CINQUIÈME PARTIE
De la Maison de ville au Bourg-de-Four.
E la porte Baudet partait une rue, qui, d'après l'inventaire de 1475, allait jusqu'à la porte Saint-Léger1. Cette rue unique comprenait une partie de la place de l'Hôtel de ville, la rue de l'Hôtel de ville, une partie du Bourg-de-Four et la rue de Saint-Léger actuelles.
En face de la Taconnerie se trouvait l'Officialat ou maison du sceau. (Page 342.) L'official est le vicaire de l'évêque pour l'exercice de la juridiction contentieuse (comme le vidomne est son vicaire pour l'exercice de la juridiction criminelle). L'officialat constitue un tribunal, une curie, et tous les notaires sont ses officiers ; ils prêtent serment devant lui "2.
C'est vers l'an 1226 que l'officialat est mentionné. Un acte de 1227 environ dit que deux ans avant il n'y avait pas d'official dans l'évêché 3.
La maison de l'officialat était probablement la petite maison Turrettini 4 (en face de la Taconnerie) et la maison avait par moment prêté son nom à la rue. Un acte de 1404 est dit « donné... à Genève, dans le cimetière de l'église de la bienheureuse Marie-la-Neuve, devant la rue de l'officialat s. »
Celui-ci fut supprimé et son sceau brisé par ordre du Conseil, le 8 janvier
1. « Carreria incipiens a Porta Baudet prope Domum Ville usque ad portam Recluse. » — 2. M. D. G., Ih, p. 29, n. 9, 10, 11. — 3. « Non erat officialis in episcopatu. » M. D. G., VII, p. 350, Mallet. — C'est donc à tort que Pictet de Sergy (Genève, I, p. 287) fait remonter l'officialat vers 1200. — 4. « Petite maison Turrettini d'où partait encore, bien longtemps après, une servitude de passage, qui nous paraît s'être confondue plus tard avec la rampe actuelle. Cette maison,... dont la vieille façade vient de disparaître par suite d'une transaction du propriétaire actuel avec la municipalité, avait une porte dans les murs de la ville. » Galiffe, p. 134 et n. 1. — Pictet de Sergy, Genève, II, p. 224. — A propos d'une délibération du 21 novembre 1526, où il est parlé de « la porte de derrière du sceaux » , Flournois dit dans ses Remarques , p. 64 : <■ La maison du sceau appartenait à l'évêque, qui y logeait bien souvent, comme on l'a pu remarquer ci-dessus. Elle était près des murailles de la ville, dans lesquelles il y avait une fausse porte, qui sortait à la campagne, dont il est parlé ici. Je ne sais point en quel quartier elle était. » — Nous venons de déterminer cet emplacement, que du reste une foule de documents authentiques mettent dans la rue actuelle de l'Hôtel de ville, au bout, tout près du château du Bourg-de-Four. Peut-être au moyen âge n'y avait-il rien entre ces deux possessions de l'évêque, — 5. M. D. G., III, p. 196, 197 et n. 2. « Ante quarreriam officialatus.
LA VILLE
1 538 . — Le 12 mars 1544, la « maison et curtil du sceau » sont mis à prix « au plus offrant1 » ; ils sont « abbergés » le 4 août", et, le 16 septembre 1546, il est
parlé de « la maison jadis appellé du sceau3. »
On a dit que la place de la Taconnerie 4 était le quartier des cordonniers (tacon , cuir), et même que là aurait habité le cordonnier qui fit crédit d'une paire de souliers au jeune de Brogny, le futur cardinal. Mais la rue des Cordonniers était la rue actuelle de la Cité, et la place de la Taconnerie s'appelait place de Notre-Dame-la-Neuve. La Taconnerie était le marché, non des cuirs, mais des fromages, qui ne pouvaient se vendre ailleurs 5.
Au bout de la place se trouvait l'église de Notre- Dame-la-Neuve, à propos de laquelle on a beaucoup ■sfî^ discuté 6. Elle fut construite vers I2i3, uno contentu, sans chapelle, sans doute par Bernard Chabert, évêque de Genève, en 1201, et archevêque d'Embrun, en I2i3. Les chapelles ont été ajoutées après coup. — La cure était la maison voisine, où logèrent ensuite les pasteurs7. (Page 3 43.) Comme les autres églises (sauf les trois principales : Saint-Pierre, la Madeleine et Saint-Gervais), au début de la Réformation, Notre-Dame-la-Neuve fut désaffectée. Le 26 novembre 1 545 , il est ordonné d'y faire « une forge... pour accoustrer les freppes [rebuts ?] de l'artillerie qu'est là réduycte s. » — Mais bientôt on eut, de nouveau, besoin des anciens édifices religieux. Le 14 novembre 1 5 5 5 , les Anglais ayant demandé « d'estre proveuz d'ung temple et église, » on leur concède, ainsi qu'aux Italiens, « le temple de Marie-la-Nove, et qu'ilz y facent leurs commoditez requises9. » — ■ Enfin, le 7 août i55c), « à cause de la multitude du peuple, » Calvin requiert « de trover moyen qu'on ayt encore ung temple,...
La porte du château, ou du Bourg-de-Four.
L'officialat.
(Maison Turrettini.) Archives.
Anciens plans, (p. 341.)
1. Registres du Conseil, Vol. 38, f. i22v. — 2. Ibid., f. 3iov. — 3. Ibid., f. 200. — Le 12 avril 1628, on lit dans les Registres du Conseil, Vol. 127, f. 80 : « Maison du greffe. Arresté de l'aberger au plus offrant avec le jardin derrière de la largeur d'icelle, veu qu'elle est fort ruineuse et cousteroit beaucoup de la rebastir. » Il n'est pas facile de savoir ce qu'était cette maison du greffe. — 4. D'après Galiffe, Taconnerie vient de Tacon, riche et vieille famille, qui, dès le commencement du quinzième siècle, donna son nom à une des halles de la ville, à la Taconnerie. Galiffe, Notices, I, p. 27, et Galiffe, p. 176. — 0. 6 juin 1 53 1. « Fromage, défense d'en vendre, sinon au lieu accoutumé : savoir devant Ste Marie-la-Neuve. » Flournois, Extraits (Grenus). — 6. « On a parlé d'un nom qu'aurait porté cette église : Notre-Dame-la-Nonne, et de ce nom on a tiré plusieurs conclusions. Mais ce nom serait dû tout simplement, d'après Galiffe, à une lecture erronée, dans le manuscrit de Savyon, des mots : N.-D. la Nouve ou la Nove. » Galiffe, p. 215, n. 1. — L'église fut probablement incendiée et reconstruite au quatorzième siècle. — 7. De La Corbière (copie Bourrit). — H. Registres du Conseil, Vol. 40, f. 303". — 9. Ibid., Vol. 50, f. 35v. Annales, p. 619.
LA VILLE HAUTE
veu que une grande partie du peuple qui entre à S1 Pierre ne peult entendre. » On arrête que « pour le présent on presche à Notre-Dame la Nefve l. » {Page 344.)
Très simple d'apparence, avec sa nef unique, peu à peu bordée de chapelles peu profondes, Notre-Dame était un local très commode pour la parole et pour la discussion. On s'en servit de plus en plus.
Ici, dès le début, se tint, le vendredi, à sept heures du matin, la congrégation, cette réunion originale, où les pasteurs expliquaient les points obscurs de la théologie, et où les auditeurs avaient droit d'objection et de réplique. — Le 16 octobre i55i, le pasteur de Jussy ouvrit la congrégation en lisant Jean VIII, 47. Farel en tira la doctrinejde la prédestination. Bolsec la réfuta avec vivacité. Pendant ce temps Calvin était entré. A peine Bolsec a-t-il achevé
son discours, que le Réformateur se lève et se Le temple de l'Auditoire, avant la
livre à Une de ces improvisations aussi Savantes restauration (d'après un dessin à la plume
que véhémentes, dont il avait le' secret. Il de c. Bastard). (p. 342.)
réfuta, il frappa, il écrasa (confutavit, percutit, obruit), dit Bèze. Et à l'issue de la congrégation, l'un des Auditeurs du Lieutenant de police, Jean de la Maison
Neuve, « voyant le scandale, » arrêta Jérôme Bolsec et le conduisit à l'évêché. Après le dîner, les pasteurs conférèrent, et, encore le même jour, Bolsec fut interrogé par la Justice clans sa prison.
A partir de i5Ô2, le temple de Notre-Damela -Neuve prit son nom définitif : ce fut Y Auditoire. — Les cours publics s'étaient donnés d'abord à Saint-Pierre ~
Le temple de l'Auditoire. Intérieur.