Que nostre Seigneur nous face à tous la grâce de bien en faire nostre proffit 2. » Dix ans plus tard (1 568), les édits consacrent ces « censures ». « Afin que chaque conseiller se contiene en modestie, que tous les mecredi matin devant le jour de la célébration de la sainte cène [donc quatre fois par an] ils ayent à se trouver, sur le serment qu'ils ont à la seigneurie, en la maison de ville, avec le Lieutenant, pour là estre faite les censures et amonitions fraternelles des uns et des autres des défauts qu'on pourra sçavoir afin de s'en corriger, et que le semblable se fasse le jour suivant en la cour du Lieutenant. — Que nul ne soit censuré d'aucune chose, qu'il n'ait esté accusé par la plus grand part du Conseil, et que de tout ce qui se dira il ne se fasse aucun escrit ni reproche, mais que le tout se remonstre modestement et soit tenu secret3. » — Et, le 26 février i56i, je trouve ces lignes, où le secrétaire finit par prendre lui-même la parole, comme s'il était ému du spectacle auquel il vient d'assister : « Le nom de Dieu invoqué, l'on a procédé par ordre aux censures devers chascun des conseillers selon que l'on a congneu respectivement estre requis de remonstrer. Quoy estant fait l'on a rendu grâces à Dieu, lequel je prie augmenter ses bénédictions sur ceste assemblée 4. »

Certainement, il s'est passé entre les murs de cette Maison de ville bien des scènes étranges, caractéristiques. Mais je ne sais s'il y en eut jamais de plus caractéristique et de plus étrange que la séance où les membres du gouvernement avouaient leurs fautes et se critiquaient les uns les autres. Calvin prenait au sérieux son idéal d'Etat chrétien.

3. Dans le Conseil ordinaire, dans tous les Conseils et dans l'Etat, les syndics jouaient un rôle considérable.

Nous avons déjà vu l'origine du syndicat. « Le mot paraît pour la première fois

1. Registres du Conseil, Vol. 53, f. 458V et 459. — p. 162. — 4. Registres du Conseil, Vol. 56, f. i^2v.

JEAN CALVIN JIJ

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