‹ Jean CalvinChapitre 11 sur 115 · Tarsot, p · texte numérisé non relu

Tarsot, p

2. Franklin. La vie privée d'autrefois. Ecoles et collèges, 1892, p. 139.

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crenfans suppliciez, et de maistres enyvrez en leur cholère... les guidant d'une trongne effroyable, les mains armées de fouets *. »

Comme la réputation de Montaigu 2 l'emportait sur toutes les autres, il n'est pas étonnant que ce collège ait fini par apparaître comme l'idéal de la maison de... correction : « Tellement, raconte encore un historien du XVIIe siècle, que quand il y avoit quelque père ou mère à Paris molestez et attediez de leurs enfans mal vivans et incorrigibles, on leur conseilloit de les enfermer à Montaigu afin de les ployer, adoucir dessous la verge d'humilité, et de les réduire à la voie de vertu, de laquelle ils estoient esloignez par mauvaise compagnie et trop grande liberté 3. »

Troisième trait : une saleté indicible. Bornons-nous à constater que d'une manière générale les collèges interdisaient à leurs élèves de porter les mains à la tête pendant le repas. C'était trop dangereux. Et laissons parler deux capettes illustres de Montaigu, Erasme et Rabelais.

D'où viens-tu, demande un interlocuteur des colloques d'Erasme ? ■ — Du collège de Montaigu. — Tu nous reviens donc chargé de littérature ? ■ — Bien plutôt de poux 4.

Rabelais, lui, nous dépeint son héros arrivant chez son père, après quelquesunes de ses aventures extraordinaires, et se mettant en train de se coiffer. Il prend son peigne « qui estoit grand de cent cannes, appoincté de grandes dents de éléphants toutes entières.» A chaque coup de peigne il fait tomber d'énormes boulets, qui lui étaient restés clans les cheveux. « Ce que voyant, Grangousier son père, pensoit que feussent poulx et luy dist : Dea, mon bon filz, nous as-tu aporté jusques icy des esparviers de Montagu ? Je n'entendoys que là tu feisses résidence. — Adonc Pornocrates respondit : Seigneur, ne pensez pas que je l'aye mis au colliège de pouillerie, qu'on nomme Montagu : mieulx l'eusse voulu mettre entre les Guenaux de sainct Innocent, pour l'énorme cruaulté et vilenie que j'y ay congnue. Car trop mieulx sont traictés les forcez [forçats] entre les Maures et Tartares, les meurtriers en la prison criminelle, voir certes les chiens en vostre maison, que ne sont ces malautruz au dict colliège. Et si j'estoys roy de Paris, le diable m'emport si je ne metoys le feu dedans, et faysoys brusler et principal et régents, qui endurent ceste inhumanité davant leurs yeulx estre exercée5.»

Enfin, quatrième trait : le travail, un travail aussi exagéré que la saleté, la barbarie et la famine. On se demande où les élèves prenaient les forces. En tout

l. Essais de Montaigne. Liv. I, ch. XXV. — 2. En 1522, dans son traité De Conscribendis litteris, Erasme, parlant des Béda et des Quercu, qui enseignaient à Montaigu au moment même où s'y trouvait Calvin, écrit : « Ce roussin d'Arcadie, vêtu de la peau du lion, trop ignare pour se faire écouter avec plaisir de ses disciples, trop grossier pour aimer ou être aimé, bourelie les malheureux qu'il ne saurait rendre lettrés, puis qu'il est lui-même sans lettres. Il les assourdit de cris et d'insultes... Si tu ne peux te passer de faire le maître, va épouvanter de ta grosse voix les bœufs et les ânes. » Cité par Massebieau. Mathurin Cordier. A propos d'une soutenance à la Sorbonne, Revue chrétienne, 1875, p. 762. — 3. Tarsot, p. 113. — 4. Ibid., p. 114. — o. Œuvres de Rabelais, Liv. I, ch. 37.

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cas le programme que voici va nous montrer qu'ils avaient besoin d'en avoir beaucoup.

A 4 heures du matin, lever. Un élève de philosophie, chargé des fonctions d'éveilleur, parcourait les chambres, et en hiver y allumait les chandelles. De 5 à 6 heures, leçon.

A 6 heures, messe. Puis premier repas, composé d'un petit pain. De 7 à 8 heures, récréation.

De 8 à io heures, leçon.

De io à ii heures, discussion et argumentation.

A 1 1 heures, dîner, accompagné d'une lecture de la Bible, ou de la Vie des saints. Le chapelain disait le Benedicite et les Grâces, auxquelles il ajoutait une exhortation pieuse. Le principal prenait ensuite la parole, adressait des éloges ou des blâmes aux élèves, annonçait les punitions, les corrections méritées la veille.

De midi à 2 heures, revision des leçons, travaux divers. De 2 à 3 heures, récréation.

De 3 à 5 heures, leçon.

De 5 à 6 heures, discussion et argumentation. A 6 heures, souper.

A 6 heures et demie, examen du travail de la journée. A 8 heures en hiver et à 9 heures en été, coucher.

Ainsi condamné au jeûne et au travail forcés, plus d'un capette succombait.

Erasme réunit tout ces traits dans le tableau suivant : « J'ai vécu il y a trente ans, dans un collège de Paris où l'on brassait tant de théologie que les murailles en étaient comme imprégnées ; mais je n'en ai pas rapporté autre chose que des humeurs froides et une multitude de poux.... Les lits étaient si durs, la nourriture si chétive, les veilles et les études si pénibles, que maints jeunes gens de grande espérance, dès la première année de leur séjour dans ce collège, devenaient fous, aveugles ou lépreux, quand ils ne mouraient pas.... Plusieurs chambres à coucher, étant situées près des lieux d'aisance, étaient si sales et si infectes qu'aucun de ceux qui y ont demeuré n'en est sorti vivant, ou sans le germe d'une grave maladie. Les punitions, consistant en coups de fouet, étaient administrées avec toute la rigueur qu'on peut attendre de la main du bourreau.... Le principal du collège voulait faire des moines de nous tous, et, pour nous apprendre à jeûner, il nous privait absolument de viande. O combien d'œufs pourris j'ai mangé là ! que de vin moisi j'y ai bu1. »

Au moment où Calvin entra à Montaigu, le Principal était le fameux Noël Béda, qui avait été appelé par Standonch lui-même, dès avant i5o2. Un instinct sûr avait rapproché les deux hommes. Noël Béda, avec qui nous ferons bientôt plus ample connaissance, « l'esprit le plus mutin et le plus factieux de son temps2,»

1. Traduit par M. Stapfer, Rabelais, 3e éd., p. 220. — 2. Histoire ecclésiastique pour servir de continuation à celle de Monsieur VàbM Fleury, XXVI, p. 242.

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finit par être tellement occupé aux procès qu'il intentait ou qu'on lui intentait, que, en 1524, il se fit aider par un sous-directeur, Pierre Tempête, et, en i528, par Jean Hugon1.

Calvin fut donc élève de Béda et de Tempête, et il profita de Montaigu comme il avait profité de Cordier.

Au collège de Montaigu, nous dit Bèze, il eut pour maître un Espagnol, qui ne manquait pas de science. « Son esprit déjà très fin (acerrimus), fut encore poli par lui. Il fit de tels progrès, que, laissant ses camarades à l'étude de la grammaire, il passa à l'étude de la dialectique et de ce qu'on appelle les autres arts2. »

Cordier l'avait préparé à écrire, Montaigu le prépara à discuter.

« On dispute avant le dîner, écrivait Vivès en i53i, on dispute pendant le dîner, on dispute après le dîner, on dispute en public, en particulier, en tous lieux, en tous temps. » — « On discute à la fin de savoir si le porc qu'on mène au marché pour le vendre est tenu par l'homme ou par la corde3. »

La discussion, l'art formel de la discussion, c'était tout ce qui restait à l'éducation du moyen âge. Calvin le lui prit : se réservant de verser le vin nouveau de l'Evangile dans ces outres vides, mais solides, de la scolastique.

En même temps que ce développement intellectuel, se poursuivait le développement moral. Arrivé à Paris, âgé de quatorze ans, Calvin allait en partir âgé de dix-neuf ans. L'enfant était devenu un jeune homme au caractère presque définitivement formé.

Savons-nous ce qu'était ce caractère ?

Calvin, nous répond Kampschulte , l'historien catholique, remplissait ses devoirs religieux et autres avec une exactitude scrupuleuse (lebendiges Pflichtgefiïhl, grosse Geipissenhaftigkeit) ''. Voilà un bel éloge, et qui pourrait nous suffire, si l'historien, plus asservi qu'on ne l'a dit aux préjugés de ses coreligionnaires, ne s'était pas hâté d'amasser, autour de cet éloge, toutes les critiques de la légende catholique. Et nous ne saurions même pas le féliciter complètement d'en avoir au moins écarté ce qu'elle a de plus manifestement calomnieux. Car, en la rendant plus vraisemblable, il l'a seulement rendue plus dangereuse.

D'après Kampschulte, Calvin, à Paris, avait un caractère « renfermé en luimême; »... quelque chose « de sévère, de dur; »... il menait une vie « silencieuse, retirée, » « fréquentait peu de personnes; »... son caractère « sévère, raide, et cependant timide et retenu »... ne semble pas « l'avoir fait beaucoup aimer. » Au contraire, « il semble qu'il ait indisposé contre lui presque tous ses

1. Du Boulay, VI, p. 964. — 2. Bèze. Vie de Calvin, 3= éd., Opéra, XXI, p. 121. — 3. Tarsot, p. 125. — 4. Kampschulte, p. 224.

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camarades ».... « Si l'on peut ajouter foi à des indications postérieures, on faisait de ce petit incommode Picard, la cible de réflexions railleuses, et on lui donnait un surnom peu flatteur1.... »

Ce triste portrait a été reproduit par les historiens français. Citons seulement ceux dont l'impartialité semble la mieux établie. Quicherat, après avoir affirmé que Jean Calvin fut l'incarnation de « l'esprit de secte, » ajoute : « Il n'eut jamais les goûts ni l'abandon de l'enfance. Mélancolique et réfléchi... l'indulgence ne fut jamais dans sa nature2. » M. Jourdain, dans Paris à travers les âges, de Hofbauer, déclare que Montaigu et sa discipline fortifièrent encore dans « l'impitoyable sectaire, la dureté de caractère dont il donna plus tard des preuves si tristement célèbres 3. » — Or précisons les faits.

Après avoir raconté ses succès et ses progrès, la seconde édition de la Vie de Calvin, par Bèze, continue : « Quant à ses mœurs, il estoit surtout fort consciencieux, ennemi des vices, et fort adonné au service de Dieu qu'on appelloit pour lors4. » — Et la troisième édition ajoute : « Son père l'avait dès le commencement destiné à l'étude de la théologie : il avait compris qu'il y inclinait naturellement, en voyant que dès son âge le plus tendre, il était religieux , d'une manière admirable, et censeur sévère (severus censor) de tous les vices chez ses compagnons. C'est ce que je me rappelle avoir entendu dire, même par des témoins catholiques autorisés, bien des années après, alors que son nom était célèbre5. »

Un adolescent très pieux, dont la piété a comme trait distinctif la moralité, une moralité sévère : tel était Calvin, à Paris, et voilà le grand éloge que les catholiques eux-mêmes lui ont rendu.

La légende catholique a transformé l'éloge en critique : voici comment.

Le Vasseur, qui, nous le savons, accepte contre notre réformateur toutes les accusations, même les plus niaises, raconte (en s'appuyant assez vaguement0 sur Baudoin, un grand calomniateur, qualifié pour la circonstance de « homme de bien et modeste ») que ses camarades l'avaient appelé accusativus, accusatif. — La transformation est opérée: Ce qui était une vertu, l'austérité, est devenu un vice, la dénonciation.

Kampschulte cite très exactement Le Vasseur, mais ne se donne pas la peine de vérifier sa prétendue citation, et parle plus vaguement encore que lui d'une notice de Baudoin. Avec une de ses restrictions habiles, dont les historiens catholiques sont trop coutumiers, il ajoute : « Si l'on peut ajouter foi à des indications postérieures. » Si ! Mais qui donc doit décider si l'on peut ajouter foi à cette indication postérieure? le lecteur ou l'auteur? Et puisque Kampschulte ignore la valeur de l'accusation, pourquoi la répète-t-il ?

Puis vient Audin, « l'inepte pamphlétaire » : malheureusement pour la légende. Car il a fourni à Quicherat (peu suspect) l'occasion de mettre le pied sur la calomnie et de l'écraser définitivement : « Il aurait été de plus un

\. Kampschulte, p. 224, 225. — 2. Quicheratj I, p. 205, 211. — 3. Hofbauer, Paris à travers les âges, Le petit Châtelet et l'Université, p. 19. — 4. Opéra, XXI, p. 54. — S. Ibid., p. 122. — 6. Il met en marge: Fr. Bald. Apol. 2. contra Cal. Le Vasseur, p. 11 58.

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délateur infatigable, au dire de M. Audin, qui rapporte à cet égard que les camarades du jeune Calvin l'avaient surnommé X accusatif , et qu'ils disaient de lui : « Jean sait décliner jusqu'à l'accusatif. » Mais on voudrait savoir où le passionné biographe a ramassé ce trait. Il dit que c'est dans la seconde apologie du jurisconsulte Baudoin. Nous ne connaissons de Baudoin qu'un ouvrage auquel cette indication puisse convenir, c'est la diatribe intitulée : Responsio altéra ad Johannem Calvinum, et l'anecdote rapportée par M. Audin ne s'y trouve pas1. »

Peut-être nous est-il permis d'indiquer plus précisément la source de cette calomnie légendaire. Le Vasseur a tout simplement appliqué à Calvin ce que Calvin rapporte du cousin de Baudoin, Antoine, « le quel pour la grande subtilité qu'il avoit à desrobber, ses compagnons d'escole nommèrent ablatif2.» Embrouillant l'ablatif avec l'accusatif, et Baudoin avec Calvin, Le Vasseur écrit : « Les camarades l'avaient appelé accusatif; pour le bien louer, disait-on, qu'il scavoit décliner jusques à l'accusatif et rien davantage2 \ » Ce dernier trait montre la sottise de l'allusion appliquée à un élève qui toujours dépassa merveilleusement ses condisciples.

Voilà qui est bien. Malheureusement pour M.Quicherat lui-même, Calvin fut aussi peu un ermite qu'un dénonciateur. La vérité est au contraire que son existence à Paris s'écoula au milieu de relations très nombreuses et très agréables.

Nous connaissons déjà les trois jeunes Montmor, Joachim,Yves et Claude, ses amis d'enfance, avec lesquels il conservait sa familiarité.

A ces compagnons, il faut tout de suite joindre les fils du célèbre Guillaume Cop, venu de Bâle pour être premier médecin des rois Louis XII et François Ier. Les jeunes Cop étaient au nombre de quatre1. Calvin fut étroitement lié avec Nicolas, le troisième, qui avait quatre ans de plus que lui. En i53o, Nicolas était professeur de philosophie au collège Sainte-Barbe, et son amitié pour notre réformateur en fit le héros de l'aventure du 10 octobre 1 533. Le quatrième des frères était Michel : son amitié pour Calvin l'attira plus tard à Genève, où il fut longtemps pasteur5.

On voit que Jean Calvin était en bonne et haute société, entre la famille des Montmor-Hangest, dans laquelle se trouvaient réunis pour le moment l'office du grand échanson de France, et le siège épiscopal de Noyon, et la famille Cop,

1. Quicherat, I, p. 212. — 2. Briefve Epislre de M. Jean Calvin, mise au devant de la response de Th. de Bè%e aux injures de François Balduin, Apostat Eeebole. Recueil des opuscules, c'est-à-dire Petits traicte\ de M. Jean Calvin. Genève, Baptiste Pinereul, MDLXVI, p. 19 19. — 3. Le Vasseur, p. 11 58. — 4. On discute pour savoir si Calvin resta aussi lié avec l'aîné des Cop, Jean, devenu chanoine de Clery-sur-Loire, près d'Orléans. D'après M. Herminjard (II, 348, n. 12), c'est à lui que Calvin aurait adressé les lettres dont il parle à son ami Daniel. M. Doinel le conteste. (Bulletin du protestantisme, XXVI (1877), p. 176.) — 5. France protestante, 2° éd., article Cop., IV, 615-617.

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dont le chef était l'un des membres les plus anciens et les plus glorieux de l'Université de Paris

Sans aucun doute, Calvin dut encore avoir des relations avec son compagnon Jean Fernel de Montdidier, venu la même année que lui à Paris, l'illustre savant dont la France s'honore2; — ■ et avec Nicolas Durand de Provins, neveu d'un chanoine de Noyon, et plus tard célèbre sous le nom de Villegagnon. Ce fut le triste héros de l'expédition envoyée par Coligny au Brésil, en i555. Après l'avoir odieusement fait échouer, il rentra en France et clans le catholicisme, d'où il n'aurait jamais dû sortir, — et avec le chanoine de Noyon, alors professeur au collège de Bourgogne, Antoine de Mouchy. Au moment où nous sommes, il est adversaire ardent de la scolastique ; il appelle ses maîtres « des débitants de fumée à trois liards la portion, des idolâtres de la niaiserie et de l'aberration. » Plus tard il changera d'idée et de nom, et devenu Democharès, confident et familier du cardinal de Guise, commissaire au procès d'Anne du Bourg, pourvoyeur de la chambre ardente, il sera une des gloires les plus odieuses de l'inquisition. Grâce à lui « les catholiques triompheront à Noyon du clan protestant 3. »

Tous ces Noyonnais, tous ces Picards, et d'autres encore faisant partie de la même nation, suivaient les mêmes règlements et vivaient d'une vie presque commune.

Que de relations pour un jeune ermite, sauvage et grincheux ; et surtout que d'amitiés profondes, inaltérables, pour ce cœur froid et sec, d'où ne s'échappaient que des rancunes et des délations ! Mathurin Cordier rejoindra Calvin à Genève. Les Montmor suivront Cordier. Les Cop suivront les Montmor. Une fois que l'on a approché ce censor severus, on ne peut plus s'en séparer. La séduction est irrésistible.

Ecoutons M. Lefranc constater ce fait étonnant : « Les sympathies qu'il inspira dès ce moment dans son entourage, parmi ses maîtres aussi bien que parmi ses condisciples, témoignent assez qu'il savait allier à un grand sérieux, à une excessive application au travail, une affabilité qui lui gagnait tout le monde. Nous aurons l'occasion de constater ce fait plus explicitement, pour

1. C'est sans doute à ce moment que Calvin lit la connaissance de François de Connan, fils d'un maître de la chambre des comptes, qu'il devait retrouver à Orléans, et qui fut un de ses plus intimes amis. (Herminjard, II, p. 315, N° i.) — 2. Lefranc, p. 68. — 3. Ibid., p. 69. Des actes du 10 octobre 1539 l'appellent « l'athlète sorbonnique très invincible. » Il fut recteur, cette même année, et mourut en 1574 rassasié de jours. (Du Boulay, p. 919.) — Mézerai, signalant les terribles persécutions qui suivirent l'édit de novembre 1559, dit que le peuple appela les espions de Mouchy : mouchards. Cette étymologie a été acceptée par Elie Benoit, et l'on s'est demandé si Mouchy n'avait pas précisément changé de nom pour éviter la honte de ce sobriquet. (Bulletin, X, p. 111,439 et XI, p. 115.) Quelques lignes suffiront pour montrer les sentiments de Democharès vis-à-vis du calvinisme. Elles sont extraites de « PEpistre de M. Antoine Democharès, docteur et chanoine de Noyon, mise devant son petit œuvre De verilate Christi... Ckricis et Laicis, Novio. Anno 1570, tertia februarii ex sorbonico collegio. » Le calvinisme c'est « la sentine très puante de tous les vices et de toutes les erreurs; » les dogmes de Calvin sont « les poisons d'un serpent. » « Il n'est pas de région que n'ait mordue et infectée de sa rage et de sa morsure vipérine ce chien de Calvin. » (Le Vasseur, p. 1179.)

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les années passées à Orléans et à Bourges et pour le second séjour à Paris. Le ton même des lettres qui nous sont parvenues touchant cette période montre Calvin sous un jour tout à fait différent de celui sous lequel on est accoutumé à le considérer. »

Et, déchirant les pages de ce qu'il appelle un pur roman, M. Lefranc conclut : « Peu de jeunes gens ont été au contraire, en ce temps, plus recherchés et plus

répandus que le futur réformateur Tout ce que Ton sait de cette période de

sa vie, démontre qu'il ne fut ni si triste, ni si morose qu'on a bien voulu le dire. Entouré d'amis sympathiques et attachés, il connut l'indulgence et le sourire1. » Que reste-t-il de la légende catholique sur l'adolescence de Calvin ?

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