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Opéra, XIII, p. 525. Dédicace à Cordier du Com

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gnement y resta très incomplet. On n'y comptait que deux régents de grammaire, outre trois régents ès arts l.

Heureusement que l'un de ces régents se trouva être Mathurin Cordier.

Mathurin Cordier fut non seulement le premier pédagogue de son temps, mais le fondateur de la pédagogie moderne. « Esprit fin et sagace, a dit M. Lefranc, éducateur patient, dépourvu de préjugés, il entreprit et effectua sans

Fac-similé de l'écriture et de la signature de Mathurin Cordier"2.

bruit, dans une chaire de petit collège, toute une série de réformes fécondes, qui font de lui le véritable fondateur de l'instruction secondaire 3. » Ce fut le « Lhomond du XVIe siècle 4 » dit M. Egger. Ce fut « l'idéal du professeur, » ajoute M. Quicherat5. Mais, pour achever de le caractériser, il faut se hâter de citer encore le jugement de Senebier : « Les hommes qui font le bien, et qui le font constamment, sont comme les beaux jours dont on jouit sans en parler. » C'était un grand modeste.

1. Quicherat, o. c, I, p. 206. — 2. On ne trouve pas de portrait de Mathurin Cordier. Nous sommes obligé de nous borner à donner un fac-similé de son écriture C'est la fin de la lettre écrite par lui de Neuchâtel au Conseil de Genève, qui aurait voulu le faire revenir en même temps que Calvin, en 1 541 . Cette lettre de Cordier est scellée d'un cachet circulaire portant ses initiales, un M et un C liés par un entrelacs, avec quatre petites croix à l'entour. (Archives de Genève. P. h. N° 1263.) — 3. Lefranc, p. 60. — 4. Revue chrétienne, 1875. Mathurin Cordier. A propos d'une soutenance à la Sorbonne, par Massebieau, p. 761. — 5. « Entre 1525 et 1530 le but auquel on aspirait depuis si longtemps fut atteint. Le véritable enseignement classique prit possession de toutes les chaires. Cordier fut l'idéal du professeur élémentaire. » Quicherat, I. p. 152.

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Né vers 1477, dans le Perche, à moins qu'il ne soit né en Normandie Cordier se destina d'abord à la prêtrise, et, après ses études à l'Université de Paris, il desservit comme prêtre l'Eglise Notre-Dame des bonnes nouvelles, à Rouen. Mais il finit par céder à son impérieuse vocation, et se voua à l'instruction des enfants.

Il enseigna avec un égal succès dans les collèges de Reims, de Sainte-Barbe, de Lisieux, de Navarre, sans compter celui de La Marche2, où nous le rencontrons. Et l'on fit un proverbe latin, qui passa comme exemple dans les grammaires du temps : « Partout où enseigne M. Cordier fleurissent les belles lettres. »

Précisément au moment où Calvin entrait au collège de La Marche, M. Cordier venait d'y accomplir un acte qui révèle bien son caractère. Il avait jusque-là enseigné, et avec éclat, la rhétorique dans la première classe. Cette fonction aurait pu le conduire au rectorat. Mais voyant ses élèves « formés uniquement pour la montre et gonflés de vent, sans rien de solide au fond, » il en éprouva « un si insurmontable ennui » qu'il descendit en quatrième pour ne pas avoir toujours « à refaire de fond en comble leur instruction. »

La quatrième classe, c'était la dernière. Elle venait immédiatement après celle des abécédaires, où Ton apprenait à lire en latin et en français 3.

C'est à ce dévouement extraordinaire que Calvin, (duquel nous tenons du reste ces détails) entrant en quatrième, dut le bonheur de rencontrer Cordier. « Tel avait été ton 4 dessein, écrivait-il plus tard, mais par un singulier bienfait de Dieu, c'est à moi que profita le début de cet enseignement 5. »

1. Voir Appendice III. Oit est né Cordier? — 2. M. Quicherat a cru pouvoir affirmer que Calvin avait étudié, sous Cordier, au collège de Sainte-Barbe, et non au collège de La Marche. Son principal argument est que Bèze parle du collège de La Marche dans une édition de sa Vie de Calvin, et du collège de Sainte-Barbe dans une autre. Or, dit M. Quicherat, il faut suivre évidemment les indications de la Vie écrite la dernière, « attendu que les changements introduits dans la seconde rédaction d'un même ouvrage ont toujours passé pour des corrections. » (Quicherat, o. c, I. 206.) Le principe est excellent, et il n'y a qu'à l'appliquer, en rectifiant l'erreur de M. Quicherat. C'est dans la première édition, et non dans la seconde que Bèze fait étudier Calvin au collège de Sainte-Barbe (J. Bonnet, Bulletin du Prot... Calvin fut-il barbiste? XVII, p. 555-558). Même, les textes exactement examinés sont encore plus décisifs. Dans la première édition Bèze parle de Cordier, non pas quand il raconte la vie de Calvin à Paris, mais seulement, en passant, dans une parenthèse, à propos des dédicaces faites par le Réformateur. « Le semblable est de ses commentaires sur la première aux Thessaloriciens à M. Cordier son régent au collège de Sainte- Barbe à Paris, en sa première jeunesse.» (Bèze, Vie de Calvin, XXI, p. 36.) Mais dès la seconde édition {Opcra XXI p. 51), quand le sujet est traité chronologiquement, nous lisons, à propos de Paris : « Là entre autres personnages il eut pour son commencement au collège de La Marche, M. M. Cordier... » Et dans la troisième édition (Opéra XXI p. 121) « prasceptorem habuit in gymnasio Marchiano Mat. Corderium. » Il est étonnant que Quicherat ait commis une pareille erreur, et que Bonnet ne l'ait pas réfutée plus péremptoirement. M. Lefranc pense que Cordier enseigna aux deux collèges « en même temps. » (O. c, p. 63.) Mais le texte de Cordier dit seulement qu'il enseigna dans l'un et dans l'autre. « Parisiis primum eo munere fungi coepi, cum in aliis gymnasiis tum in Rhemaesi, sanctae Barbarae, Lexovicnsi, Marchiano, etc. » (Colloquiarum Prafatio.) Il s'agit évidemment d'enseignements successifs et non simultanés. — 3. Bulletin, XXXI, p. 41. — i. Nous traduisons ton, et non pasvotre; et cette traduction exige un mot d'explication. Calvin tutoyait-il Cordier? Non, sans doute. Nous savons qu'il ne tutoyait pas davantage Farel. En effet, la lettre de Calvin à Farel, du 27 octobre 1539, est sluvie d'un postscript um moitié latin, moitié français. En latin, Calvin dit tu ; en français, il dit vous : « Vous m'avez mandé, etc. » « Ce dernier post-scriptuni, dit M. Herminjard (VI, p. 118, N° 51), biffé par Calvin lui-même, a pour nous une certaine valeur : c'est l'unique post-sa iptum français adressé par Calvin à Farel, et il prouve que les deux réformateurs ne se tutoyaient pas. » —

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Pour savoir ce qu'était cet enseignement, il nous suffit d'écouter Cordier dans la préface du premier livre qu'il publia.

Il s'est souvent demandé, dit-il, pourquoi, les étrangers arrivant à l'Université peuvent facilement s'entretenir avec les savants, tandis que nos jeunes gens parlent si mal latin. Entre eux, ils bavardent toujours en français {Gallice semper garriunt).

C'est la faute des maîtres, de leur négligence, et surtout de leur manque de piété : « Dans les gymnases de cette cité Christ est si négligé ! Il y a si peu de souci de la parole divine! Combien peu de maîtres exhortent leurs élèves, soit dans la chambre, soit dans la classe, à l'amour de Dieu, à l'étude des choses divines ! Combien ne préfèrent pas un enfant lettré et écrivant bien à un enfant probe et vivant bien ! Quel gymnasiarque place la charité avant le gain ? »

Voilà pourquoi les écoles gâtent les écoliers. « N'avons-nous pas honte de renvoyer tout à fait perdus {perditissimos) ces jeunes gens que nous avons reçus tout à fait innocents (innocentissimos)! Pour me servir d'un proverbe, «pourquoi ces enfants arrivent-ils dans nos écoles anges, et en sortent-ils démons ? »

Il faut donc changer le système d'éducation et ne pas osciller entre trop d'indulgence et trop de sévérité. Ici le bon Cordier laisse parler son cœur tout entier.

« Ces flagellations quotidiennes et assidues détournent tellement les jeunes gens honnêtes de l'étude des lettres, qu'ils haïssent les écoles plus que la morsure d'un chien ou d'un serpent, et qu'ils croient vivre dans une galère ou

Autre preuve : « L'histoire de la vie et mort de feu M. Jean Calvin, etc., à Genève, de l'imprimerie de François Perrin, MDLXV, est suivie de deux lettres « familières » de Calvin à « ses deux grands amis, M. Guillaume Farel et Pierre Viret, » lettres ajoutées par l'éditeur « afin que quelques pages ne demeurassent blanches, » lettres traduites par Th. de Bèze : le ta latin y est remplacé par le vous français. On peut donc très bien soutenir, comme le fait M. Herminjard, que la traduction du tu latin par le tu français n'est pas » historique. » — Cependant voici un ou deux faits qui ont bien leur importance. Lorsque Calvin traduisit, de sa propre main, son Institution, il conserva, dans la lettre adressée à François Ier lui-même, le tutoiement. Cette excessive familiarité disparut dans les éditions postérieures, elle n'en est que plus significative dans la première. — D'autre part, nous voyons Amyot conserver dans ses traductions l'antique tutoiement.... Nous nous sommes décidé à conserver le ///, pour la même raison qui nous a fait traduire : disputer de laua caprina par : disputer sur un poil de chèvre, et non : disputer pour un rien. Quand nos réformateurs parlaient français, ils s'exprimaient d'une façon; quand ils parlaient latin, ils s'exprimaient d'une autre. Notre traduction a pour but d'indiquer, non pas ce qu'ils auraient dit s'ils avaient parlé français, mais ce qu'ils ont dit, quand ils ont parlé latin. Or il est incontestable qu'ils se sont écrits en latin et qu'ils se sont tutoyés. En introduisant le « vous » dans notre traduction, nous aurions, semble t-il, trahi en quelque sorte le génie de la langue dont ils se servaient et enlevé quelque chose à la familiarité dans laquelle ils ont, en fait, vécu. — .*>. Opéra. XIII, p. 525. M. Lefranc commet donc une légère erreur en croyant que Cordier changea ainsi de classe à cause de Calvin et des Montmor qu'il trouvait trop peu avancés pour suivre son cours avec profit. Ce changement était déjà accompli. « Eo anno descenderas, » dit Calvin. (Lefranc, p. 61.)

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dans une prison ; tandis que les anciens, dans leur sagesse, se servaient de préférence du mot jeu pour désigner le lieu où Ton enseigne.... Pour moi je pense qu'il faut plutôt les inviter par de petites récompenses (prœmiolis). Il faut non les traîner, mais les amener, et les amener de telle façon que non seulement ils aiment la langue latine, mais qu'ils s'en délectent....

» Pourquoi forces-tu ? Pourquoi frappes-tu, ou même tortures-tu ?... Veux-tu instruire très facilement ? Commence par les mœurs. Débute par Dieu et les choses célestes. Enseigne aux enfants, non pas livrés à eux-mêmes, mais soutenus par le secours divin, enseigne-leur, dis-je, à aimer le Christ, à respirer le Christ, à avoir le Christ à la bouche. Le nom de Jésus-Christ ! Verse-le comme goutte à goutte dans l'âme de tes élèves; introduis-le, fais-le pénétrer en elle. Inculqueleur si assidûment la parole de Dieu qu'ils soient du moins touchés de quelque étincelle de l'amour divin. Eloigne le faisceau de ces verges, et approche le tison et les petites flammes de la piété... *.

» Pourquoi si peu font-ils des progrès dans les bonnes lettres et dans les bonnes mœurs, sinon parce que Christ ne règne pas dans les gymnases? Mais, dis-tu, je désespère de pouvoir persuader ces choses aux enfants. Ils ne sont pas encore capables d'une si haute science. En vérité, nous cherchons des subterfuges et des excuses dans nos péchés. Nous avons honte de disputer dans le cercle de l'école sur la piété, sur la religion, sur le Christ. Nous avons peur, je pense, que les enfants se moquent de nous et nous appellent {appellitent) prêcheurs.... Pourquoi, je t'en prie, désespères-tu, ou te défies-tu, homme de peu de foi ? si c'est en vain qu'on parle aux enfants du Christ et de la piété, pourquoi le Christ lui-même a-t-il dit : Laissez venir à moi les enfants. »

Et la préface se termine par une supplication {obsecratio) adressée aux enfants et aux jeunes gens : « Je vous supplie, enfants très bienveillants (benevolentissimi) et vous jeunes gens honnêtes (ingenui), au nom de Jésus-Christ, notre commun précepteur et Sauveur, adonnez-vous d'abord aux bonnes mœurs, puis aux bonnes lettres... 2. »

Evidemment ces pages d'une piété si naïve, si touchante, si pénétrante ne nous renvoient cependant qu'un écho affaibli de l'enseignement de Cordier, de l'enseignement que Calvin entendit pendant des mois, tous les jours ; quelle impression ne dut pas ressentir son âme jeune, si bien ouverte précisément à une pareille influence 3 !

1. Voici le texte de ces lignes intraduisibles dans leur affectueuse délicatesse: « Tam saspe instilla, immitte, ingère nomen Jesu-Christi, tam assidue inculca verbum Dei, ut saltem aliquam scintillam divini amoris concipiant. Summitte virgarum fasces, adhibe pietatis faces et igniculos. » — 2. Math. Corderii de corrupti sermonis emendatione, liber nunc primum per authorem editus. 1531. — Ces derniers mots indiquent que la première édition, de 1530, avait été publiée sans nom d'auteur, comme il est dit dans Yadmonilio ad lectorem. — Nous nous sommes servi de l'exemplaire de M. Herminjard. — 3. Dans le célèbre discours que Calvin préparera pour son ami Cop, et qui sera le premier manifeste de la Réforme calviniste, on lit : « Nostra oratio illum (Christum) laudet, illum sapiat, illum spiret, illum référât. » Opéra, Xb p. 31. Et Cordier avait dit, nous venons de le voir : n Doce pueros Christum diligere, Christum spirare, Christum in ore habere. » De corr. serm. emendatione. Est-ce un ressouvenir? Parlant de ses

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On a beaucoup trop négligé, ce semble, le rôle que Cordier a ainsi joué dans la préparation pieuse de notre réformateur.

Il est vrai que jusque-là Cordier n'était pas ostensiblement entré dans les rangs du parti évangélique. C'est lui-même qui, à la fin de sa carrière, le raconte dans ce langage qu'on ne se lasse pas d'écouter, et qui révèle si ingénument le fond même de son âme :

« Il y a pour le moins cinquante ans, qu'ayant pris la charge d'enseigner les enfans, j'ay tousiours eu ce désir de faire par tous moyens à moy possibles qu'ils conjoignissent la piété et les bonnes mœurs avec l'estude des lettres. Car combien que lors je commenceay à Paris à faire ceste charge (et entre les autres collèges en celuy de Reims, de Sainte-Barbe, de Lixieux, de La Marche et de Navarre) je ne fusse point encore illuminé de la vraye clairté de l'Evangile, ains fusse plongé aux profondes ténèbres des superstitions, si est-ce toutes fois que j'exhortoy tousiours mes disciples, non seulement à l'estude d'humanité, mais aussi à craindre et servir Dieu (si toutes fois il faut nommer service de Dieu les fausses ordonnances de la fausse église, les quelles j'avoye apprinses dès mon jeune aage, et les quelles je cuidoye estre agréables à Dieu) l. »

Ce fut Robert Estienne qui servit d'instrument à sa conversion : « le plus grand ami que j'eusse, dit de lui Cordier, lequel m'avoit premièrement instruit en la cognoissance de l'Evangile. »

Nous serions disposé à croire que cette conversion eut lieu vers 1 528. A ce moment, en effet, on voit Cordier au collège de Navarre se faire recevoir dans le séminaire théologique. Bientôt il délaisse cette théologie et continue à s'adonner à ses anciennes études2. Que signifient ces tentatives, ces recherches théologiques ?

De plus, il nous dit lui-même qu'il n'était point « illuminé de la vraye clairté de l'Evangile, » tant qu'il enseigna à Paris, et c'est seulement « depuis que Dieu Père très doux, ayant pitié de luy, eut illuminé son entendement, » qu'il poursuivit « beaucoup plus ardemment » sa double entreprise : amener les enfants à l'amour des lettres et de la piété. « Ce qu'a expérimenté, ajoute-t-il, l'escole de Nevers et, un peu après, celle de Bordeaux (où je m'estoye retiré, estant chassé de Paris à cause de l'Evangile). » Or, c'est précisément en i52o,-i53o qu'un compte de dépenses nous montre Cordier appelé de Paris à Nevers. On lui alloue 54 florins et 4 sols tournois. Très mal payé, il est obligé par la misère de quitter son école. Il est rappelé en 1 53 1 - 1 532 : « à maistre M. Cordier principal des escolles 12 livres tournois, affin de luy donner couraige et

élèves, Cordier s'exprime ainsi : « Un principalement me vient en la pensée d'entre ceux que j'ay enseignez à Paris, c'est à scavoir ce grand personnage Jehan Calvin, le quel je nomme par honneur. » Les colloques de Maturin Cordier en latin et en français, etc. Pour la vefve de Jean Durant. MDXCVIII. — Préface.

1. Colloques. Préface. — 2. Le texte de Launoy ne dit pas expressément qu'il abandonna, puis reprit la classe de grammaire. Le voici : « in theologicum Navarœ sodalitium admissus est.... Relicto theologiœ studio, quam ante spartam nactus fuerat hanc excolere atque exornare perrexit. » De Launoy. Regii Navarra gymnasii Hisloria, 1677, II, p. 700.

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le mander de venir continuer la bonne œuvre par luy encommancée es dictes escolles. » Il revint; c'est alors qu'il dicta à ses élèves la traduction française des Distiques attribués à Caton. Il en expédia le manuscrit, avec une lettre1, à Robert Estienne, le 12 février i53q.

Mais la réaction cléricale qui suivit l'affaire des placards (octobre 1 534) détermina son départ pour Paris, où il ne fit qu'un très court séjour. En janvier i535, il est marqué avec Caroli, Couraut, Marot, sur la liste des principaux hérétiques de Paris : « adjournez à comparoir en personne, coulpables et accusés d'hérésie ; et furent faits les dits adjournemens à son de trompes par les carrefours de Paris 2. » Il était déjà à Bordeaux.

Et Cordier alla ainsi, portant avec lui son heureuse et féconde méthode 3, recommandant la tolérance, s'il arrive que des bonshommes accompagnent les devoirs d'écriture, quand ceux-ci sont du reste satisfaisants ; prenant garde de mettre obstacle chez les enfants à la manifestation de la pensée4; pardonnant volontiers un élève qui fait l'aveu de sa faute ; supprimant les habitudes de délation 5 ; voulant que les élèves internes puissent sortir seuls en ville et s'habituent à la liberté... méthode protestante, qui cherche à développer l'homme pour développer le chrétien, et qui cherche à développer le chrétien pour développer l'homme ! L'homme! Et jusque dans son dernier livre, au moment où il professe la morale calviniste, Cordier saura se dépouiller à tel point de toute rancune et de toute étroitesse, il saura tellement rester humain, que son ouvrage sera employé pendant deux siècles dans les écoles catholiques, sans autres modifications que quelques retranchements dans la préface. Voilà bien celui « qui, dans ses Epitres chrétiennes, reprochait à une partie de ses frères de croire avoir la foi, quand ils avaient déclamé contre l'antechrist. Ce qu'il faut, ajoutait-il, c'est changer de vie. La vraie foi « besongne par chanté 6. »

1. Disticha moralia nomine Catonis inscripta cum gallica interpretatione, etc. MDLXXXV. Ce petit livre précéda, avec avantage, les Epitome, les Selectae, les De viris, et eut de fréquentes réimpressions. Ce qui nous y intéresse, ce sont les corrections faites aux préceptes païens. Exemple : « Aime les autres de telle sorte que néant moins tu t'aimes principalement toymesme. C'est la doctrine des Payens et idolâtres. Mais voici qui est commandé aux chrestiens. Tu aimeras ton prochain comme toy mesme. Ton prochain, c'est tout homme, dit saint Augustin. » (P. 22; voir p. 31 et 41.) Il va plus loin quand il parle de l'inutilité de l'encens : « Apaise Dieu par de l'encens : Pas même par de l'encens. Quelques-uns conservent encore cette coutume instituée dans l'Ancien Testament.... Le vrai encens ce sont les prières faites avec une foi non feinte, d'un cœur pur, avec une bonne conscience.... » (Cette observation est en latin dans le texte, p. 109.) — C'est ainsi, sans prodiguer ses réflexions, que Cordier laisse deviner qu'il n'aime pas la messe, qu'il a foi en la Bible, et surtout qu'il regarde la piété comme le premier des biens. (Voir : Bulletin, XXXI, p. 39, 40.) — Nous nous sommes servi de l'exemplaire de la Société du Protestantisme. — 2. Bulletin, X, p. 39 ; XI, p. 253. — 3. Elle ne réussit pas moins à Bordeaux qu'ailleurs : c'est du collège de Bordeaux que sortirent les Scaliger, les Montaigne, les La Boétie. — 4. Quicherat, L, p. 235. — o. De corr. serm. etnend. Préface. — 6. L. Massebieau. Les colloques scolaires du XV fc siècle et leurs auteurs (1480-1570). 1878. Mathurin Cordier, p. 205-243. — Revue chrétienne, 1876, p. 105-111. Nouvelle communication sur Mathurin Cordier, par Massebieau.

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Mais Calvin ne fut pas seulement soumis, d'une manière générale, à l'influence de Cordier, de ses conseils, de ses conversations : il reçut aussi de lui, au moins en grande partie, quelque chose de particulier, ce qui devait être une de ses plus grandes forces, son style. Voici comment. Le langage traversait alors une crise redoutable. Le latin devenait de plus en plus langue morte, et les écoliers le traitaient avec un mépris croissant. Mais le français ne s'émancipait qu'avec peine. A un mauvais latin correspondait un français qui n'était pas encore bon. « Aujourd'huy, disait Olivétan, l'ami de Calvin et l'un des fondateurs trop méconnus de notre langue, pour la plus part le Françoys est meslé de Latin et souvent de motz corrompus. » Et quand il voudra traduire la Bible, il ajoutera : « le languaige Françoys n'est que barbarie, » et il comparera son travail à celui de l'homme qui voudrait « enseigner le doulx rossignol [c'est-àdire le grec et l'hébreu], à chanter le chant du corbeau enroué » [c'est-à-dire le français '].

Les livres de Cordier nous montrent jusqu'à quel point ces jugements étaient justes. Voici quelques spécimens du jargon qu'ils s'efforcent de corriger, et qu'ils commencent par citer :

« Parvus garsonus bavât super sese ; — capis me pro uno alio ; — vadamus ad pormenandum nos ; — quando ego veni de ludendo, ego bibi unum magnum vitrum totum plénum de vino, sine deponendo nasum de vitro ; — tu habes tortillon [tort] ; — Faciemus hodie bonum cherubim [chère, bombance] ; — Comedi unum grossum boudinum ; — In prandendo non facit nisi lichare suos digitos ; — Ipse comedit tantum quod se crevât... »

Rabelais, avec sa grosse verve, a composé dans ce style tout un discours, où les solécismes, les barbarismes, le français et le latin se mêlent et se heurtent avec une vérité et un comique parfaits. C'est Janotus, le vieux tousseux, qui est délégué par les Parisiens afin d'obtenir la restitution des cloches de Notre- Dame :

« Si vous nous les rendez à ma requeste, je y guaigneray six pans de saulcices et une bonne paire de chausses, que me feront grand bien à mes jambes ; ou ilz ne me tiendront pas promesse. Ho ! par Dieu, Domine, une pair de chausses est bon, et vir sapiens non abhorrebit eam. Ha, Ha, il n'a pas pair de chausses qui veult. Je le scay bien, quand est de moy. Advisez, Domine. Il y a dix-huyt jours que je suis à matagraboliser ceste belle harangue : Reddite quœ sunt Cœsaris Cœsari, et quœ sunt Dei Deo. Ibi jacet lepus. Par ma foy, Domine, si vous voulez souper avecques moi in caméra, nos faciemus bonum cherubim. Ego occidi unum porcum et ego habet bon vino. Mais de bon vin on ne peult

i. Opéra III, p. xxiv.

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faire maulvais latin. Or sus, de parte Dei, date nobis clochas noslras. Tenez, je vous donne de part la Faculté ung sermones de Utino que utinam vous nous baillez nos cloches. Vultis etiam paradoxos ? Per diem vos habebitis et nihil poyabitis l. »

Et ce n'était pas seulement le latin de cuisine : c'était le style macaronique le plus détestable qui s'intronisait.

Pour comble de malheur, ceux qui fuyaient ce ridicule tombaient dans un autre. Sous prétexte de ne se servir que de mots français, ils ne se servaient que de mots latins francisés ou, comme le dit encore Olivétan « de termes sauvaiges emmasquez et non accoutumez, lesquels sont escorchés du latin 2. » Quelques lignes de Rabelais encore vont nous faire comprendre de quoi il s'agit. C'est un étudiant qui raconte sa vie à Paris :

« Nous transfrétons la Sequane au dilucule et crépuscule ; nous déambulons par les compites et quadriviers de l'Urbe, nous despumons la verbocination latiale, et, comme verisimiles amorabonds, captons la bénévolence de l'omnijuge, omniforme, et omnigene sexe féminin... ; puis cauponisons es tavernes méritoires de la Pomme de Pin, du Castel, de la Magdaleine et de la Mulle3. »

Tel était l'état de la langue française au moment où Calvin étudiait au collège de La Marche.

La grande réforme de Cordier fut de séparer le français et le latin. Il se sert du français, mais pour que les enfants comprennent ses explications sur le latin; pour qu'ils se rendent mieux compte du génie de la langue latine, et ne s'habituent pas à défigurer ce latin qu'ils ne savent pas encore.

Et naturellement cette réforme fut très utile au français, d'autant plus que Cordier maniait cette langue en maître, avec un charme pénétrant. On a eu tort de le contester.

Mais on a eu tort aussi de contester 4 que Cordier obtint ce résultat presque sans le vouloir. Ce dont il se préoccupe, c'est uniquement du latin, du latin vrai, du latin pur et classique. Il le dit au début de sa carrière : « Que les enfants aient honte, même avec leurs mères, de se servir de la langue nationale, « pernacula5. » Et il le répète à la fin de sa carrière, dans le colloque suivant :

« Combien d'ans a ton frère? — Cinq ans. — Que dis-tu? il parle desja latin. — Pourquoi en es-tu esmerveillé ? Nous avons tousjours à la maison un pédagogue et docte et diligent : il nous apprend tousjours à parler latin ; il ne dit rien en

1. Rabelais, Liv. I, ch. XIX. — 2. Opéra, III, p. xxiv. — 3. Rabelais, Liv. II, ch. 6. — 4. E. Berthault. Malhurin Cordier et l'enseignement che\ les premiers calvinistes, p. 21. — J. Bonnet force aussi un peu la note quand il écrit : « Cordier osa le premier enseigner en français, et, par un système de rapprochements ingénieux, il sut mettre en lumière les rapports et les contrastes des deux langues qu'il avait profondément étudiées. » Bulletin, XVII, 452. Ce fut le résultat, ce ne lut pas le but : quelque chose de plus ou moins analogue à ce qui se passe aujourd'hui dans le midi de la France, à propos du Provençal. Les Félibres, comme le frère Savinien, directeur des écoles chrétiennes d'Arles, demandent « l'enseignement du français par le provençal, » et prétendent que par ce contact et cette confrontation les deux langues s'épureraient l'une l'autre. (Congrès tenu à Avignon en septembre 1896.) Voir aussi la thèse de M. Puech : Un professeur du seizième siècle, M. Cordier. Montauban. 1896. — o. De corr. serin, entend.

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françois, sinon pour déclarer quelque chose, voire mesme nous n'osons parler à nostre père sinon en latin. — Ne parlez-vous donc jamais françois? — Seulement avec nostre mère, et ce à certaine heure, quand elle commande qu'on nous appelle à soy. — Que faites-vous avec la famille [les domestiques] ? — Nous ne parlons guère et souvent avec eux, dans la maison, et encore seulement en passant, et toutefois les serviteurs mesmes parlent à nous en latin. — Et les chambrières ? — Si quelquefois le besoin et la nécessité requiert que nous leur parlions, nous usons du langage françois, comme nous avons coustume de faire avec nostre mère. — O que vous estes heureux, qui estes enseignez si diligemment *. »

Hélas! dirons-nous au contraire, pourquoi donc faut-il que l'homme le plus supérieur à son époque, lui reste encore attaché par quelque endroit ? Le doux, le tendre Cordier a des paroles dures pour les mères ! Il met les mères sur la même ligne que les servantes. Il sacrifie l'amour de la mère à l'amour du latin.

Ce n'est donc pas à Cordier que Calvin emprunta l'usage de la langue française pour s'adresser au peuple de France. Mais il reçut de lui cette élégance latine, que ses ennemis n'ont jamais niée. A lui il dut de pénétrer dans le génie latin, de s'en emparer, et de le faire pénétrer à son tour dans la langue française, telle qu'il l'écrivit, cette langue si nette, si forte, si pleine, si sobre, et si ample2. Le jugement de M. Lefranc reste donc vrai : « Qui sait si ce prodigieux talent littéraire, qui fut pour son œuvre de réformateur une arme si puissante, se fût développé à ce point sans l'initiative de ce profond éducateur3? »

Personne n'avait mieux le sentiment de ce qu'il devait à Cordier, que Calvin lui-même. Aussi, en témoignage de sa profonde gratitude, le réformateur dédia à son ancien maître son Commentaire de la première Epître aux Thessaloniciens (20 mars i55o). Il faut voir avec quelle fraîcheur de souvenir, avec quelle vivacité de sentiment, au bout de trente ans, il parle encore de son trop rapide passage au collège de La Marche :

« Lorsque enfant, ayant à peine goûté aux rudiments de la langue latine, mon père m'eut envoyé à Paris, tu me fus donné par Dieu [divinitus) pour très peu de temps (exiguum tempus) comme précepteur : assez pour m'enseigner la

1. Colloques, p. 186-187. Colloque 50. « Qu'il se faut exercer de jeunesse en la langue latine. » — 2. Il faut noter ici la déclaration contenue dans l'Ordre et manière d'enseigner en la ville de Genève au Collège : « On instruit ordinairement les enfans ès trois langues les plus excellentes, c'est a scavoir en Grec, en Ebreu et en Latin : encore sans compter la langue francoyse : laquelle touteffoys (selon le jugement des gens scavans) n'est pas du tout à mespriser. » Ce programme fut rédigé, selon M. Herminjard, en décembre 1537, et publié en latin le 12 janvier 1538. « Il fut sans doute composé par Antoine Saunier, principal du collège, et revu par Calvin et Malhurin Cordier. » (Herminjard, IV, p. 455). La traduction se trouve dans un opuscule publié chez Jean Gérard, le 12 janv. 1538, et reproduit par Bétant dans sa Notice sur le Collège de Rive. — 3. Lefranc, p. 61.

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vraie méthode d'apprendre et me permettre ensuite de mieux profiter — Grâce à la préparation, j'ai été aidé de telle sorte que, à juste titre, je te rapporte tous les progrès que j'ai pu faire dans la suite. Et j'ai voulu en rendre témoignage devant la postérité : si elle retire quelque utilité de mes écrits, qu'elle le sache : c'est en partie à toi qu'elle le doit1. »

Et on a accusé Calvin d'avoir ignoré la reconnaissance! Et on a écrit : « Cœur froid, qui ne garde la mémoire que d'une injure'2 ! » Il fit plus.

Cordier était à Bordeaux, au moment où Calvin s'efforçait de fonder à Genève un collège digne de la Réforme. L'ancien élève de La Marche pensa tout de suite à son ancien maître et l'envoya chercher. « Et pour ce que M. Courderius estoit homme expérimenté en telles choses, (nous raconte Froment), et comme l'on dict le plus apte et convenant à exercer Escolles que homme de nostre temps aye esté en la langue francoyse, fust envoyé quérir en France en une ville qu'on appelle Bourdaux dans la quelle estoit Regent et amena beaucop de gens scavans avec luy '\ »

Bientôt après il suivit Calvin et Farel dans leur exil. Accueilli à bras ouverts par les Neuchâtelois, il dirigea leur collège pendant sept ans. Puis en 1 545 , il s'établit à Lausanne, et y enseigna pendant douze ans. Quoiqu'il dirigeât l'école, et eût le titre de directeur (ludi magister), il régentait, non pas la première classe, mais sa classe de prédilection, la cinquième5.

Après s être retiré de l'enseignement, il resta quelque temps encore à Lausanne6; puis, en i55c), voyant l'académie de Genève inaugurer ses cours, il ne put résister à la tentation d'aller finir ses jours dans la capitale de la Réforme. « Dieu, dit-il, père très bénin, m'y a ramené pour la seconde fois, ayant pitié de ma vieillesse... comme en un port très asseuré après plusieurs travaux et infinis dangers. » Le i3 octobre, il présenta une requête pour obtenir un logement dans la maison de Rive, ce qui lui fut accordé ; et quatre mois après, il était logé dans la maison de Saint-Aspre, à côté de l'Hôtel-de-Ville, immeuble appartenant à la seigneurie, où demeurait Viret « lequel l'eut pour

1. Opéra, XIII, p. 525. — 2. Audin, o. c, p. 15. — 3. Histoire de Paris avec la description de ses plus beaux monuments, dessinés et gravés en taille douce par F. N. Martinet. 1779-1780. — 4. Froment. Les actes et gestes merveilleux de la cité de Genève, éd. Revillod, p. 234. — o. France protestante, 2« édition. M. Cordier, p. 66. — 6. Il y habitait une maison, qu'il avait achetée « située à la bandière de la cité, prez le grand Temple. » France protestante, id., p. 686.

Cour du collège de La Marche (en 1779) 3. (p. 57)

années d'études

bien agréable. » Mais comme l'illustre pédagogue était dans le plus complet dénuement, on fit une collecte en sa faveur, et la seigneurie donna 10 florins. — Enfin, le 16 février i562, la classe de cinquième étant devenue vacante, Cordier y fut nommé à l'âge de 82 ans1.

Ainsi, à mesure que la vieillesse le courbait vers la terre, il se rapprochait toujours plus de ses plus petits disciples, et avant de mourir il mêlait en souriant sa chevelure blanche à leur chevelure blonde. Deux ans après, en 1564, il publia ses célèbres Colloques, qui pendant trois siècles devaient passer d'école en école et être réimprimés même de nos jours. Souvent ses amis l'avaient pressé « de mettre quelque chose en lumière pour le profit des enfants. » Et il avait écrit divers opuscules. Mais il ne trouvait pas le temps de les revoir : « D'autant que (ce que j'ay toujours fait) je m'addonnoye tellement à mes escoliers que je ne me laissoy pas seulement les heures qu'on a de relasche libres. » « A la parfin, » il rencontre un homme selon son plaisir, qui l'aide à enseigner; il prend en main son vieux manuscrit, et « comme si je l'eusse reveillé d'un long dormir, il m'a semblé bon de le revoir le matin (c'est à dire au temps que je n'enseignoy point). » Un dernier mot résume ce nouvel ouvrage et toute cette vie : « J'ay tous jours principalement désiré, et j'ay mis peine que les enfants s'y soient exercés tout le temps que j'ay eu ceste charge, c'est assavoir pour conjoindre la piété et bonnes mœurs avec l'élégance des lettres. » C'est signé : « A Genève, ce 6 de Feb. l'an de nostre salut i5642, et de mon âge le 85. »

Il fit une dernière fois sa classe. Trois jours après, il plut à Dieu « de l'appeler de ce monde et l'alloger en repos qu'il a préparé à tous ses fidelles3, » (Calvin l'avait à peine devancé de quatre mois), et l'on écrivit sur les registres de la Vénérable Compagnie : « Le vendredi 28 sept. 1 564 , mourut le bon homme Corderius, en grand âge, heureusement, et ayant servi jusques à la fin, en sa vocation d'enseigner les enfants et conduire la jeunesse, en toute sincérité, simplicité et diligence, selon la mesure qu'il avait reçue du Seigneur4. »

Calvin resta peu de temps au collège de La Marche. On sépara le maître et l'élève également incomparables. Pourquoi ? Calvin nous le dit en ces mots : « parce qu'un homme inepte (stolidus) dont la volonté, ou plutôt le caprice, dirigeait nos études, nous fit tout de suite avancer d'une classe. » Il s'agit du

i. A. Bétant, o. c, p. 16, 17. — 3. La France protestante fait paraître les Colloques en 1563. Il faut, ce semble, citer une phrase de M. Massebieau (p. 242) : « Barbier signale une édition de Genève, de 1563. Ce ne peut être que fautivement, puisque la date de la préface porte 1564. » — 3. Testament de Cordier, du 27 septembre 1563, conservé aux archives de Genève. Cordier léguait à sa fille unique Suzanne, sa bibliothèque, sa maison de Lausanne, et ses deux lopins de terre de Cossonay, France protestante, 2« éd. — 4. « Comme on était alors en temps de peste, on hésita sur la manière dont il serait enterré ; mais comme il fut constaté qu'il n'était pas mort de maladie contagieuse, le Conseil décida qu'il ferait honneur à son convoi. » (A. Bétant, o. c, p. 17.)

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précepteur des enfants de Montmor. En même temps, ou bientôt après, Calvin changeait non seulement de classe, mais de collège, et allait à Montaigu. Peutêtre que, bénéficiaire de plusieurs cures, ses directeurs trouvèrent bon de le placer dans une école d'un caractère plus ecclésiastique, où il pourrait se préparer visiblement à posséder les bénéfices, qui lui avaient été confiés avant l'âge *.

Cordier avait été le premier maître de Calvin. Montaigu fut le second.

Cordier, c'était l'avenir ; Montaigu, c'était le passé !

Cordier, c'étaient les temps modernes, avec leurs promesses de progrès, de douceur et de libéralisme ; Montaigu, c'était le moyen âge, avec l'obstination de sa routine, de sa dureté, de son étroitesse.

Cordier, c'était le commencement de l'éducation protestante ; Montaigu, c'était la fin de l'éducation catholique.

Ainsi la Providence faisait parcourir à son élève prédestiné tous les stades d'une évolution qu'il devait finir par diriger.

Fondé en 1 3 14 par l'archevêque de Rouen, le juge faible et terrible des Templiers, Gilles Aiscelin, le collège de Montaigu avait reçu son nom de son second fondateur, Pierre de Montaigu ( 1 388), évêque de Laon, et sa constitution de son troisième fondateur, le vrai, Jean Standonch2. Celui-ci était né en Brabant. Après une enfance passée dans la pauvreté, il vint à Paris, où, pour subsister, il fut obligé de remplir les plus vils ministères dans la maison de Sainte-Geneviève. La nuit, il montait au clocher pour économiser la chandelle, et étudier au clair de lune. Grâce à cette énergie, il devint maître ès arts, bachelier en théologie, principal du collège de Montaigu (1483), et recteur de l'Université (1485).

Quand il entra au susdit collège, tout était en ruine. La maison n'avait plus que onze sous de rente. Il construisit des logements, une chapelle, une bibliothèque et rassembla 84 boursiers : enfin, en i5o2, il rédigea et fit sanctionner son règlement.

Quatre traits caractérisent pour nous l'esprit de ce célèbre collège de Montaigu, qui incarnait lui-même l'esprit de tout l'enseignement, aux premières années du XVIe siècle.

D'abord Y ascétisme.

L'article troisième du règlement ordonnait le silence, « depuis la fin des complies, jusques au son de la messe du lendemain. »

i. Quicherat, I, p. 213. — 2. Plusieurs écrivent : Standouth.

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Le quatrième réglait le costume. Les théologiens, prêtres et étudiants en philosophie, devaient être vêtus de noir, avec des manteaux sans plis, « et des chaperons en teste à la façon d'un camail, sinon qu'ils sont cousus devant et derrière, et n'y a ouverture sinon pour passer la teste, ainsi que les portent les frères convers de Saint-Germain des Prez. »

Plus important encore est l'article relatif à la nourriture : « 11 est défendu de boire vin et de manger chair, excepté les théologiens et prestres d'avoir une pinte de vin à trois, composée de trois demi-sextiers de vin et d'un demi-sextier d'eau, en considération de leur âge viril et de leur labeur aux études. Pour la pitance, ils auront tous à l'entrée de table chascun la trentiesme partie d'une livre de beurre, des pommes cuites, des pruneaux ou quelque chose équivalent. Plus le potage de légumes (qui sont poix, febves, et autres semblables grains issus de terre), ou de bonnes herbes. Pour la portion des jeunes capettes auront chascun la moitié d'un harenc ou un œuf. Les théologiens et prestres auront deux fois autant, c'est scavoir deux oeufs chascun, ou un harenc ; pour le dessert un morceau de fourmage ou quelques fruits, si la saison et les moyens y sont. »

Evidemment le principal qui a rédigé ce prospectus avait du sang d'Harpagon dans les veines. Mais il n'était pas le seul, dans le bon vieux temps, et nous avons les plaintes d'un écolier du XVIIe siècle, qui disait encore : « J'estois gros et gras quand le malheur voulut me constituer prisonnier de ces ennemis de la nature : mais à peine y eus-je demeuré trois jours, qu'il fallut envoyer mes chausses et mon pourpoint au tailleur pour les estressir l. »

Et cependant, les pauvres capettes de Montaigu, avaient beau habituellement ne pas manger, ils avaient encore des jours dits jours de jeûne.

La maigre pitance était compensée par d'abondantes fouettées : c'est le second trait caractéristique de l'éducation de cette époque en général, et de Montaigu en particulier.

Le fouet était le grand instrument d'éducation, sinon Tunique. On fouettait tout le monde, toujours. Marguerite de Valois avait été fortement fouettée. D'Aubigné avait été fouetté. En 1544, un recteur de l'Université recommandait encore aux maîtres de ne pas ménager les verges à leurs élèves et même de les rouer de coups2. (Acerrime vapulent!) Le portier était le fouetteur en titre. Mais le principal ne dédaignait pas souvent d'y mettre la main. Rabelais nous a conservé précisément le souvenir du principal Tempeste, un des successeurs de Standouth, « le grand fouetteur d'écoliers au collège de Montaigu. » Et Montaigne s'écrie : « Au lieu de convier les enfants aux lettres, on ne leur présente à la vérité que horreur et cruauté; ostez-moi la violence et la force... cette police de la plus part de nos collèges m'a tousjours depleu.... C'est une vraye geaule de jeunesse captive.... Arrivez-y sur le poinct de leur office: vous n'oyez que cris, et

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