CHAPITRE SIXIÈME Les origines de la légende calvinienne
I. Calvin et Baudoin. — II. La rupture. — III. Les calomnies.
ALHEUREUSEMENT cette belle page de l'école de Bourges a un triste revers ; car c'est un jurisconsulte éminent, collègue, et tour à tour ami et ennemi de ces éminents jurisconsultes, qui a eu le peu enviable honneur d'inaugurer un des genres de l'histoire calvinienne, le genre calomniateur. On sait comment il a été cultivé ! Nous voulons parler de François Baudoin, prédécesseur des Bolsec, des Audin, etc.
Baudoin {Page i52), né à Arras, le icr janvier i52o, fut-il protestant ou catholique? la question seule est caractéristique. Le fait est qu'il changea de religion « au moins sept fois, » dit Bayle1. 11 en changeait « comme de chemise », ajoute le môme auteur, se montrant évangélique ou romain, selon le pays qu'il habitait. Or sa vie fut un voyage perpétuel.
Dans un article qui prend sa défense, la France protestante (2e éd.) 2 l'assimile à Erasme, à l'Hospital, à Montaigne, à de Thou, et à ceux qui voulaient une régénération sans révolution, une réforme sans schisme. Réformateur comme Erasme, comme Montaigne ! La France protestante pourrait bien n'avoir que trop raison.
1. Bayle. Dictionnaire, y édition, article Baudoin. Nicéron, parlant de sa profession de foi calviniste à Genève, dit : « Ce fut le premier des sept changements de religion qu'on lui a attribués, et qui lui firent donner par les protestants le surnom à'Ecebolius pour signifier qu'il changeait de religion comme de chemise. » Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, 1731. T. XXVIII, p. 257. — 2. France protestante, 2Q édition, I, 993-1005.