Lang, p. 2i, — 2, Ibid., p. 21. — .'!. Ibid., p
Ne possédons-nous donc aucune déclaration de Calvin lui-même, qui puisse nous aider à choisir entre des hypothèses aussi différentes ?
Il y en a une dans la préface du Commentaire sur les Psaumes. Après avoir expliqué pourquoi il a passé de l'étude de la philosophie à l'étude des lois, Calvin continue : « Je fus mis à apprendre les Loix, auxquelles combien que je m'efforçasse de m'employer fidèlement, pour obéir à mon père, Dieu toutesfois par sa providence secrète me feit finalement tourner bride d'un autre costé.
» Et premièrement, comme ainsi soit que je fusse si obstinément addonné aux superstitions de la Papauté, qu'il estoit bien mal-aisé qu'on me peust tirer de ce bourbier si profond, par une conversion subite (subita conversione), il domta et rangea à docilité mon cœur, lequel, en esgard à l'aage, estoit par trop endurci en telles choses. Ayant donc receu quelque goust et cognoissance de la vraye piété (aliquo verœ pietatis gustu), je fus incontinent enflammé d'un si grand désir de proufiter, qu'encore que je ne quitasse pas du tout les autres estudes, je m'y employoye toutesfois plus laschement. Or je fus tout esbahi que devant que l'an passast, tous ceux qui avoyent quelque désir de la pure doctrine, se rangeoyent à moy pour apprendre, combien que je ne feisse quasi que commencer moy-mesme (me novitium adliuc et tironem). De mon costé, d'autant qu'estant d'un naturel un peu sauvage et honteux (natura subritsticus), j'ay tousjours aimé requoy et tranquillité, je commençoy à chercher quelque cacheté et moyen de me retirer des gens : mais tant s'en faut que je veinsse à bout de mon désir, qu'au contraire toutes retraittes et lieux à l'escart m'estoyent comme escholes publiques. Brief, cependant que j'avoye tousjours ce but de vivre en privé sans estre cognu (ignobile otium colère)^ Dieu m'a tellement proumené et fait tournoyer par divers changemens, que toutefois il ne m'a jamais laissé de repos en lieu quelconque, jusques à ce que inaugré mon naturel il m'a produit en lumière, et fait venir en jeu, comme on dit1. »
Les lecteurs n'auront pas manqué de remarquer les mots de conversion subite ; et certainement ils se demandent : si Calvin parle lui-môme de sa conversion subite, pourquoi la contester?
Examinons, avec quelque soin, les déclarations au milieu desquelles se trouve la déclaration particulière, relative à la conversion subite.
Calvin déclare très nettement que cette conversion subite eut lieu pendant que, sur l'ordre de son père, il s'adonnait à l'étude des lois. Nous voilà donc au moins un an avant i53i (date de la mort de Gérard Cauvin), à Orléans, ou à Bourges, et nous voilà loin de Paris, loin de i533, loin de l'époque où Calvin avait depuis longtemps abandonné l'étude des lois.
\. Opéra, XXXI, p. 22 et 24. Nous avons, de Calvin même, le texte latin et le texte français de cette célèbre préface.
CONVERSION
Calvin déclare, très nettement, que cette conversion subite ne lui donna que quelque goût et connaissance de la vraie piété ; qu'il ne quitta pas ses autres études, mais qu'il s'y employa plus lâchement l. Ses autres études, c'était l'étude du droit, qu'il échangea plus tard contre l'étude des Belles-Lettres.
Calvin déclare, très nettement, qu'il passa un an à continuer ses études commencées, et qu'on se rangea autour de lui, tandis qu'il cherchait à se cacher. Où est cette année d'études, où est cette recherche du « requoy et tranquillité2, » si, quelques semaines après sa conversion, Calvin rédige le discours de Cop, et quelques mois après, selon M. Lang, excite un tumulte public dans la cathédrale de Noyon ?
Evidemment la « conversion subite, » dont parle Calvin, n'est pas un événement qui ait eu lieu en octobre 1 533 . Plus on prend à la lettre cette déclaration de Calvin, et plus on est conduit à reculer cet événement.
Mais ici doit revenir l'observation que nous avons indiquée, à savoir : que, si on prend à la lettre toutes les indications, plus ou moins chronologiques, de Calvin, on se heurte à des difficultés insurmontables. Que faut-il entendre exactement par cette année dont il parle ? par cette recherche de la solitude? par ces amis qui se groupent autour de lui ? Calvin nous semble avoir résumé ce qui s'est passé jusqu'au moment de sa sortie de France, et, dans ce résumé, il ne nous est pas toujours possible d'indiquer le moment exact de chaque événement.
On a dit, et Bèze lui-même a dit : « un an après, » c'est lorsque Calvin était à Paris. Sa conversion étant achevée en 1 532, « un an après, » c'était de 1 5 3 12 à 1 533, l'année que nous avons racontée plus haut. Mais Calvin ne parle pas plus, à propos de cette conversion subite, de 1 5 3 2 que de 1 533, puisqu'il dit qu'il n'abandonna pas complètement ses études ; puisqu'il compte à partir du moment où il étudiait le droit — Et puis, peut-on dire que, tout de suite après qu'il eut reçu quelque goût de la piété, des hommes comme Roussel, comme Estienne de la Forge avaient seulement « quelque désir de la pure doctrine, » et cherchaient à s'instruire auprès de Calvin? N'était-ce pas lui qui avait à s'instruire auprès d'eux? Ne serait-il pas plus légitime de penser à ces amis indécis, à ces Daniel, à ces Duchemin, à ces chrétiens hésitant, cherchant la vérité, qu'il rencontra à Orléans, à Bourges, aux environs, et auxquels, quoique novice et conscrit, il se décida à parler, à prêcher, sans doute sur leurs instances, par exemple, à Linières ?
Si nous voulons nous en tenir aussi étroitement que possible aux textes, nous dirons que Calvin, après avoir affirmé avec netteté, avec précision, un commen-
1. M. le pasteur Lang est obligé de voir dans le texte exactement le contraire de ce qui y est. « Subitement, dit-il, Calvin rompit avec tous ses efforts, avec son idéal accoutumé et se tourna vers une nouvelle conception de la vie. » (Lang, p. 37.) — 2. Ici le texte offre des difficultés insurmontables pour M. Lang. Du Calvin novice et conscrit, il fait le rédacteur du discours de Cop! Du Calvin cherchant « requoy et tranquillité, » il fait l'auteur de deux tentatives « grandioses et hardies » [grossartig kûhnen, p. 13), à Paris et à Noyon, pour prêcher la vérité au peuple français. Après quoi, la recherche volontaire de la retraite devient la retraite forcée chez du Tillet à Angoulême. Mais, avec un pareil commentaire, que reste-t-il du texte ?
CONVERSION
cément, qu'il appelle sa « conversion subite, » embrasse dans un résumé de quelques lignes ce qui s'est passé ultérieurement.
Lui et Bèze parlent de conversion, mais ni lui ni Bèze ne se livrent à une étude psychologique, et il se trouve que Calvin parle surtout du commencement, tandis que Bèze parle surtout de la fin *.
Ce qui aurait été subit, ce ne serait donc pas la conversion tout entière, mais ce qui se passa au commencement. Subit n'est pas synonyme de complet. Calvin changea subitement de route, mais il n'arriva pas subitement au but.
Un autre document, qui semble avoir échappé sinon à la vue, du moins à l'attention des historiens (M. Lecoultre et M. Lang y font allusion), confirme encore cette hypothèse, en réclamant du temps, et beaucoup de temps, entre le commencement et la fin de la conversion de Calvin.
Dans sa « Seconde défense contre les calomnies de J. Westphal, » Calvin veut montrer combien serait utile l'accord entre les protestants sur la question de la Cène. Et il cite sa propre expérience.
« De ma part, je suis content de me glorifier que quand ils eurent commencé à faire quelque approche de plus près les uns des autres, leur consentement, combien qu'il ne fust pas encore plain et entier, me servit beaucoup. Car commençant un peu à sortir des ténèbres de la papauté et ayans prins quelque petit goust à la saine doctrine [« un peu ! » « quelque petit goût ! » tenui sanœ doctrines gustu concepto ; les mots sont précisément les mêmes que dans la préface des Psaumes, et indiquent bien par conséquent le premier moment où eut lieu sa conversion subite, incomplète], quand je lisoye en Luther qu'Œcolampade et Zwingle ne laissoyent rien ès sacremens que des figures nues et représentations sans la vérité, je confesse que cela me destourna de leurs livres, en sorte que je m'abtin longtemps (diu) d'y lire. Or devant que je commençasse à escrire, ils avoyent conféré ensemble à Marpourg, et par ce moyen leur première véhémence estoit un peu modérée 2. »
Calvin répète donc ici qu'il est sorti peu à peu, progressivement, des ténèbres de la papauté, et non pas d'un seul coup, ni subitement. Cela se passait avant le colloque de Marbourg, c'est-à-dire avant i52q ; car le colloque calma un peu les divisions des Réformateurs, et ce sont ces divisions qui arrêtaient le développement évangélique de Calvin. Elles l'arrêtèrent longtemps (diu). Il faut bien, en
1. Calvin dit : « Ayant receu quelque goust et cognoissance de la vraye piété encore que je ne quittasse pas
du tout mes autres études. » Il dit encore : « Commençant un peu à sortir des ténèbres de la papauté et ayans prins quelque petit goust à la saine doctrine » (voir le document que nous citons quelques lignes plus loin). Et Bèze dit : « Luy de sa part, prenant dès lors résolution de se dédier du tout à Dieu, travailloit avec grand fruict » (iro édit., p. 30) ; « Ab eo tempore, sese Calvinus, abjectis reliquis studiis, Deo consecravit, summa piorum omnium, qui tune Lutetise occultos cœtus habebant, voluntate » (3e édit., p. 123). — 2. Opéra, IX, p. 51 ; Opuscules, p. 1503.
COiNVERSION
conséquence, nous reporter au moins un an avant le colloque de Marbourg, en 15281. Déjà à ce moment aurait eu lieu cette « conversion subite,)) qui lui aurait donné « quelque goût, » « quelque petit goût » (nous insistons, c'est le même mot dans les deux documents) de la piété. Ensuite Calvin étudia la question de la Cène, et la polémique de Luther l'arrêta longtemps 2.
N'avons-nous pas même un document plus important encore que le précédent, n'avons-nous pas le récit détaillé de la conversion de Calvin, fait par lui-même, dans sa fameuse lettre au cardinal Sadolet ?
Oui, disent plus ou moins nettement Henry, Stàhelin, Kampschulte, Louis Bonnet, Lefranc, etc. Non, dit nettement M. Lang, qui du reste n'est pas seul de son avis.
D'où vient l'hésitation ?
Le cardinal Sadolet avait écrit une lettre aux Genevois pour profiter de l'exil de Calvin, et les ramener dans le giron de l'Eglise romaine. Il avait représenté, devant le tribunal de Dieu, un prêcheur des nouvelles doctrines, confessant une foule de mauvaises pensées, et un homme du peuple se réjouissant d'avoir conservé les idées traditionnelles. Calvin répond ; et, à son tour, il représente, devant ce tribunal de Dieu, un pasteur évangélique défendant son ministère, et un homme du peuple racontant sa conversion.
Les uns disent : sous cette forme oratoire, Calvin a parlé de son propre ministère et de sa propre conversion. Les autres disent : Calvin n'a parlé que du ministère en général, et de la conversion en général. En effet, le premier discours est introduit par ces mots : « De nos personnes je m'en tais, desquelles le salut ne sera point constitué en advocassage et plaicloierie, mais en bien humble confession et suppliante prière. Mais quant à la cause du ministère, il n'y aura celuy d'entre nous, qui ne puisse parler pour soy, comme il en suit 3. » Et le second discours est introduit par ces mots : « Quant est de ceux, lesquels enseignez par notre prédication viendront après nous, pour ce mesme affaire, ils auront bien que dire pour soy, car chacun d'eux aura toute preste la défense qui s'ensuit 4. »
Mais, précisément, ce que je ne vois pas, c'est qu'il y ait contradiction entre la supposition que Calvin a parlé du ministère et de la conversion en général, et la supposition qu'il a parlé de son ministère et de sa conversion à lui. Au contraire, comment Calvin aurait-il pu parler du ministère en général sans
i. Ce serait le moment où Calvin était sous l'influence de Melchior Wolmar. — 2. M. Lang (p. 21) reconnaît que ces faits se sont passés pendant que Calvin était étudiant : mais il s'en débarrasse ainsi : « c'étaient des impressions légères, superficielles, qu'en considération des débats sur la sainte Cène, ou de la nécessité d'une Eglise forte, il repoussa sans scrupule. » Il n'y a, ce nous semble, rien de semblable dans le texte. — 3. Opéra, V, p. 407. Opuscules, p. 166. — 4. Opéra, V, p. 411. Opuscules, p. 169.
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penser au sien, sans faire une description qui convînt à son ministère particulier? Et comment aurait-il pu parler de la conversion en général, sans penser à la sienne, et sans faire une description qui convînt à sa conversion particulière ? Les principaux traits de la conversion-type doivent se retrouver dans sa conversion personnelle. Et, à tout le moins, les pages au cardinal Sadolet nous disent comment Calvin concevait la conversion. C'est beaucoup ; ce n'est pas assez.
Qu'on lise ces deux discours, si éloquents, si pathétiques, et qu'on dise si l'émotion n'en est pas absolument personnelle ? Lorsque Calvin écrit et répète, moi, moi, n'est-ce jamais de lui qu'il s'agit ? est-ce que les traits qu'il signale, et qui conviennent si bien à lui, conviennent également à tous les pasteurs, à tous les fidèles? Non; et l'on est obligé de penser que Calvin s'est servi de cette forme oratoire, pour faire, sans en avoir l'air4, une confession personnelle, conformément à la déclaration qui précède précisément ces pages fameuses : « Vray est que je ne parle pas volontiers de moy : ce néantmoins veu que totalement je ne m'en puis taire, le plus modestement qu'il me sera possible j'en parleray 2. »
M. Lang le conteste. Et cependant, après avoir dit du premier discours : « Evidemment Calvin ne parle pas ici seulement en son propre nom, mais au nom de tous les prédicateurs de V Evangile, » il ajoute : « Mais il parle avec une telle chaleur, que l'on entend distinctement le battement de son cœur.... Dans la chaleur de ses sentiments, Calvin décrit l'arrivée à cette connaissance, avec des paroles qui font presque penser à un événement mystique3. » De même, M. Lang écarte encore plus toute allusion historique du second discours ; il dit que Calvin s'est placé au point de vue d'un homme du peuple, qu'on le voit même à son langage : « Il est clair que le Réformateur ici, même dans le langage, se
1. « Le Réformateur allemand a reçu, à un degré merveilleux, le précieux don d'exprimer librement et clairement, comme l'oiseau qui jette à l'air sa chanson, les sentiments profonds de son cœur, et de les exprimer avec des accents tout vibrants de vie et d'expérience, qui trouvent immédiatement le chemin des cœurs et y éveillent un écho sympathique. Dans cet art grand, puissant, Luther est un maître béni de Dieu, un maître resté sans rival au milieu de ses contemporains et dans tout le cours de l'histoire allemande. Par cet art il a trouvé un accès irrésistible dans le cœur de son peuple, et il exerce jusqu'à aujourd'hui une influence dominatrice sur son génie. Tout autre était la nature de Calvin. Pendant toute sa vie, il a été poursuivi par une crainte pudique de parler de lui, de ses expériences personnelles, au moment où sa vie devient un témoignage de la grâce de Dieu en Christ, qui l'a choisi, qui l'a appelé pour accomplir son œuvre à l'heure fixée. Ce théologien aussi habile que le plus habile à trouver des mots, des expressions, pour rendre témoignage à l'honneur, à la majesté du Dieu trois fois saint, est avare de mots, au delà de toute expression, et d'une timidité impénétrable, quand il s'agit de montrer cette majesté de Dieu dans la conduite de sa vie. Calvin se tait sur lui-même, sur ce qui agite intérieurement son cœur chaud, et il se tait si bien que ce silence sévère, dépourvu de toute préoccupation personnelle, paraît souvent, à ceux qui l'approchent, de l'insensibilité, de la froideur. Celui qui ne se laisse pas effrayer, ni arrêter, et cherche à pénétrer jusqu'à la source cachée de la vie, celui-là sait apprécier ce silence, il y voit le témoignage d'une modestie profondément pieuse, qui veut plonger, anéantir le moi dans la magnificence de la grâce.... Dans ces deux héros les plus grands, et égaux, de la Réformation, se montre de nouveau la différence qui est déjà apparue, si lumineusement belle, entre saint Paul et saint Jean. » Dalton, Calvins Hekehrung, p. 528-529. Deutsche evangelische Hlâtter, 18e année, 1893. — 2. « De me non libenter loquor. Quoniam tamen prorsus silere non pateris, dicam, quod salva modestia potero. » Opcra, V, p. 389. Opuscules, p. 147. — 3. Lang, p. 34.
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place au point de vue d'un homme du peuple.... Nous n'avons donc aucun droit de penser que clans ces doutes, dans l'issue de la crise, Calvin fasse allusion à ses propres expériences. Au contraire.... » Et cependant, M. Lang ajoute : « 11 est possible néanmoins que, dans cette confession aussi, il se soit mêlé plusieurs choses (mancherlei) prises clans sa propre expérience. Mais il ne nous est pas possible de distinguer ce qui est personnel de ce qui est littéraire et artificiel » M. Lang accorde trop, ou trop peu. Mais ce « trop peu, » si l'on tient compte de notre observation précédente, nous suffît.
Laissant donc, pour le moment, la sublime défense que Calvin fait de son ministère, bornons-nous au récit non moins sublime qu'il fait de sa conversion.
« Quant est à moy, Seigneur, j'ay tousjours confessé publiquement la foy chrestienne, comme je bavoye apprinse dès ma jeunesse 2. » Mais cette foi était sans connaissance : « la parolle, qui devoit reluire comme une lampe étant ostée, ou pour le moins cachée. »
Et alors sont venus les troubles intérieurs, les luttes angoissantes de la conscience : la pratique de tous les commandements de l'Eglise, confession, invocation des saints, ne donnent pas l'assurance du salut et la paix. « Et comme j'eusse accompli toutes ces choses tellement quellement, encore que je m'y confiasse quelque peu : si estoy-je toutefïois bien eslongné d'une certaine tranquillité (certa tranquillitaté) de conscience. Car toutes fois et quantes que je descendoye en moy, ou que j'eslevoye le cœur à toy, une si extrême horreur me surprenoit, qu'il n'estoit ni purifications, ni satisfactions qui m'en peussent aucunement guérir. Et tant plus je me considéroye de plus près, de tant plus aigres aiguillons estoit ma conscience pressée 3 : tellement qu'il ne me demeuroit autres soulas ni confort, sinon de me tromper moy-mesme en m'oubliant. Mais pour ce que rien ne s'offroit de meilleur, je poursuivoye tousjours le train que j'avoye commencé 4. »
Où est l'accent si personnel à un homme du peuple ? Et Calvin continue en donnant presque une date, pour montrer encore mieux la réalité et l'historicité de son récit. « Pour ce que rien ne s'offroit de meilleur, je poursuivoye tousjours le train que j'avoye commencé, quand cependant il s'est eslevé une bien autre forme de doctrine : non pas pour nous destourner de la profession chrestienne, mais pour la réduire elle-mesme en sa propre source, et pour la restituer comme emmodée de toute ordure, en sa pureté. Mais moy, offensé de ceste nouveauté, à grand peine ay-je voulu prester l'aureille : et si confesse qu'au commencement
1. Lang, p. 36. — 2. Opéra, V, p. 411. Opuscules, p. 169. — 3. Qu'on relise, dans l'Institution chrétienne, la description de la pénitence : « Quand le pécheur est touché du sentiment (sensu aliquo) de Dieu, lors humilié (percuïsus), espovanté et abattu (consternatus jacet humiliatus ac rejectus), il tremble et se desconforte, et perd toute espérance. Voilà la première partie de la pénitence, qui est appelée contrition. » Nous avons donné le texte français de la dernière édition, le complétant par le texte latin de la première, celle de 1536. (Opcra, IV, livr. III, chap. in, parag. 3, et Opcra, I, p. 148.) Peut-on imaginer que l'auteur de ces lignes n'a pas senti ce qu'il décrit? — 4. Opcra, V, p. 412. Opuscules, p. 170.
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j'y ay vaillamment et courageusement résisté. [Est-ce assez personnel ? et comment soutenir que Calvin parle ainsi de la conversion d'un fidèle quelconque, surtout d'un homme du peuple quelconque ?] Car, comme les hommes sont naturellement obstinez et opiniâtres à maintenir l'institution qu'ils ont une fois receue, il me faschoit bien de confesser que toute ma vie j'eusse esté nourri en erreur et en ignorance *. »
Alors vient la grande raison que Calvin donne de ses hésitations et de ses résistances, une raison bien calvinienne, c'est-à-dire bien naturelle à son génie fait d'ordre, de régularité, d'autorité. « Et mesmement une chose y avoit, qui me gardoit de croire ces gens-là : c'estoit la révérence de l'Eglise2. » [Farel, par exemple, dans sa confession ne parle pas ainsi; ce qui l'arrête, c'est la messe....] « Mais après que j'eu ouvert quelque fois les aureilles, et souffert d'estre enseigné, je cognu bien que telle crainte, que la majesté de l'Eglise ne fust diminuée, estoit vaine et superflue. »
Suit le résumé des conversations avec les docteurs de la nouvelle doctrine. (S'agit-il toujours d'un homme du peuple quelconque?) Et voici la fin : « Lors que mon esprit s'est appareillé à estre vrayement attentif, j'ay commencé à cognoistre, comme qui m'eust apporté la lumière, en quel bourbier d'erreurs je m'estoye veautré et souillé, et de combien de boues et macules je m'estoye honny. Moy donc (selon mon devoir), estant véhémentement consterné et esperdu pour la misère en laquelle j'estoye tombé, et plus encores pour la cognoissance de la mort éternelle, qui m'estoit prochaine : je n'ay rien estimé m'être plus nécessaire, après avoir condamné en pleurs et gémissemens ma façon de vivre passée, que de me rendre et retirer en la tienne » (me in vitam tuam reciperem) 3.
Quelle lutte, quel drame que la conversion, telle que Calvin la décrit! Et une pareille description serait purement littéraire ! Il s'agirait seulement de la conversion typique, abstraite, d'un homme du peuple !
Concluons plutôt avec Louis Bonnet: « Ce peu de données (Préface du Commentaire sur les Psaumes et Lettre à Sadolet) suffisent pour nous montrer que Calvin n'est pas arrivé à la foi par une autre voie que Luther, ou que tout chrétien véritable. Tel nous venons de rappeler le moine d'Erfurt, tel se montre à nous le jeune jurisconsulte de Picardie4. »
1. Opéra, V, p. 412. Opuscules, p. 170. — 2. Ibicl. — 3. Opéra, V, p. 413. Opuscules, p. 172. — 4. %evue chrétienne, 1855, p. 749. Il n'y a pas lieu de s'étonner que la prétendue différence entre la conversion de Luther et celle de Calvin soit un des thèmes favoris des conférences et des articles consacrés à notre Réformateur. Mais ce qui est étonnant, c'est qu'un historien comme Lefranc (il admet que dans la lettre à Sadolet Calvin a parlé de lui-même), après avoir combattu tant de préjugés, ait cédé à celui-là. II écrit : « Durant tout ce temps l'évolution religieuse de Calvin s'accomplissait lentement.... Tout ce qu'on peut affirmer c'est que le futur Réformateur n'a point souffert profondément de cette crise. Ce terrible cri d'angoisse qui s'échappa tant de fois de la poitrine d'un Luther, Calvin ne le proféra jamais. Il n'avait point été aussi pénétré qu'il le disait lui-même (?) des « superstitions papales » Les dogmes catholiques ne le satisfaisant plus, il résolut d'en entreprendre un long et minutieux examen. Mais ce qu'il écrit plus tard de l'extrême terreur qu'il éprouvait à entrer en lui-même à ce moment, des tourments de sa conscience, ne doit pas être pris à la lettre (!). La conversion définitive de Calvin fut avant tout une question de logique et de
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Dans le système chronologique que nous nous permettons de présenter, non sans hésitation, à nos lecteurs, — si on veut bien ne rien pousser à l'extrême, et ne pas exiger une précision, une logique, spécieuses peut-être, mais certainement fausses en pareille matière, — toutes les déclarations contenues dans les textes, ou dans le récit des amis de Calvin, trouvent assez naturellement leur place.
Il y a cependant des objections à ce système. C'est très naturel. Aux sentiments que nous avons constatés on oppose certains actes.
Mais, pour juger de l'état d'âme d'un homme, il faut bien remarquer qu'un sentiment net, précis, et un acte, même incontesté, ne sont pas du tout équivalents. Car la signification de l'acte dépend précisément du sentiment qui l'a dicté. Et quand le sentiment n'est pas indiqué, que signifie l'acte ? Il peut avoir les significations les plus diverses, les plus contradictoires. En tout cas, il est absolument impossible de conclure de la signification qu'un acte aurait pour nous, à la signification que ce même acte a dû avoir pour Calvin, c'est-à-dire pour un homme vivant il y a des centaines d'années, dans un milieu absolument différent du nôtre.
Cela nettement dit, voyons de quels actes il s'agit.
En 1 532, Calvin écrit à son ami Daniel : « Au sujet de la Bible, j'ai fait la commission : elle m'a coûté plus de peine que d'argent. Quand j'arrangerai mes affaires, je la mettrai dans mes bagages. Je crois que cela peut être retardé jusqu'à ce moment '. » Et on commente ce texte : « Occasionnellement, il achète pour Daniel une Bible ; mais il lui attribue si peu d'importance, qu'il croit pouvoir retarder son envoi à une circonstance favorable 2. » Or il suffit de remarquer qu'il ne s'agissait pas d'envoyer une Bible quelconque à Daniel, qui n'en aurait point possédé. Il s'agissait seulement d'une édition nouvelle, la Bible d'Anvers, ou la Bible latine d'Erasme, selon M. Herminjard 3. Retarder de quelques jours l'envoi de cet exemplaire particulier, avec les moyens de transport qu'on avait alors, cela indique-t-il que Calvin attribuait peu d'importance à la Bible elle-même?
Le 27 décembre i53i, Daniel lui écrit, à propos d'un évèque qui est arrivé à Orléans : « J'aimerais que tes amis te recommandassent à lui, de telle sorte qu'il te confiât la charge d'official ou quelque autre '\ » Et on s'étonne, si Calvin était évangélique, qu'on ait songé à en faire un officiai, un juge de la foi catho-
réflexion, où le sentiment ne fut pour rien.... Les choses de la doctrine furent son unique préoccupation — Son évolution Tligieuse part d'une tout autre origine que celle de Luther. Les questions dogmatiques absorbent toute son attention. » Lefranc, La Jeunesse de Calvin, p. 96, 97, 98.
1. Opéra, Xb, p. 21. — 2. Lang, p. 21. — 3. Herminjard, II, p. 418, n. 3. — 4. Opéra, Xh, p. 1 1 ; Herminjard, II, p. 384, n. 2, 3 ; Lefranc, Jeunesse, p. 22, 37 ; Lang, p. 8.
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lique. Mais, en i53i, Daniel et Duchemin, qui allaient en effet briguer et obtenir des charges analogues, pouvaient désirer que Calvin suivît leur exemple. Cela ne prouve pas du tout que Calvin partageait leur désir. L'événement Ta bien montré.
Le 23 août 1 533, Calvin est à Noyon, et il assiste à une séance du chapitre, où l'on décide des prières publiques contre la peste. Cet acte ne prouve-t-il pas qu'il était encore catholique ? La logique est plus apparente que réelle.
En effet, si assister à une séance de chapitre, au XVIe siècle, dans les conditions où Calvin y assista, était faire acte de catholicisme, n'était-ce pas faire acte de catholicisme que de réciter Y Ave Maria à la fin d'un discours ? Est-ce que nous réciterions X Ave Maria plus facilement que nous assisterions à une séance de chapitre ? Or M. Lang qui dit : Calvin était catholique parce qu'il assistait à une séance du chapitre, dit : Calvin était converti, quoiqu'il récitât X Ave Maria. Bien plus! Calvin converti conserve ses bénéfices *. Est-ce que aujourd'hui un chanoine, devenant protestant, trouverait impossible d'assister à une séance du chapitre, mais trouverait très simple de conserver ses prébendes ? Nous touchons ici du doigt la réalité, à savoir que nous ne pouvons pas juger de la conduite tenue autrefois par les hommes du XVIe siècle, d'après la conduite que nous tiendrions nous, aujourd'hui, dans des circonstances dites analogues? En tout cas, le fait d'avoir assisté à un chapitre n'est pas plus une preuve contre la conversion de Calvin que le fait d'avoir dit X Ave Maria à la fin d'un discours, et surtout le fait d'avoir conservé des prébendes.
Voilà le discours de Cop replacé clans son milieu.
Après cette conversion longue et tragique, il prend sa vraie signification : c'était le manifeste du parti protestant. « Les protestants, dit Schmidt, choisirent cette occasion pour faire une manifestation publique et solennelle de leurs principes2. » « Le Ier novembre 1 533, dit M. Bcegner, la France entendit à son tour un appel aussi solennel que celui qu'en ce jour de la Toussaint, Luther
1. Calvin n'y renoncera que le 4 mai 1534. C'est ce qui explique qu'un historien aussi sage, aussi exact que Lccoultre(o c, p. 163), place la « conversion subite, » vers 1534, après le discours Je Cop, et s'exprime ainsi : « Ce n'est ni une conversion de l'intelligence, ni une conversion du sentiment, mais une conversion de la volonté. Elle ne lui donna pas la conviction au sujet des dogmes protestants : il la possédait déjà ; elle ne lui inspira pas un intérêt chaleureux pour les choses du Royaume de Dieu, il en était déjà tout rempli ; elle lui mit au cœur une résolution arrêtée de conformer scrupuleusement sa conduite à ses convictions et de rompre toute solidarité avec les erreurs qu'il avait déjà abjurées au fond de son cœur. Le premier indice extérieur de cette conversion... est le sacrifice du 4 mai 1534. » Mais qu'est-ce qu'une conversion qui ne consiste pas dans l'adhésion de l'intelligence aux doctrines évangéliques ; pas même dans le don du cœur ? Il y a là évidemment une question de définition. Nous verrons du reste que la renonciation de Calvin fut due à une circonstance tout extérieure, et non à un changement intime de sa volonté. — 2. Schmidt, p. 100, 1845.
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avait adresse seize ans auparavant à l'Allemagne et au monde1. » « Calvin, dit Kampschulte, conçut un plan qui était audacieux.... C'était une provocation comme la catholique France n'en avait jamais entendu de pareille2.... » « C'était une occasion, toute trouvée, dit M. Lefranc, pour oser une éclatante manifestation Pour la première fois l'esprit de la Réforme apparaissait ouvertement
dans la vieille Sorbonne 3. » « Ce sont, dit Dalton, des paroles hardies, belles.... comme un pendant français {ein kleines Gegenstiïck in Frankreich) aux 9 5 thèses affichées, seize années auparavant, il ne faut pas l'oublier, à la porte de la chapelle de Wittemberg *. » M. Lang écrit : « Dans deux grandioses et hardis essais (grossariig kuhnen Versucheri), d'abord à Paris [il s'agit du discours de Cop]... Calvin cherche à répandre parmi son peuple la vérité qu'il venait de découvrir5.»
La Sorbonne ne s'y trompa point. Elle frémit de colère, et quelques jours après, sur la dénonciation de deux Cordeliers, l'auteur du discours fut accusé d'hérésie devant le Parlement. Or Cop était recteur. Il se retrancha derrière ses prérogatives universitaires et se hâta de convoquer l'assemblée générale, le mercredi 19 novembre, dans l'église des Mathurins.
Ici encore du Boulay nous a conservé les actes de la Faculté de médecine, celle qui devait être la mieux informée, puisque le recteur en faisait partie. Nous y lisons : « Le recteur a exposé les injures qui lui ont été faites par les Franciscains, lesquels ont extrait de son discours, prononcé à la Toussaint, certaines propositions ; il nie qu'elles soient de lui ; il n'en reconnaît qu'une. Et on l'avait tout de suite appelé devant le juge supérieur, et on avait négligé la première juridiction de l'Université. En conséquence le recteur suppliait l'Université de se porter vengeresse des injures faites à l'Université, et de lui fournir aide et appui. » Cop choisissait avec habileté son terrain de défense. Aussi, disent les actes, il y eut tumulte et le secrétaire déclare qu'il frémit en le racontant (horresco du m refera).
La Faculté de médecine présente son « ordre du jour, » d'après lequel les accusateurs de Cop sont cités devant l'Université. Les Nations (c'est-à-dire la Faculté des arts) promettent leur appui loyal. Mais la Médecine et le Droit résistent, et l'assemblée se sépare sans conclure. La Faculté des arts se réunit, dans son local ordinaire, à l'appel du Procureur de la nation française 6. Ici encore on ne peut s'entendre.
Pendant ce temps, Cop restait prudemment chez lui, sans trop se montrer. Mais on se disait qu'en fait de principes religieux son père n'était pas sûr (parum sane sapere), que lui-même fréquentait les hérétiques. Finalement « le Parlement envoya quérir le recteur, et lui se mit en chemin pour y aller avec ses bedeaux : mais estant adverti que c'estoit pour l'emprisonner n'alla jusqu'au Palais et s'en retourna7. » Gagnant la Porte Saint-Martin et sortant en hâte de Paris, tellement en hâte qu'il emportait avec lui le sceau de l'Université,
1. Bœgner, La conversion de Calvin, p. 57. — 2. Kampschulte, p. 244. — 3. Lefranc, Jeunesse de Calvin, p. 112, 113. — 4. Dalton, o. c, p. 547. — S. Lang, p. 13. — G. Du Boulay, VI, p. 239. — 7. Opéra, XXI, Vie de Calvin, 2e édit. , p. 56.
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iî se dirigea vers la Suisse, et se rendit à Bâle, d'où sa famille était originaire, et où il arriva le 25 janvier 1 534 1-
Le Parlement, désappointé, fit immédiatement parvenir ses doléances à François Ier (26 novembre), qui y répondit, le 10 décembre, de Lyon. Il envoie le vidimus de deux bulles qu'il a obtenues du saint Père « pour extirper icelle secte luthérienne de nostre Royaulme, » cette « maudicte secte hérétique luthérienne » qui pullule : et il institue deux conseillers pour « faire et parfaire » le procès des hérétiques, c'est-à-dire deux inquisiteurs laïques. Il signale en particulier à leur attention, le Docteur qui a prêché certaines propositions, et le Recteur (il croit que ce sont deux personnages, en quoi il se trompait moins qu'il n'en avait l'air) et celui « qui est cause de la fuite du recteur et qui lui parla. » Il faut le saisir, le mettre en prison. Lui, le roi, mandera ensuite ce qu'on doit en faire2.
Aussitôt la persécution se déchaîne. La tête de Cop est mise à prix, 3oo livres : et les prisons se remplissent de luthériens destinés aux bûchers3.
Pendant ce temps que devenait l'auteur véritable du discours, Calvin luimême ? Averti des scènes tumultueuses qui se passaient dans l'Université, il pensa (sachant ce qu'il savait du discours de Cop et de son véritable auteur), qu'il serait bientôt inquiété ; il se décida à prévenir le danger par la fuite. Selon P. Masson, il aurait fait une corde avec les draps de son lit et se serait ainsi dévalé par la fenêtre 4.
Desmay raconte qu'il tient de l'abbé de Genlis, doyen, qui le tenait lui-même d'un vieux chanoine, héros de l'aventure, ce qui suit : « Calvin eschappé par la fenestre, se sauva dans le faubourg de Saint-Victor, au logis d'un vigneron, et changea là dedans ses habits, se revestant de la juppe du vigneron, et, se' mettant une besace de toile blanche, et une houe sur ses épaules, print le chemin de Noyon. Ce chanoine le rencontra sur le chemin et se recogneurent5.»
L'anecdote n'a rien d'invraisemblable. Malheureusement on ne peut en dire autant de la conversation rapportée ensuite, et ceci ébranle l'autorité de cela.
Pendant ce temps le lieutenant criminel, Morin, célèbre par sa cruauté (insigni sœviiia)^ faisait une descente au collège Fortet « pensant le [Calvin] constituer prisonnier ; mais, ne le trouvant pas, saisit tout ce qu'il peut de ses livres et papiers : entre lesquels estans plusieurs lettres de ses amis tant d'Orléans que d'ailleurs, on tascha de leur en faire fascherie 6. » Il y eut même pour eux danger de mort (plurimi in maximum vitee discrimen) 1 .
Sur quoi il faut faire une double remarque : i° Voilà expliquées les lacunes
1. " Ex regno excedens Basilcam urbetn patriam sesc contulit, d. 25 jan. a. 1534. » Supplément de Athma Raurica. (Note fournie par M. Herminjard.) — 2. François Ier au Parlement de Paris, de Lyon, 10 décembre 1533. Herminjard, III, p. 117, 118. — 3. Bucer à Blaurer, vers le 13 janvier 1534 (N. S.). Herminjard, III, p. 130. Une lettre de N. Cop à Bucer, de Bâle, 5 avril 1534, nous le montre suivant attentivement les événements de Paris, en relations amicales avec Bucer et Capiton. Herminjard, III, p. 158. — 4. P. Masson, p. 414. Bayle ajoute : « Si ce narré étoit véritable, Bèze serait un mauvais historien; car il dit simplement que par hazard Calvin ne se trouva pas dans sa chambre : « quo forte domi non reperto. » Dictionnaire, Calvin, C. — Papire Masson et Desmay font loger Calvin au collège du Cardinal Le Moine, tandis que Bèze déclare qu'il était au collège Fortet. — 5. Desmay, Archives curieuses, V, 1833, p. 393. — 0. Opéra, XXI, Vie de Calvin, 2e édit., p. 56. — 7. Ibid., 3e édit., p. 124.
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si regrettables dans la correspondance de la jeunesse de Calvin. 2" Ce qui rend ces lacunes encore plus regrettables, c'est que les lettres perdues devaient être plus intéressantes que celles qui nous ont été conservées, car la plupart des historiens déclarent que, dans nos lettres, il n'y a rien d'évangélique : elles n'étaient donc pas compromettantes, et ce n'est pas pour quelques-unes de ces phrases insignifiantes qu'on pouvait être en danger de mort. A côté de ces lettres non compromettantes il y en avait de compromettantes, c'est-à-dire qu'à côté de ces lettres non évangéliques il y en avait d'évangéliques. Elles ont disparu. En face de cette constatation, nous demandons une fois de plus ce que signifie l'argument a silentio, dont on use et abuse pour prouver que Calvin n'a pas eu tel ou tel sentiment ?
Heureusement que les intérêts politiques du roi ne lui permirent pas de déployer contre l'hérésie le zèle qu'il avait annoncé. La reine Marguerite, avec qui Calvin était entré en relations et qui l'estimait beaucoup, se hâta d'intervenir. Elle arrêta l'enquête.
Avisé de ce revirement, Calvin revint à Paris : ce qui confirme l'hypothèse qu'il s'était d'abord réfugié à Noyon. Etant parti subitement, il n'avait pas eu le choix des retraites, et Noyon avait dû naturellement s'offrir à sa pensée. De plus, puisqu'il rentre si vite dans la capitale, c'est qu'il n'en est pas trop éloigné. Il fut reçu par Marguerite elle-même très honorablement (perhonoriJice)1 dit Bèze.
M. Lefranc pense même qu'il fut présenté au roi. C'est, ce nous semble, forcer le sens des mots, et la situation elle-même. Du reste la preuve que Calvin ne trouvait pas le séjour de Paris si sûr, c'est qu'il se hâta d'en sortir de nouveau. Fl. de Rcemond est dans le vrai quand il dit: « Il faisoit chaud pour ceux qui sentoient mal de la foy » et Calvin alla respirer un air plus frais en Saintonge.