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Lièvre, o. c, p

ANGOULÈME

une salle d'une grande beauté.... Je ne connais pas de salle plus gracieuse dans nos châteaux gothiques. Notre François Ier, la Marguerite des Marguerites, ont habité cette salle ; ils ont joué dans le petit boudoir qui est à côté » (ménagé dans l'épaisseur du mur, ainsi qu'un escalier et des corridors) l.

Nous arrivons enfin à la rue de Genève (Page 369), ruelle étroite, sinueuse et sombre, qui commence pas très loin de l'Hôtel de ville et aboutit à une place sur les remparts. C'était autrefois « la rue allant de l'église Saint-Paul à la halle du Palet". » Un bail de 1672 lui donne le nom de rue de Genève 3. C'est dans cette rue, en effet, que Calvin aurait habité chez son ami du Tillet, dont la maison aurait été située à l'angle de la rue de Genève et de la rue du Chapeau- Rouge, dans le pâté de maisons délimité par la rue du Chapeau-Rouge (ancienne rue des Ecorcheurs et la rue du Chat (la ruhe au Chapt, dit un acte de i532;). {Page 36g.) Cette maison du coin est encore à pignons, avec des fenêtres à croisée, et possède, à l'intérieur, un escalier en forme de vis.

Telle était la ville.

Quelle vie religieuse et ecclésiastique y trouva Angoulême. Tour Lusignan. (P. 366.) Calvin ? Car ce n'était pas en vain que la

Providence le promenait ainsi de lieu en lieu. Approchons-nous donc de la cathédrale.

Autour du Châtelet et de la place du Palet était surtout le peuple. Autour de Saint-Pierre, environné de cinq autres églises, était le clergé. Là-bas, la grossièreté ; ici, les abus : toute la chrétienté « à l'aurore de la Renaissance, à la veille de la Réformation 3. »

En effet, le diocèse d'Angoulême est dirigé par Robert de Luxembourg, un grand seigneur d'une vie scandaleuse. Les mœurs de son successeur, Octavien de Saint-Gelais, sont encore pires. Il mourut de ses désordres. Tout ce qu'un des meilleurs prélats d'Angoulême, Cousseau, peut dire de moins mal sur ses prédécesseurs de la première moitié du XVIe siècle, le voici : « Ils consumaient à la cour le revenu de leurs évêchés, où ils ne paraissaient jamais. L'un d'eux,

1. J.-H. Michon. Statistique monumentale de la Charente, 1844, p. 214, 217 et 21S. C'est dans ce château que logea, en 1526, Le Fèvre d'Etaples. Une lettre, adressée d'Angoulême à Agrippa par Jean Chapelain, lui disait, le 29 juin 1526 : « notre Le Fèvre d'Etaples part aujourd'hui pour Blois où son domicile lui a été assigné. » Hcrminjard, I, p, 439, 440, n. 8 et 14. — 2. Archives d'Angoulême, E. 1257 : d'après une donation de 1579. — Archives, E. 990. — 4. Archives, E. 1171. Ces recherches, dans les archives, ont été faites pour nous par M. Paul Lambert, étudiant en théologie de la Faculté de Montauban. Nous l'en remercions beaucoup. — 5. Lièvre, c. o., p. 98.

VOYAGES A TRAVERS LA FRANCE

nomme à vingt-deux ans, mourait deux ans après, avant d'avoir pu être sacré, et son titre passait comme une succession de famille sur la tête de son frère, qui mourut lui-même à Rome, cardinal et ambassadeur de Charles IX, sans avoir jamais visité son église d'Angoulême. Durant quarante années, cette cathédrale

n'eut pas une seule fois la consolation de voir un seul de ses évêques. Faut-il s'étonner si en l'absence du pasteur, les loups s'introduisaient clans la bergerie 1 ? » Faut-il s'étonner, demanderons-nous à notre tour, si Calvin a été scandalisé de la conduite de ces prétendus pasteurs ?

D'autant plus que, s'il ne vit pas ces évêques absents, il ne vit que trop leurs représentants. L'évêque d'Angoulême était un prince, dont le quartier de Saint-Pierre formait le domaine : sa prison principale, bien pourvue d'engins de torture, qu'un document nous montre employés pieusement en i5i3, s'appelait Sainte- Bénigne. L'évêque d'Angoulême était en même temps un marchand. Pendant quinze jours, chaque année, il avait seul le droit de vendre du vin en détail, dans la ville et les faubourgs. D'ordinaire, il mettait ce droit en ferme : quelquefois il le faisait exercer directement par ses gens, par ses « chambarières, » qui donnaient à boire dans quelque cour des bâtiments épiscopaux 2.

Aussi l'humilité de ce vicaire de Jésus-Christ était-elle aussi évangélique que sa douceur et sa pauvreté. Quand il faisait sa première entrée dans la ville, quatre des principaux gentilshommes de l'Angoumois étaient obligés de le porter: chacun tenait un des pieds du siège sur lequel il était assis. Un jour, le roi de France fut presque obligé de tenir le pied gauche de derrière. Heureusement qu'à ce moment le roi était une régente, Louise de Savoie : elle se fit remplacer par un procureur 3.

Ces faits ne suffisent-ils pas pour expliquer les sarcasmes, les violences de langage de Calvin ?

La façade de la cathédrale {Page3yi) produit un effet assez mélangé. Beaucoup de personnages, beaucoup de sculptures, mais un plan difficile à distinguer. Cette impression est due en grande partie à un remaniement qui a eu lieu au XIIIe siècle. D'abord la façade ne dépassait pas les combles. Il y avait alors une grande scène qui formait une vaste croix. En haut était le Christ dans sa gloire, et naturellement au-dessus du « ciel » il n'y avait rien. Au XIII0 siècle, on suréleva la façade, on refit la « gloire, » et on ajouta de chaque côté une arcature remplie d'ornements étrangers au sujet. Une restauration plus récente a encore

1. Lièvre, o. c, p. 37. — 2. IbiJ., p. 101. — :i. Ibid., p. 104.

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