ICONOGRAPHIE GENEVOISE
» Robert Gardelle, peintre de grand talent, nous a légué trente-six vues, à nous connues, de notre ville, toutes à l'eau-forte (à ce qu'il nous semble). Ces vues sont très bien dessinées, et très exactes. Elles s'échelonnent sur les années 1735 à 1750.
» De la fin du dix-huitième siècle, nous avons de C.-G. Geissler une trentaine de vues de l'intérieur et des abords de la ville. Le dessin naïf manque généralement de perspective; — de Lèvèque : deux grandes et deux petites vues, très bien dessinées ; — de /. Hess : quatre grandes vues des ports du Molard, de la Fusterie, de la Porte de Cornavin, et du Bastion de Saint- Jean, presque introuvables : à l'eau-forte, d'un cachet archaïque et gouachées par F. Hess.
» Enfin, nous citons Pierre Escuyer et ses vues, parues entre 18 16 et 1826; exactitude, bon choix des points de vue, mais dessin lourd, surchargé, manquant de perspective.
» Nous devons une mention spéciale à l'estampe suivante dont un exemplaire se trouve à la bibliothèque publique de Genève et qui est, croyons-nous, le seul connu. Cette pièce, reproduite en quatre morceaux dans ce volume, fut dessinée par Claude Chastillon en 1641 et gravée par C. J. Vischer à Amsterdam. Le titre qui se trouve au sommet de la planche, imprimé en capitales blanches sur fond noir et sur une ligne, est : « Geneva civitas antiqua imperialis et libéra academia ac respublica nobilis. » Les armoiries de la ville se trouvent dans le ciel. Cette estampe est en quatre feuilles numérotées de 1 à 4. Au-dessous se trouve un texte historique en latin, français et hollandais; chaque texte est imprimé sur deux pièces de trois colonnes, soit sur six colonnes, total dix-huit colonnes de 39 lignes chacune. La signature est : C. J. Vischer excudebat apud Nicolaum Joannis Vischer, Amstelodanum. La gravure mesure 2m350 de long sur omj8 de haut. C'est la pièce capitale de la collection genevoise. La reproduction contenue dans ce volume constitue un travail de patience qui fait honneur à son auteur M. Armand-Delille. En effet, ce dernier a calqué la gravure trait pour trait avec leur valeur respective et ce calque a été réduit d'un tiers par la photographie pour le cliché zineographique. On peut se figurer aisément quelle somme de travail et quelle habileté de main cela représente.
» On peut également féliciter l'auteur du volume d'avoir reproduit la vue ci-dessus, ainsi que celle de Chouet, en plusieurs morceaux, plutôt que de les avoir ou trop réduites ou pliées. De cette manière l'œil n'est pas distrait par l'ensemble de la vue et perçoit beaucoup mieux les petits détails. Ces vues n'ont pas la précision d'une photographie, il y a été pas mal sacrifié à l'imagination de leurs auteurs ou à l'effet pittoresque, mais elles renferment cependant certains détails de grande valeur. Je citerai par exemple les barques du port du Molard dans la vue de Chouet. C'est là qu'apparaît pour la première fois la voile latine et les appountis ou trottoirs pour la manœuvre à l'élire ou gaffe. Comme la gravure est de 1655, cela prouve que voiles latines et appountis furent employés un siècle avant la date qui leur était attribuée quant à leur apparition sur notre lac. »
La première partie de ces citations est extraite de la plaquette de M. Ch. Bastard, intitulée: Notes sur l'iconographie genevoise. Histoire de Genève par la gravure. 1899. — Mais M. Ch. Bastard a bien voulu, à tous les inappréciables services qu'il nous a rendus, ajouter celui-ci : de revoir luimême et de compléter ces notes. Toute la seconde partie est inédite.
CHAMPEL
Appendice N" III.