‹ Jean CalvinChapitre 4 sur 115 · Vitet, p. 9. — i. Ibid., p · texte numérisé non relu

Vitet, p. 9. — i. Ibid., p

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salle capitulaire 1 {Page 21), une salle admirable, dont la voûte est supportée, au milieu, par quatre colonnettes minces, hautes, n'arrêtant ni le jour ni la vue. Tout cela est d'une hardiesse svelte, d'une décoration pure et fine, « modèle d'élégance, a-t-on dit, sans recherche, et de richesse sans profusion, » qui rappelle les

plus célèbres salles

capitulaires par exemple celle de Saint- Martin des Champs à Paris 2, attribuée à l'architecte même de la Sainte-Chapelle.

C'est que le chapitre de Noyon était un chapitre antique et puissant, avec des droits nombreux et des prétentions particulières. Les chanoines, au nombre de 57, étaient appelés Messeigneurs.

« Messeigneurs, je deviens votre homme, »

tel était le début du serment prêté par chaque tenancier du chapitre. Et, au commencement du XVe siècle (1404), un concile des chapitres de la province Rhémoise décida: «Aucun chanoine ne pourra chevaucher hors la ville, au delà d'une lieue, sans deux chevaux et un valet convenable. »

De grands seigneurs, ainsi pénétrés de leur importance, avaient voulu une salle cligne de leur puissance et symbole de leur orgueil.

Cathédrale de Noyon. Façade, (p. 14)

l. « Les historiens n'ont vu qu'une salle capitulaire et un cloître bâtis à grands frais, nous ne savons trop pourquoi, dans le XIIIe ou le XIVe siècle, puisque les chanoines de Noyon étaient alors sécularisés ; et ils ne se sont pas aperçus que toute cette partie, au nord de l'église, conservait encore tous les bâtiments conventuels de l'ancienne vie canoniale. Ils n'ont pas vu qu'à côté de cette salle était la cuisine, communiquant avec l'immense grenier qui est au-dessus et avec la basse-cour; qu'au-dessous de ces bâtiments était une vaste et magnifique cave, dont l'escalier

LES ORIGINES

C'est donc ici que s'est déroulée en grande partie l'histoire ecclésiastique de Noyon, et l'on peut dire la plus grande partie de l'histoire familiale des Cauvin. Ici paraissait Gérard; ici on accorda des bénéfices à ses enfants ; ici « lecture fut faicte par Jean Calvin des statuts et serments par luy prestés suivant la coutume, » lorsqu'à l'âge de douze ans il fut mis « en réelle possession » de son premier bénéfice ; ici on discuta maintes fois le sort du fils aîné Charles; ici Charles réclama absolution pour le cadavre de père ; tout cela entre les grandes Lissions avec la corporation des bouchers, au sujet du droit qu'avait le chapitre sur certaines épaules de mouton, et les débats non moins mémorables relatifs à la barbe de l'évêque Jean de Hangest.

Le rival du chapitre c'était, en effet, l'évêque. Le chapitre est à gauche de la cathédrale, l'évêché est à droite, séparé encore de la nef par un assez grand jardin. (Page 22.) On voit, branlante et menaçant ruine, la chapelle particulière des évêques, car ils avaient besoin d'une chapelle à eux, à quelques pas de l'église des autres. Quant à l'évêché lui-même il n'en subsiste que des fragments, mais pleins de

Cathédrale de Noyon. Tours, (p. 14)

dérobé, pour aller chercher la boisson journalière, venait répondre dans le cloître, précisément à côté de la porte de la cuisine ; que le puits de la communauté était au milieu du préau ; qu'en face de ces bâtiments, à l'orient, étaient d'autres pièces conventuelles, à deux pas du revestiaire et du trésor, et qu'enfin, au-dessus de ces deux pièces, était le dortoir. » Antiquités de Noyon, par Moèt de la Forte-Maison, 1845, p. 355. « On divisa la salle en deux parties inégales pour avoir une cuisine et un réfectoire. On voit encore dans cette cuisine l'endroit où était la cheminée, qui a été démolie, car les deux consoles ou jambages, et les corbeaux de bois qui soutenaient le manteau de cette cheminée, à la hauteur de six pieds, existent toujours. » Id., 379, 381. — 2. Aujourd'hui la bibliothèque du Conservatoire des arts et métiers.

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caractère {Page 23) : deux fenêtres du premier étage, et surtout la fenêtre de l'étage au-dessus, qui font si bien apprécier la richesse de tout l'édifice.

Le fondateur de ce palais (en r 5 1 5) était Charles de Hangest, neveu du

célèbre archevêque de Rouen, Georges d'Amboise, et renommé entre tous les évêques de Noyon par ses vertus et ses talents. Il conserva l'épiscopat du 2 octobre i5oi au Ier août i525. Alors il

neveu, Jean de Hangest.

Mais, par un nouvel acte (8 septembre), Charles redevint vicaire général de Jean, « d'un vicariat si absolu et de telle estendue qu'il ne différoit en rien quant au pouvoir de celuy de l'évesque luimesmel » Quelle « manigance! » pour nous servir d'un mot que Le Vasseur appliquera tout à l'heure, moins à propos. Charles mourut en i528.

Jean est dépeint par Le Vasseur comme « un homme sçavant et qui n'ignoroit son mérite, pourquoy il en fit plus le renchery et monstra tout d'un coup les dents au chapitre 3. » — « Si ce prélat, dit un autre chroniqueur, Colliette, ne fut pas intérieurement infecté des

mêmes erreurs j protestantes], il usa, durant tout le cours de son épiscopat de 52 ans, d'un silence et d'une tolérance qui, eu égard à sa place, le rendent extrêmement suspect dans sa foi et odieux à l'Eglise et à l'Etat '\ »

i. L'acte de résignation a été rédigé par « Gérard Caavin et Jean Maupin, notaires apostoliques. » Le Vasseur, p. iii6. — ->. Le Vasseur, p. 1 1 1 6, 1117. — :(. Ibid. p. 1122. — i. Bulletin du protestantisme, VIII, p. 415.—

céd;

sa charge à son

Cathédrale de Noyon. Intérieur, (p. 14)

LES ORIGINES

Ce fut lui qui eut avec le chapitre la mémorable discussion à laquelle nous avons fait allusion. Il portait toute la barbe. Le chapitre lui demanda de revenir à la règle et de se « mettre en estât décent, c'est-à-dire, cum rasura decenti; alias que l'entrée du chœur et les ornemens luy seront déniez1. » Le prélat refusa et se présenta, le icr avril 1 533, avec la barbe longue, prêt à entrer, ou plutôt « à enjamber par-dessus toute ordonnance. » Le doyen ferma la porte du chœur.

Cathédrale de Noyon. Cloître, (p. 15)

Pour prendre sa revanche, en novembre 1 534, ^es processions générales ayant été ordonnées en France, et celle de Noyon ayant été fixée par le chapitre à un mardi, l'évêque arrive le lundi soir, fait mettre le crieur « en un cul de fosse, » et renvoie la procession au jeudi. Le peuple qui n'est pas averti se rassemble, murmure et processionne le mardi. L'évêque excommunie le chapitre. Procès. L'évêque est condamné2, et il quitte la ville, laissant le champ libre aux agitateurs, et à l'hérésie qui commençait à faire des prosélytes3.

Si l'on veut non seulement voir, mais sentir, comme en s'y mêlant, la vie de ce passé, et les complications si pittoresques de sa piété, de sa superstition, de sa

Collictte, antiquaire du milieu du dix-huitième siècle, a écrit des Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique , civile et littéraire de la province de Vermandois. (Cambrai, 1 77 1 , 1772.)

1. Ne nous imaginons pas que cette bouffonne tragi-comédie se soit jouée à Noyon seulement. On vit même la majesté royale intervenir. Henri II écrivit une lettre au chapitre de Troyes lui demandant de recevoir son évêque « sans que premièrement il ait fait sa barbe »... vous priant « que vous ne veuillez arrêtera cela, mais l'en tenir, en faveur de nous, pour exempt. » Voir de Saint-Foix. Essais historiques sur Paris, VII, p. 164. — De même encore l'évêque de Chartres, Charles Guilard, ne fît son entrée dans sa bonne ville qu'après avoir obtenu du chapitre la permission de conserver sa longue barbe. France protestante, ir<? édition, V, p. 389. — "2. Le Vasseur, p. 1123, 1 1 2 5 , 11 31. — 3. Lefranc, p. 36.

LA FAMILLE

brutalité, il suffit, pour terminer, de faire lentement le tour de la vieille cathédrale, partant de la façade, longeant le chapitre, suivant la rue Corbeau, {Page 24) de plus en plus étroite, bordée d'un côté par le mur extérieur et crénelé du cloître, longeant la prison [Page 25), et sa tour étroite, passant sous l'arceau qui semble fermer la ruelle comme une porte, contournant la Librairie 1 et ses sculptures en bois, pour aboutir à l'autre portail de l'église, enfoncé entre l'abside et la chapelle de l'évêché. {Page 26.) Au milieu de cette solitude, peuplée de pierres, d'ogives, de statues, de colonnes, d'ombres et de lumières datant du moyen âge, si un opulent et orgueilleux chanoine apparaissait, si un évêque se dressait mitre en tête et crosse au poing, si un procureur, affairé et empressé, vous heurtait en courant, on croirait se réveiller d'un rêve, revenir à la réalité, et l'on saluerait respectueusement Mgr de Hangest, ou l'on causerait familièrement avec Me Gérard Cauvin.

Voilà Noyon au XVIe siècle. Quel champ ouvert aux ambitions et aux espérances du Picard habile et désireux de parvenir! Gérard était fait pour Noyon, comme Noyon était fait pour lui. Aussi, au bout de quelques années, il n'y eut pas de Noyonnais plus authentique. En lui s'incarnaient toutes les vertus, toutes les passions, tous les intérêts de ses concitoyens.

Les documents nous le représentent, en effet, comme doué d'une grande intelligence des affaires et d'une activité infatigable.

Voici le portrait de Gérard par Desmay : « Il estoit homme cauteleux, d'un esprit fin et rusé, bien entendu en chicane, mais grand fripon, qualité qui lui faisoit négliger ses affaires domestiques et peu ménager la fortune où son esprit le pouvoit avancer, estant fort employé par messire Charles Dangestes et messire Jean Dangestes, oncle et nepveu evesques de Noyon2. » Le Vasseur de son côté, le dépeint ainsi : « Esprit ardent et des mieux entendu en la plus fine pratique et algèbre des procez, il se fourra partout et brigua grandement les affaires, lesquelles le cherchèrent et chargèrent en la fin, chacun désirant se servir d'un homme si luré en telle escrime, qui ne manquoit de diligence non plus que d'invention : Il devint doncques Notaire apostolique, Procureur fiscal du comté, Scribe en cour d'Eglise, Secrétaire de l'évesché et Promoteur du chapitre. » Ce fut un « praticien à cinq parties. » « Bref, il en embrassa tant qu'il s'embarrassa pour toute sa vie 3. »

l. C'est une construction fort originale, beau spécimen de l'architecture en bois de la fin du moyen âge. On voit bien, en 1422, Raoul de Coucy faire don au chapitre d'un cours de droit civil, en cinq volumes, à la charge de faire construire une bibliothèque. Mais le bâtiment n'était ni achevé, ni même peut-être commencé avant 1506, et bien que joliment sculpté, dans le goût de la fin du XVe siècle, il appartient au milieu du régne de Louis XII (Vitet, p. 147, 148). Autrefois, il était plus original encore qu'aujourd'hui, avec son grand et large toit, recouvrant bien le premier étage, mais sans rez-de-chaussée : les piliers, libres de toute maçonnerie permettaient de circuler à l'abri du soleil et de la pluie, comme dans un pittoresque promenoir. — 2. Desmay, p. 2. ■ — .'!. Le Vasseur, p. 1151,1155.

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Si des ennemis habitués à toutes les calomnies tiennent ce langage, on reconnaîtra la vérité dans le sobre jugement de Théodore de Bèze : « Girard Calvin, était un homme de bon entendement et conseil et pour cela fort requis ès maisons des seigneurs circonvoisins1. »

Gérard Cauvin était donc le conseiller du clergé et de la noblesse.

Reçu bourgeois en 1497 2> après une vingtaine d'années de séjour continu, il acheva de s'établir par son mariage avec Jeanne Le Franc.

Le Franc était un ancien hôtelier de Cambrai, qui, après avoir fait fortune, s'était retiré à Noyon, où il avait été reçu bourgeois en 1498. Il entra au Conseil de ville et devint bientôt un des principaux notables, beaucoup plus riche naturellement que Cauvin. Celui-ci était taxé à 14 sous, tandis que Le Franc était taxé à quatre livres, près du double de la moyenne des impositions.

Sa fille Jeanne n'avait pas seulement du bien : elle était belle et pieuse. Desmay rapporte qu'on se souvenait encore d'elle au commencement du dix-septième siècle, comme de l'une « des plus belles femmes de son temps 3. » Et en dépit du timide essai de calomnie tenté par le chanoine Le Vasseur, c'était une tradition à Noyon qu'elle s'était distinguée pendant sa vie par sa dévotion 4.

Voilà bien le milieu que décrit exactement de Bèze avec sa brièveté accoutumée : « La maison estoit honneste et de moyennes facilitez3. » Ici on constate la différence entre Luther et Calvin.

« Je suis le fils d'un paysan, aimait à répéter le réformateur allemand; mon père, mon grand-père, mes aïeux étaient de vrais paysans. » — « Mes parents ont d'abord été très pauvres, et ma mère, pour nous élever, a souvent porté son bois sur le dos. Ils ont fait ce que personne ne ferait aujourd'hui 6. » — Et c'est bien dans ce milieu que devait naître le rude lutteur, celui qui eut pour mission de commencer l'attaque et, par ses coups terribles, d'étourdir et de renverser le colosse romain.

La maison du réformateur français, nous est-il raconté au contraire, était

1. Opéra, XXI, p. 29. — 2. Lefranc, p. 2. — 3. Desmay, p. 2. — 4. « Le Vasseur a voulu souiller ce beau visage par une calomnie recherchée et qui n'a point de fondement : « Belle femme, dit-il, mais d'assez mauvais bruit. » Drelincourt, p. 194. Le Vasseur, p. 11 52. — 0. Opéra, XXI, p. 29. — 6. Luther, sa vie et son œuvre, par Félix Kuhn, I, p. 19, 22.

Cathédrale de Noyon. Salle capitulaire. (p. 16)

LA FAMILLE

« honneste et de moyennes facilitez. » Et c'est bien dans ce milieu que devait naître l'organisateur de la Réforme, celui qui, en relation avec les plus nobles comme avec les plus humbles, avec les gouvernements comme avec les Eglises, eut pour mission d'exceller dans le droit et dans la politique, non moins que dans

la théologie et dans la piété.

Un dernier fait n'est pas le moins important à noter, si l'on veut connaître exactement le milieu préparé pour recevoir notre réformateur. Sa famille, si cléricale par ses apparences et par ses fonctions, fut extrêmement anti- cléricale par ses actes et par son esprit.

Grâce à ses relations si diverses et à ses charges si multiples, Gérard Cauvin était bientôt parvenu non seulement à l'honnête aisance, mais à l'indépendance du bourgeois. La situation secondait son caractère. Et, par exemple, le 5 août i524, nous le voyons paraître devant le chapitre, et demander raison aux chanoines d'un emprisonnement, selon lui illégal1. Tel père, tels enfants.

Gérard et Jeanne avaient quatre fils et deux filles : Charles, Jean, Antoine 2 et François, qui mourut jeune ; ensuite Marie, et une autre fille dont on ne sait pas le nom 3. Il faut seulement nous occuper ici de Charles.

Il fut à Noyon chapelain de l'autel de la Gésine, et puis de la Madelaine et curé de Roupy. Naturellement Le Vasseur et Desmay n'ont pour lui que mépris et haine. « Charles fut d'un entendement grossier, » dit le premier; et le second: « Charles Cauvin, frère aîné de Jean Calvin, estoit d'un esprit lourdaut, d'une

1. Lefranc, p. 7. — 2. Opéra, XXI, p. 53. C'est évidemment par erreur qu'il est parlé d'un second Antoine, né après le premier et mort en bas âge. — 3. Celle-ci se maria à Noyon. Marie paraît avoir quitté cette ville de bonne heure. Une lettre de Calvin, alors à Paris (1532, date donnée par M. Herminjard, II, 398, et les Opéra X, p. 16), à son ami Daniel, d'Orléans, se termine par ces mots: « Tu auras soin de faire remettre mes lettres à ma sœur Maria Paludana. » C'était sans doute le nom latinisé de son mari. Plus tard elle devait suivre son frère à Genève. Nous aurons à reparler d'Antoine. Il est appelé par P. Masson, mercator cdligarius (fabricant de bottines, cordonnier).

LES ORIGINES

mauvaise vie et indigne du caractère de Tordre qu'il portoit1. » Mais dans « cette mauvaise vie » remplie, semble-t-il, de crimes épouvantables, Desmay lui-même ne trouve à noter que ces deux actes : des paroles insolentes et injurieuses

adressées à un appariteur, qui lui signifiait un mandement de Messieurs du Chapitre (i i février i52o/2), et une querelle dans laquelle il battit un certain clerc de l'Eglise (i3 février i53o3). Evidemment c'est trop de vivacité. Comme l'Eglise cependant eût pu s'estimer heureuse si aucun de ses chanoines n'avait jamais eu sur la conscience de plus grave peccadille ! Charles soutint qu'il n'avait point failli et déclara qu'il ne se souciait guère de telles excommunications. Desmay ajoute que « non obstant cette rébellion, il ne laissoit d'avoir des amys en Chapitre qui le soutenoient '\ » Il fut même promu en ses ordres tout excommunié qu'il était : ce qui lui valut l'interdiction de l'entrée du chœur. 05 sept. 1 53 1.)

Jusqu'ici c'était bizarre : désormais c'est mystérieux. Le 6 mai 1 534, nouvelle plainte, mais évidemment d'un autre genre. Le chapitre ordonne une enquête « s'il y a matière de plainte et d'action contre le mesme Cauvin. »

N'avons-nous pas l'explication de l'énigme dans les mots suivants de Desmay, textuellement reproduits par Le Vasseur : « Ce Charles... stupide d'esprit et injurieux, fut facilement emporté aux erreurs qui commençoyent à pulluler en ce temps-là, aymant le chemin de liberté et mesprisant l'Eglise3. »

Noyon. Restes de l'évêché. (p. 18)

1. Desmay, p. 3. — 2. là., p. 9. — 3. Id., p. 10. Cette date et la précédente sont dans ce qu'on appelle le Vieux Style, par opposition au Nouveau Style. Le vieux style est l'usage qui fait commencer l'année à Pâques ; le nouveau style est l'usage qui la fait commencer au 1er janvier. Voici ce qu'on lit dans Y Art de vérifier les dates (1818), T. I., p. 15 : « Un usage très commun sous la troisième race de nos rois, était de ne commencer l'année qu'à Pâques, trois mois environ après nous. On trouve des indications comme celle-ci : « Le samedi saint » de Pâques, après la bénédiction du cierge, le « Ier avril de l'an 1363. » Cette attention de marquer, après la bénédiction du cierge pascal, qui anciennement se faisait la nuit du samedi au dimanche, nous indique, pour ainsi dire,

LA FAMILLE

C'était là son vrai crime.

« Il tenoit des propositions scandaleuses des sacremens de l'Eglise. » On lui fait faire une admonition « le plus secrettement qu'il sera possible, pour savoir

s'il entend soutenir la proposition erronée, par luy mise en avant, afin d'adviser ce qui sera de faire1. » — « Nonobstant toutes ces remontrances, Charles demeure éfronté pécheur, et comme un homme plongé dans le profond de l'iniquité, néglige toute occasion de revenir à soy, il continue ses scandales. » Le 4 novembre 1 534 ? on Ie pleure, en Chapitre, « comme une âme perdue et désespérée. »

Toutes les tentatives de le ramener échouent.

« On ne gagne rien. Il se montre réprouvé en tout, et met à nonchaloir les remèdes qu'on luy procuroit pour sauver son âme. Il s'éleva contre Dieu même, blasphémant contre le saint sacrement de l'autel. — Enfin, il devint malade en 1 536 2 (?) Et comme

Noyon. Rue Corbeau, (p. 20)

le premier instant de la nouvelle année. Elle commençait avec, ou immédiatement après cette cérémonie. On ne peut marquer précisément le temps où cet usage a commencé de s'établir en France. Mais nous savons qu'il a duré jusqu'à l'édit de Charles IX, donné au mois de janvier 1563 (V. S.), dont le 39me article ordonne de dater les actes publics et particuliers en commençant l'année au Ier janvier. » Les deux styles (V. S. et N. S.) n'amènent donc de différence que pour les trois premiers mois de l'année, ou plus exactement pour le temps qui va du Ier janvier à Pâques. Du 1er janvier à Pâques, le millésime du V. S. est en retard d'une année sur le millésime du N. S. Nous donnerons les dates telles que nous les trouverons dans les auteurs, nous bornant à les accompagner d'une indication, seulement quand cela sera utile. — 4. Ibid., p. 10. — S. Ibiil., p. 9, et Le Vasseur, p. 1165-1167.

i. Le Vasseur, ibid. — 2. D'après Le Vasseur « il décéda le dernier jour d'octobre 1537, ainsi que le porte la conclusion capitulaire du mesme jour et fut formée opposition à sa sépulture par Ja. Luydet et P. Billoré qui se opposiicruut nomine Fabrica. L'information de M. de Mesle fait foy que le dit Charles se sentoit fort de l'hérésie.... »

LES ORIGINES

en sa vie il avoit abandonné Dieu, il fut aussi abandonné en sa mort, comme une âme damnée. Il refusa de recevoir les saints sacremens de l'Eglise : à l'occasion de quoy, après sa mort, son corps fut porté entre quatre piliers d'une

potence, qui est le lieu patibulaire de Noyon , » — « et ce nuitamment, pour éviter le scandale, n'estant son hérésie notoire »

Le bon Drelincourt fait suivre les récits, que nous venons d'abréger, de ces réflexions: « Nous n'avons garde d'excuser toutes les actions de sa vie ; aussi cela n'est-il point de notre sujet. 11 ne peut estre assez blâmé... de ce qu'ayant quelque connaissance de la vérité, il n'eut pas le courage d'en faire une profession ouverte, et de suivre Calvin à Genève, comme fit son frère et l'une de ses sœurs. Mais je ne saurois assez admirer la grâce que Dieu luy fit à l'heure de la mort. Car ce qu'il refusa de recevoir le sacrement de l'Eglise romaine est un témoignage infaillible, qu'il ne croyoit point que le Prestre, qui le luy présentoit, eust le vray corps de Jésus Christ entre ses mains et qu'il le luy pût fourrer en la bouche.... Que si, en haine de cette résolution chrétienne,... le corps de ce Bienheureus a esté enterré au lieu où Ton fait mourir les malfaiteurs, ce luy a esté, à mon avis, beaucoup d'honneur et de gloire, d'avoir eu à cet égard quelque conformité avec notre Seigneur, qui a esté crucifié sur le Calvaire entre deus brigands.... Notre Charles a esté enterré de nuit, et en cachette. Si c'eust esté quelque scélérast, l'on n'y eust pas fait tant de fassons 2. »

Evidemment, le frère de notre réformateur, qui avait peut-être commencé par être un simple frondeur, avait fini par être un hérétique, un hérétique convaincu.

Noyon. Prison de la rue Corbeau, (p. 20)

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