M. D. G., XVI, p. 408, Th. Heyer
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Vieille boutique rue de la Pélisserie. (p. 414.
et 417), quelquefois il est plus loin dans la cour. Mais toujours il tourne sur luimême, en colimaçon, en pas de vis, d'où son nom de viret. C'est très économique en fait de place, très sûr contre l'incendie, et c'est même pittoresque avec la cage en tourelle, qui avance souvent sur la rue, et qui, là-haut, se termine en pointe. Seulement c'est dangereux.
Les marches tournent autour du pilier central, trop larges, du côté du mur, pour qu'on puisse les descendre autrement qu'une à une, en partant toujours du même pied, trop étroites, du côté du pilier, pour qu'on puisse y poser le pied tout entier: il n'y a guère place que pour le talon. Et dans le demi-jour, sur la marche usée, on glisse, on tombe dans le vide, sans parvenir toujours à opérer son sauvetage par la corde qui pend le long du pilier, qui balance et fuit la main.
« Au premier étage était la salle de réception, le salon, qu'on nommait alors le poêle.... Les inventaires mobiliers de l'époque nous permettent d'assurer que
cette pièce contenait invariablement une table en chêne, ou en noyer, avec deux longs bancs assortis, le tout façonné et sculpté selon le goût du temps, et un certain nombre de fauteuils, d'escabeaux et de tabourets, qui, chez les gens aisés, étaient ordinairement recouverts en cuir, à ornements frappés et dorés. » — Les fenêtres, à meneaux et à châssis, avaient des vitres de papier ou de verre; celle-ci étaient de petits hexagones reliés par du plomb. — Au lieu de nos plafonds, plats et blancs, on voyait une poutraison à moulures, quelquefois avec des caissons.
{Pages 418 et 419 *.) — « Derrière cette salle de réception se trouvait la cuisine; vaste et pittoresque pièce, qui servait de salle à manger à toute la maisonnée 2. »
Trappon, rue de la Pélisserie à gauche en descendant, (p. 414.)
1. Nous donnons l'extérieur et l'intérieur d'une petite maison datant du quinzième siècle. Elle a été récemment démolie. — 2. Galiffe, p. 267-274.
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Dans les étages supérieurs étaient les chambres; la principale avait en général un grand lit d'apparat à colonnes soutenant un dais, avec des rideaux et des couvertures auxquels on aimait à mettre un certain prix. « On n'a pas de lit de plume, dit Bernouilli, mais de simples matelas. »
« Les enfants de même sexe couchaient ensemble, souvent aussi les domestiques femmes , avec leurs maîtresses, veuves ou filles. On comprend que c'était alors une garantie de bonnes mœurs *. »
Il faut se dire que les domestiques, au sens où nous entendons ce mot, existaient sans doute, mais que la maison genevoise était surtout caractérisée (à ce point de vue) par les « chambrières » et les « serviteurs ». Ces chambrières étaient souvent de jeunes parentes, des filles d'amis; les serviteurs étaient souvent, eux aussi, de bonne maison, quelquefois d'une condition supérieure à celle de leurs patrons2, et qui venaient, à titre « d'échanges », faire leur apprentissage; tel le jeune Ryff, dont nous avons parlé. Cela explique la familiarité. Toute la maisonnée dînait à onze heures du matin et soupait à six heures du soir3, dans la cuisine, à la même table, les maîtres à un bout, les serviteurs à l'autre : ceux-ci servaient tout en mangeant. C'était simple.
Cette simplicité se trahissait dans maints détails caractéristiques.
La maison n'avait souvent que la cheminée de la cuisine, laquelle, il est vrai, pouvait compter pour plusieurs. Dans les autres pièces on se servait, le plus souvent, de brasiers portatifs, de réchauds'*. — Déjà en 141 6, le mercredi après Pâques, « plusieurs, comme des boulangers, des meuniers, des hôtes, sont mandés au cloître, parce qu'ils ont des maisons mal munies de cheminées (maie munitàs de caminalibus) et d'autres bourgeois et habitants de la cité, à cause des dangers d'incendie (pr opter pericula incendii'-'). » — La même année (octave de Pâques), on ordonne de faire une crie (fiât crida) pour que chaque hôte de la cité soit tenu de libérer (liberare), avant le coucher du soleil, chevaux et mulets sans chandelle6 (sine candela). — En 1429, on fait une nouvelle crie, interdisant à qui que ce soit de faire du feu en un lieu où ne se trouve pas une bonne cheminée (ubt non esset bonum caminum). On fait des visites : on prononce des interdictions 1 . — Et en même temps qu'on
1. Galiffe, p. 270. — 2. En 1558, les nobles P. Gay et de Versonay sont nommés « serviteurs » de L. Dufour, bourgeois et marchand. Galiffe, p. 276, n. 2. — 3. Ibid., p. 275. — 4. Ibid., p. 271. — 5. Registres du Conseil, I, p. 79. — 0. Ibid., p. 80. — 7, Ibid., p. 103.
Viret. Place de la Madeleine, N° 21. (p. 415.)
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s'efforce de prévenir le feu, on prend des précautions pour l'éteindre, s'il s'allume. Les servantes et les femmes du peuple {mulieres communes) sont tenues de faire la chaîne avec les seaux [seillots] de cuir bouilli {selliocii corii bulliti) que le conseiller No. Jean Servion, ensuite syndic, avait importés d'Allemagne vers le milieu du quinzième siècle ; et pendant longtemps le nouveau bourgeois eut à fournir un seau pareil, en sus du prix de sa bourgeoisie *.
La loi signale le mal, mais ne le supprime pas : la preuve c'est que la loi est rééditée , sans cesse , par exemple le 8 avril 1 5 1 1 2 , par exemple le 28 décembre i557, plus de cent ans après la première, dont nous venons de parler.
Seulement, l'arrêt de 1 5 57 nous montre que ce qui manquait à la maison genevoise, c'était le « privé », tout autant que la « cheminée » : « Icy est arrêté que chacun doibve faire tenir net devant chez soy, faire des privés en ses maisons pour la commodité des habitants, de remuer les fumiers et nettier toutes les sepmaines à poyne d'estre perdu et mené pour l'hospital, aussy de bastir des cheminées, de ne faire feuz en aucune chambre, où n'y aura cheminée, à poyne de soixante solz : le terme de bastir privés et cheminées, deux an3. » — La longueur du terme indique les difficultés dont le Conseil se rendait compte.
Le manque de cheminées favorisait les incendies, et la ville s'en préoccupe. Le manque de « privés » favorisait les épidémies. Bernouilli ne manque pas d'insister et de triompher. Après avoir dit que, faute d'eau de fontaine , on est obligé de boire l'eau du Rhône , il ajoute : « C'est une boisson peu agréable à cause des « Retraits publics », qui sont placés ici et là sur le Rhône, où hommes et femmes, en cas de nécessité, se
I. 8 mai 1442 : « Que le dit Johannes Servion, soit tenu de faire cent et douze sellioctos corii bulliti pour porter de l'eau, afin d'éteindre les incendies.» Registres du Conseil, I, p. 143. (Voir: Galiffe, Matériaux, I, p. 184, année 1442; Galiffe, p. 334 et n. 1.) — Voici une des formules qui reviennent souvent : « Qu'il soit créé bourgeois pour sept florins et un seau qu'il a promis de payer» (1459). Registres du Conseil, I, p. 294. Tantôt le nouveau bourgeois donnait un seau et tantôt il donnait une coulevrine. (Voir plus haut p. 182, n. t.) — En 1559, un poste contre l'incendie, fut établi devant la maison de ville. (Textes de Galiffe, que nous venons de citer.) — 2. Galiffe, p. 272. — 3. Registres du Conseil, Vol. 54, f. 26*.
Viret. Ruelle des Tanneurs.
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retirent. On appelle cela « aller au Rhône ». Ce qui arrive ainsi, partie, particule, dans la boisson de chacun, je le laisse deviner. Pour moi, j'ai eu recours au vin, qui n'a pas mauvais goût *. »
Et, cependant, c'est à Bernouilli même que nous emprunterons la description générale de l'intérieur genevois : « Les maisons ordinaires sont construites pour
la commodité (Kommlichkeit) plus que pour la beauté. Il y a escalier en limaçon.... Là on ignore les buffets, les tableaux, les salles de réunion (Lustsâlen), les lustres, les Brittlein, au bas des escaliers, pour s'essuyer les souliers — Les murs ne sont pas lambrissés (getâfelt), mais on voit le simple mortier, ou bien ils sont tapissés. »
C'est ici qu'il faudrait mettre dans ces pièces leur ameublement, dans ces cuisines leurs ustensiles — Mais, hélas ! en fait de pièces du seizième siècle, les musées sont extrêmement pauvres. Nous avons trouvé au Musée archéologique de Genève, et nous reproduisons un pot et un plat en étain et deux chenets en fer (Pages 420 et 421) faisant supposer l'immensité de la cheminée dans laquelle ils étaient placés; la date, clairement inscrite, 1 564, est intéressante. Mais qu'est-ce que cela? On pourra, il est vrai, compléter un peu ces maigres renseignements iconographiques par les inventaires, que nous analyserons plus loin, des logements de Calvin, de Farel, de Viret. Et l'on comprendra mieux pourquoi de tout cela il est si peu resté. Il y avait beaucoup de bois, de la vaisselle de bois, et tout était si simple 2 ! En un mot, ce qui caractérise vraiment l'intérieur de la maison genevoise,
1. 6 juin 1 4 1 3 : « Pour réparation des latrinarum vers le Molard, à la Halle sur le lac. » Registres du Conseil, I, p. 53. — 10 juillet 1459: « Au sujet de la réparation des latrinarum des quatre parties (parcium) de cette cité, qui sont en ruine, il est ordonné que l'on emploie (quod implicentur) dans chacune des quatre 24 11., — pour celle de Longemale, pour celle du Molard, pour celle de la Fusterie, pour celle de la Corraterie. » Ibid., p. 312. — 2. Il ne reste rien des meubles du seizième siècle. Ce n'est pas que « les tailleurs de bois » aient manqué d'habileté. Mais on fit sans doute peu appel à leur art et le peu qui existait a disparu. Ce que l'on trouve, ce sont quelques bahuts, grands coffres en bois pour serrer les bijoux et les ajustements des dames, quelques prie-Dieu, quelques buffets avec colonnes torses, cariatides, mais du quinzième siècle. Leurs sujets d'ornementation sont tirés de la Bible, jugement de Salomon, Suzanne et les vieillards, etc. — On cite aussi quelques pièces de musée : une représentation de guerriers à cheval, armés de toutes pièces, d'une sculpture fort saillante et d'un beau dessin; la porte d'une maison de prostitution, avant la Réforme. M. D. G., IV, p. 57 et II, p. 96.
Maison de la rue du Marché, N° 9. (p. 415.)
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c'est une austère simplicité. — « Incommodez et poursuivis par leurs voisins ennemis, privez de tels leurs anciens délices, [les citoyens genevois] ont esté constrains de vivre plus frugalement et austèrement qu'auparavant, et de rabbattre de leurs bombances en habits sumptueux, desquels ils souloient en leur première prospérité se servir, uzans de plus grande modestie chrestienne, comme estans aussy retenus par la dicte réformation de leur religion, non telle toutes fois qu'il seroit bien requis l. »
Dans ses intéressantes études, l'ancien syndic Rigaud, non seulement confirme ce fait, mais nous donne presque la date de chaque progrès du luxe, en nous donnant la date des ordonnances qui avaient pour but d'arrêter ces progrès. Nous voyons ainsi jusqu'à quand a duré cette simplicité et en quoi elle consistait. « Encore, en i63i, aucune allusion n'est faite aux décorations d'appartement, ni à la peinture et à la sculpture. Or, à cette date, les auteurs des ordonnances qui prohibaient tout usage d'or et d'argent fin ou faux, ou mélangé avec soye dans les vêtements ou les meubles ; qui défendaient aux femmes de se farder, friser ni poudrer les cheveux, ou les porter pendants sur le visage, ainsi que de porter montres d'horloge et miroirs à la ceinture; qui interdisaient en outre aux artisans toute tapisserie en leurs maisons, tous meubles excessifs et non convenables à leur qualité et condition, auraient certainement combattu toute tendance au luxe des appartements au moyen de la sculpture et de la peinture, si les germes s'en étaient alors manifestés. L'on voit en effet que, dès que la tendance d'appliquer les arts à embellir les demeures des particuliers vient à se manifester, les ordonnances somptuaires commencent à renfermer des interdictions qui y sont relatives. En 1668, une disposition défend tous ameublements de prix excessifs, comme coffrets, cassettes de bois, ou autres, excédant le prix de 20 écus ; tous miroirs garnis d'or ou d'argent, et même les miroirs simples, excédant le même prix. - - En 1698, les ordonnances mentionnent les portraits de famille ; elles permettent aux per-
1, M. D. G., XXII, p. 260, Goulart.
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sonnes de la première qualité les cadres dorés aux miroirs et aux portraits de ceux de leur famille.
Mais elles défendent toutes tapisseries de soye, et ne permettent pas plus de deux chambres meublées de haute lice ou de cuir doré.
Et de plus elles interdisent toutes peintures de prix sur les murailles et plafonds, et tous planchers parquetés, à peine de 25 écus. Les ordonnances s'opposaient aussi à une hauteur considérable des plafonds »
Ainsi la grande période, la période héroïque de Genève va environ jusqu'au milieu du dix-septième siècle : voilà la période calviniste et, pendant cette période, la maison est austèrement simple.
Mais ce n'est pas tout, ce n'est pas même l'essentiel de constater que la façade de la maison genevoise était haute. Pourquoi étaitelle haute ? Nous en avons dit la raison glorieuse. — De même l'essentiel n'est pas de constater que l'intérieur de la maison genevoise était austèrement simple. Pourquoi était- elle austère et simple ? Disons-en la raison non moins glorieuse.
Les Genevois avaient conquis leur liberté avant l'arrivée de Calvin. Les anti-calvinistes ne cessent de le rappeler. Et le fait est vrai.
Mais c'est exactement à la situation de Genève que peut s'appliquer alors le mot fameux : « Bien taillé; maintenant, il faut coudre. » — Les Genevois de la fin du moyen âge avaient eu les qualités nécessaires pour conquérir leur liberté. Avaient-ils les qualités nécessaires pour la conserver ? Etaient-ce les Libertins qui pouvaient vaincre
Chenets du 16e siècle, et détail de l'un d'eux. (Musée archéologique.) (p. 418.)