‹ Jean Calvin (volume 3)Chapitre 70 sur 94 · CONRAD BADIUS AUDICT SIEUR DE NORMANDIE · texte numérisé non relu

CONRAD BADIUS AUDICT SIEUR DE NORMANDIE

C'est à bon droict que ce proverbe a lieu,

Qu'honneur est bon quand l'homme de bien loue:

Car l'homme droict qui aime et qui craind Dieu,

Comme il ne veult que son faict on alloue

S'il ne le vault : aussi bien il n'advoue

Celuy d'autruy, s'il ne l'a mérité.

Ne sois marri doncques, si vérité,

En te louant, dit ce bon personnage :

Car où quelcun en seroit irrité,

L'effect de soy en porte tesmoignage.

Il faut souscrire au jugement des éditeurs des Opéra : « poemata invitis musis nata, » poèmes nés malgré les muses 2.

Dans un tout autre genre sont trois préfaces, dont nous voulons encore dire quelques mots.

i° La première parle de la grande question de la cène : on y reconnaît le sage disciple de Calvin, qui s'est montré si sage sur ce point. — Badius déplore la division qui règne entre ceux « qui font profession de l'évangile, » à propos de la sainte cène. Il dit : « Les uns renouvellent les vieux abus, les autres se tienent à ce qu'en a dit le docteur Martin Luther, voire si opiniastrement que quand un ange mesme descendroit du ciel, pour leur monstrer ce qu'on peut aujourd'huy requérir en la doctrine de ce bon personnage touchant ce sacrement, ils n'en voudroyent croire et recevoir autre chose. Vray est que ce bon serviteur de Dieu a esté doué de dons excellens, et qu'il a fait grand fruict pour son temps : mais ce n'est pas merveilles si, en ce commencement de la renaissance de la doctrine évangélique, il n'a peu estre si bien résolu de tous les points de la religion, comme il eust peu estre s'il eust vescu jusques à présent. Qu'il n'ait eu vray sentiment des choses, si a : mais il ne s'est peu si bien expliquer qu'il eust peut estre bien voulu. » Après avoir à peu près justifié Luther, et justifié les autres Réformateurs.... « En après, il y en a d'autres qui débatent pour la doctrine de Zvingle, les autres pour celle d'Oecolampade, sans peut estre entendre ce que ces bons serviteurs de Dieu ont voulu dire. » Et voilà pourquoi on a pensé à « mettre en lumière les sermons de nostre fidèle pasteur Jean Calvin 3. »

1. Le titre, selon la mode du temps, donne toutes les explications nécessaires : « Chant de victoire, chanté à Jésus- Christ en vers latins par M. Jehan Calvin, l'an M.DXLI, le premier jour de janvier, à la diète qui pour lors se tenoit à Wonnes. Nouvellement traduit en rithme Irançoyse, en vers alexandrins, par Conrad Badius de Paris, et imprimé par iceluy, M DLV. — Voir Jean Calvin, II, p. 742, 743, où nous avons fait l'histoire de cet ouvrage et donné un échantillon des vers de Badius. — Opéra, V, Prolég., p. xlviii. — 2. Ibid., VIII, Prolég., p. x, xi. — 3. Ibid., XLIX. Prolég. p. xiv. Préface de 12 pages, en tète du volume : « Sermons de J. Calvin sur le X™° et XI" chap. de la 1'" Epitre de S. Paul aux Corinthiens » [19 sermons]. Genève, Mich. Blanchier : « achevé d'imprimer ce onzième d'octobe [sic] 1563. » — A cette date Badius était mort depuis un an. — Observons que nous trouvons la marque de Michel Blanchier (reproduite dans Jean Calvin, II, p. 251) dans un volume imprimé par Badius à Genève, en 1557, In Hoseam prophetam I. Calvini prœlectiones, au verso du dernier feuillet.

APPENDICE I

2° Nous ne croyons pas nous tromper en attribuant à Badius la préface mise en tête du De prœdestinatione et providentiel Dei libellus, avec l'emblème de Badius, et à la fin: « Excusum Genevae, apud Joannem Crespinum, Conradi Badii opéra. M. D. L. » Les éditeurs des Opéra disent que cette préface a été écrite « sine dubio editoris Crispini nomine. » « Au nom de » ... ? Est-ce qu'eux aussi pensent qu'elle est de Badius, qui mettait si souvent des préfaces aux livres qu'il imprimait? — En tout cas, à cause de son importance, elle est digne d'être traduite ici en partie :

« Ceux qui veulent pénétrer les secrets de la prédestination divine, comme en s'y précipitant audacieusement, me paraissent devoir, à juste titre, être comparés à Phaéton et à Icare. » Suivent des citations de vers classiques. « Tels ces hommes curieux, qui, par une prétention extraordinaire, {affectatione portentosa) brisant avec impatience les barreaux de la parole de Dieu, s'élancent dans les mystères les plus cachés de la sacrosainte majesté de Dieu. Après que, pendant longtemps, ils se sont misérablement torturés tout entiers par ces vains efforts, ils obtiennent, comme fruit de leurs labeurs, que, voulant revenir sur leurs pas, ils ne trouvent plus de sortie. Enfin, dans leurs obscurs détours (cœcis ambagibus) , obsédés par une nuée épaisse de questions futiles, renversés, ils deviennent la proie de Satan et de ses fureurs. Instruits par leur exemple, frères, apprenons à ne pas vouloir être plus sages qu'il ne faut, et n'essayons pas d'extorquer à la divinité par nos propres forces ces secrets qui excèdent la capacité de notre faiblesse (imbecillitatis). Est-ce donc (dira quelqu'un) que les hommes doivent complètement s'abstenir de considérer la providence de Dieu? Pas du tout. Mais du moment que la bonté , du Dieu, très bon et très grand, nous a permis de feuilleter ses Ecritures (dans lesquelles rien n'est omis de ce qu'il nous importe de savoir), que ce soit notre occupation nuit et jour, et ne scrutons pas ce que Dieu a voulu être caché dans le secret 1 . »

3° Au milieu du concert d'éloges sur la beauté et l'élégance des impressions de C. Badius, nous trouvons aussi une critique comme celle-ci (il s'agit de l'édition de V Institution chrétienne de 1562) : « Le texte est très fautif et mal imprimé, et le papier si mauvais qu'il y a des pages presque illisibles2. »

A titre de défense, nous terminons en traduisant les naïfs propos typographiques que Badius adresse à ses lecteurs, en 1557. Après la fin du texte des leçons de Calvin sur le prophète Osée, au recto du dernier feuillet, « l'imprimeur » s'adresse ainsi « au lecteur » :

« Dans les choses humaines nous éprouvons enfin que cette vérité est assurément vraie, savoir que rien n'est heureux complètement, que rien n'est dit ou fait si bien {tant recte) qu'il ne contienne quelque faute (aliquid vitiï). Et si cela est vrai quelque part, cela se montre plus qu'il ne le faudrait dans notre art typographique. Alors que nous nous croyons extrêmement perspicaces pour découvrir et corriger les fautes, et que nous avons fait tous nos efforts pour qu'un livre sorte de notre atelier parfaitement corrigé, c'est merveille combien d'erreurs se présentent d'elles-mêmes aux lecteurs, — qui nous ont échappé, ou qui se sont furtivement glissées. Seulement, comme en typographie il y a des fonctions nombreuses et variées, la honte (infamia) de ce mal ne revient pas uniquement à ceux qui sont chargés de la correction; une partie est pour eux, mais une partie aussi pour ceux qui choisissent les caractères, et une partie même pour les imprimeurs (typographos), qui, lorsqu'on a mis sous presse, enlèvent souvent quelques lettres, et même parfois

1. Opéra, VIII, Prolég., p. xnr. — 2. Ibid., III, Prolég., p. xxxix. - Voir aussi IV, Prolég. p. vu. — Le titre porte la date de 1562, bien qu'on lise à la fin du volume « achevé d'imprimer par Conrad Badius, imprimeur de Genève, l'an M.DLXI, et le XI jour d'avril. » (Il y a des exemplaires qui portent au titre la date de 1561.) Sebastien Honorati, en 1563, se contenta de changer le titre et en fit ainsi une nouvelle édition : « à Lion, par Sebastien Honorati, M.DLXIII. » — Opcra, II T, Prolég., p. xliii.

UN IMPRIMEUR DE CALVIN

plusieurs, et cela à notre insu (il ne nous est pas toujours possible d'être présents). Comme la plupart ne sont pas instruits, il leur arrive, à bonne intention, ou de renverser ou de transposer les caractères. Et les compositeurs (comme nous les appelons) aussi, par leur ignorance, nous causent des erreurs. Quand nous leur donnons à reproduire (imilandcî) des manuscrits, ils mettent un mot pour l'autre, et ce mot bien que fautif (nothum, bâtard), à cause de sa ressemblance avec le vrai, trompe souvent les yeux des correcteurs, et cela à cause de la précipitation qui est un mal nécessaire, dirait- on, en typographie, et perpétuel. Si donc tu trouves ici quelques fautes oubliées par nous, je t'en prie, lecteur chrétien, que cette offense, sinon légère, du moins médiocre (si non levis, saltem mediocris offensa), ne t'empêche pas de lire les leçons d'un homme pieux. » Et il espère que les errata qui suivent vont à peu près réparer le mal

Et si Badius, malgré son savoir et son expérience, laissait des fautes dans ses livres, — o lecteur bénévole! — ne t'étonne pas d'en avoir trouvé dans celui-ci.

1. In Iloseam Prophetam, lo. Calvini pra lectiones, a Joanne Budaeo et sociis auditoiibus assiduis bona fide exceptse. Genevse, excudebat Coni adus Badius M.DLVII, in-4. (Bibliothèque de Genève.)

Appendice ICONOGRAPHIE

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