‹ Jean Calvin (volume 3)Chapitre 55 sur 94 · QUATRIÈME PARTIE Cœur · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE Cœur

OUS arrivons ainsi au centre de cette circonférence dont nous venons de considérer divers rayons, à la cause centrale P de tous ces effets multiples, à la sensibilité de Calvin. Chez Calvin le cœur a joué un grand rôle. Il put être très aimable *v parce qu'il aima beaucoup : amanti nihil arduum, a-t-il dit lui-même.

C'est lui qui a écrit à Viret : « Tu sais jusqu'à quel point mon cœur est tendre, il faut dire mou (nosti animi mei teneritudinem vel mollitiem potius)1. — Et Viret répond à Calvin : « Oui, je sais jusqu'à quel point ton cœur est tendre (penitus nom\ animi tut, ut ipse appelas, teneritudinem) 2. »

Cette sensibilité Calvin l'a continuellement manifestée dans toute cette partie de sa vie que nous avons déjà étudiée.

Peut-on pousser l'amitié affectueuse, dévouée, plus loin qu'il ne le fait dans des lettres comme celles-ci? A Farel ( 1 541 ) : « Tu me diras et me feras impunément tout ce que tu voudras.... Me voici tout à fait prêt et à ta dévotion (ego paratissimum me offero etiam ad devotionem). Que veux-tu de plus ? Je capitule, je méprends 3; » à Bucer ( 1 54. 1 ) : « Si, sur un point quelconque, je ne réponds pas à votre espoir, tu sais que je suis en ta puissance. Avertis, châtie, fais tout ce qu'il est permis à un père vis-à-vis de son fils 4. » — Et Bucer, un an après, répond : « Mon cœur, mon âme! »

Précisément les relations de Calvin avec Bucer nous fournissent un des exemples (il n'est pas le seul) les plus curieux de cette sensibilité de Calvin, que nous n'avons pas hésité à qualifier de féminine, pour en indiquer l'extrême impressionnabilité. Un jour Calvin reçoit une lettre du Réformateur strasbourgeois ; il est à table et se contente de regarder l'adresse et l'écriture : « J'ai été, écrit-il, inondé d'une telle joie, que je ne me rappelle pas avoir vu briller pour moi une heure plus heureuse pendant ces trois derniers mois. » Mais, après le

1. 7 avril 1549. Opéra, XIII, p. 230. — 2. 10 avril 1549. Ibid., p. 233. — ï. 15 octobre 1541- Ibid., p. 299. 6 octobre 1542. Ibid., p. 451 et n. 14.

JEAN CALVIN JIJ

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