Desmay, p. 12, 13. — 2. Drelincourt, p
LA FAMILLE
Telles furent les origines de Calvin. — Telle fut la race qui l'avait préparé, la ville où il allait naître, la famille qui devait l'élever!
Ainsi, nous ne sommes pas encore arrivé même à sa naissance, et il semble que notre récit pourrait s'arrêter, avant de commencer. Nous n'avons rien dit, et
Noyon. Chapelle de l'évêché. Abside de la cathédrale. Librairie, (p. 20)
nous savons tout. En effet, Calvin sera-t-il autre chose qu'un vrai Picard, un vrai Noyonnais, un vrai Cauvin ?
Il sera de plus un vrai protestant évangélique.
L'évangile !
Dans le trésor de la cathédrale, une relique mérite d'attirer l'attention de celui qui recherche les origines de la Réforme ; cette relique est un évangéliaire.
Il est dans l'armoire de la sacristie aux vieilles et belles portes en bois sculpté, témoin de ces époques terribles où les Northmans apparaissaient, brûlant et pillant. C'est un volume de 26 cm. de haut, de 20 cm. de large, dont les feuilles en parchemin sont reliées avec deux planches de chêne, épaisses, recouvertes de peau, de cuivre, et d'un placage de corne entrelacée d'ivoire avec de petites reliques enchâssées. Sur les pages se trouvent les plus curieux dessins, et, comme illustration de l'évangile, on voit la fable du renard et du corbeau, la flore et la faune du pays, les Francs du IXe siècle, tels qu'un dessinateur contemporain a
LES ORIGINES
pu les surprendre dans leur vie ordinaire. « La valeur de ce volume, nous est-il dit, est inappréciable : il contient des lumières immenses pour une partie presque inconnue de l'histoire des arts, et demeure comme la seule épave de tout un genre de livres que le temps a dévoré1. »
Mais le savant abbé, qui a si bien célébré les mérites de cette rarissime relique, nous intéresse davantage encore, quand il ajoute : « Les livres possédaient alors une valeur immense : ils étaient la gloire des Trésors. Des chaînes de fer les retenaient à des pupitres. L'excommunication frappait le criminel qui osait les ravir, les évangéliaires surtout. Ils apparaissaient comme une incarnation du Verbe. »
Comment ne pas penser à cet autre évangéliaire, retenu en effet par une chaîne de fer, dans la bibliothèque du couvent d'Erfurt, et que Luther feuilleta?
La chaîne de fer n'était là que pour préserver le précieux volume contre les vols sacrilèges. Soit. Et cependant est-ce un tort si cette chaîne de fer est devenue le symbole même de l'esclavage dans lequel le despotisme jaloux de l'Eglise voulait retenir la Parole de Dieu ? Est-ce un tort si les excommunications dont l'Eglise frappait ceux qui voulaient voler les évangéliaires et non les lire, ne rappellent plus aujourd'hui que les excommunications dont l'Eglise frappait ceux qui voulaient tout simplement lire ces évangéliaires et non les voler ?
En dépit des explications, même les plus historiques et les plus authentiques, l'Eglise catholique du moyen âge conservera pour emblème une Bible enchaînée, la Bible d'Erfurt, ou l'Evangéliaire de Noyon : et les Réformateurs resteront de glorieux briseurs de chaînes !
Oui, l'Evangile, voilà l'élément que nous n'avons pas encore signalé dans l'étude de ces origines, et cependant c'est le plus important ; voilà l'élément, qui, jeté par Dieu lui-même dans ce milieu, comme le semeur jette un grain de blé dans le sillon entr'ouvert, fera d'un Picard, d'un Noyonnais, et d'un Cauvin, Jean Calvin le Réformateur.
1 Evangéliaire de la cathédrale de Noyon, par M. l'abbé Mullcr, 1870.
Eglise de Pont-l'Evèque. (p. 6.)