‹ Jean CalvinChapitre 24 sur 115 · LES ORIGINES DE LA LÉGENDE CALVIN IENNE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE LA LÉGENDE CALVIN IENNE

En tout cas, comment après avoir fait le récit de ses abjurations successives, après l'avoir montré successivement catholique, réformé, de nouveau catholique, de nouveau réformé, puis luthérien, enfin catholique, comment la France protestante (ire éd.) a-t-elle pu déclarer « sans hésiter » que Baudoin méritait « une place parmi les hommes les plus éminents de la France protestante? »

Il nous faut au moins citer la lettre de grâce signée en sa faveur par Philippe II, le 27 mai 1 563. En 1 545 Baudoin, impliqué dans le procès d'un martyr, s'enfuit et fut condamné. Pour rentrer dans le sein de l'Eglise catholique et enseigner le droit romain à Douai, appartenant au terrible roi d'Espagne (en 1 563), il déclara que a s'il avoit communiqué avec Jean Calvin et ses semblables, ce auroit esté par une bonne opinion qu'il avoit d'eux, la quelle ayant trouvé depuis fausse, la désire désadvouer; » qu'il avait « vescu en France selon l'observance de l'Eglise catholique. » Il apportait les recommandations de « nos très chers cousins le cardinal de Lorraine et l'archevêque de Cambray. » En conséquence le ban fut révoqué, pourvu qu'il fît promesse « de vivre et se conduire catholiquement. » C'est ce qui eut lieu par une abjuration particulièrement étroite et solennelle qu'il prononça en public

Ayant dit le mal, disons aussi le bien. Trois ans plus tard, il se trouva aux assemblées que les mécontents des Pays-Bas tinrent à Bréda, et ce fut lui qui dressa le mémoire par lequel les seigneurs demandèrent, le 3 août 1 566, à la duchesse de Parme, le libre exercice de la religion protestante. En 1 567, il n'en alla pas moins saluer le duc d'Albe, la veille de l'arrestation des comtes de Horn et d'Egmont, et le duc d'Albe le reçut très bien. Cependant craignant d'être choisi comme juge de ces seigneurs destinés à la mort, il demanda un congé, sous prétexte d'aller chercher sa femme et sa bibliothèque2. Plus tard le duc d'Anjou voulut le charger de justifier le massacre de la Saint-Barthélemy ; il s'en défendit et représenta qu'il n'était pas propre à cette tâche, à cause des disputes qu'il avait eues avec les ministres de Genève. Mais, fait observer de Thou, la véritable cause de son refus était qu'il détestait ce qu'on voulait qu'il justifiât.

Il mourut, le 24 octobre i5j31 dans le collège d'Arras, à Paris, entre les bras du P. Jean Maldonat, jésuite, âgé seulement de 53 ans. Papire Masson, qui avait été son disciple, le fit enterrer dans le cloître des Mathurins3.

Avec Calvin, ce Baudoin, dont les défenseurs eux-mêmes regrettent que les talents n'aient pas été rehaussés par plus de fermeté et de noblesse dans le caractère, formait donc le plus parfait contraste. Et cependant, comme tant d'autres, il prouva que les contraires s'attirent, et il entra en relations suivies avec le Réformateur de Genève. « Il a esté mon familier, raconte Calvin. Il a esté mon hoste, logé chez moi. Il a vescu en ma maison familièrement '*. »

i. Huile-tin, I, p. 148. — 2. Nicéron, p. 263. — 3. Ibii., p. 26s. ,On lisait jsur le tombeau : « Papirius Massonus Juris. Balduini auditor tumulum posuit. » La Thaumassière, Histoire du Herry, rééd. 1863, p. 151. Voir sur Papire Masson l'Appendice I. — 4. Recueil des Opuscules, c'est à dire Petits trahie^ de M. Jean Calvin. Genève, 1566, p. 1982, 1978.

années d'études

(t>ecefiti: tuietûe Rtn/uirvm III. ï<LN<?uemh. Cl P. TOh^fîtf^i/ïâil::

Baudoin (p. 150).

Les lettres écrites par Baudoin à Calvin sont en effet au nombre des plus débordantes de respect et d'amour.

« Je tiens ton avis pour un oracle céleste (1 545) » « Faismoi connaître, je t'en supplie, ton opinion : de toi seul je dépends tout entier. Mon père

je t'en supplie

( 1 545 ) 2 . » « Pardonne à notre simplicité qui ne sait dissimuler ses sentiments, et qui ose abuser si familièrement de ta bonté et de ton humanité (1 545) 3 ; » « qui te fatigue familièrement de ses petites bêtises

(suis inepiiolis) 1 546 4. » « Tu vois ton petit Origène, qui excite son père Léonide de son ardeur enfantine. Mais pardonne aux pieux mouvements d'une simplicité ingénue. Adieu, père excellent ( 1 5 5 2 ) 5 . »

Calvin traitait Baudoin comme son fils, le laissant, par exemple, seul dans sa chambre d'étude, confiance dont Baudoin aurait abusé par une regrettable indélicatesse. Voici comment Calvin la lui reprocha : « Je veux advertir les lecteurs, qu'il n'y a rien si larron que cette chouette, tellement qu'en ce métier il passe son cousin germain Antoine Balduin, lequel pour la grande subtilité qu'il avoit à desrobber, ses compagnons d'école nommèrent ablatif. J'ay usé d'une si grande facilité envers luy, qu'en mon absence il a librement et à son plaisir revisité tout tant qu'il y avoit de papiers en mon estude. Qu'il m'ait desrobbé ce qu'il pensoit luy pouvoir servir, il n'en faut point de preuve plus évidente, que de ce qu'il a escrit luy-mesme, là où il s'est descouvert bien joliment °. »

Dans un autre écrit : Response de Jean Calvin aux injures de François

1. Opéra, XII, p. 109. — 2. Ibid., p. 229. - 3. Ibid., p. 231. — 4. Ibid., p. 431. — "j. Ibid., XIV, p. 356.

- 6. Ibid., IX, p. 860, Pr<rfalio in cBez,r librum contra Balduinnm, 156]. Briefve epistre de M. Jean Calvin mise an devant île la response de Th. de Dè^e aux injures de François Balduin aposlat, Ecebolie. Opuscules, p. 1 9 1 9 .

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